‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 92 sur 178 · TRAITÉ DE KALISCH · texte numérisé non relu

TRAITÉ DE KALISCH

parvint à le convaincre qu'il fallait enfin se déclarer et agir, s'il voulait conserver son pouvoir et sauver la^ Prusse. Mais tout convaincu qu'il fût, celui-ci ne put pardonner au baron de Stein de l'avoir si violemment arraché aux illusions qu'il nourrissait encore, et de l'avoir forcé à sortir de son apathie. «Il n'eut pour Stein, dit M. Gharras, ni un signe de bienveillance ni une marque d'attention. En proie à des douleurs aiguës, obligé de taire son nom et de cacher sa présence aux espions de Saint-Marsan et du parti français, l'homme qui venait de déterminer une politique, qui allait 'changer les destinées de la Prusse et de l'Europe, dut, en prenant congé de Frédéric-Guillaume, aller à l'aventure chercher un gîte à travers Breslau encombré d'hôtes étrangers, et s'estimer heureux d'en trouver un dans le plus mauvais réduit d'une auberge de bas étage. »

Stein avait vu le roi le 27 février. Le 28, le traité entre la Prusse et la Russie était signé à Kalisch par Scharnhorst et Koutousof.

Il était temps. Le czar réduit, depuis le passage du Niémen à une cinquantaine dé mille hommes disponibles, pressé par les instances de Koutousof et de la plupart de ses généraux qui demandaient la paix, aurait sans doute été bientôt forcé de renoncer à poursuivre plus loin les troupes françaises ; l'occasion de rétablir l'indépendance de la Prusse et de l'Allemagne aurait pu être perdue pour plusieurs années.

Il faudrait pouvoir lire dans le livre de M. Gbarras le tableau de l'enthousiasme patriotique qui soulevait en ce moment toute la Prusse. Je me contenterai dans

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les pages qui vont suivre d'en résumer les traits principaux.

On se rappelle que par le traité de Tilsitt, Napoléon avait imposé au roi de Prusse Tobligation de ne pas entretenir à la fois plus de U2 000 hommes de troupes. Scharnhorst, alors ministre de la guerre, avait donc dû renvoyer dans leurs foyers un grand nombre de sousofficiers et de soldats. Mais comprenant qu'un jour viendrait où la Prusse aurait besoin de pouvoir mettre rapidement sur pied une armée considérable, il avait trouvé moyen de concilier les exigences du traité de ïilsitt avec l'intérêt de sa patrie. Il avait gardé sous les drapeaux tous les soldats qui avaient besoin de compléter leur instruction militaire, et il les renvoyait et les remplaçait par des recrues, à mesure qu'ils étaient suffisamment formés. L'armée devenait donc ainsi une école par laquelle passaient successivement tous les citoyens. Puis ils retournaient chez eux avec un congé provisoire qui les laissait pendant un certain nombre d'années à la disposition de l'État. Il avait ainsi créé une réserve précieuse, qui en 1813 s'élevait au moins à 70 000 soldats tout prêts à rentrer dans les rangs. C'est le premier germe de la Landwehr , et la Prusse le doit ù Napoléon.

Au premier appel du roi, ces soixante-dix mille hommes accoururent sous les drapeaux. En même temps, on avait eu le soin de faire chaque année le recensement de tous les chevaux de trait et de selle propres à la guerre, de sorte qu'on put les requérir en un instant. Il avait fait également fabriquer plus de 100 000 fusils et quatre cents bouches a feu de campagne sur

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