‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 88 sur 178 · DUPLICITÉ DE FRÉDÉRICS UILLAL ME · texte numérisé non relu

DUPLICITÉ DE FRÉDÉRICS UILLAL ME

formidable contre les envahissements de la puissance russe. »

11 est probable qu'en effet si Napoléon avait eu la vulgaire habileté de ménager Tambition secrète du roi, il aurait encore pu le rattacher à sa cause. Frédéric- Guillaume et son ministre Hardenberg ne songeaient qu'à rétablir et agrandir la Prusse. C'est là le trait précis qui distingue le rôle de Hardenberg de celui du baron de Stein. Celui-ci ne songeait qu'à Tinlérét de TAUemagne tout entière. Il est un des promoteurs de l'idée de la grande patrie allemande. « Je n*ai qu'une patrie, écrivait-il au comte de Munster à la fin de 1812; elle s'appelle Allemagne. A elle et non à une de ses parties je suis dévoué de cœur. » Il aurait voulu qu'elle fût réunie en un seul empire, sous un sceptre ou sous un autre> car les dynasties lui étaient alors indifférentes. C'est dans son dévouement à cette idée qu'il puisait son indomptable énergie et ce patriotisme sans défaillance qui fait sa gloire. Hardenberg demandait comme lui des réformes libérales ; il y poussait le gouvernement : a Principes démocratiques dans un gouvernement monarchique^ telle est la forme qui me paraît appropriée à l'esprit du temps »^ disait-il au roi. Mais, quoiqu'il ne fût pas Prussien, il ne songeait, comme son maître, qu'à la Prusse seule et s'inquiétait peu de l'Allemagne. De là ses hésitations. Tandis que Stein, voyant en Napoléon Tennemi de l'Allemagne^ l'attaquait de tous côtés et ne pouvait être satisfait que par l'entier affranchissement de tout le territoire allemand, Frédéric- Guillaume et son ministre n'étaient occupés qu'à calculer comment ils pourraient obtenir des concessions

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de territoire^ dussent ces territoires être pris à TAllemagne. L'un ne voyait dans la guerre que le moyen de relever Thonneur et de rétablir l'indépendance de la grande nation allemande; les autres^ uniquement occupés des petits calculs de leur mesquine ambition^ étaient sans cesse prêts à se jeter dans les bras de quiconque leur assurerait quelque agrandissement territorial et à mettre à Tencan leurs services. Ce qui les préoccupait, ce n'était pas l'humiliation de la patrie, ce n'était pas l'obligation de subir l'influence étrangère et d'obéir à un maître ; c'était l'amoindrissement du territoire prussien, c'était la diminution de la puissance royale. Pendant que Stein, dévoué à une idée, travailkit à soulever l'Allemagne pour qu'elle ne dût qu'à elle-même sa délivrance, Frédéric-Guillaume et Hardenberg étaient prêts à se remettre à la solde de Napoléon, pourvu qu'ils y vissent quelque avantage matériel, à lui vendre leur coopération, pourvu qu'il y mît le prix. Ce qui lès irritait, ce n'était pas de servir, mais de servir sans salaire. Malgré les instances et les promesses d'Alexandre, ils n'osaient se déclarer, parce que Saint- Marsan avait laissé entendre que Napoléon pourrait bien songer à restaurer la Prusse pour s'en faire un rempart contre la Russie. Cet ambassadeur écrivait à Maretetau prince Eugène que « si Napoléon voulait faire quelque chose pour la Prusse, il serait très-facile, malgré l'exaspération de la nation, de retenir Frédéric-Guillaume dans la ligne qu'il avait suivie jusque-là. » Et c'était vrai. Hardenberg et le roî voyaient sans le comprendre l'élan qui emportait la nation; ils craignaient, avant tout, le déchaînement des passions populaires, qui leur

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paraissait une menace pour le pouvoir absolu; ils s'irritaient de voir le peuple agir sans les ordres du roi; ils tremblaient que ce ne fût le commencement d'une révolution et ils étaient presque disposés à préférer les ennemis du dehors à ceux qu'ils croyaient déjà voir se déclarer à l'intérieur.

' Cependant Bulow^ qui commandait un des corps de l'armée prussienne, avait suivi l'exemple de son chef et s'était séparé de Tarmée française. York, gouverneur militaire de la province de Prusse» avait réuni les députés de la province. C'est à ce moment que le Jowtial de Berlin apporta à Kœnig berg la nouvelle des mesures prises contre le général par Tordre de Napoléon. York n'en tint aucun compte. Au journal de Berlin, il répour dit par l'intermédiaire du Journal de Kœnigsberg qu'une gazette n'était pas en Prusse une feuille officielle d'État, et que les généraux prussiens n'ayant jamais reçu leurs ordres par la voie des gazettes, il conservait son commandement et en donnait avis public « pour éviter toute erreur. »

Stein, arrivé dans la province, avec les pleins pou*voirs du czar, s'était empressé d'organiser la résistance. Les États, assemblés le 5 février, ne tinrent aucun compte du désaveu royal et de la destitution de York, et ils rappelèrent au milieu d'eux, en qualité même de gouverneur, a Rendu à toute son énergie par cette démarche unanime, dit M. Charras, York vint, et à son aspect tous se levèrent, battant des mains. Il rappela à grands traits les malheurs, les souffrances, l'abaissement, les humiliations de la Prusse, conseilla un grand armement, dit qu'il avait un plan tout fait sur lamanière

d*opérer et demanda qu'une commission fût nommée^ à qui il exposerait ce plan môme, et qui ensuite en ferait un rapport sur lequel l'assemblée délibérerait. c( J'espère, ajouta -t-il, battre les Français là où je les rencontrerai; je compte^ pour cela^ sur l'aide de tous les citoyens, et si nous nous heurtons à une supériorité numérique par trop forte, nous saurons mourir glorieusement. »

Sur ces brèves paroles, il se retira salué de nouveau par d'enthousiastes applaudissements. Cette ovation, c'était la convention de Tauroggen sanctionnée^ le désaveu du roi effacé par les représentants de la première province affranchie du joug de Napoléon ; c'était la voix du peuple dominant celle du souverain. »

La commission, élue sur-le-champ, se rendit le jour même près de York et reçut communication du plan dont il avait parlé. Il avait été élaboré par le comte Dohna^ par son frère Louis et le lieutenant- colonel Ciausewitz, modifié par Stein et approuvé par York.

La commission y ajouta quelques détails, et le 7 février, son président, le comte Alexandre Dohna le présenta à l'assemblée sous le titre de a Ordonnance sur la Landwehr et le Landsturm. »

« La Landwehr comprenaittous les citoyens dedix-huit ans à quarante-cinq ans, aptes aux armes, à l'exception des repris de justice^ des ministres des divers cultes et des instituteurs. Le contingent à fournir par elle se formait par les enrôlements volontaires^ et en cas d'insuffisance de ceux-ci, par le tirage au sort. Son uniforme était simple, ses exercices réduits au plus strict nécessaire. Le milicien recevait de l'État des armes et

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