La troisième est celle dont il s'agit ici
4. La quatrième, la meilleure de toutes, est le délire de l'enthousiasme, la folie divine, celle des prophètes et des philosophes, svOeo; xaxoxwxtxvi xe [jLavf'a. Car le prophète ne dit rien qui lui appartienne en propre. Tout ce qu'il dit lui est étranger et lui est soufflé par un autre, oùôèv i'ô;ov... àXXÔTpia ôè Tiavxa, uTroxo^^"'^''? Ixépou. Le sage seul peut jouir de cette possession divine; seul, il est l'organe de Dieu, l'organe parlant et inspiré, èv9ouc7Îa... opyavov 6£oû rj^ouv, xpou6[X£vov xa\ ■tcXy]tx6(ji,£vov. Dans cet état, notre entendement nous quitte pour faire place à l'esprit divin qui arrive en nous, È^otxtj;£xai èv yifxîv ô voO; xaxà xy^v xou 6£cou uv£U(ji,axo; açi^cv {Qu. rer. div. haer., 518, b. Hœsch.), ou encore parce que Dieu, par une force toute puissante, a attiré 1 ame vers lui, xf,v "^u-xV ô 6£bç oXk^ S-jvaxwxÉpa Tcpbç aùxbv èTciiruao-aixo [de Abrah., t. V, Pf., p. 256). Car Dieu visite, invisible et silencieux, les âmes pures. Les anges sont chargés de visiter les autres {de Somn., t. V, Pf., 68).
De cette théorie de l'extase, il faut rapprocher, sans pouvoir les confondre, la théorie des songes. Le sommeil, dans son aspect intellectuel (Fragm. dans Josèphe, 667, vol. 11), est l'ombre et comme l'esquisse, o-xcav oà xa\ uTu6Ypa[ji[j(.ov, de la réviviscence qui doit se produire un jour, xrjç avietç ècrofxlvoç àvaêt(o<7£0); C'est dans cette vie du sommeil que se produisent les songes qui sont de trois espèces :
1. La première est de nature toute passive. Dieu lui-même, de sa propre initiative, envoie à l'âme endormie des visions, des représentations, cpavxaac'aç.
2. La seconde est de nature active et spontanée ; notre propre esprit, se mouvant lui-même, a deux formes. Souvent, notre âme se meut elle-même sans mouvoir ses sens, xivEîxat yàp r,[jLa)v y; ^\)X'h i^oXXâxt? [xèv ècp'éauxriç, ct dans ce mouvement nu, Y^t^'VY) xcvY]<Tcç, ne conçoit que les intelligibles, se rapproche de l'esprit du tout et s'unit à lui, et semble, eôoxei, — ce n'est qu'une apparence, — par un mouvement parlant d'elle-même, être possédée et ravie par Dieu, de manière à être capable de prédire l'avenir ; dans son mouvement de concert avec le corps, elle perçoit les sensibles {de Somn., t. V, Pf., p. 22).
3. La troisième semble un composé des deux autres : elle a lieu lorsque l'âme mue par elle-même dans le sommeil et s'abandonnant devient la proie d'un enthousiasme semblable à celui des Corybantes, et peut, sous celte inspiration, prévoir l'avenir et prophétiser (de Somn., t. V, p. 116).
^ Leg. AIL, t. I, Pf., 202. elîdxaxa; ôà oxav •7ipayp.ax£u-/5xai xà ÈTttêdcX- Xovxa aùxw voY^xà* oxe ô'oùx èvEpyEi xaOxa, xotpiaTat.
2 Id., 204. oXeOpoç 5è «l'^X^? èuxcv y] xpoTiV)... Tôtov ykp 6eou xb àxpeuxov etvai.
sujettes essentiellement à Tinstabilité et ne peuvent pas toujours garder des mêmes choses les mêmes représentations*. Dieu seul peut être et est immuable dans ses pensées. Si cela dépendait de lui, Thomme ne serait pas aussi mobile et aussi changeant dans ses idées et dans ses désirs. L'instabilité in-tellectuelle' est le résultat de sa nature bornée et non l'effet de sa volonté propre.
Dans la sensation, on doit distinguer la sensation en puissance, 7] u.£v xaô 'e^iv, qui n'est que la possession de la faculté, que nous gardons jusque dans le sommeil physique et qui précède l'autre dans l'ordre du temps et coexiste avec le Noîiç : la puissance n'est antérieure à l'acte , que chronologiquement; et la sensation en acte, xar 'svspyeiav, par laquelle nous nous emparons effectivement par la pensée des objets sensibles, et par laquelle de plus nous transformons nos sensations en connaissances 2. L'état psychique en acte est le développement et la perfection de l'état psychique en puissance ; il consiste éminemment en ce que la sensation en puissance est mise en mouvement et tendue jusqu'à ses organes physiologiques respectifs, xst'vwv aÙT7|v a/pi (japxo;. Car l'acte est accompli, achevé, parfait lorsque la puissance de cet acte a été mise en mouvement. L'acte n'est pas précisément le mouvement de la puissance, mais l'état où la puissance arrive par le mouvement 3. La sensation en acte parvient au Nouç, à la raison, avec laquelle elle est intimement liée et pour laquelle elle n'est pas une étrangère La sensation ne pourrait éprouver aucune des impressions qui lui sont propres, en avoir conscience , sans le Nouç. La sensation est bornée à l'instant, to vuv, le passé comme l'avenir lui échappent, tandis que la raison saisit l'un par la
' De Somn., t. V, Pf., p. 86. ài'Spuxo: jjièv yàp o\ XoytajJioc. ^ Leg. AUeg., t. I, Pf., p. 204. Tiocoujxeôa xàç xtov a'KTOiqCTewv àvT'.Xrj^'eiç. ^ Leg. Alleg.. t. I, Pf., 204. Ivépysta àuoTEXsîxat xtv/)8et(Tri; l'^ew:. ^ 1(1., 1094, H. oûx àXXoxpta aùxoO, àXXà açoôpà oîxsîa- Tcâvxa yàp ocsol %âcX^<- V) aî'(r6-/]<Tcç, oCx aveu vou UTrofjiévet.
mémoire et l'autre par Tattente qui sont l'une et l'autre des facultés de la raison-. C'est même à la raison que la sensation doit de passer de la puissance à Tacte ; car elle n'est qu'une des facultés dont il est pourvu par essence.
Ces facultés sont : la faculté végétative, la faculté vitale, la faculté pensante ^ et la faculté de la sensation, intimement liée à la raison et si intimement que les deux ne font qu'un. Lorsque la raison obéit à la sensation, elle se confond et se perd en elle ; lorsque la sensation obéit à la raison, elle se confond avec elle, et toutes deux sont raison, àf^-cp^repa voîi;.
Il ne faut pas croire que la raison puisse par elle-même engendrer quelque vérité. La raison n'est cause de rien. La cause qui fait qui notre esprit 'pense, c'est Dieu, qui est antérieur et supérieur à la raison'^. Je n'ai pas le droit de dire : Je pense ou je sens. Comment mon esprit pourrait-il être la cause de ma pensée ? Comment ma sensation pourrait-elle être cause que je sens? La raison ne se connaît pas ellemême et ne sait comment elle a été faite; et la sensation, qui ne se connaît pas davantage, n'est connue que par la raison. Ne voyons-nous pas dans l'ivresse et dans le délire que la raison est sans raison, 6 voîîç avouç^ ? Ne voyons-nous pas, dans une forte tension de la raison, la sensation ne pas sentir, dans une forte tension de la sensation, la raison ne pas penser. Nous sommes nus; la raison est nue du penser;
* Ou l'espérance, qui est l'élément le plus essentiel, le plus propre de la nature humaine, tb olxeioTarov àvOpwucvyjç 'l'^X"'!?- De Somn., t. V, Pf., p. 234.
2 Philon distingue la mémoire de la réminiscence, àvâfjivyjcrtç, inférieure à la mémoire, parce qu'elle est nécessairement précédée de l'oubli. C'est donc un état mental aveugle et comme boiteux, Ttopbv xa\ xucpXov. Néanmoins, dans le développement chronologique de l'esprit, elle est antérieure à la mémoire, dont il est difficile de la distinguer, et avec laquelle fille forme un état continu et indivisible, auvsxs? ^'^t àôiàaTaxov, Leg. AIL, t. I, Pf., p. 296, 11 faut en effet avoir beaucoup oublié, avoir fait beaucoup d'efforts de réminiscence pour avoir de la mémoire.
^ CpUTf/r,, Î^COTIXY), XoyiXTj.
< Leg. Alleg., 1095, H. iipbç xbv àX-^6r) Xôyov èx toO vOv ti (tuvoXwç yevvaaOat ■q lauToO... oùx eattv o voO; aÎTiov oyôévo;... àXX'o upb toO voO 0e6ç. 5 Leg. Alleg., 1100, H.
la sensation est nue du sentir. Pour que la sensation sente, il lui faut un objet sensible qu'elle ne contient pas en ellemême ; pour que la raison pense, il faut qu'elle se porte vers un objet intelligible, qui n'est pas elle-même, qui est un objet différent d'elle-même ^.
La cause qui fait que notre esprit pense est Dieu 2. Nous sommes nus, yu^Lvoi. La sensation et la raison sont par essence nues 3, et ne peuvent par elles-mêmes nous donner aucune connaissance ni des choses intelligibles ni des choses sensibles. La raison sans la sensation ne peut connaître les choses intelligibles la sensation sans la raison ne peut réaliser son acte propre qui est de sentir. Dieu n'a pas donné la sensation à l'animal déjà formé : il a donné et créé la sensation avec l'animal. La faculté de sentir est l'essence même de l'être animé. La sensation connaît tout ce qu'elle connaît par le concou rs de laraison et en même temps qu'elle, ocTravra aïaôïiatç
{JLETOC Tou 7]a£T£pou vou yvcopt^Ei xat otfxa aurai 5. La VUe Se porte en
1 Leg. Alleg., 1100, H. ÈTistôàv 0 Nouç eTÉpw voYjxô) nçoatvtx^r^' C'est toujours ce dualisme qui est la condition de toute pensée et de la conscience, la conscience n'étant que l'acte psychique par lequel un être sentant et pensant s'apparaît à lui-même, c'està-dire se dédouble, tout en restant un et identique, en sujet et objet. Toute connaissance a pour forme nécessaire et unique l'unité synthétique de l'objectif et du subjectif dans la représentation. Toute conscience contient l'unité et la dualité ; si c'est une contradiction logique, comme le dit Hégel, on peut dire que la contradiction, ou plutôt l'opposition est la loi essentielle de l'esprit qui ne peut rien connaître que sous cette condition. L'esprit, à l'essence duquel il appartient de se connaître, demeure le même et se connaît comme un autre. Maine de Biran, Décompos. de la Pensée, t. II, p. 49, n. 2 : « Je présuppose ici une distinction... entre un état affectif simple, oij l'être surtout pâtit ou jouit sans faire aucun retour sur lui-même, sans pouvoir dire moi, et un état... où le sujet se sent ou s'aperçoit lui-même comme affecté dans son organisation, où il a conscience d'une modification et par conséquent n'est pas identifié avec elle ». C'est là le problème mystérieux de la psychologie. Il est ici posé par Philon.
2 Bastian, Essai de Psych. compar., Berlin, 1868, p. 1. « Ce n'est pas nous qui pensons; mais on pense en nous ».
3 C'est la théorie de la table rase dans son sens le plus absolu.
De Somn., t. V, Pf., p. 84. « Le principe de la connaissance de l'incorpore] est dans la connaissance des corps : oùôè yàp aXXo twv ovtwv àa(j6[jLaT0v èvvor)(7ai ôuvatbv, oTt \xr\ tyiv àp}(Y)V Xaêoviaç àub acofJLâTiov... xÔct(ji,ov vo-/]Tbv oùx '^veaTtv aXXcoç xaTaXa6eîv otc {/.y) èx Trjç tou aiaOr^ToO xa\ optofiévou toutou {JieTa-
5 Leibniz : Mens humana externa non cognoscit nisi per ea quae sunt in semet ipsa.
même temps que laraison vers l'objet visible ;rœil voitle corps, etimmédiatementla raison comprend, ÛTreXàêexo, quel'objetvu est blanc ou noir, triangulaire ou carré; de même pour l'ouïe et les autres sens. La raison est frappée par le son en même temps que les oreilles, et c'est elle qui juge, xptvet, que le son est faible ou fort, harmonieux et rhythmé ou le contraire*. Mais d'un autre côté, c'est la sensation qui donne à la raison le pouvoir de dire que ceci est en bois et est un objet sensible, de connaître les propriétés du corps, la blancheur, le son, les odeurs : elle n'est qu'une faculté de transmission, mais cette transmission est nécessaire. Aussitôt que l'objet a frappé le sens, laraison, dont la mobilité est extrême, s'en forme une image, s'en construit une forme, une notion générale, souvent, il est vrai, fausse et trompeuse. Mais Terreur ne vient pas des sens, toujours fidèles et sincères. Les choses, quoi qu'en disent les Épicuriens, ne sont pas telles que l'imagination nous les représente, parce que le plaisir est intervenu et a faussé les représentations, comme la courtisane vieille et laide, qui s'est fardé le visage, parvient à tromper l'œil du débauché 2. Le sens au contraire nous donne les corps tels que la nature les a faits, sans altération ni artifice 3.
Mais si la connaissance ne peut se réaliser que par le concours de ces deux facultés, impuissantes dans leur acte isolé, il faut qu'elles soient mises en rapport, en relation l'une avec l'autre ; c'est une troisième faculté de l'âme qui vient à leur secours, qui les rapproche en établissant entr'elles deux et en formant un moyen terme qui les lie et les enchaîne dans un acte unique*. Cette faculté intermédiaire et conci-
* Ainsi, d'après Philon, le sens se borne à connaître l'existence du corps : la raison seule en peut concevoir les qualités primaires et les juge, xpîvet, sans doute, parce que ce jugement a pour condition un acte d'abstraction. L'impression purement physique est perçue par les sens ; les propriétés sont intelligibles.
2 Leg. Alleg., t I, Ff., p. 278. Le texte est altéré; dans leur constitution actuelle, les Mss. donneraient un sens conforme à la doctrine épicurienne, réfutée par Philon. De Cherub., 120.
3 Leg. Alleg., t. I, Pf., 276-280.
* Sé<T[Jo;.
liatrice, c'est l'amour, le désir conduit et gouverné par le plaisir ; au fond, c'est le plaisir ^
La pensée abstraite peut concevoir une succession et établir une suite sériée dans la formation des facultés de l'âme ; mais en réalité, elles existent toutes les unes en même temps que les autres, ainsi que les actes qui en dérivent. Avec elle-même l'âme apporte toutes ses facultés ; seulement elles sont en puissance avant d'être en acte 2. Philon varie sur le nombre de ces facultés; tantôt, comme les Stoïciens, il en compte huit, dont sept ne sont que des divisions de l'aXoyov ; ce sont, outre les cinq sens, la parole, qui est le caractère propre de l'humanité 3, xh cpcov/iXTiptov opyavov Xoyoç, et la faculté génératrice, To Yovt[jt,ov. La huitième, r7]Y£[ji.ovi)cdv,le Nouç est la racine de toutes les autres et celui qui la détruirait les paralyserait toutes*. Tantôt il n'en distingue que cinq : la pensée pure, TO vosTv, le raisonnement, to Xoyt(^£'7Ôai, la raison discursive, TO 8tavo£T(79at, la délibération, to pouXsusaOat, la conjecture, to
(7TO)<à^£(7Ôat 5.
En passant de la puissance à l'acte, les facultés obéissent à un ordre réel, Ta^tç, qui gouverne tout le développement de la vie chez l'homme. Le sperme est le principe de la génération de tous les êtres vivants. Reçu dans la matrice de la femelle et y recevant le mouvement, il se transforme en nature, en principe de vie, cpudiç. C'est la nature qui crée l'animal, Co)07r)a(jT£"t, qui l'organise, lui donne ses membres, ses organes et attribue à chacun de ces organes leurs fonctions respectives 6. Ces fonctions sont celles de la végétation, cpuTixT], appelée aussi TivEupiaTixT^, qui ne peut signifier ici
^ Leg. AIL, t. I, Pf., p. 222. àvaY^'l xptT/iv r,ôovr|V o-uvaywyov à[j.©oîv.
^ Id., id., 222. à[xa yàp ïolv-zt] èv uâvra lutcplpstai. Piotin, Enn., V, 3,