DÉFECTION D'YORK
Fofficier s'écria que tous n'aspiraient qu^à se séparer des Français, a Âh ! jeunes gens^ dit York^ en souriant, vous Tavez belle k parler ainsi ; mais à moi^ vieux, la tête branle sur les épaules. »
11 réunit ensuite les officiers de sa colonne et leur adressa cette brève allocution : a L'armée française a été détruite par la main vengeresse de Dieu. L'heure est venue de recouvrer notre indépendance en nous réunissant à Tarmée russe. Qu'il se joigne à moi celui qui veut donner sa vie pour Tindépendance et la patrie ! qu'il reste^ celui qui ne veut pas I Quelle que soit l'issue de ma sainte entreprise, je garderai mon estime à ceux qui, ne pensant pas comme moi^ agiront autrement que moi. Si je réussis, le roi me pardonnera peut-être. Si j'échoue^ ma tête est perdue ; je recommande, en ce cas, à mes amis, ma femme et mes enfants. »
D'enthousiastes acclamations accueillirent ces mâles paroles. Mêlés, confondus dans de muettes étreintes, tous jurèrent de suivre leur général dans la voie où il leur montrait la patrie à venger, l'indépendance à conquérir.
Parmi les troupes, la joie et l'enthousiasme furent du délire.
Secrètement prévenu par York, Massenbach avait immédiatement pris ses dispositions pour se réunir à lui en échappant à Macdonald. A la première heure, le 31 décembre, il repassa avec toutes ses troupes sur la rive droite du Niémen et se dirigea vers Tauroggen. York en était déjà parti et se dirigeait à sa rencontre.
Macdonald apprit tout à la fois la convention d'York
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îliS FRÉDÉRIC-GUILLAUME lll.
et le mouvement de Massenbach. Sa stupéfaction fut grande, son indignation extrême. Singulière inconséquence et trop commune aberration ! Patriote sincère, dévoué, il ne comprenait ni l'audacieuse grandeur de Tacte de York ni la sainteté de la passion qui emportait le soldat prussien loin des aigles de Napoléon. Il ne reconnaissait pas à un étranger le droit de préférer sa patrie à la domination du despote français. Il voyait une affreuse violation du devoir militaire là où éclatait rinsurrection contre la conquête et la tyrannie. Mais la nation prussienne et les peuples ployés sous le joug saluèrent dans York un libérateur. Tant de gloire lui était due.
Sa convention avec Diebitsch annonçait aux princes, csclavei volontaires ou forcés de Napoléon, que s'ils ne se décidaient pas à la lutte pour raifranchissement, leurs peuples prendraient les armes sans eux, malgré eux, dontre eux peut-être. »
Les cosaques de Tarmée russe étaient partout acclamés, fêtés par les populations prussiennes. L'enthousiasme allait partout croissant à mesure que les Russes s'avançaient et que Murât et Macdonald se retiraient.
Cette haine contre Napoléon éclata surtout dans lii province de la Prusse orientale. Aucune n'avait eu autant à souffrir de la guerre avec la France, aucune après la guerre n'avait été autant écrasée par les contributions, les réquisitions, les exactions du vainqueur. « Elle avait vu, dit M. Charras, sa population réduite, en i807, d un cinquième, résultat de la dévastation de ses villes et de ses campagnes ; et elle commençait à peine à se refaire, quand l'armée de Napoléon, la traversant