OPPOSITION DU CORPS LÉGISLATIF
Brunswick que par le contraste de sa modération^ ne tarda pas à être connue à Paris malgré les efforts de la police napoléonienne. Ce qui ne s'était jamais vu depuis rétablissement de l'empire, une opposition se manifesta dans le Corps législatif. Elle osa démontrer respectueusement que la France était épuisée et qu'elle désirait la paix^ puisque les alliés l'offraient à des con*ditions acceptables. Napoléon alors laissa éclater la plus violente colère (1), traita Laine et Henouard de traîtres, de perturbateurs, et interdit l'impression de leurs discours, qui, disait-il, étaient des appels à la révolte. Il répliqua au Corps législatif que de pareils sentiments tendaient à l'anarchie, et avaient de tout temps fait élever des échafauds; que d'ailleurs, ce n'était pas le moment de songera des changements et de demander des soulagements. « J'ai cherché, continuait-il, la consolation dans votre sein et vous m'offensez; j*ai voulu faire le bien, et je rencontre une pernicieuse opposition. Sont-ce là des moyens propres à consolider le trône? Ne tendent-ils pas plutôt à rébranler? Ce n'est point le Corps législatif, c'est moi qui suis le représentant du peuple. Si la France exige
(1) On rapporte que plus tard^ en voyant avec quelle indifférence la nation le laissait tomber, et eu apprenant combien on était las en France de ce gouvernement de compression et de violence^ Napoléon s'écria avec surprise : u Pourquoi ne m'a-t-on jamais parlé de cela? » Et Ton ne manque pas d'en tirer de beaux mouvements d'éloquence contre les flatteurs et tutti quanti qui perdent les rois les mieux intentionnés. La vérité est que les princes ont toujours les conseillers qu'ils méritent. Napoléon n'avait autour de lui que des flatteurs, parce qu'il n'en voulait pas d'autres. Sa colère contre Laine et Renouard montre assez quel cas il faisait des avis quand ils ne s'accordaient pas avec sa passion.
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une nouvelle constitulion^ je lui dirai : Choisissez un autre souverain. La France a plus besoin de moi que je n'ai besoin de la France. »
Voyant qu'il n'y avait plus à compter sur la paix, les alliés se décidèrent à entrer en France, dans les premiers jours de l'année 181/i. Alors commença cette immortelle campagne de France où Napoléon retrouva toute l'activité et l'énergie de sa jeunesse. Mais il n'avait au plus que 70 000 hommes k opposer à toutes les armées de la coalition^ et bien qu'il ait réussi à les battre toutes les unes après les autres, ces victoires de détail lui étaient plus funestes qu'à ses ennemis, parce que dans l'impossibilité où il était de réparer ses pertes, il devait nécessairement finir par se trouver écrasé par le nombre.
C'est ce qu'il ne voulut pas s'avouer à lui-même. Sans cette fatale obstination à prolonger une lutte impossible, il eût pu encore sauver la France des misères de l'invasion. Les conditions proposées par les alliés après la bataille de Brienne , quelque dures qu'elles pussent paraître à son orgueil , . pouvaient cependant être acceptées sans déshonneur, et il l'aurait sans doute compris , si le souvenir de ses anciens triomphes et de la suprématie qu'il avait si longtemps exercée sur l'Europe ne l'eût flatté de l'espoir de terrasser la coalition par quelque grand coup d'éclat ou ne lui eût rendu insupportable la pensée de ne plus parler en maître aux souverains qu'il avait si souvent vaincus. Ses prétentions hautaines, ses lenteurs dans les négociations de Châtillon coiïvainquirent les alliés qu'il ne céderait qu'à la force. Ils se décidèrent donc à
TKAITÉ DE PARIS. %i$
tuarcher çliriBctement sur Paris, après avoir resserré les liens de leur alliance par la convention de Ghaumon^, et ils y entrèrent le 31 mars 1814.
Le 2 avril, le sénat dont la longue servilité n'avait pas peu contribué ii encourager Napoléon dans la voie qui devait le mener à sa perte, s'empressa de le déclarer déchu, ainsi que toute sa famille^ de tout droit à la couronne de France, dégagea Tarmée de son serment, et l'invita à coopérer au rétablissement de l'ordre, en cessant une guerre désormais sans objet.
Le 30 mai fut signée la paix de Paris, qui faisait ren* trer la France dans les limites qu'elle occupait le 1" janvier 1792; elle annonçait en outre Tintention de constituer l'Allemagne en un État confédéré, dont l'organisation devait être réglée par un congrès ultérieur des grandes puissances. Napoléon avait abdiqué le II avril, et en vertu d'une convention signée le 11, il fut réduit à la possession de la petite île d'Elbe, à un revenu de 2 millions de francs et à une garde de f\i}Q hommes dont on lui abandonna le choix. Après avoir commandé des armées de six cent mille hommes, gouverné un peuple de près de 50 millions d'habitants et fait trembler l'Europe pendant quinzeans, il se trouvait déchu au rang d'un des derniers principicules de l'Europe. Cependant on lui laissa le titre d'Empereur, et il s'embarqua le 20 avril, au port deFréjus.
Se considérant comme désormais délivrés à jamais de l'ennemi comnmn, les souverains de l'Europe ne tardèrent pas à rentrer dans leurs capitales, en attendant que le congrès annoncé les réunît à Vienne.
Le roi de Prusse, après un séjour da ,toois semaines
en Angleterre, fit une entrée solennelle à Berlin^ le 7 aoùt^ au milieu des acclamations des habitants. Puis, pour prévenir le retour de calamités semblables à celles qui avaient mis la Prusse si près de sa perte^ il s'occupa avant tout de la réorganisation de Tarmée. La chose était facile^ car le souvenir des misères récentes de l'invasion^ l'exaltation générale du patriotisme enflammé par les campagnes de 1813 et de 181/!^ assuraient d'avance l'approbation générale à toutes les mesures propres à garantir la sécurité du pays. D'ailleurs les bases essentielles de cette réorganisation avaient été depuis longtemps indiquées par le baron de Stein, par les généraux Scharnhorst et Gncisenau; il ne s'agissait que d'établir comme règle définitive les mesures improvisées en 1813 par les États de la province de Prusse sous la pression des circonstances. Voici quelles furent les principales dispositions qui furent arrêtées par une ordonnance royale que je ne fais que résumer.
Tous les citoyens âgés de vingt ans sont appelés à la défense de la patrie. La force armée se compose de quatre catégories : l'armée permanente^ la milice du premier ban^ celle du second ban et la levée en masse. La première se compose des citoyens qui se soumettront aux examens militaires ; des volontaires qui, sans subir d'examen, choisiront l'arme et le genre de service qui leur conviendront, et enfin de ceux des jeunes gens de vingt ans qui seront incorporés dans l'armée permanente; le temps de service, pour ceux-ci, est fixé à trois ans en temps de paix et cinq ans en temps de guerre. Les jeunes gens qui ont le moyen de s'armer et de s'équiper à leurs frais peuvent entrer dans les chas-