‹ Histoire de la psychologie des Grecs (volume 3)Chapitre 24 sur 33 · T. VU · texte numérisé non relu

T. VU

5 Id., vn. 60.

^ T. V, 506. TiÔTspov èvepyeta; y] itdôrj Trpoffayopeuxéov ètjxi.

spontanéité : il naît de l'être même. L'état passif, au contraire, est un mouvement sans doute aussi, mais un mouvement opéré par un autre dans un autre. Il résulte de là que rétat actif et l'état passif se réunissent souvent en un seul ; par exemple la section, acte du coupant et état du coupé, n'est qu'une seule et même chose, actif dans lun, passif dans l'autre. De même la colère, ôutj.dç, est l'acte, àvspyeta, du principe irascible de Fâme, xou ôuaoe-.Sou;, et un état passif des deux autres parties de Tàme et du corps entier qui en subissent les effets ^.

Il y a toutefois un autre sens de ces deux termes : on peut concevoir l'acte comme un mouvement naturel, xaxà cpuaiv, et l'état passif comme un mouvement contre nature. Mais la formule xatà cpu^tv, ayant elle-même plusieurs sens, nous lui donnons ici le sens de ce qui est opéré par la nature d'après une idée, une raison première, xaxà Tcpwxov Xdyov, et nous entendons par mouvements opérés suivant cette raison première, ceux que nous poursuivons comme un but, comme une fin et non comme un moyen nécessaire pour arriver à d'autres fins-. Ces sortes de mouvements sont selon la nature, qu'ils soient spontanés ou imprimés par un autre. Ainsi le mouvement du cœur est un acte, considéré dans le phénomène du pouls ; il devient un état passif, Tràôoç, dans les palpitations, où il est cependant toujours spontané, mais n'est plus conforme à la nature.

Il faut appliquer ces distinctions aux émotions et aux sentiments de l'âme qu'on a l'habitude de caractériser exclusivement comme passions. Tous ces mouvements de l'âme sont des actes ivÉpyeiai, en tant qu'on les considère comme émanant spontanément de la partie émotionnelle de Tâme, Tou TraOïixtxou ; mais en tant qu'ils sont des mouvements excessifs et sans mesure , par conséquent non conformes à la

* T. V, 507. (Lv wauep (txotiwv avriuoieiTai xa\ [xr, 5i' ôxoXouOtav Ttvà iTÉpocç

nature, ce sont des états passifs K Ainsi la colère et la tristesse, la crainte et le désir sensuel, •?) £T:i6u[j.^a, sont des états psychiques à la fois actifs et passifs, et en un certain sens, en tant que le corps et toute l'âme sont mus par les émotions et les sentiments , on pourra dire que tout mouvement de l'être vivant est un état passif; car les deux autres parties de râme cèdent à la partie irascible, parfois même à la partie concupiscible^; la raison elle-même subit l'influence de ces deux autres parties, comme l'objecte Posidonius à Chrysippe : comment la raison, lui dit-il, pourrait-elle agir contre sa propre essence, contre ses propres lois, contre ses propres mesures 3? On ne peut s'expliquer ses défaillances qu'en admettant une autre force, dépourvue de raison , une 6p{j.7) TiXeovàCouda comme l'appellent les Stoïciens, principe des émotions et passions qui franchissent les limites et violent les lois de la raison. Cette tendance à l'excès vient de ce que tous les états psychiques dépendent de l'état physiologique de l'organisme, et de ce que l'organisme lui-même dépend de causes externes. Ainsi la colère peut être définie par un état physiologique : l'accroissement excessif de la chaleur vitale, l[jt.cpuTou OepjxoTYiToç, et surtout une sorte de bouillonnement de l'élément chaud du cœur; le caractère moral, à savoir le désir de rendre la pareille, est un accident de la passion et n'en constitue pas l'essence ^.

Toutefois les mouvements et les actes moraux de l'homme sont volontaires ; nous louons, nous aimons les uns; nous

1 La nature est donc mesure ; mais si elle est mesure, elle est ordre, et si elle est ordre, elle tsl raison.

3 .\iais celle force vitale est naturelle : pourquoi, dans son acte, dôpassc-l-ere la mesure de son éneigie propre, ïi la nature est mesure, ordre cl lai^on, comme le reconiiail Gai en avec les fcloï. icns ?

* T. V, 378 6 (xèv yap >6Y0i; oùx av ôuvaiTO ys. nXeovctÇetv Tcapà xà âa'JToO irpay^xaTâ tô xai [xéxpa.

^ T. Vi, 138 0 (xèv ye ôufjibç oùÔ'aTtXtoç a^^offic, àXX'oiov Çécrt; toO xaxà tyiv xapôiav OepixoO... aufjiêeo/jxbç yap xt xat oùx oùata xoO OufxoO èffxiv f\ xy)Ç xîiç àvxixtp.toprj<Te(0(; opeÇtç.

blâmons, nous détestons les autres. C'est la preuve que nous avons tous le libre pouvoir de les faire ; il dépend de nous d'aimer le bien de le désirer, de le rechercher et de nous détourner du mal, de le haïr, de le fuir... Ces mouvements de l'âme vers le bien et vers Dieu, sont des mouvements de la nature, cpucei, des mouvements innés. C'est pourquoi la société a le droit de punir les méchants, même de la peine de mort, d'abord pour les empêcher de nuire de nouveau, ensuite pour intimider les autres, et enfin parce que pour les grands scélérats eux-mêmes, il vaut mieux mourir que vivre.

Les mouvements passionnels de l'âme sont volontaires; mais entre eux et la volonté intervient, comme agent intermédiaire, le système nerveux, qui, conducteur du pneuma, a sa racine dans la moelle épinière. La volonté, t] Trpoatpsctc, est comme le cavalier qui tient, meut et dirige les rênes, et gouverne ainsi l'allure des chevaux : les rênes sont les nerfs, et les muscles les chevaux 2.

Malgré toutes ces explications, Galien, avec sa sincérité parfaite et son parfait bon sens, reconnaît qu'il y a dans ces mouvements quelque chose d'énigmatique et d'obscur. Comment les muscles, par l'intermédiaire des nerfs, obéissent-ils à la volonté? La volonté, c'est-à-dire la raison, connaît-elle le mécanisme compliqué qui opère ces mouvements, ceux de la langue, par exemple? L'enfant, sans en connaître le muscle moteur, ni le nerf moteur du muscle, ni la volonté qui transmet le pneuma au nerf, meut très correctement sa langue ? Dira-t-on que tout muscle est une sorte d'être vivant 3, qui entend et comprend les ordres de la volonté , place, en se contractant, la langue dans la position et la forme néces-

1 Nous sommes donc libres, même de l'amour? T. IV, 815. ÛTtâpx^t toOto uàatv ■f\\ûv àffuâ^ôaba'. (xàv tô àyaOov. Mais ce pouvoir ne (iépend-ii plus des états phy-iol 'giques? Alors, il n'est plus vrai que l organisme coiidilionne tous les états psycliiques.

2 T. iV, 469.

^ T. IV, 6'JO. xaôcxTrep ti Çcbov exaatov {xOv arjÇ poyXrjdea); ripiwv aIffOavo» txevov.

saires pour l'émission de la voix? Prêter, chez tous les êtres animés, une telle intelligence aux muscles et aux nerfs, c'est une hypothèse que nous avons déjà reconnue bien peu vraisemblable, puisqu'il est certain que ces êtres ignorent et la forme que doit prendre la langue pour parler, et quels sont les muscles qui la meuvent à l'acte de la parole : car il ne faut pas oublier que nous avons plus de trois cents muscles. Comment se peut-il faire que parmi un si grand nombre de muscles et de nerfs, ceux-là seuls se meuvent ou sont mùs qui sont suffisants et nécessaires pour exécuter le mouvement voulu*? C'est à peine si le médecin, après de longues études anatomiques, parvient à discerner la fonction propre à chacun. Il est vrai que pour expliquer ces mystérieux phénomènes, des philosophes ont imaginé que des deux âmes qu'ils admettent, l'une a construit le corps , et que l'autre le gouverne. Le plus vraisemblable, c'est encore que la même âme qui Ta construit, le dirige ; mais elle le dirige comme si elle en connaissait tout le mécanisme, et elle ne le connaît pas : c'est un fait. Dans cette question douteuse et obscure, une seule chose est certaine et claire : c'est que celui qui a créé et formé notre être possédait une extrême sagesse et une extrême puissance, et que l'admirable création des êtres vivants ne pourra jamais être attribuée, par un esprit libre du joug des systèmes et de la servitudes des écoles, à une force sans raison, au hasard.

Ainsi, quoiqu'il en soit de l'incertitude et des explications qu'on en donne, la vie morale est une vie libre. Cette vie morale n'a, dans Galien, aucun caractère mystique et théologique : il se renferme dans la morale pratique, et les vertus qu'il recommande sont des vertus tout humaines 2. C'est au

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