CHAPITRE CINQUIÈME
LA PSYCHOLOGIE ÉGLEOnQUB DE GALIEN
Parmi les philosophes qui ne[se rattachent à aucune école déterminée et que Diogène caractérise par cet état d'isolement de leur doctrine et appelle oi (nropà$T|v, Zeller serait disposé à compter Dion Chrysostôme et Lucien ; mais leurs opinions philosophiques et psychologiques n'ayant aucune portée ni aucune prétention scientifiques, n'ayant même aucun trait d'originalité, je n'ai pas cru devoir comprendre dans ces études les idées psychologiques éparses dans les ouvrages tout littéraires de ces deux écrivains rhéteurs.
Cicéron, s'il appartenait à notre siget, aurait plutôt le droit d'y prendre place : c'est un véritable éclectique et qui ne relève d'aucun système particulier. En physique, il se désintéresse presque entièrement ; dans la théorie de la connaissance, il se rallie au scepticisme mitigé de la Nouvelle Académie ; en morale, il flotte entre le stoïcisme et le péripatétisme ; mais beaucoup plus préoccupé des intérêts de la vie que du besoin de l'unité systématique des idées, il ne demande à la philosophie que de fournir des principes rationnels à la morale, à la politique et à l'éloquence.
Il ne reste donc dans la période historique où nous sommes entrés, à considérer comme penseur indépendant et isolé que Galien, qui mérite à beaucoup d'égards une étude sérieuse et détaillée. Lui-même le proclame hautement : il veut garder
son esprit et sa pensée libres Set il suit, non seulement dans les questions relatives à son art, mais encore dans celles qui concernent la philosophie, le conseil que lui donnait son père, de ne pas s'engager facilement dans aucune secte, de se garder de se livrer exclusivement à une école déterminée, mais d'étudier patiemment et longtemps les théories de chacune, afin d'être en état de les juger librement toutes^. Aussi il a entendu, parmi les philosophes, le stoïcien Philopator, les platoniciens Gajus et Albinus, les péripatéticiens Aspasius et Eudème.
Ce grand médecin, le plus grand de Tantiquité après Hippocrate ', a apporté à l'étude de la philosophie non seulement une entière liberté d'esprit, ce qui est une force , mais encore une vraie et sincère passion , ce qui en est une autre, plus puissante peut-être. Il a eu le goût et le sens de la philosophie , qu'il appelle c le plus grand des biens divins » K
* T. IV, 693. Tov cXeuOipqt y^^'^I'^^ axo«o\S|uvov. Id., 360. ^axiç yt tXcv^x Yvcu(jiy) vxoicctTOii xà itpiy\kOLxa»
Nullias addicUis janrs in ?erba magistri.
T. V, p. 93. ov^xe douXcvivTwv atpivti Ttv\ tûv x%xk 9iXo909tav, wvicep cit*^.
' T. V, p. iî. |JLT) TcpoictTÛc àicb (Jit&c oXpitTttùz âvocyopcvaac ffavrbv, ôXX'cv XP&v(f) ica(jiic6XXtt> fjiavOdcvuv tc xai xp^vwv avTdc* Capendaiit, U est clair que parmi les^les médicales, Galien a pris parti. Gelsas {de Re med., Prmf. ) en distingne trob : 1. L*école dogmatique ou rationaliste, qui comprenait Técole des médecins pneumatiques, fondée par Athénée soas Tinfluence des idées stoïciennes, parmi lesquels il font certainement compter Galien; 2. L*écoIe empirique ; 3. L*école méthodique. Galien lni>méme (t. 1,65) les ramène à deux : 1. ow6\LOLxaiyg rate alpiveatv lOcvto è(Licctpixy|v Ttxat XoYtxT)v... aT)V (iiv i(jiicciptxT)V TT}pY)Ttxy)v xa\ (LW)(jiovtuTixi{v* r^v ik Xoyixviv, Soyi»- Tixi^v TC xot\ âvaXoyiTrixi^v. L*école méthodique ne lui parait différer que de nom, lûxP^ Xiyov, des anciennes écoles, bien qu'elle prétendit se distinguer des dogmatiques» enœ que ceux-ci cherchent à connaître les causes cachées, tb âStjXov tpcuv&9tv, tandis que nous, les méthodiques, xoïc çaivoiiivoi; diaTpt6o(itv, nous nous renfermons dans rétude des phénomènes, des faits ; et, d'un autre côté, ils ne Toulaieni pas être confondus avec les empiriques, en ce que ceux-ci se renfermaient dans TéUide des faits, tandis qu'eux-mêmes y cherchaient une révélation, une indication, lv8ct|tc. C'est cette éràle qui, prenant le contre-pied de la maxime d'Hippocrate. soutenait que Part est court et la vie longue, I, p. 9Î, aM|v |Uv (tv^v tIxvvjv) ppa^ttav elvcty TÔv tk p^ov (Jiaxp6v.
' Toute la médecine des Grecs, des Arabes et du moyen-âge relève de lui.
* T. I, p. 3. xh {UyttfTov xûv Icfwv «yoiOûv, t. I, p. 53.
U PSYCHOLOGIE ftXECnOUE DE GAUSN 381
U prétend démontrer à ses confrères dans un traité spécial, que le médecin accompli est philosophe ^ Son but, comme celui d'Hippocrate, est de fonder systématiquement la médecine sur la physiologie, et de la lier intimement à la philosophie. Pour l'atteindre , ce laborieux écrivain n'a pas écrit moins de 887 ouvrages, dont 113 étaient consacrés à des questions de philosophie^. Toutefois sans manquer absolument d'originalité, tout en ayant des vues propres sur certaines questions et non pas les moins considérables de la philosophie, je veux dire les questions relatives à l'âme et à ses rapports avec le corps, où, malgré ses hésitations, ses réserves et ses doutes, il résout ces problèmess dans le même sens et avec les mêmes arguments que l'école moderne de la psychophysique, malgré tout, Galien est un éclectique ; non pas un éclectique systématique en ce sens qu'il se proposerait a priori et professerait comme principe de la méthode philosophique de recueillir et de réunir les vérités éparses dans les systèmes les plus divers, mais un éclectique prar tique qui prend les théories qu'il croit vraies partout où il les trouve ', fussent-elles même entre elles contradictoires,
< Sti àptcrtoc laTpbc xa\ 91X69090$. Spengel (Halle, 1788) a domitS une iAïUxm spëdale de cet intéressant mémoire.
s Us sont tous perdus ; beaucoup même ont péri de son finnt, dans l*inoendie du temple de la Paix. Je relèTO parmi les titres :