RÉFORMES EN PRUSSE
Alors commença une série de déclarations et d'édits tous conçus dans le môme esprit et tendant au même but. Une disposition du 28 octobre, tout en abolissant ou en diminuant d'anciens impôts^ établissait une taxe générale sur toutes les consommations, et une autre sur tous les objets de luxe. Le 30 octobre, on décréta que les biens de tous les cloîtres, chapitres et bailliages, seraient vendus au profit de TÉtat. On ne conserva de ces établissements que ceux qui étiaient consacrés à réducation de la jeunesse et au soulagement des malades. On promit en même temps de doter plus libéralement les cures et les écoles et d'entretenir les ecclésiastiques. Les restrictions apportées à la Hberté du commerce, ainsi que toutes les maîtrises et les communautés, furent abolies par un décret du 2 novembre. Au moyen d'une carte, qu'on était tenu de renouveler chaque année en payant une taxe proportionnée à l'importance de l'industrie exercée, tout citoyen eut le droit de continuer son ancien métier ou d'en entreprendre un nouveau sans autre condition. Un règlement du 20 novembre changea lesdispositions de l'impôt du timbre et en augmenta le produit, tout en opérant des soulagements partiels. Le 6 décembre 1811 on décréta une taxe particulière, à partir du 1" septembre de la même année, pour subvenir à l'entretien des troupes françaises qui occupaient les forteresses de l'Oder. Outre ces ordonnances, destinées à remédier à la pénurie du trésor, il en parut d'autres qu'on pourrait appeler de réconciliation, parce qu'en supprimant des privilèges oppressifs et en accordant des libertés générales, elles avaient pour but d'adoucir le sentiment
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d'amertumequi devait résulter de ces demandes répétées^ en niôme temps qu'elles tendaient à augmenter les moyens d'y satisfaire. Les sujets prussiens étaient encore accablés de beaucoup de charges anciennes et nouvelles, quoiqu'on en eût déjà aboli un grand nombre. Les paysans étaient tenus de fournir, pour un salaire dérisoire, des relais aux officiers civils et militaires qui voyageaient pour les affaires du gouvernement. La banalité s'étendait encore sur les moulins, les brasseries, les distilleries, et s'arrogeait un droit inique. Des permissions, même récentes, accordaient à quelques privilégiés le droit de premier marohé et de monopole. Les créanciers se regardaient comme lésés dans leur propriété par la prolongation de Tindult ou du délai de payement Les terres que les seigneurs conféraient aux paysans ne pouvaient jamais devenir la propriété de ceux-ci, ou du moins ne pouvaient leur appartenir que moyennant Tobligation de divers services ou charges, dont ils ne pouvaient s'affranchir. Ces usages surannés, ces abus et ces droits usurpés furent supprimés, restreints ou modifiés par plusieurs ordonnances royales.
C'est ainsi que sous la pression des nécessités financières, la révolution s'opérait en Prusse, comme elle avait fait en France dix-huit ans auparavant.
En même temps on s'occupa activement de propager l'instruction. Guillaume de Humboldt, ministre des cultes et de l'instruction publique, établit le 16 août ^809 une université à Berlin. Une ordonnance du 24 avril 1811 donna à l'université de Breslau une grande extension; on y attira des savants étrangers.
SYSTÈME CONTINENTAL. «Ot
et les biens du clergé fournirent une dotation considérable.
Mais tous les efforts du gouvernement pour rétablir les finances du pays étaient paralysés par Topiniâtreté que mettait Napoléon à interdire tout commerce avec ^Angleterre, et bientôt après avec lesÉtals-Unis. Le tarif de Trianoff,, publié le 5 août 1810, outre la prohibition de toute relation commerciale avec la Grande-Bretagne et ses colonies, imposait sur toutes les marchandises, soit qu'elles eussent été confisquées ou trouvées sur des vaisseaux marchands ou même importées d'après une licence spéciale du gouvernement français, une taxe qui dépassait la moitié ou même les deux tiers de leur valeur. Un autre décret qui parut le 19 octobre ordonna de brûler, en France et dans tous les pays occupés par les troupes fhmçaises, tous les produits des manufactures anglaises qu'on pourrait trouver dans les douanes ou dans les magasins des particuliers, comme mesure de justes représailles contre l'Angleterre, qui ne souffrait chez elle aucune marchandise de fabrica* tion étrangère. L^excessive rigueur de ces ordres alarma toute TAllemagne, surtout la Prusse épuisée et endettée. L'entière stagnation du commerce et les sacrifices énormes auxquels il fallait se soumettre pour satisfaire la France devenaient de plus en plus insupportables, et le mécontentement ainsi que la misère étaient au comble. Cependant il était également impossible et de fléchir le cruel entêtement de Napoléon et de résister à ses ordres.
Un fait, qui eut alors un grand retentissement, montre clairement à quelles extrémités étaient réduits les gou-