‹ Histoire de la psychologie des Grecs (volume 3)Chapitre 17 sur 33 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Parmi les philosophes qui ne'se rattachent à aucune école déterminée et que Diogène caractérise par cet état d'isolement de leur doctrine et appelle oi ffTropàSïiv, Zeller serait disposé à compter Dion Chry sostôme et Lucien ; mais leurs opinions philosophiques et psychologiques n'ayant aucune portée ni aucune prétention scientifiques, n'ayant même aucun trait d'originalité, je n'ai pas cru devoir comprendre dans ces études les idées psychologiques éparses dans les ouvrages tout littéraires de ces deux écrivains rhéteurs.

Cicéron, s'il appartenait à notre sujet, aurait plutôt le droit d'y prendre place : c'est un véritable éclectique et qui ne relève d'aucun système particulier. En physique, il se désintéresse presque entièrement ; dans la théorie de la connaissance , il se rallie au scepticisme mitigé de la Nouvelle Académie ; en morale, il flotte entre le stoïcisme et le péripatétisme ; mais beaucoup plus préoccupé des intérêts de la vie que du besoin de l'unité systématique des idées, il ne demande à la philosophie que de fournir des principes rationnels à la morale, à la politique et à l'éloquence.

Il ne reste donc dans la période historique où nous sommes entrés, à considérer comme penseur indépendant et isolé que Galien, qui mérite à beaucoup d'égards une étude sérieuse et détaillée. Lui-même le proclame hautement : il veut garder

son esprit et sa pensée libres Set il suit, non seulement dans les questions relatives à son art, mais encore dans celles qui concernent la philosophie, le conseil que lui donnait son père,- de ne pas s'engager facilement dans aucune secte, de se garder de se livrer exclusivement à une école déterminée, mais d'étudier patiemment et longtemps les théories de chacune, afin d'être en état de les juger librement toutes 2. Aussi il a entendu, parmi les philosophes, le stoïcien Philopator, les platoniciens Gajus et Albinus, les péripatéticiens Aspasius et Eudème.

Ce grand médecin, le plus grand de Tantiquité après Hippocrate 3, a apporté à l'étude de la philosophie non seulement une entière liberté d'esprit, ce qui est une force , mais encore une vraie et sincère passion, ce qui en est une autre, plus puissante peut-être. Il a eu le goût et le sens de la philosophie , qu'il appelle « le plus grand des biens divins »

* T. IV, 693. TTOv èXeuOepa YV(j6[xy) (jxououp-evov. Id., 360. oaxiç ye èXeuôlpa

Nullius addictus jurare in verba magistri.

T. V, p. 93. ouxe ôouXeuovtwv alpéaet Ttv\ tîov xaxà cpiXoffooptav, wcxTcep et'toôa.

2 T. V, p. 42 . [XV] TipoTCîTtbç àub {Jitaç atpéaewç àvayopeuaaç dauxôv, àXX'èv ^pôvtp uafXTToXXo) (jiavOàvwv xe xa\ xptvwv aùxàç. Cependant, il est clair que parmi les «écoles médicales, Galien a pris parti. Gelsus {de Re med., Prsef.) en distingue trois : 1. L'école dogmatique ou rationaliste, qui comprenait l'école des médecins pneumatiques, fondée par Athénée sous l'influence des idées stoïciennes, parmi lesquels il faut certainement compter Galien; 2. L'école empirique; 3. L'école méthodique. Gahen lui-même (t. I, 65) les ramène à deux : 1. ovofxaxaye xaîç alpsaeaiv sôsvxo èjxuscptXYiv xe xat XoyixT^v... XYjv [xàv èfjLuetpixYiv XYipvjxtxïiv xai [xvYjjxoveuxixv^v xy)v ôà XoytxYjv, ôoyjxaxtx^v xe xai àvaXoytaxixYjv. L'école méthodique ne lui paraît différer que de nom, (xéxpt Xoyou, des anciennes écoles, bien qu'elle prétenditse distinguer des dogmatiques, en ce que ceux-ci cherchent à connaître les causes cachées, xb aSrjXov èpeuvtbortv, tandis que nous, les méthodiques, xoîç qpatvoixévotç Staxptêoixev, nous nous renfermons dans l'étude des phénomènes, des faits ; et, d'un autre côté, ils ne voulaient pas être confondus avec les empiriques, en ce que ceux-ci se renfermaient dans l'étude des faits, tandis qu'eux-mêmes y cherchaient une révélation, une indication, evôet^iç. C'est cette école qui, prenant le contre-pied de la maxime d'Hippocrate, soutenait que l'art est court et la vie longue, I, p. 82. aùxriv {xèv (x^ xl/vv^v) ppaxeîav eîvoct, xbv 5à ptov (xaxpov.

3 Toute la médecine des Grecs, des Arabes et du moyen-âge relève de lui.

* T. I, p. 3. xb jJLeytuxov xtov ôeîwv àyaOtov, t. I, p. 53.

Il prétend démontrer à ses confrères dans un traité spécial, que le médecin accompli est philosophe Son but, comme celui d'Hippocrate, est de fonder systématiquement la médecine sur la physiologie, et de la lier intimement à la philosophie. Pour l'atteindre , ce laborieux écrivain n'a pas écrit moins de 387 ouvrages, dont 113 étaient consacrés à des questions de philosophie 2. Toutefois sans manquer absolument d'originalité, tout en ayant des vues propres sur certaines questions et non pas les moins considérables de la philosophie, je veux dire les questions relatives à l'âme et à ses rapports avec le corps, où, malgré ses hésitations, ses réserves et ses doutes, il résout ces problèmess dans le même sens et avec les mêmes arguments que l'école moderne de la psychophysique, malgré tout, Galien est un éclectique ; non pas un éclectique systématique en ce sens qu'il se proposerait a priori et professerait comme principe de la méthode philosophique de recueillir et de réunir les vérités éparses dans les systèmes les plus divers, mais un éclectique pratique qui prend les théories qu'il croit vraies partout où il les trouve fussent-elles même entre elles contradictoires,

' oTt àpKTToç îaxpbç xai <piX6<ro(poç. Spengel (Halle, 1788) a donn4 une édition spéciale de cet intéressant mémoire.

2 Ils sont tous perdus ; beaucoup même ont péri de son vivant, dans l'incendie du temple de la Paix. Je relève parmi les titres :

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