‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 84 sur 178 · MORT DE LA REINE LOUISE · texte numérisé non relu

MORT DE LA REINE LOUISE

obligée de renoncer à mettre à profit les ressources de ses propres provinces et de fermer à ses habitants une source abondante de bénéfices.

Le roi, avec tous ses défauts, avait une qualité qui n*est pas commune chez les rois : il était bon, et portait à ses sujets un véritable intérêt. Aussi souffrait-il bien vivement de leurs souffrances. Mais au milieu de ses chagrins de roi, un coup subit lui avait enlevé, dès Tannée précédente, la seule consolation qui lui fût restée dans ses malheurs. La reine Louise, cette belle reine, si aimable et si gracieuse, qui entrait pour une si grande part dans Taffection des Prussiens pour leur roi, cette reine patriote, qui n'avait pas craint de se déclarer Tennemie de Napoléon, et qui s'était si vivement associée aux colères de la Prusse, mourut presque subitement, à trente-cinq ans, dans le mois de juillet 1810, au château de Hohenzieritz, auprès de son père, le prince Charles de Mecklenbourg.

Peu de reines ont été autant aimées pendant leur vie et autant regrettées après leur mort. L'arrivée de son corps à Berlin, le 27 juillet, répandit dans cette ville une douleur profonde et générale. On rappelait son amabilité dans la vie privée, Téclat qu'elle répandait dans les fêtes. On songeait à tout ce qu'elle avait dû souffrir dans les dernières années de sa vie, et tous ceux qui osaient espérer pour la Prusse un avenir meilleur regrettaient qu'elle n'eût pas vécu assez longtemps pour se voir réconciliée avec la fortune. Son souvenir vécut longtemps en Prusse. Vingt ans après sa mort, quand on ouvrait au public, pendant Tété, le monunnent que son mari lui avait fait élever à Charlotten-

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bourg, sa résidence favorite, le peuple s'y rendait en pèlerinage, comme au tombeau d'une sainte.

Pendant la guerre que T Autriche avait recommencée en 1809 de concert avec TAngleterre, pour profiter des embarras que causait à la France la folle guerre d'Ës^ pagne, les esprits s'étaient exaltés en Prusse, et J'on avait espéré un moment qu'on pourrait entraîner le roi à y prendre part. Les chefs militaires, Blûcher, Gneisnau, Rudigér, avaient organisé, malgré les ordres exprès de Ffédéric-Guillaume, le soulèvement général de la population. Le major Schill avait donné le signal en quittant Berlin le 29 août, à la tète d'un régiment de hussards qu'il avait formé et en allant se joindre aux Autrichiens. Presque en même temps, un autre patriote audacieux, fils d'un prince d'une antique et illustre maison d'Allemagne, Frédéric-Guillaume, duc de Brunswick-Oëls, que Napoléon avait dépouillé de son patrimoine, avait levé en Bohême un corps de volontaires. Cette milice portait de courtà uniformes noirs avec des parements bleu clair et des schakos où était représentée une tête de mort, supportée par deux os en sautoir. Le peuple les appelait les noirs; mais euxmêmes s'étaient donné le nom significatif de légion vengeresse. L'attention de toute la Prusse était fixée sur ces deux hommes qui sacrifiaient leur vie et leur fortune à la défense de la patrie. Leur exemple avait partout ranimé l'enthousiasme, et Ton poussait de toutes

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parts le roi à suivre Tclan de son peuple. Mais toutes ses ressources étaient épuisées ; ses forces organisées ne dépassaient pas 50 000 hommes; le matériel de guerre était détruit. 11 fallait du temps pour le recréer ; chevaux, artillerie^ tout manquait; et ce qui était encore plus grave, cette fois la Russie était ralliée de la France.

dépendant la plupart de ses ministres eux-^mêmes demandaient la guerre : a Je ne veux pas descendre déshonoré dans la tombe^ lui écrivit le général Scharnhorst, et je le serais si je ne conseillais à Votre Majesté de profiter du moment actuel pour faire la guerre à la France. Vôule«-vous que TAutrichè victorieuse vous rende vos États comme une aumône, ou que Napoléon détarme vos soldats comme la milice d'une munici" palité? » Blûcher, qui Semblait n'exister que pour nous chercher des ennemis, type énergique des passions populaires à cette époque, caressé et craint tout à là fois par la cour, qui lui pardonnait sa fougue de sectaire à cause de son dévouement, Blûcher écrivit directement au roi en termes peu mesurés, pour se plaindre de Toccasion perdue, demandant son congé, et aimant mieux, disait-il, aller mourir sous un drapeau étranger que de rester témoin de la chute du trône. Le Tugend" bundy de son côté, n'était pas inactif, et ses émissaires ravivaient de tous côtés les haines et les espérances patriotiques. Mais les victoires d'Abensberg, d'Eckmtihl , d'Ebersberg, d'Essling, de Wagram, quoique déjà plus pénibles et plus disputées que dans les premières guerres du Consulat et de TEmpire, contraignirent l'Autriche à signer le traité de Vienne, et anéantirent

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pour un temps l'espoir de la Prusse. Tous les complots, atteints du même coup, avortèrent, et tout rentra dans le silence et la consternation. Le roi était effrayé. Il tremblait que Napoléon ne lui fit un crime de Taudace prématurée des patriotes. Afin de calmer ses défiances, il séquestra les biens du duc de Brunswick-Oëls, ordonna la dissolution du Tugendbund et en fit saisir les archives. Schill, le grand coupable, fut mis au ban de Tarmée, déclaré traître à son pays et condamné à mort ainsi que ses complices. La sentence, pour Thonneur de la Prusse, ne fut pas exécutée. Schill se fit tuer en combattant contre les Français dans les rues de la ville de Dammgarten. Quant au duc de Brunswick, après la bataille de Wagram, il réussit à gagner la mer, à s'emparer d'un certain nombre de bâtiments, et il se réfugia avec tous ses soldats en Angleterre.

Ces héroïques victimes du patriotisme devaient bientôt avoir leur revanche. Napoléon, allié d'Alexandre depuis le traité de Tilsitt, se montra à son égard ce qu'il avait été pour tous ses alliés, plein de prévenances et de promesses tant qu'il s'agit de le gagner, dédaigneux ou inipérieux une fois qu'il crut s'être assuré ses services. Il lui était impossible de comprendre qu'un allié ne fût pas un subalterne. La guerre éclata bientôt entre les deux empereurs. Je n'ai ici ni à en indiquer les causes ou les prétextes immédiats, ni à en raconter les désastres. Ils sont d'ailleurs suffisamment connus en France pour que je n'aie rien à apprendre à personne sur ce point.

La Prusse avait été forcée de joindre vingt mille hommes aux cinq cent quatre-vingt-dix mille de Far-

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