SOULÈVEMENT DE LA PRUSSE
; al4a nouvelle, dit M. Gharras^ du soulèvement unanime, de Tarmement de la province de Prusse, nouvelle répandue par les journaux de ce pays, propagée par des émissaires sans nombre, la retraite prolongée d'Eugène, les courses des cosaques sur la rive gauche de rOder^ aux portes de Berlin, leur apparition jusque dans cette capitale^ avaient produit partout une indicible émotion. En dépit des instructions du gouvernement, les autorités municipales se refusaient à fournir des vivres aux troupes françaises ; les paysans s'enfuyaient à leur approche pour ne pas les nourrir ; les bourgmestres indiquaient leurs mouvements aux cosaques^ et la gendarmerie escortait publiquement les prisonniers Saits par ceux-ci. Les officiers^ les soldats français isolés étaient souvent Tobjet de mauvais traitements. On craignait une prise d'armes à Berlin; à Breslau même, les propos les plus audacieux se tenaient aux oreilles de la police, (jui ne les réprimait plus. Un souffle d'insurrection traversait le pays. A la moindre étincelle, l'incendie allait éclater partout. Malgré la défense d'Eugène, malgré ses efforts pour les empêcher^ les levées d'hommes, les enrôlements se continuaient partout avec rapidité. Du balcon de son palais, le roi un jour avait vu quatre-vingts voitures chargées de jeunes gens échappés de Berlin, qui venaient s'inscrire dans les détachements de chasseurs volontaires. « Votre Majesté, lui avait dit alors Scharnhorst, croit-elle maintenant au dévouement de son peuple?» Frédéric- Guillaume s'était tu; il pleurait.
Mais il avait peur aussi, il avait peur de voir son pour voir lui échapper, s*il restait étranger à ce mouvement.
Après avoir reçu très-froidement le major Louis Dehna^ qui lui apportait Tadresse des états de la province de Prusse, il avait réfléchi; il avait calculé les forces que pouvait lui donner le patriotisme des autres provinces^ s'il était égal à celui dont on lui apportait les résultats^ et il commençait à se dire qu'il pouvait peutêtre engager la lutte contre Napoléon vaincu^ sans avoir contre lui toutes les chances. D'ailleurs celui-ci achevait tout à point de l'exaspérer.
Sans lui demander son assentiment^ sans même lui en donner avis^ il venait d'ordonner aux garnisons de l'Oder et de Spandau de former leurs approvisionnements de siège aux dépens des pays environnants. Cet ordre commençait à s'exécuter, et Frédéric-Guillaume entendait les cris de désespoir de ses sujets, victimes de ces nouvelles et ruineuses réquisitions. Et ce qui était bien autrement grave, il apprenait que dans son discours au Corps législatif. Napoléon venait d'annoncer solennellement la ferme résolution de maintenir à tous ses alliés l'intégrité de leurs États. C'est-à-dire que Napoléon contredisait absolument ce qu'il avait dit récemment à Krusemark des compensations y qui, pour faciliter la paix, devaient être prises dans le duché de Varsovie et le royaume de Westphalie ; il déclarait que la Prusse n'avait rien à attendre, à espérer de lui, que l'obligation continuée de verser son sang au profit de son ambition.
C'est précisément à ce moment que le baron de Stein, envoyé par le czar, surprit le roi de Prusse. Il ne pouvait guère y avoir d'instant plus favorable pour triompher des indécisions de Frédéric -Guillaume. Il