ALCMÉON
Alcméon de Crotone, contemporain de Pythagore et peut être son disciple, avait admis comme lui la doctrine des contraires comme éléments des choses, mais en prenant au hasard ces contraires, au lieu de chercher, comme les pythagoriciens, à les ramener à un système déterminé de couples opposés. L'âme était également pour lui un élément aériforme ou igné ; il la plaçait dans le cerveau où se rendent toutes les sensations en passant par les canaux qui conduisent des organes des sens au cerveau : c'est à l'aide de cette hypothèse qu'il cherchait à expliquer l'opération des sens. Par cette raison, contrôlée sans doute par des observations et des expériences, car il est le premier médecin qui ait, dit-on, pratiqué l'anatomie, il soutenait que dans l'embryon c'est le cerveau, d'où découle le sperme, qui est formé le premier. Il expliquait le sommeil par l'état de plénitude des vaisseaux sanguins, la veille par leur état contraire. Partisan déclaré de l'immortalité de l'âme, il la démontrait par cet argument : le mouvement éternel est la marque de l'être éternel ; les astres se meuvent et leur mouvement est éternel parce qu'il est circulaire, c'est-à-dire qu'il n'y a pas un seul moment du temps ni un seul point de l'espace où ce mouvement s'arrête : chaque point de l'espace parcouru est à la fois la fin d'un mouvement et le commencement d'un autre. Leur mouvement est continu, sans point d'arrêt : il est donc éternel. Les astres sont donc eux-mêmes éternels. On peut appliquer le
'même raisonnement à l'âme, qui a un mouvement perpétuel, continu ; chacun de ses mouvements enveloppe dans une unité indivisible la fin d'un mouvement et le commencement d'un autre. Elle ne saurait donc périr, puisque le mouvement est son essence ou de son essence, et que ce mouvement est éternel.
En ce qui concerne les facultés de l'âme, Alcméon en reconnaissait deux : la sensation et la raison. C'est par la différence de leurs facultés de connaître que se distinguent les espèces des êtres animés. L'animal a la sensation, mais est privé de la raison. Il y a donc entre les âmes des différences de qualités essentielles L'homme seul comprend, ^uvivi^t, mais sa science imparfaite n'est que conjecture et vraisemblance. La science infaillible et claire de l'invisible n'appartient qu'aux dieux.