DÉFECTION D'YORK
lentement pour aller envahir la Russie, et mangeant, prenant, emportant sans compter, sans payer, Tavait Fe{4ongée dans la plus affreuse détresse (1). » - Cependant, à la nouvelle de la défection d'York, le poi ressentit une extrême surprise et une profonde irritotion. Il avait toujours peur de Napoléon, et en même temps il ne pouvait pardonner à son général d'avoir
(1) La note suivante^ que j'emprunte au livre de M. Gharras sur. la campagne de 1813^ explique les haines persistantes des Prussiens contre la France et les vengeances qu'ils ont exercées en France en 1814 et 1815. — «Les extorsions, les dévastations exercées en 1812 par l'armée de Napoléon dans le royaume de Prusse, c'està-dire dans un pays ami, allié même, et en particulier dans la Prusse orientale, sont devenues un lieu commun historique, après avoir été longtemps niées par les écrivains bonapartistes. Nous croyons cependant bon de citer ici les témoignages de deux officiers dont T un était attaché a l'état-major de Berthier et dont l'autre commandait un des régiments français du corps de Ney, au moment de l'entrée en campagne : « Cette capitale (Berlin) ainsi que tout le reste de la Prusse était accablée de logements militaires et de réquisitions de toute espèce. On sait à quelles vexations étaient exposés les habitants des pays que traversaient nos armées, mais jamais elles ne furent poussées plus loin qu*à cette époque. C'était peu que l'obligatioij pour les habitants de nourrir leurs hôtes suivant l'usage constamment établi pendant notre séjour en Allemagne; on leur enlevait encore leurs bestiaux', on mettait en réquisition les chevaux et les voitures que l'on gardait au moins jusqu'à ce qu'on en trouvât d'autres pour les remplacer. J'ai rencontré souvent des paysans à Cinquante lieues de leurs villages conduisant les bagages d'un régiment, et ces pauvres gens finissaient par se trouver heureux de pouvoir se sauver en abandonnant leurs chevaux. » {Journal de la campagne de Russie en 1812 par M, de Fézensac, lieutenant général.)
« Le 15 mai, le 18* prit ses cantonnements dans le cercle de Culm ; on lui donna plusieurs villages pour y faire ses vivres d*en' trée en campagne. Chaque corps de l'armée devait avoir, au pas* sage du Niémen, du biscuit pour quinze jours et de la viande sur pied pour un mois. A cet effet, on fit une razzia générale. L'administration de l'armce n'intervint que pour faire sa part. Delà Vistule au Niémen tout le pays fut ravagé, v (Souvenirs militaires et intimes du vicomte Pilieport, de 1793 à 1858.)
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empiété sur son autorité. M. de Saint-Marsan, ambas* sadeur de France à la cour de Prusse^ demanda immédiatement la destitution et la mise en jugement du chef du c(Kitingent prussien. Le roi et son ministre Hardenberg, aussi effrayé que lui^ s'empressèrent d'obéir à ses ordres. Pour calmer la colère de l'empereur^ on nomma à la place de York le général Kleist, et Frédéric- Guillaume envoya à Paris le prince d'Hatzfeld, avec mission de rapporter à Napoléon ces paroles du roi : ((.... Je suis Fallié naturel de la France. En changeant de système, je ne ferais qu'empirer ma situation et donner à l'empereur le droit de me traiter en ennemi... Pour des sacrifices pécuniaires, je ne puis plus en faire; mais s'il me donne de l'argent, je puis encore lever et armer cinquante à soixante mille hommes pour son service. » Ce qui ne Tempécha pas, en même temps, d'envoyer Natzmer auprès de l'empereur Alexandre pour lui dire qu'il était disposé à entrer dans son alliance si la Russie voulait s'engager à poursuivre la guerre avec toutes ses forces et s'avancer sans retard vers la Vistule et l'Oder,
En réalité, le roi de Prusse ne savait, comme toujours, à quel parti s'arrêter. Il ne songeait qu'à gagner du temps, à négocier avec les deux empereurs, dans l'espoir que la ruine de l'un ou de l'autre le délivrerait enfin de ses anxiétés. On voit dans une dépêche de Saint-Marsan à Maret que Hardenberg, quelques jours avant la défection d'York, avait suggéré l'idée de faire le roi de Prusse roi de Pologne... .(( Les côtes et les tei^ ritoires de la Prusse et de la Pologne présenteraient ainsi une masse compacte qui deviendrait une barrière