‹ Histoire de la psychologie des Grecs (volume 3)Chapitre 22 sur 33 · T. III · texte numérisé non relu

T. III

2 T. V, 633. oùx av èysyovet Ttov a'ia8Y)TY)pî(ov opyava.

3 T. III, 639. ôyvajxiç... ôtaYvoxTTtxY). Id., 640. ôiayvoxjtç.

* T. III, 641. aTiÉTeive {}e mot est stoïcien comme toute la théorie) yoOv Tiva

guer le changement qualitatif, àXAo^wcrtç, de Torgane modifié par l'impression externe, et la conscience de ce changement, Siàyvwcîiç, qui est l'effet ou l'acte d'une seule et unique faculté commune, qui vient à l'organe sans doute, mais qu'il doit à son principe, l'âme ^

Le sens du tact est répandu dans tout le corps ; c'est pourquoi beaucoup de sensations des autres organes ne sont que des impressions tactiles ^ ; c'est une impression de contact qui nous fait éprouver une douleur, quand nos yeux sont frappés d'une lumière trop vive, quand nos oreilles sont frappées d'un son trop violent. Ce ne sont pas seulement les objets extérieurs, mais aussi les matières internes du corps, qui, par le contact, nous causent des impressions, le plus souvent très douloureuses ; car le tact a pour caractère particulier de causer, plus que les autres sens, des sensation's de douleur 3.

Les corps composés de terre qui affectent notre être par le contact nous font connaître en premier lieu dans l'objet, les qualités d'aigu et de poli, en second lieu les qualités de chaud et de froid. Ce sont là les différences qualitatives qu'il est de son essence spécifique de nous révéler directement, immédiatement. Accidentellement il nous fait connaître aussi la grandeur, la figure, le mouvement, le nombre; mais ni le tact ni la vue ne suffisent pour nous révéler les propriétés des choses ; il y faut le concours du raisonnement et de la mémoire *.

Bien que les propriétés des corps soient objectivement

lauToO {Jiotpav ô èyxIçaXo; èut xb... evexa xriç yvcodew; xtov xax'aÙTO 7taÔY)(Jià- Ttov... [jLov/) Tiap.TioXu uepte^ec uveOfxa ^'^X'^^v.

• T. V, 64-1, 644. ex {xtôcç ôuvâfxeo)? xo'.vr|Ç uavxtov xtov aloOv^cjewv ex Trjç àpXYiC èTttppouCTYjç. Le sens commun d'Aristote devient pour Galien la conscience, qui reste, par là, enfermée dans le domaine de la sensation. L'homme ne dit pas : Je pense ; il dit : Je souffre.

2 T. VII, 57. xotVY) yàp aù-ry; (le toucher) uàvxœv a'KjQavofxévwv opyàvwv.

3 T. VII, 56. Tôtov ôè è^acpexov... xéxxrjxai <TÛ{jL7iX(0[JLa xy)V oôuvy)v.

* T. V, 634. xaxà ôè (îU[xgeêYixbç 8 'al loiizaX... aï (Jiexà auXXoyi(j(xoO xai (jLvyjfJiY);, ov jJLÔvov yj; alaôi^aeœç ISe:x9'0<rav ytvofjievai.

réelles, existent par elles-mêmes, iBtcf rexal xa9 'aura, Timpression qu'elles nous causent a quelque chose de relatif. Le chaud, par exemple, peut nous paraître plus ou moins chaud et même froid, si nous ressentons en même temps ou à un court intervalle de temps, la sensation d'un corps plus chaud *.

Les phénomènes de la vision présentent des caractères singuliers. A la suite de certaines affections de l'organe visuel, produites par la fièvre, la pneumonie, la phrénitis, cppevatç, la céphalalgie, on croit voir des objets extérieurs qui n'existent pas, par exemple des mouches volantes 2. Cela tient à une illusion de la faculté de représentation, cpavTaaioc, qui vient de l'habitude qu'elle a prise de projeter au dehors toutes les causes des sensations visuelles. Le mécanisme optique par lequel Galien explique ou essaie d'expliquer le phénomène est assez obscur : le pneuma visuel est, par l'ouverture de la pupille, constamment en combinaison avec l'air extérieur, qui devient comme une sorte de prolongement du pneuma et concourt avec l'œil à la production de la vision. L'œil ainsi s'allonge dans l'air extérieur et touche pour ainsi dire directement l'objet. De ce processus naît pour l'œil ou plutôt pour rv]Ye(jLovi5cdv du cerveau, pour la raison, l'habitude de chercher et de poser toujours la cause de son impression à l'extérieur, dans l'air qui le baigne et le touche, et lorsque dans l'œil une humeur épaisse ou noire fait obstacle à rémission des rayons visuels, on croit rencontrer cet obstacle dans l'air extérieur, et de là l'illusion des mouches volantes ^.

Les sentiments de plaisir et de douleur n'ont pas lieu, comme on le croit généralement*, au cerveau, à l'organe central, mais bien dans la partie atteinte par l'impression ; c'est

1 T. XI, p. 554.

2 T. XVIII, p. 73. [xutwv uapauéTaaOai Soxouvtwv.

•T. XVlll, p. 73. ôcà ToO veupou cwv xaxà ôax-cuXov, el ry^o'» '^o^ •71080; aîaÔâvexai 7ïa6y]{ji-âT0)v ô èyxéçaXoç, oÛtw xai ôtà toO Tiépi^ àépoç twv exToç UTioxciu-évtov opaTtov... x. t. X. * T. V, 641, 642.

bien là que nous en avons conscience et qu'ils existent réellement. Ce qui se comprend puisque le nerf n'est qu'une partie, une branche du cerveau même et qu'il en possède les facultés, à savoir la capacité de distinguer et de connaître*, xh BiayvtoaTtxov. Cette capacité appartient à la partie organique périphérique touchée, parce qu'à elle se termine le nerf parti du cerveau. Aussi voyons-nous que la section du nerf fait cesser la sensibilité de l'organe où il aboutit 2.

Sans doute, il y a une source commune de la sensation, un sensorium premier, ttoôotov at(j9-/iTtxdv 3 ; mais c'est dans les organes particuliers que se réalise la modification, àXXotoxji;, imprimée par les objets sensibles. C'est la partie altérée qui a la sensation de cette altération, parce qu'elle reçoit du cerveau la faculté de sentir, qui lui est transmise par le nerf. Le cerveau n'est pas naturellement un organe de la sensation : il est le sensorium des sensoriiims ^ ; c'est lui qui envoie par les nerfs à toutes les parties de l'animal la faculté de sentir, TTjv at(T6Y|Tix/jv âuvafjMv. Dans cette sensation, nous connaissons deux choses : la première, qui précède certainement l'autre, est l'état interne de notre être, la sensation subjective du plaisir et de la douleur, l'aifection de notre corps, ro TràOo;, c'est l'état de conscience affective. La seconde est la connaissance de l'objet externe qui a mù l'organe, et causé forcément l'impression sentie^. Ces deux phénomènes psychologiques, sans se confondre, se réunissent et peuvent paraître simultanés, cuvetaép/^exai ^.

* T V, 6i2. aÙTÔ Te yorp to veOpov eyxeçofXou aipo: Ittiv, oTdv Tisp otxpsijifov (surru'us) T) fJXoJa-r.Taa ôs-ooou, tÔ zs (Jispo: ecç b £u-cp"j£Tat Trjv oûvafxtv aOioO ôex'îP-vov eîc oXov éauxo) ôiayvwcjTty.ôv y'veTai t5)v ^'auôv'ctov uvxoù. T. VII. 140.

3 T. Vil, Ud

^ T. VII. 139. oOx a'iaôoTcxbv opyavov ûiib ty)? çuaewç, àXX'aldOox'.xcov aîa-6y)Tivb: èyéveto.

5 T. Vlll, p. 792. TrpcoTrjv aîaOr](Tiv £^/o[X£v... twv xatà xo r](ji£Tcpov ocbjjia 7ia6/]aâTa)v. . . TUVEialp-zeTac oè a'jxô) x'.vou[j.£vou te xa\ (3ia^ou£vou y; yvîôcrtç.

^ Ni la conscience, c'esl-à-dire la connaissiince de l'un it^ du moi. ni la conscience de soi, c'est à-dire la connais.sance de son idenlilé, ne sont comprises, d'api ès Gulien,

Chaignet. — Psychologie. 24

Il ne faut pas croire, malgré les apparences, que la notion de mouvement nous soit fournie par la sensation : nous l'obtenons par le raisonnement Ce que la sensation nous permet et ce qu'elle seule nous rend capable de nous représenter, c'est la vitesse ou la lenteur relatives des mouvements; mais le mouvement qui fait qu'un corps nous paraît quitter facilement le lieu où à chaque instant il se trouve, nous paraît être un mouvement vite; celui qui fait que le corps y semble le plus longtemps demeurer, nous paraît être un mouvement lent 2. C'est donc d'après les changements de lieux que la

dans les faits de conscience que nous atteste la sensation. Du fait de conscience, je souffre, uous avons vu qu il ne t re qu'une conclusion, à savoir que 1 liomrae est un être composé cl non simple cl vramienl un.

^ T, Vlll, 884. ûr,Xov oTi <juXXoY'.(7(jLà) TY]v v.ly/)aiv oùx alabr^azi Y"vwpiÇop.£v. Galien renvoie à ses traites sur le mouvement la question de savu r si le corps qui se meut n'est pas en même temps, sous un auire rappoi't et dans une certaine mesure, iniu.oLiie : il cioit uue c'est la solution la plus vraisemblable de toutes les dilficuliés qi.e soulève l idée du mouvement.

2 T. Vlll, 883. oTTEp ôà <pavTc<!^sTat p.6vov rj aî'aOriac; etç T:ry diÔLyvuirsiv Ttov rax^côv Ts xa\ ppaôéiov. La notion de mouvement est donc, suivani lui, condiditionnée avant tout par la nulion d'espace, et >euiemcni en te ond lieu lar cel.e de temps, dont Ga.ien ne nous expliqu j pas l'origine. Sur la nalure ûe l'espace (Simplic, inhliys., b. m., 375, a. lu. Tliemist., P/tys , 38, b. u. bcli. Ar., 315, b. 11), il soutient, contre Arislote, que c'est l'intervalle entie les limites du corps, ce qui ne seiait exact que dans l'iiyputhèse du vide, et que la ddinilion du temps qu'il a d nuée contient uu cercle. (Simplic , in Pliys., 1(37, a. u; Ki'J, b. m. ; Tliemist , Phys.^ 45, a. m. Sch. Ar., 3^8, b. 20). Un lil eu etiel dans Théniis'e : a Supposons, dit Galien, un vase dont on re ire 1 eau qu i conlenait, san> qu'aucun autie corps s'y introduise : Tcspace sera l'iiitervalle en re ses parois. Mais, Ion bypolhè e est ab.^urde, ô sage Galien, et po-e le qui e^t en ques ion ; car, à mesure que l'eau est reiirce du vase, d sempiii d'air. L'e>pace enveloppe; riniervalle est enveloppé. U faut séparer la noiion d espace des corjis; l'intcrvalie coexiste avec les corps et est compris oans leur liolion, a'jveia.-ce xat anvuucip/ETat ». On lit rgalemeni dans 'lliémi-ie : « Dans la ^en^allon -u mouvement entre el pénèire celle du lemps, qui y estl éeet éiri ileuient SUSpen.lUti, auwf.fj-zx-za; xot.'. auvéÇeu/.Tat xa- auvr,pTr(Tat àxptêâ)ç U est doUi- clair qu'il n) a pas de ttmpj sans mouvement. Mais il ne taut pas coiiipiendie ces mots sans muuveunnt, connue h; tait Galien, qui s'imagine qu'Ari^tule a voulu due que c'est eu nous luouvtint ijue uous aiquérous .a noIion ou lemps, xivotjv.£voi vooifjiEv xbv ^(povov. Se:, objeilioiis portent a taux : En n^ius mouvant, dil-il, nous concevons les cl.ose^ iu. mobiles, par exemple, les pôles du monde, le centre de I;. terre, et ces choses Sont immobiles. Galien croit et a tort de croire qu on [ eut cétinir le temps par lui-n,ême. 11 éuumèie beau, oup uc biguificationb de l'anlérieur et du poséiieur, et du qu'une seule convient à la déiiniiion, celle du temps, qui serait alors le nombie du mouvement dauN le temps. Maib il tant savi ir que ce u e:t pas rcniérieur et le postérieur dans le tenjps qui con5>iilutni ranléiieur et le postérieur dans le mouve-

sensation nous donne cette connaissance et non pas d'après le temps du mouvement total, soit qu'on le considère en soi, soit qu'on le mesure par comparaison. Nous avons ainsi facilement une notion de la vitesse et de la lenteur que nous n'aurions pas si nous étions obligés de calculer, pour l'acquérir, les quantités des temps et des distances, et d'en établir les rapports numériques. Au premier coup d'œil, dans un corps dont la vitesse est inexprimable, nous avons la notion d'un arrêt de mouvement du corps mù, et c'est cet arrêt qui nous fait conclure, par un raisonnement, qu'il change de lieu C'est pourquoi nous nous représentons comme immobiles, 7]«7.Tv (pavràCerat {/.évovia, certains corps, quoiqu'ils se meuvent avec des vitesses énormes, lorsqu'ils sont très loin de nous, le mouvement ne nous étant sensiblement connu que par le repos, par l'arrêt de mouvement, et cet arrêt de mouvement nous échappant par suite de la distance. C'est ce qui prouve aussi que c'est un raisonnement et non la sensation qui nous donne la notion de mouvement. Car lorsque chacune des premières parties sensibles du corps mù demeure, s'arrête dans le premier lieu sensible, pendant le premier temps sensible, le corps paraît immobile. Lorsqu'au contraire la première partie sensible ne demeure dans le premier lieu sensible que pendant un temps plus court que le premier temps sensible, le corps paraît en mouvement,

ment, et, qu'au conlrnire, ce sont ceux-ci qui constituent l'anldricur et le postérieur dans le temps». Enfin, dans Simidicius, on tr-uve ; «..., (Scli. Ar , 388, a. 42). « De ce qii vient dèvù d t, Giiian. dins le vm* 1. de son Apodiclique, suppose qu'Arislole a coni lu que le te.nps n'est |'a<î sans mouvemeni, parce ce que nous le concevons lui-même comme mù, x-vouuevov vooOp.£v aù-côv. (La 11 çon y.\\o^j\i.z\ov oe Sunplicius est prclorahlc à c< I e \W. '\\m\\\i>W. qui a lu dans' Galien. x'.voj|j.evot, ce qui rend le raisonnement, non seulement faible, mais peu mtclligible). et il ol)jei le qu il fjudia alors néi essairemcnt que les ( lioses imm 'biles soieut douées de mouveuient, puisipie nous n'iuquéruns la nolinn île ces choses immobile-^ qurf par le mouvciuiinf. Il aurait dû coin tr ndie qu Arsiute ne veut pa-J que I ame >oii urne, mais (ju elle agit , et qu'il n'appelle mouvcmcnis que les cliangeiiieni> de place de's clio es de la nature ».

* T. VIII, 883 xaxà yàp Tr,v 7rpcoT/-,v èiiiSoXYjv Tr;ç o^j/sw? opD"iiT(j) xtvt "/pôvou PpaxuTYjTt npoo"/py^cra[jLcvoi tyivuovyjv toO xivoup.£vou acop-aTo; éyva)pc(7ap.ev,

c'est-à-dire que lorsque le corps ne demeure pendant aucun temps dont nous puissions avoir conscience, à/povoç [j.ov-)^, son mouvement devient alors sensible K Ainsi la notion du repos nous est fournie, quand nous pouvons percevoir sensiblement le temps d'arrêt du mouvement du corps. La notion du mouvement nous est fournie par le fait contraire. Ils sont donc non seulement relatifs l'un à l'autre, mais subjectifs. Ce sont des positions de la raison ou des suppositions. En soi, dans leur essence et leur nature, le temps et l'espace sont divisibles à l'infini; mais mesurés par la sensation, ils reçoivent des limites, des divisions, des nombres, des parties premières indivisibles. C'est le raisonnement qui, sur les données de la sensation, peut seul accomplir ces opérations logiques. Nous avons donc eu raison de dire que c'est la raison et non la sensation qui nous fait connaître le mouvement 2. Ce qui pourrait induire en erreur à ce sujet, c'est que la raison est une faculté très voisine de la sensation, et que le mouvement de l'esprit, vou;, passant de la sensation au raisonnement est si rapide que souvent ce qui est l'œuvre de l'une semble le produit de l'autre 3.

Lorsque ce mouvement est moins rapide, c'est-à-dire lorsque nous pouvons avoir la sensation du temps, si court qu'il soit, pendant lequel la première partie du sensible demeure dans le premier lieu sensible, comme dans l'ombre mobile du Gnomon, dans les mouvements de la lune, du soleil, des astres, alors nous reconnaissons clairement que c'est au raisonnement et non à la sensation que nous devons la notion du mouvement, parce que c'est évidemment la raison seule qui établit et peut établir le rapport entre l'arrêt de mouve-

1 T. VIll, 884.

2 T. Vlll, 884. £xa(TTov [xèv yàp xoSv £Îp-/)[jL£va)v (le temps et l'espace) eîç aue-.pov xéfxvecrOat ôuvaxat, Tzpôç ye xrjv çuct'.v, oàabr^aei ôè fjL£Tpou(;eva Tiptoxa xtva xa'i àx(j!.v5xa x£xx/;xai [jiôpta.

3 Id., 88i. xô) ôè TiapaxeicOai |j.èv aiarÔT^dct xbv a\)ïloyiG[Koy, xaxt'ffxrjv Ô'etvai ToO voO XY^v jjLExâêafftv, où auXXoycTixy, àXl' alaOï^ffs; ôtaytvcotxiteaôai ôoxàî.

ment perçu et le recommencement du mouvement, constaté par le changement de lieu devenu sensible.

Les sensations sont toutes accompagnées d'un sentiment de plaisir ou de douleur. Ces sentiments agréables ou pénibles ont pour causes les rapports de l'impression faite sur les organes avec la substance dont ils sont respectivement composés, et qui la favorisent, l'excitent ou lui font obstacle. S'ils accompagnent toute sensation , ils se produisent dans des degrés différents. La vision n'en cause pour ainsi dire aucun; l'odeur et le goût, au contraire, de très vifs dans les deux sens. Le toucher, dans lequel Galien fait entrer le sens musculaire, le sens vital, le sens du corps, a aussi ses plaisirs et ses douleurs, mais il est la source de plus de douleurs que de plaisirs. Les uns et les autres proviennent de ce que l'organisme est rétabli dans son état normal, ou qu'il en a été dérangé, comme l'avaient déjà remarqué, c'est Galien qui le rappelle, Platon dans le Timée et avant lui Hippocrate^

Galien croit à la possibilité de la connaissance, mais d'une connaissance limitée, limitée dans son étendue et limitée dans son degré de certitude qui ne peut pas aller jusqu'à l'absolue certitude. Sa théorie de la connaissance est tout éclectique. S'il y a des connaissances vraies, il faut savoir par quel caractère elles se distinguent des fausses. Quels sont donc les critériums de la vérité?

D'abord il n'y a pas de critérium physique, matériel. Le compas qui décrit le cercle , la coudée qui mesure les longueurs, la balance qui détermine les poids, ne sont pas des critériums; ce sont des instruments créés par l'homme et auxquels la raison qui les a inventés nous fait savoir que nous pouvons ajouter ou refuser foi, c'est-à-dire que la raison les juge, tandis que le vrai critérium juge et ne peut être jugé.

Les objets sensibles ont pour critérium l'évidence, èvàpyeta,

' T. VII, 124. ouTco \lÏv h nXaTwv ô SI 'luiroxpccTY^ç ïv. TraXaiôxspo;.

des perceptions sensibles. La sensation, par la présence nécessaire des choses qui la causent, produit une évidence^ entraîne une certitude immédiates *.

Les objets intelligibles ont pour critérium l'évidence des notions intelligibles, c'est-à-dire sont connus par la raison qui est en possession de certaines vérités , immédiatement connues avant toutes preuves, qui sont attestées par le consentement universel et sont les principes naturels de toutes connaissances "2. C'est la nature elle-même qui nous a donné ces critériums , qui nous a appris qu'ils étaient des critériums, et sans aucune étude préalable nous a persuadés qu'il fallait y ajouter foi. Celui qui met en doute leur certitude n'a qu'à renoncer à tout art et à toute science. Ces organes naturels de la connaissance, cpuctxà opyava, sont, comme nous l'avons dit. lasensation et la raison, YvwaTj, qu'on peut appeler encore si l'on veut, Btà-yota, vou,-, loyi'JiJ.ôq^.

La mémoire, la réminiscence, la représentation ou imagination, cpavraTta, ont toutes pour racine et source la sensation. Le principe qui a son siège dans le cœur, a directement et immédiatement, xa9 'eauxT^v, les fonctions suivantes, de tendre l'âme et de lui communiquer la force et la persistance, 6 Tovoç xat To [j(.dvttj.ov ; par une modification de sa nature, xarà 7rà9oç, il est le sujet et la cause des passions violentes, que caractérise la colère; enfin et médiatement, relativement, il est le principe de la chaleur et du mouvement du pouls Le principe qui a son siège dans la tête, le pneuma psychique, r7]Y£[Aovixdv, a pour fonctions propres, directes, essentielles, epyot xa9 'eotuTT^v, l'imagination, la mémoire, la pensée, vdviatç, la réflexion, Siavdïiat;, la raison discursive, Srivoia, et pour

* T. I, 50. El yàp £^ sauToO ti cpatvotTO Trpbç atTÔoffiv v6Y}fftv èvapyw:, où XPrjCet toOto ÇY]Tr,fl-£a)C-

2 T 1, 49. £)'(o xà (/àv ataôy)Tà toi; èvapy&ç oùa^-qfrti (poLivo\xi\oiç, xà Se voY)xà xoîç èvapytbc vooupievo'.ç.

fonctions médiates et relatives, ev tw upo; la sensation et les mouvements volontaires *.

C'est donc au fond l'âme qui pense, c'est la raison qui sent par les appareils organiques sensibles, qui se souvient par les objets sensibles, qui voit, dans les choses et les idées, l'accord et la contradiction, qui opère l'analyse et la composition, ce qui revient à dire, malgré la nature distincte et séparée des trois âmes, qu'en réalité il n'y ena qu'une, douée de plusieurs facultés : la sensation, la mémoire, l'intelligence, cuvectç, et les autres, et c'est ce qui explique comment nous pouvons dire que l'âme voit et qu'elle entend ^2.

Des vérités manifestes immédiatement connues par la raison, de ces principes premiers de toute connaissance, àp/yi >oyixai, Galien cite les axiomes suivants : deux grandeurs égales à une troisième sont égales entre elles ; rien n'arrive sans cause; toute chose vient d'un être ; du non être rien ne vient ; aucune chose ne peut être réduite au néant ; il faut, sur toutes choses, affirmer ou nier 3.

Pour passer de ces vérités connues à celles qui se dérobent à la prise immédiate de la raison, il faut pouvoir les démontrera l'aide d'une autre connue par elle-même et prouver que tous les raisonnements s'accordent entre eux et avec ces vérités premières*. Ce qui ne peut avoir lieu que par le raisonnement logique, dont la théorie constitue la troisième partie de la philosophie et est indispensable à toute recherche scientifique 5.

* Cette distinction entre les activités de l'âme, xaO'êautyiv, et ses activités considér(^es dans leurs rapports, èv tô) upo; xi, a quelque analogie entre la distinction de Bichat, entre les fonctions de la vie de nutrition et les fonctions de la vie de relation.

2 T. IV, 770 et 771.

3 T. X, 36, 37. Galien adopte ici, comme il le dit, les principes des anciens philosophes

^ T. I, p 50. En présence de propositions dont la certitude immédiate n'apparaît, ni à la sensation, ni à la raison, xr;? è| Ixépou Trpoaôeîxai yvtodso);.

s La coDlradiction est la marque de l'erreur, t. X, 108. ôxi yàp èauxoî: ol Xoyoi Siaçépovxai. T. I, p. 108. xo (xev o5v àXrjOà; xpîvexai xî) loO Xoyou aupiçwvta

Cette science nous permet de distinguer le vraisemblable qui n'est pas vrai, des vérités absolument certaines*, le possible du nécessaire, que tant de philosophes même confondent. La première partie de la Logique est la théorie des catégories que Galien réduit, comme les Stoïciens, à cinq : la substance, la quantité, la qualité, la relation, la manière d'être relative, Tipoç n ttwç £/.°^^- Ailleurs^, il se borne à dis-

■jtpbç xà û-jToy.etVeva Mais fie ces faits ou vérités, les uns sont manifestes, opaîveTai ; les aiilivs se déiobent. y.pùn-zixx:. Des choses manifestes, les unes sont pen eplibles et peiÇLi'S p,ii' elles-mêmes, xaxaXr.TtTa, cotnme 1- bl.in' et le noir; les autres sont perçues au innycn d'iiiili'es, par exemple celles qui sont connues par les signes qui les r vi'lent Dcîs choses qui se dérobent aux sens, les unes sont évidenies, comme deix et lieux font qu.itr^^ ; It s au res om tie>oin d'une 'léuionsiralion

En tout cas, il laut loujour? rapporter le raisonnement à la nature de la chose en quesliim, au subalrai, xo 'j7co/.ct[j.£vov C'e>t une iln-uiie sloiVirnne. qui repré>enle la nialièie en soi, sans quaiit' s, la puissance de- fo:mes Plotin, VI, I, c 25j S'il s'agit d'un»' propuàiliou d'ordie phf'uoiu nique il fmt qu'elle s'ai-corde, ècpapfjiôÇstv, avec !e> véiilés île cet ordre; s il s'agil de |iroposilions touchai t 1 oritre des ctioses supiasensible.s, V faut voir si elles s'accoiucnt avec les piopositions de cet ordre.

Des I rop -suions d'ordre phénotinmique, awv çatvofjiviov, les unes se. l immédialen eut jugées par la sensation ; le cnlérium des autres est l'i.bseï vaticn compaiative, Yl (TuaTiapaxTiPoT'.:. I>es pioposiiinns de l'ordre ultraphénomf'nique, xtbv xpuTcxop.évwv, le- unes sont d''^ne évidence immcdiaie, el leur caracte e di-lini tif, c est la xoivYi TiàvTfov ivbptÔTcwv i'vvoia, cnnini^' le principe de conlr.idiclion ; es autres ont bcs in ce dé" ous ration, cl le caractère do leur vérité, c'est que la démonstraiion immt e leur ac^ ord avec I s véi it s du même ordre recon mes. irpo: xà ôfJoXoyo'jueva fîuucpwvia. (>el accord lui-inènie se i. pnoriH. soil à "les faits évidents d' jrdre piiénomi'nique, Tipb; xà 9aivrj[jt,£va, son h des propositions évidentes n'ordre ullraphénoménique. irpo; xa évapyri, soil à des propositions déjà démontrées, nphç xa aTTooEOc'.yfjiva.

* Galien avait consacré à la logique de nombreux travaux. 11 n'est pas pnsi^ible, dit-il (t. V, 91), d ab-ricr les qu stions |i!:ilo-opliiques, que les ignorants s^ nls croient si fades à lésoudre si l'on ne possède P"S l'ait de la di'iuons'ration et une méthode logique, x^P-? ÔLTzooz-lzttiç xai [jebo«5oO Xoyt/.r,::. Aussi, avait-il éc it un traité spécial Tzepi xr): àn'jot.^tMç (t. V, p 63'n, où il avait établi ces princines : (T. I, p. 2^4). Celui qui ne connaît pas la natiiie et l essc C' de la démonsnaticm oùaîav àuoos.Esco:, comme en font I aveu q elque— uns de ceux qui pi étendent êlrc des phdosophes, celui \ > ne doii pas awiir l audacc de rien prol'es-er C e.>l comme si un Ignorant m maLhéma iques ei en géoinéirie prétendait pouvoir prédire les éclipses du soleil. »

2 f V, 777. ô[xotox/)xo: yàp o{;(T-/)ç Tzoï'kriç èvîo:ç xcbv TuiOavcov, oùx àXr,6tbv Se Tcpoç xoO; ovxfo: àlrfiz'.ç Xôyou; Id , V, 93. oùx èrcaûovxo çtXovety.oOvxôç àXkr^'ko'.z y.a'i riiJLiV ol cp'.Xocrôcpot (jy) Suvap-evoi ôiay.pîvai xouç £vo£-/o!j.£votj; Xôyou; Ôl-ko xcbv àvayxa'.cov. 11 y a. dans les principes do dénionslralio-i el iians les conséquences, beaucoup de choses fausses qui le-semblent à des vraies Pour les di>iini;uer les unes des autres, il faut non seulomeni une liuesse et une justesse d esi rit nalurels, mais il faiil un art : 7rcp\ viv (celle nntière; r\ xâ^v/) ôiaxptêdi [Asxà ToO 6-,>vOvoxt >.al xr|V cp'ja-ixr,v £/£iv ày^ivotxv.

^ Dislinclion stoïcienne entre les upo; x: et les Tcpoç xc tko; è'xovxa. Le rapport du doux et de l'amer est un -npô; xi ; le rapport du dioit et du gauche est un Tïpô; Tt Tcw? 3/ov. Mais les Stoïciens faisaient rentrer la qualité dans les relatifs, et

Lk PSYCHOLOGIE ÉCLECTIQUE DE GALIEN

tinguer les substances des accidents, et divise les accidents en états actifs, états passifs et dispositions naturelles de la substance, èvapystai, TriOr,, SiaOsffstç. La seconde partie et la plus importante de la Logique est la théorie du syllogisme et TApodictique ou la théorie de la démonstration. Toute la science de la Logique est la première dans laquelle doivent être exercés ceux qui veulent comprendre les théories de la médecine 2. C'est l'introduction nécessaire à toute science et à tout art fondé sur des principes rationnels.

Galien l'en dis'ingue. Le ufoç s^ov des Stoïciens est presque l'accident des catégories d Aiistote, et comprend même le quantum. Le -rcpô; it est au uotôv comme le Tîpôç Ti nco; s'x^'^ ^'X'^^-

1 On sait qu'il avait ajouté une quatiiène figure aux trois qu'avait jugées suffisantes Aristute. Conf PrantI , Gt;sch. d. Log., p. 5"0. Ce sont les Arabes qui nous ont laissé ce renseigneinfnt. Dans rette figuie, le giand trrnie est sujet de la majeure, et le moyen son prédicat; le m^yen est sujet de la mineure, et le pi lit terme son prédicat ; dans la conduMon, le petit terme est sujet et le gratid prédicat 11 n'est pas tout à faii exact de dire qu" Galien a inventé une nouvcll.' figuie : il a simp eoienl classé en qu.tre les figures qu'Ai i>loie ramena, t à truis. Gaiien se fonde sur la place que le moyen i eut occuper dans l'ordre des propositions prémisses, (t, il est clair qu'il ne peut en occurer que quatre différentes, ; il est ou sujet en la majeure et attiibut en la mineure :

p- JJ- I (G = grand terme ; P = petit terme) — 1" figure, ou attribut en la majeure et en la mineure :

p; M j - 2« ligure, ou sujet en l'une et en l'autre.

ou enfin attribut en la majeure et sujet en la mineure.

Mais foutes les conclusions qu'on p-^ut former par cette ligure se tirent aussi régulièrement, en ch ngearit l'ordre des prémisses, de la l''^ et de la 2'. Aiistote s'est fondé >ur le rapport de conlen-mce des termes, et si on les di>pose de telle sotte que le plus étendu comprenne le plus peti', le moyen n'aura plus que tn-is places, et le sylliigisiu ' que tiois figures : car, on le moyen sera au mi ieu des deux extrêmes, d'uù la première fiijure ; ou le premier des extrêmes, d'où la seconde; ou le dernier, d'où la troisième. G. M. P ou M. P. G. ou G. P. M.

L'innovation de Galien ^st tout externe, toute formelle. Conf. sur la figure deGilien, Trende'enhuig, l oqhch. IJntersucli, 186:2, t. 11, p. 308; Ueberweg, Sijslem. d. Loyik , 1857, p 2'73.

2 T V, 634. xaO'v^v Trpojx.iv à^:to yeyufivaaôat tÔv àxp',6a)ç eTreaOat toÎç vùv Xeyofjtévotç ècpcefxévov. T. 1, p. 59. Xoyixr|V [xéôooov àcrxelv "/^'P''^ "^^^ yvtovai quels sont les genres et les espèces des maladies et des remèdes.

I 4. — Théorie des émotions, TràÔYi, et des sentiments.

Nous avons vu plus haut que si elle n'est pas une substance incorporelle dont la nature est incompréhensible, l'âme est un pneuma, c'est-à-dire une espèce particulière de matière propre, et que cette espèce de matièï^e n'est qu'un mélange des quatre qualités primitives ou des quatre corps qui les possèdent, xpa^t;, et surtout de la substance aériforme et igniforme, aussi bien l'âme pensante que l'âme qu'on appelle mortelle*.

Car des quatre humeurs dont les exhalaisons forment ce pneuma, trois dans l'organisme répondent à trois des éléments primitifs des choses : la bile blanche au feu, la noire à la terre, les glaires à l'eau ; l'air est le seul élément qui pénètre dans l'organisme directement de l'extérieur et y devient pneuma^.

Du mélange plus ou moins bien proportionné de ces quatre humeurs dépend le degré de perfection delà composition du sang ; du degré de la perfection de composition du sang dépend le degré de la chaleur interne, qui est par son essence très rapprochée de l'essence de l'âme 3. Le tempérament parfait, suxpaxov, consiste dans une composition des éléments constituants telle que laqualité caractéristique parfaite del'être soit parfaitement déterminée par elle : par exemple, l'intelligence dans l'homme, dont elle est la différence caractéristique. Un individu peut, par conséquent, dans l'intérieur de son espèce être considéré comme euxpatov, parce que tous les caractères distinctifs de l'espèce sont en lui clairement exprimés et fortement imprimés, tandis que comparé à d'autres animaux,

* T. IV, 784. rj Trjç 'î'ux^Ç oùcta xaxà Tcoiàv xpaaiv àlpo; te y.<x\ uupb;

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