‹ Histoire de la psychologie des Grecs (volume 2)Chapitre 17 sur 28 · Sur la théorie de la connaissance de Platon · texte numérisé non relu

Sur la théorie de la connaissance de Platon

8. Tableau synoptique des Dialogues. Des commeptaires sur Théophraste, Chryâppe, bon nombre de traités de morale : iccpi àXuicJac, inp\ napotiivO^act iap\ T)4C^ ictp\ v)dovfîc xa^ ic6vou.

Outre ces 113 ouvrages de philolosophie, Galien en avait écrit It d'un contenu général, également peraus; 243 de médecine, dont 49 sont perdus, 50 existent en manuscrit dans les bibliothèques, 100 sont conservés et réputés authentiques ; enfin, 44 sont reconnus apocryphes. On possède, en outre, 18 flragments plus ou moins suspects tirés de 19 autres ouvrages.

' En ce qui concerne k physique de Platon, il déclare qu*il y a des opinions qu*i! acoMto sans réserves, d'autres qull trouve probables et qu'il admet comme telles, d'antres sur lesquelles il ne peut s'empêcher de douter très fort. T. IV, p. 780. iic*ivlMv gciropû iMcvTdcica9(v, n'incKnant dans aucun sens, où9c|i{9cv l^e^v ^ir^v.

38S fflSTOIRE DE LA PSYCHOLOGIE DES GRECS

pourvu qu'elles se prêtent à ses doctrines médicales et con* cordent avec ses idées psychologiques, plus fermes et plus personnelles qu'on ne le croit généralement. Sauf Épicure, qu'il méprise profondément et attaque dans de nombreux ouvrs^es*, et avec lequel il a cependant plus d'affinité intellectuelle qu'il ne le suppose, il adopte partiellement les opinions des philosophes les plus différents , de Platon , d'Anstote, de Théophraste, des Stoïciens, avec un penchant visible pour le péripatétisme, dont la méthode expérimentale et les études profondes dans le domaine physiologique devaient plus particulièrement attirer son esprit et plaire à un médecin *. Il s'accuse même d'avoir un instant penché à admettre le scepticisme absolu de Pyrrhon ; mais c'était pour avoir, au commencement de ses études philosophiques, cru à la possibilité de la connaissance absolue et démonstrativement prouvée 3. Il la demanda vainement aux philosophes, et les Péripatéticiens et les Stoïciens ne purent même pas lui communiquer une théorie de la démonstration pratiquement et sincèrement utile *. La contradiction des systèmes avec euxmêmes et les uns avec les autres, même sur les questions de physique , lui aurait fait désespérer de la possibilité de la connaissance , même probable ^, s'il n'avait pas rencontré dans les propositions de l'arithmétique, de la géométrie , de l'astronomie, sciences que lui avait enseignées son père, et qui étaient comme le patrimoine de la famille ^ une certitude

' T. XIX, 46 11 en indique Im-méme hait, De Propr. Itbr., c. 17.

s n ïïmi étadié avec ane préférence bien naturelle chea on médecin, et commenté les écrits d'Aristote et de Théophraste T. XIX, p. 47. De Propr, Ubris., e. 15 et 16.

s T. XIX, p. 39. où^ odTt»; incouSaffa p«OeTv écicdtvTcov icpÛTOv »c ^V flticoditx'nxY)V èeupiocv.

* Id., id, hXiyi9xa ^P^^^I^^C*

* T. IV, p. 700 et 70i, de Fœi, Form,, oO&iuav eôpiaxtov 8i|av àicoSedctYpivv}v âi»oti}(jLOvixAC'«> 6(ioXoy6 oWdcx?^ toO iciOavoO icpocXOttv euvâ(ievoc ôicopelv.

* T. XIX, p 40. tic T^v Tûv IIup^MvecMV âncoptav èvticeirrcâxciv Sv xa\ «ùtôc, te |i^ %a\ xk xaxà Yt»(ttTp{av o(piè|ti)T(xiQV rt xa\ XoYiffttxV xari^wv, tv ah tict icXtt9T0v &icb TÛ icatp'i icai8tuip«voç il àpX^C* npoEXr.XuBctv, ànb icdincou te xot\ npoicâincou dtotdtdiyiûvidv Tt)v Otwptav.

U PSYCHOLOGIE ÉCLBCTIOUE DE GAUEN 383

et une évidence devant lesquelles son doute dût s'incliner. Mais il lui resta de ces hésitations de la pensée, de ce tourment du doute, qui est un moment nécessaire, mais nécessairement passager» du véritable instinct philosophique, il lui resta toujours dans toutes les questions philosophiques, une tempérance, une mesure, une modestie d'affirmation, par laquelle il se rapproche, quoiqu'il fasse, d'Épicure. n n'a aucune prétention à une science universelle et à un savoir absolu. D ne blâme pas ceux qui poursuivent cet idéal de la science, vont de conséquence en conséquence jusqu'aux extrémités du raisonnement ; mais en ce qui le concerne, il fait observer qu'il ne touche à ces sujets ardus que par occasion, accidentellement, amené là par un but tout autre, et qu'il lui suffit de ce qui est accessible à la sensation et admis par le sentiment général^.

Élève des platoniciens Gajus^ et Âlbinus', et des péripatéticiens Aspasius^ et Eudème, Galien appartient au même siècle. Il est né à Pergame en 135 ap. J.-Ch., sous Adrien^ et est mort sous Septime-Sévère^, puisqu'on 193 il était encore à Rome et écrivait le De Antidoiis'^ dans l'année 200, s'il faut en croire Suidas^. Fils d'un architecte et d'un géomètre

* T. IV, p. 517. oTav {làv âxpi6ioTep6v tic êiceUpX^'^>^ ^^^ ^^ âx6Xou0ov Ct)TOV|i.£va> &X9^ ^^ ivxoLVt^^ cician^lAïQC, Srav hï mpi tivcc £XXou icpdyiAaTo;. axotco^iuvoc iv icapépYC{> nept TouTb>v to icpbc ttiv icp6xtipov ataOt)atv..* >iYt<*v àpxctxat.

* Vers 150, da moins d*uii de ses disciples, à l*âge de li ans. Gai., t. V, p. 41 > Vers 150 ap. J.-Cb.

« Vers 110 à 130 ap. J.-Ch.

s Qui rigne de 117 i 138.

•Qui règne de 193 à 211.

7 T. XIV, p. 65, de Antid.^ 1. 1, c. 13. «âotc toO vOv ^vtoc t^i&ûv avroxpotTopoc Sc6i^pov. Ackermann, d'après Fabricias (J9i6. Gr.^ t. V, p. 377), rapporte qn*on a contesté les conclosions tirées de ce document, iousle prétexte que le nom de Sëfèri s'applique babituellenent aussi, cbex les auteurs, à Vérus, et que les mots i%\ t&v vOv litrioTcov avToxpaT6pcriv, t. XIV, p. 217, désignent, non pas Sévère et son fils Cancalla, mais M.-Aurèle et Vénis. Si le livre même où ce renseignement est puisé. De Tkeriaca ad Pisonem, paraît d*une authenticité douteuse, il n'en est pas de même du livre de Antidolù, qui prouve que Galien a réellement vtou jusque sons Sévère.

* Voc.

814 mSTOlRB DB U PSYCHOLOGH UKB GRECS

savant, Nicon, qui lui donna lui-même une éducation grecque libérale, qui comprenait l'étude des sciences et des lettres ^, il entreprit d'abord, vers l'&ge de 14 ans, Tétude de la philosophie *, et à 17 ans celle de la médecine, tour à tour sous Pélops et Saty rus, commentateurs dllippocrate, et Numisianus', célèbre médecin de Corinthe. U se livra avec une telle ardeur qu'il en tomba malade, à ces sciences qui forent l'une et l'autre l'objet passionné de tous ses travaux et remploi de toute sa vie ^. Après la mort de son père, il visita dans l'intérêt de son éducation philosophique et médicale, Smyme, Corinthe, Alexandrie ^, puis il revint à Pergame, son pays natal, où il fut, pendant cinq ou six ans, médecin des gladiateurs. Après un court séjour à Rome et en Gampanie, il fut rappelé par M.-Aurèle et se rendit à Aquilée, où se rassemblaient les troupes pour la guerre de Germanje, mais il se refusa à le suivre dans cette campagne et resta en Italie, à Rome même, où l'incendie du temple de la Paix brûla une grande partie de ses ouvrages. On sait par lui-même qu'il y était encore sous Pertinax, en présence duquel il fit plusieurs leçons publiques^.

Son savoir est prodigieux et son labeur immense''. On se demande même comment il a pu concilier avec les exigences de la pratique et de l'enseignement de son art le nombre énorme de ses productions écrites, qui s'élèvent à près de 400 ouvrages.

< Gai., t. VII, p. 855; VUI, 587 icatT)p tiv t|io\ axpt6Av t^v xi^y 'EXkf[mv diâXcxTuv xQi\ diSâoxaXoc xqi\ icottSâYc^TOC *EXXy)v. * T. X, 699. cv)6vc ex \ktipa.xio\j çiXoaoçtac ipaoOlvTtc iic*èxt{vi)v vi(a|icv

YCP&TOV.

» T. V. p. 11« ; t. H, p. tu ; XVI, i3i; XIX. 57.

^ T. X, 609. doTipov... iici tt)v ttjc larpcxYjc â[9xv)9tv âçixiiufta xoi\ ^*SXov ToO pîov Ta; i'kivxr^{ULQ ixaripac l^pyoïc |i&XXov ^ X&yoïc ioicovd<K9a|Uv. Par IpYflc que fout- il entendre? Ses œuvres d'écrivain ou sa pratique médicale?

^ Plut tard et à des époques diverses, il fit des voyages scientifiques à Chypre, et Coelésyrie, à Lemnos, dans presque toute l'Asie, en Thrace, en Macédoine, ea ''**** à Scyros, en Crète.

« En 193.

^ Simplic, m PAyi., IV. OauiiaoTov xa\ KoXviiaOioraTov étvdpa.

Bien qu'il leur accorde une importance et une valeur très inégales, Galien n'a négligé aucune des parties de la philosophie. Pour fonder ce jugement de leur valeur relative, ce qui sert de mesure et de règle à Galien, comme à tous les philosophes de son temps, c'est leur utilité pratique; mais il n'entend pas cette utilité dans le sens des Platoniciens et des Pythagoriciens, c'est-à-dire qu'il ne trouve pas cette utilité dans le rapport des sciences diverses à la perfection de la vie religieuse de l'âme, dans leur contribution à la connaissance mystique et supranaturelle des choses divines et de Dieu ; on ne trouve pas dans ses écrits la moindre trace de mysticisme , d'illumination extatique, démonologique ^ et de superstitions théurgiques et magiques; il est, comme Épicure, sobre dans sa sagesse et mesuré dans ses aspirations scientifiques. Il ne demande pas à la philosophie de chercher à pénétrer l'essence intime de Dieu, pour conformer la vie humaine à cet idéal inaccessible, par des procédés que la raison ne connaît ni ne conçoit. La spéculation , la connaissance , ne lui parait pas , sans doute, être une fin en soi, et devoir être recherchée pour ellemême^; la curiosité scientifique doit avoir une fin en dehors d'elle-même 3, et cette fin, c'est d'une part la médecine, qui a pour objet de rétablir ou de conserver la santé dans le corps

^ Je ne troafe meationné le nom des démons que dans le UI* 1. des Remèdu fadieM, t. XIV, p. 561, où est indiqué un remède qui chasse les démons, xaicviC6tuva da^fiovac diuxei. liais, de cet ouvrage, le 1*' livre seul peut être attribué à Galien, quoique la plupart des critiques le déclarent apocryphe ^ le II* et le 111* surtout sont manifestement supposés. Le dernier, où se trouve la citation des remèdes contre les démons, atteste une ignorance |irofonde tt une superstition ridicule. L'auteur est certainement un dirétiea qui attribue une puissance miraculeuse à li chandelle allumée au feu de la chapelle de Saint-Paul : il a vécu aux temps des empereurs byzaniins.

* C'est ainsi, par exemple, que la question du siège de TAme n'a aucuM importance pour le philosophe, si elle en a une pour le médecin, tandis que la question de sa nature substantielle, d'un ordre purement spéculatif, n'intéresse ni U morale, ni U médecine, t. lY, p. 764; t V, p 779.

' On s'aperçoit cependant bien vile que la passion de savoir pour savoir anime et vivifie son esprit et soutient son ardeur et son courage, dans un effort qui a duré, comme il le dit lui-même, toute sa vie. La conscience des fins pratiques de h recherche scientifiqq^ n'a pas manifestement accompagné toute son activité ialelleetnelle, ni présidé i ses travaux.

de rhomme, de Tautre la morale qui a pour objet de rétablir ou de conserver la santé dans son âme, c'est-à-dire la vertu. L'homme seul est donc éminemment l'objet et la fin de la science humaine, et la valeur de toute science se mesure à ses rapports plus ou moins étroits, plus ou moins nombreux à TAnthropologie.

Il n'est pas nécessaire que VHistoire des philosophes^ qui figure parmi ses ouvrages, soit authentique S pour pouvoir dire qu'il avait accepté la division traditionnelle de la philosophie en trois parties , mentionnée dans cet ouvrage : la logique, la physique et la morale. Il s'y conforme dans tous ses écrits ; mais il faut se rappeler que, par le sens que les anciens attachaient au mot physique, il comprend ce que nous appelons la métaphysique et la psychologie. Pour Galien, la psychologie est sinon la partie la plus haute de cette science, du moins celle qui intéresse le plus l'homme, et qui par là même a le plus intéressé Galien, avec la physiologie qui, à ses yeux, se confondait en partie avec elle.

Nous rangerons donc l'analyse de ses opinions, qui malheureusement pour nous se présentent, dans les ouvrages conservés, sous une forme fragmentaire, et sont introduites à l'occasion de questions spéciales, sous les trois chefs : psychologie métaphysique, psychologie de la connaissance, psychologie des émotions, des passions et de la volonté; mais avant de procéder à cette analyse, nous donnerons une idée générale sommaire de ses conceptions métaphysiques pures.

Pour répondre à toutes les questions que soulève la science et l'art de la médecine, Galien, convaincu de la vérité du principe de causalité, croit nécessaire, mais suffisant, d'établir cinq causes, quoiqu'en avouant qu'il peut y en avoir un plus grand nombre >.

* Elle est certainement apocryphe : ce n*est goère que le K?re de Plaeiiii philosophorunit qui parait lai-méme faussement attribué à Plutarque. Diels, et aniit hn Jnl. Martian. Rota, pensent que l'auteur est Afitius.

* T. Ul, p. 4d5. 9vyx^9''i9Wfni yIw) «Xttw t&v alttftv ^«âpx*^v.

Ce sont :

1. La cause 8i '8 ^(y^tTdi ti ; c'est pour lui la providence du Démiurge, ou la cause finale, la première et la principale, icpûTov (jlIv xal [AàXt^a. 2. La cause ôcp 'ou ou efficiente. 3. La cause il ou ou matérielle, le genre le plus bas des causes, et qu'un véritable dialecticien n'appellerait même pas cause, et qui n'est qu'une cause accidentelle ou concomitante ^ 4. La cause Bt 'ou ou la cause instrumentale, le moyen dont la cause efficiente se sert pour réaliser avec la matière la fin qu'elle se propose. 5. Enfin la cause xaO '3 ou exemplaire, formelle.

De ces causes, celle qu'il nomme la providence ou la sagesse du Démiurge, est plus utile à connaître au philosophe qui a l'ambition d'acquérir la connaissance de la nature entière^, qu'au médecin. Elle est manifeste et s'impose atout esprit qui ne s'est pas asservi à une doctrine préconçue et téméraire, et juge librement des choses ^. Qui donc, voyant dans le corps de l'homme, ce chaos de chairs et d'humeurs ^ résider une raison , considérant la structure de n'importe quel animal, où tout proclame et démontre l'action d'un sage Démiurge, qui donc ne reconnaîtra une Raison excellente et parfaite dans le ciel? Dans l'air même qui enveloppe la terre, il paraît résider une raison puissante; car l'air, par son essence propre, n'est pas apte à participer à la lumière du soleil ni à ses propriétés 5. Qui donc serait assez insensé, assez ennemi des œuvres de la nature, pour ne pas comprendre, à la seule vue de la peau même d'un animal, qu'il y a une Raison possédant une puissance merveilleuse qui

* T. III, p. 466. h |i7,d '&icXfi>; alx/av eînoc xt; âv, oT|iac, diaXexttxoc âvT)p| ÔXX'tJtoi xaTot mi(i6e6v}xbc, ^ H axoXou6iac aix^av.

* T. IV, p. 360. 9iXoa69ci> ttjc 5Xy)c çuaetoc éicion^ityiv %ty\aaa^at oiceOSovTt. 3 T. IV, 3(B0. hXtjV 81... àvTéiceTé xiç d6|a irepi ffxoi^ettov toO Tcavrbc ^v IOivto

icpoTcctfi);.

^ T. IV, p. 360. èv ToaouTci) pop6opb> aapxûv xe xat x^C^^^ Sfioïc èvotxoOvta voOv. . icdvxa yoip IfvSei^tv ï^ti voç oO 5T)|itoupYoO xv^v, ômpo^Tiv ivvoTjoet xoO xaxot xbv oùpavbv voO.

^ T. IV, 358. voOv xiva duva|iiv Ixovxa Oav|M(aTy)v ci»6âvxa xrjc y^C ix- TéxaoOai xaxà icdvxa xà |i6pia.

Chaignr. — Piffekohgie. S2

est descendue sur la terre et s'y est tendue dans tontes ses parties ^ Et cependant la terre n'est que la pins petite et la plus vile partie du monde.

Si la Raison parfaite et toute-puissante y est venue exercer son action bienfaisante, il est clair qu'elle y est venue des corps célestes -, dont la contemplation remplit l'âme d'une admiration immédiate pour la beauté de leur essence ; il est donc conforme au bon sens (cîxdç) de croire que dans le soleil, dans la lune, dans les astres, dont les corps ont une substance plus pure que la terre, réside une Raison de beaucoup plus parfaite, de beaucoup plus intelligente que celle dont nous ne pouvons méconnaître la présence et l'action dans les corps terrestres 3. Cette connaissance de l'ordre admirable qui règne dans le ciel et sur la terre, et sur la terre dans le rapport des organes des êtres vivants à leurs fonctions et à leurs fins est le vrai principe de la vraie connaissance de Dieu, connaissance bien supérieure et bien plus noble que toute la médecine*. Mais en quoi consiste cette véritable et utile théologie ? A reconnaître l'existence des Dieux et leur providence ; car c'est la seule théologie qui intéresse la vie morale, individuelle et sociale. La philosophie spéculative et théorétique peut s'inquiéter de savoir comment et sous quelle forme cette Raison est présente au monde ^ et y exerce son activité divine; si au delà de ce monde il y a quelque autre chose et qu'estrce que cela peut être ; si ce monde est renfermé en lui-même ou s'il y en a plusieurs ou

* T. IV, p. 360. Si'avToO icepiéxovTOC Y)|&âc àépoc ovx oXtyoc tic ixTCTao^si Soxeî NoO;.

> Le NoO; vient donc dans l'âme du dehors ; mais comment?

> T. IV, p. 358.

^ T. IV, p. 360. Y) icep\ XP^^'^C (loptcov TCpayuaTc^a OeoXoYt'otC àxpiSoOc àXt}06c apXT) xaTaa-rr,aeTai, noXÙ |i((2[ov6c ts xxi noXv Ttiitonipou icpâyiiaTo; 8Xv}c tij;

laTptXTiC.

^ T. IV, p. 358. ivoixetv. Les mots cxTCToto^ai et cici^ovra {Not., 6, p. Î9l) semblent annoncer que Galien concevait ce mode d'activité comme une immanence de Tcsprit tendu, suivant les Stoïciens, à travers tout l'univers, y circultot dans toutes ses parties et le pénétrant de sa substance et de son essence.

un nombre infini; si le monde est créé ou incréé ; si, dans rhypothèse où il est créé, il y a quelque Dieu qui Ta créé, ou si, sans Tintervention divine, il a été produit par une cause dépourvue de raison et d'art, par le hasard, qui l'aurait fait aussi beau que si un Dieu à la fois tout puissant et tout sage avait présidé à sa formation : la recherche de toutes ces choses ne fait pas de ceux qui s'y livrent ni de bons citoyens, ni de bons parents, ni de bons amis, ni de bons pères de famille, ni des hommes justes et des hôtes hospitaliers. Mais s'il est indifférent à la vie morale de savoir si le monde a été créé ou s'il est éternel, il n'en est pas de même de savoir s'il y a des Dieux et s'ils ont une providence. Gela, il faut le savoir et n'en pas douter, en vertu des principes de la causalité et de la finalité auxquels Galien adhère fermement.

Tout en paraissant admettre le principe des Stoïciens que Dieu est immanent au monde et y est présent et agissant, non seulement par sa puissance, mais par sa substance même, Galien n'est pas matérialiste. Il n'accepte pas leur doctrine de l'origine du monde par un développement autogène d'une.force ou substance unique d'une matière primitive ; il partage l'opinion d'Hippocrate et d'Aristote sur l'existence de quatre substances élémentaires, primitives et irréductibles S toujours identiques à elles-mêmes et gardant toujours la même place*. Il se fonde sur le mot profond d'Hippocrate: si l'homme était véritablement un, il ne souffrirait pas : et Iv Trjv av9p(i>'7coç, oùZé tcot'Jv Tj^yee. Il souffre : donc il est composé ; donc il y a dans le monde plusieurs éléments > et il y en a quatre dont le monde est composé et qui s'alimentent les uns les autres*. Ce sont l'air, le feu, l'eau et la terre *. Ni le corps de Thomme ni aucun corps n'est composé d'un seul

* T. I, p. Îi7.

3 Id., t. XIX.

^ T. XV, 95. Ta toO xiafidu oroixeta ty)v Tpoçriv U oiXXiqXwv If^ovidi tort.

éléments L'élément <rroixcTov, est la substance première et la plus simple dont toutes choses sont formées, et la dernière à laquelle l'analyse et la division les ramène '.

Galien réfute, dans un traité spécial Topinion des Stoïciens, que les qualités des corps soient corporelles ^ , si du moins on veut conserver à la notion de corps l'essence que lui donne la définition générale et commune : à savoir une substance capable de résistance, oûa^av àvr^rovov ^, limitée dans les trois dimensions; car si l'on veut se contenter de la dernière partie de la définition, le nom de corps s'appliquera tout aussi bien au vide et à l'espace qu'au corps réel lui-même.

Ces éléments, pour former les corps particuliers dont se compose le monde, se combinent entre eux, se font uns, cvoUvTai, duv^dravTai * : mais quelle est la force qui les rassemble ainsi dans l'unité et les individualise ? En ce qui concerne les corps vivants, nous verrons que cette force organisatrice est ou une âme ou une nature ; mais sur l'espèce d'unité qui constitue les minéraux, nous ne trouvons dans Galien aucune réponse, et même en ce qui concerne les végétaux, sa pensée est hésitante, et la question de l'unité semble se confondre à ses yeux avec celle delà vie, dentelle est un caractère essentiel, qu'il ne fait d'ailleurs nullement ressortir, comme si la chose s'entendait d'elle-même. Il a certainement, dans sa théorie du Pneuma, admis beaucoup d'opinions des Stoïciens; mais en a-t-il faitcomme eux un principe organisateur donnant à tout, en se divisant et se distribuant, même aux minéraux, la forme qui les individualise en les contenant dans l'unité. (juvexTixVi SùvttfxiçC ? Malgré la vraisemblance, il serait

* T. XIV, p. 3ô6. oToixtliv èoTt i\ ou icpuTOu xai àuXovaraTOv Tot ndivTx Ylyove xxi et; h àicXo>SffTaTOv Ta icâvxa àvaXuOi^vstai ôv Ifo^aTOv.

' T. XIX, p. 486. ta (xàv oroix^tx tx avToi icavTw; cîat* xoit cict tû avrû fxaoTOu |iévEi t6ic(i>.

3 T. XIX. p. 463.

* T. XIX, p. il5.

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