TO ôtaxptTtxov
^ Id., VI, 13. 8t ô[j.tXta; l\)\ii'kov(;. 6 Ad Attic, XII, 38.
Pliileb., H, c. — Diogène (VI, 15) donne la liste de ses oeuvres publiées en 10 tomes, T6(xot; ce sont : De la Nature des animaux; — des Sophistes; — le
Marc-Aurèle cite de lui un mot magnifique , et qui nous donne une haute idée de son caractère et de son âme. C'est un plaisir de roi, disait-il, de faire le bien et d'être accusé de faire
le mal : BaoriXixov [J^£V eu TrpàxTeiv, xaxcoç 8 axouetv K
Les cyniques 2 font, dans l'histoire delà philosophie et de la vie grecques, une figure singuUère et originale, dont les côtés ridicules et parfois ignobles ne doivent pas faire méconnaître la grandeur. Il ne faut pas voir en eux seulement le costume et les habitudes extérieures, qui par une affectation d'indécence et de mépris pour les usages de la vie civilisée semblent témoigner de peu de respect pour eux-mêmes, par le peu de respect qu'ils professent pour les autres. Ce n'est pas le manteau doublé, porté sans tunique, le bâton et la besace, le tonneau de Diogène et la barbe inculte et longue de Diodore d'Aspendos qui constituent le philosophe cynique. Leur orgueil était immense, sans doute ; mais leur but était haut, et leur œuvre n'a peut-être pas été aussi vaine qu'on le pourrait croire. Gomme Socrate, ils font de la philosophie et de l'enseignement de la
Physiognomonique ; — du Bien ; — du Beau et du Juste ; — de la Liberté et de la Servitude; — de la Preuve ou de la Foi, Ttepi flcaTsa)?; — de la Force, \c!-/(yç ; — la Vérité; — de la Dialectique; — Sathon, dialogue dirigé contre la théorie des Idées de Platon ; on trouve une trace de cette polémique dans YEuthydème, p. 301, a., et de l'antipathie qu'éprouvaient l'un pour l'autre ces deux esprits, dans le Sophiste, p. 351, où sous les mots xibv yepovxwv o4't[xâ6erç, tous les interprètes s'entendent à reconnaître Antisthène. — Du Langage; — de la Vie et de la Mort ; — de l'Usage des mots ou l'Eristique; — de l'Art d'interroger et de répondre; — de l'Opinion et de la Science; — de la Nature, probablement l'ouvrage que désigne Cicéron dans la phrase : In eo libro qui Physicus inscribitur (de Nat. D., ], 13) ; — les Opinions, classé par Diogène parmi les ouvrages éristiques ; — Problèmes sur l'art d'apprendre ; — du Plaisir; — Hercule ou de la Sagesse (çpovYjai;) et de la Force, le plus célèbre des dialogues d' Antisthène, qui avait fait de ce héros le Dieu protecteur et le modèle idéal du philosophe cynique; enfin, douze ou treize écrits concernant Homère, et qui traitaient particulièrement de l'interprétation des mythes contenus dans ses poèmes. Nous n'avons conservé que deux petites déclamations intitulées AJax et Ulysse, dont l'authenticité est très douteuse. Conf. Antisthenis Fragmenta. Winckelmann, Zurich, 1842. 1 D. L., VI, 36.
* L'École comprend Diogène de Sinope, Cratès et Hipparchie, sa femme, Métroclès, frère d'Hipparchie, Monime, Onésicrite, Ménippe et Ménédème. Les lettres attribuées à Cratès et à Diogène sont apocryphes. M. Boissonnade (Not. et Extr. des Mss. de la Bibliothèque du Roi, t. X et XI) croit que les éléments en sont en partie tirés de bonnes sources. Conf. Rav., Metaph. d'Ar., t. II, p. 118,
ANTISTHÉNE 183 philosophie un instrument de réforme de la vie, un moyen de gouvernement moral ; comme lui, iîs s'imposent cette mission ; comme lui, à titre même de philosophes, ils font hautement profession de pratiquer ce devoir ; comme lui ils veulent prêcher non seulement de paroles, mais encore d'exemple, et ils répètent sa maxime favorite : où "kôycù àTioSetxvufxat, àAX' 'épyoo S'ils exagèrent, par leur ton rude et la grossièreté de l'accent, la franchise et la sincérité de Socrate 2, on peut dire qu'ils élargissent et élèvent encore le but déjà si haut qu'il avait conçu. Socrate prend chaque homme à part, et cherche à le convaincre personnellement de son ignorance et de sa foUe. Il y a plus : c'est surtout, c'est seulement sur ceux qu'il aime, et dont il est aimé qu'il a le sentiment de pouvoir exercer sa puissante action. Où lui fait défaut cette inclination, cette sympathie personnelle et mutuelle dont il rapporte à son démon la source mystérieuse, il sent se dérober sa puissance. Ce n'est guère qu'avec ses amis qu'il s'entretient. L'amitié n'est pas seulement la seule chose que se vante de savoir Socrate : elle est la condition de l'efficacité de tout son enseignement. Il ne faut pas espérer en profiter, s'il ne s'établit entre lui et son interlocuteur comme un courant de sympathie et d'attraction 3. La prédication des cyniques n'est point limitée à ce cercle étroit : elle est vraiment populaire, je dirais volontiers humaine. Antisthène* se compare à un médecin auprès de ses malades, qu'il s'agit non pas de flatter par de douces paroles, mais de soigner par des remèdes énergiques et parfois douloureux ; Diogène déclare qu'il est venu pour guérir les hommes de leurs vices et les délivrer de leurs passions, de leurs besoins, du joug de la fortune dont ils se sont faits les esclaves : sAeuôepwTTjç xwv àvôpwTcwv xal t'arpo; Tûv TiaGcov 5. Cratès dans de beaux vers célèbre le philosophe
' Xenoph., Mem., IV, 4, n. 10.
2 Platon l'appelait Diogène un Socrate fou. ^1. //. \ar., XIV, 33; D. L., VI 54., Fou, peut-être, mais c'est toujours un Socrate.
3 Conf. Theag.
5 Luc, Vit. Auct., 8; D. L., VI, 105. tux^ fJirjôàv ÈTTiTpéusiv.
m HISTOIRE DE LA PSYCHOLOGIE DES GRECS
cynique comme un héros qui ne s'est laissé ni dompter ni corrompre par le plaisir qui fait de l'homme un esclave, et qui poursuit une royauté immortelle : la liberté Non seulement il en veut jouir lui-même, mais il y appelle tous les hommes. Il dissipe les ténèbres qui obscurcissent leur raison, 6 Tucpoç, et les poussent irrésistiblement, ils ne savent ni par quel chemin, ni vers quel but 2. Il leur conseille et leur apprend à opposer à la fortune un vaillant courage, aux conventions des lois les règles de la nature, à la passion, la raison, Xoyov 3^ et leur prescrit d'aimer leurs semblables, cptXoç tS> 6[j.ota)
C'est par ces enseignements qu'ils ont Torgueilleuse mais magnanime espérance de sauver le monde ^, selon leur propre expression. Zeller les appelle les capucins de l'antiquité : avec les néo-pythagoriciens d'un côté et les esséniens de l'autre, ils sont certainement les précurseurs et les modèles des ordres monastiques voués à l'ascétisme.
Par une de ces contradictions dont l'histoire des opinions philosophiques nous donne tant d'exemples , et dont il faut plutôt s'étonner que se plaindre, Antisthène, le fondateur et qu'on peut considérer comme le représentant de l'école cynique, se montre aussi résolûment dogmatique et socratique ^ dans sa psychologie morale que sophistique et sceptique dans sa psychologie de l'intelligence.
Il est insensé, dit-il, de rechercher avec tant de soin les courses errantes d'Ulysse à travers le monde, et de ne pas essayer de connaître les mouvements vagabonds de notre
< Clem. Al., Sfrom., II, 4.13. r\5ovri àvSpaTroScaSet àôouXwTot xa'i axa(i.uT0i ocôâvaxov pacTcXecav £>>£u6£p(av xe ocyaTicoatv. 5 Stob., Floril, 22, 41.
5 Stob., Floril., 13, 26. t'va (xtoaw. H semble que ce soit pour faciliter la vulgarisation de leurs doctrines morales, qu'ils se sont tant appliqués à l'interprétation allégorique des mythes poétiques dont ils s'efforcent de découvrir le sens sous-entendu, ÛTcovoca, Srivo'.a. Xenoph., Sijmp., o, 6. Theset.y 153, c. Rep., II, 378, d. Jo., 530, c. Phxdr., 223, c.
6 Clem. A\., Stromat., V, 601. o xe Scoxpaxixb; 'AvTt(76£vr,ç.
ANTISTHÉNE 185
esprit à travers l'erreur et la vérité. Ce ne sont pas les cordes de la lyre qu'il importe de savoir accorder : c'est dans notre âme que nous devons nous efforcer de mettre l'accord et l'harmonie ^ C'est dans l'âme qu'est le vrai trésor de l'homme ; c'est des choses précieuses qu'il y a pour ainsi dire emmagasinées qu'il tire ses vraies jouissances, sa vraie félicité 2. La plus précieuse de ces choses, la seule qui nous appartienne en propre et nous appartienne réellement, otxeTov, celle en qui se résument toutes les autres, et si nécessaire à l'homme que celui qui n'a pu l'acquérir n'a plus qu'à chercher une corde pour se pendre 3, c'est la vertu, qui suffit au bonheur ^. Mais la vertu repose sur la sagesse, la science, cppc^vY^diç, et est par là susceptible d'être enseignée^. En quoi consiste cette sagesse, quel est l'objet de cette science, c'est ce que Platon l'accuse de n'avoir pu dire ^ ; car c'est ne rien dire^ et tomber dans une pure tautologie que de dire que c'est la science du bien, ou comme s'exprimait négativement Antisthène, qu'elle consiste à désapprendre le mal, Tx xaxà aTToixaOeTv et amener une vie confojmeà la vertu, ce qui est la fm de l'homme 8. Les caractères qu'il lui attribue, à savoir qu'elle est infailhble , qu'elle nous enseigne à pouvoir vivre et converser avec nous même, éaurû 6[v.tX£"iv, et nous
* D. L., VI, 27. C'est bien là l'esprit de la philosophie de Socrate : mais ce qui constitue la dilTérence, c'est que Socrate invite tout homme et lui-même à s'étudier et à se connaître ; le cynique semble considérer cette étude comme faite : il connaît les hommes : ils sont tous corrompus et pervers ; lui seul est pur, lui seul est sage. 11 est le modèle et l'idéal de perfection morale que les autres hommes doivent imiter. Cet orgueil est tout ce qu'il y a de plus opposé à l'esprit et aux leçons du maître, dont une des maximes favorites était : Rien de trop.
2 Xenoph., Symp., IV, 41. ■ èx t/jç Ta[xt£uo[xac... rjSuTraÔrjcrat oxav Pou)vY]ô(o... ; id., IV, 34... oux èv to) oi'xco xbv 7i>,o0tov... àXX' èv Taîç 'l'^X^^'^-
3 Plut., de Stoïc. Rep., II. ôeX xxàaôai voOv r, pp6'/ov.
^ La félicité est ainsi, comme dans tous les systèmes grecs, la fm de la vie. La vertu fondée sur la science n'est encore qu'un moyen.
6 Rep., VI, 505; D. L., VI, 104.
' Qui donc nous a appris le mal ? Ce n'est pas la nature, suivant les cyniques; c'est donc la société, mal organisée et qu'il faut réformer comme l'individu. Il y a manifestement une veine de socialisme chez les cyniques et qui se manifeste surtout par leur cosmopolitisme.
^ D. L., VI, 7. TÉXoç £cvat to xaT 'àpETY^v !^?]V.
apprend quelles choses il faut aimer qu'eHe est une et identique pour tous les hommes, indivisible par essence, en sorte que tout acte conforme à la sagesse réunit toutes les formes de la vertu 2, qu'une fois acquise, comme la grâce dans certaines sectes chrétiennes, elle ne peut plus être perdue ^, qu'elle se manifeste-non par des raisonnements et des paroles, mais par des œuvres et des actes, qu'elle n'a besoin de rien que de force, de la force qu'avait montrée Socrate c'est-à-dire de force d ame, et qu'elle doit cependant être fondée sur des raisons indéracinables et irréfutables 5, tous ces caractères, qui ne sont déduits ni les uns des autres ni d'un principe supérieur, ne suffisent à faire réellement connaître l'essence de la sagesse. Cependant si on consent à adopter, au moins dans une certaine mesure, le principe d'interprétation d'H. Ritter, qui soutient qu'une grande audace est pour l'historien de la philosophie à la fois une nécessité et une obligation 6, si on veut presser le sens de certaines maximes d'Antisthène, et leur donner un développement suffisant, on pourra trouver les éléments d'une définition positive et profonde, qui devance et fait pressentir celle d'Aristote.
Le Bien est une chose propre à la nature humaine, en rapport intime et naturel avec elle, olxeTov. Le mal au contraire est une chose étrangère et opposée à son essence, àAXoTptov, ^evixdv Entre le bien et le mal, entre la vertu et le vice, s'étend le vaste domaine des choses et des actions indifférentes, àScàcpopaS, parmi lesquelles il faut compter les enfants et même la patrie. Le sage est citoyen du monde. Ce n'est pas aux lois particulières
1 Schol. in Hom., 11., 0. 123. Bekker. tl' xi npâxxei à aocpoç, xaTaTiaaav ocpsTav evepysi.
2 D. L., VI, 105 ; Xen., Mem., I, 2, 19.
3 Id., II. [xovov e'.ôévai xov aocpov tcvwv ^py) âpav.
* D. L., VI, 11. (x-(^Ô£vbç TrpoçSeo[;,£VY)v oxt ScoxparixT); i(yyyoç. ^ lid., VI, 13. oLvalbiXoi \Qyi(j\).oi.
6 Rhein. Mus,, B. Il, p. 316 : « Auf keinem Gebiete der Geschichte ist Kuhnheit so nothwendig als in dem der Geschichte der Philosophie ».
7 D. L., VI, 12 et 103.
ANTISTHÉNE 187 de l'État, c'est aux lois universelles de la vertu, qu'il doit soumettre sa personne et sa vie ^ Ce qu'il y a de plus nuisible à la félicité^ parce que c'est ce qu'il y a de plus contraire à la sagesse^ ce sont les illusions de la vanité, 6 Tucpoç 2. Aussi on peut considérer comme une fm négative , mais cependant comme une fin, l'état où l'âme en est guérie et délivrée, àrucpta 3.
Le bien, dont la sagesse est la science, est la peine, l'effort; le plaisir est le mal, 6 ttovo; àyaôov, 7]8ov7) xo[xi87î cpaîîXov Gela ne veut pas dire que l'élément affectif soit absolument exclu du bien ; ce qui en est la négation, c'est le plaisir qui précède la peine, et qui a pour conséquence le regret et le remords. Au contraire, dans la notion complète du bien doit entrer le plaisir qui accompagne ou suit l'effort ^, qui ne cause ni remords ni même regret, et qui est conforme à la nature 6. Gela ne veut pas dire non plus que toute peine, tout effort est un bien : il n'y a de beau parmi les peines que celles dont la fin est la beauté et la vigueur de l'âme, sù-j^u/ta xal tovoç ^ijyjiç que celles qui sont conformes à la nature ^. Le mépris du plaisir vulgaire est déjà un plaisir, et un plaisir très supérieur au plaisir méprisé 9. Aristote verra le bien dans l'acte, et, par une très profonde analyse, découvrira dans le plaisir la fleur de l'acte, c'est-à-dire l'achèvement, la réalisation parfaite de l'activité de l'âme. Antisthène semble placer le bien dans l'action de l'âme considérée comme mouvement, et comme un de ces mouvements qui ne peuvent s'accomplir sans lutte et sans souffrance. Le bien est donc pour
1 D. L., VI, II, 63, 93, 98. Luc, Vit. Aud., xoO xoafxou ttoXity)?.
3 Clem. Al., Strom., II, 317, ttiV àruqjcav (teXoç) àiTécpYive.
* Arist., Ethic. Nie, X, 1 ; Sext. Emp., adv. Math., XI, 7i.
* Stob., Floril., 29, 65. xàç [xexà xoùç ttovouç oiwxxéov ocXX' où^'t xàç Tupb xtbv
TIOVCOV.
* D. L., VI, 71 ; Athen., XII, 513. xyjv yiôovyjv àyaôov ctvat qpacrxwv, TrpoçéOrjxe XYiv ocjxexafxDfiQxov.
7 Stob., Floril., VII, 18.
^ D. L., VI, 71. àvx\ xtbv ctxpr^cjxoiv uovwv xoùç xaxà cpucriv IXo[ji,£vou; Çî^v eO(5ai[j.6v(oç.
^ D. L., VI, 71. aùxîi; xr); Yiôovrjç r\ xaxatppovyjdiç rjôuxaxiQ.
lui la force ^, la force morale, l'activité énergique de la volonté, qui se rit de l'effort auquel elle se sent supérieure, annule pour ainsi dire en soi l'élément affectif, ro Tcàôoç ^, jouit de la souffrance même, ou du moins de la pleine liberté qu'elle conquiert par elle 3.
Jusqu'ici la philosophie n'avait vu dans l'homme qu'un être dont l'essence est ou la sensation Ou la raison : le voici pour la première fois, je crois, dans l'histoire de la philosophie, conçu comme volonté. Sa volupté repose sur la conscience de sa force interne libre, son bonheur et son orgueil consiste dans la conscience delà supériorité de cette force, qui est sa vraie essence, sur toutes les autres forces qui la peuvent assaillir.
On ne peut trop s'étonner de voir qu'Antisthène qui veut fonder la vie morale sur la science ^, par ses opinions sur la définition et la combinaison des idées, arrive à ruiner le fondement de tout savoir.
Il reconnaît bien qu'il y a un substratum, une essence des choses, et que la définition a pour but de la faire connaître. Il est même le premier à ne considérer comme vraie définition que la définition de l'essence ^. Mais en même temps il soutient
1 C'est ce qui explique qu'ils aient pris pour patron et pour modèle Hercule, le héros de la force, auquel ils attribuaient l'invention de leur doctrine, Conf. Auson, Epigr. :
Inventer primus Cynices ego — quse ratio istsec?
Alcides multo dicitur esse prier.
Alcida quondam fueram doctore secundus :
Nunc ego sum Cynices primus, ille Deus.
Conf. Menag., ad D. L., VI, 2. Au dire d'Iamblique {Vit. Pyth., 18) les Pythagoriciens avaient déjà formulé cette définition : ayabw oc Tiovorai ôè yjôovai ex TTavTo; TpoTTOu %ax6v. Conf. Stob., Floril., I, 26; XVII, 8.
5 D. L., VI, 2. YjyiqaaTO rriç Aïoyévouç ocTcaOstaç. . . to àTraôèc î^-^^Xcoaaç.
3 Id., VI, 71. [x-^ôàv èXeuÔspcaç Trpoxpcvwv (il s'agit ici de Diogène).
* D. L., VI, 71. « L'absence de raison, avota, est la cause du malheur des hommes. »
^ Id., IX, 3. irpioxoç Te topcaaxo Xoyov e'tTccov Xoyoç ïgxiv o to tc r\V t] 'eaTi SoXôv. L'imparfait, dit Ueberweg, semble désigner la priorité de l'être objectif sur le fait subjectif de la connaissance qu'on en prend, et de la dénomination que le langage lui donne. On pourrait, dans la formule complète, voir plus simplement l'expression de la durée permanente de l'essence, qui consiste à continuer d'être ce
ANTISTHÉNE 189 qu'il n'y a pas de définition possible des éléments simples et irréductibles auxquels on ramène les choses composées et réellement existantes. La seule chose qu'on puisse faire à leur égard est de leur donner un nom, Xc^yov oùx e/ot, 6vo[ji,à(jat [xdvov eiYj ^, et de les comparer à d'autres choses. La définition de ces éléments simples, ou considérés comme tels, de l'argent, par exemple, consiste à lui avoir donné ce nom même, qui lui appartient en propre, olxeîov, puis de le comparer avec un autre métal plus ou moins semblable, l'étain par exemple.
C'est la seule manière de faire connaître approximativement les qualités des êtres ou objets simples, dont il est impossible de dire en quoi ils consistent, et de donner une définition exprimant leur forme substantielle ^ ; leur attribuer un seul prédicat, TrpoffetTre^v, à plus forte raison plusieurs, affirmer qu'ils existent ou qu'ils n'existent pas, il y a contradiction à le faire : car un ne peut pas être plusieurs, et plusieurs ne peuvent pas être un ^. On est donc contraint de n'affirmer d'une seule chose qu'une seule chose, et c'est elle-même ; en sorte que la définition qui ne veut pas contenir une contradiction interne qui la ruine, ne peut qu'affirmer le même du même, et répéter deux fois le nom propre, ocxsToç Xoyoç, quia été donné à la chose. On ne peut pas dire l'homme bon, et il faut se borner à dire le bon, bon ; l'homme, homme, ce qui à la fois supprime tout savoir, toute contradiction et toute erreur ^. Il n'y a que des jugements abso-
qu'elle était antérieurement. Il est inutile de signaler l'analogie de cette formule avec celle d'Aristote, qui tantôt se borne à la reproduire textuellement, tantôt y introduit l'infinitif présent, xb xi r)v elvai. Alexandre {Scholl. Ar., 255, a. 31) fait sentir et même exagère l'importance de cette addition.
Plat., Theset, 201 e. De là l'importance qu'il paraît avoir attachée à l'étude du langage, à la recherche approfondie de la signification des mots. Arrien {Epict., Dissert., I, 17). « Antisthène disait que l'examen des mots est le commencement de la science ».
^ Arist., Met., II, 3, 1043, b. oùx eart to xi 'saTtv opiaacyOat... aXXà ttoÎov {Jiév xi kyèix^xon xa\ ôîSa^at.
3 Soph., 251. àSyvaxov tcc xe uoXXà ev xa\ xo ev 7:oX>,à elvat.
^ Arist., Met., A, 29. [jiïjOàv à^ttov Xlyeaôac uXyiv xm o'txeîo) Xoyo) §v Icp evoç. Tom., I, II. oùx 'eaxiv àvxtXéyecv. Met., H, 4, 1043. b,'23; Plat., Soph., 251, b. ; Theset., 201, e. Il est bien difficile de comprendre comment un philosophe qui reconnaissait la nécessité de la définition, qui, le premier, voyait qu'elle doit faire connaître,
lument identiques, qui par conséquent ne nous apprennent absolument rien de plus que ce que nous savons par le nom seul de la chose. On ne peut attribuer à aucun sujet un prédicat autre que lui-même. On pourrait même dire qu'il n'y a pas de jugement possible ; car la copule, soit qu'elle exprime simplement.l'idée d'un rapport, soit qu'elle contienne en outre l'expression de l'existence, n'est point identique au sujet et ne peut lui être liée. D'un autre côté il n'y a plus de contradiction ni d'erreur possible : car ou bien l'on parle d'une même chose ; mais de chaque chose il n'y a qu'un seul nom qui lui appartienne, olxeioq Xoyoç, de sorte que si les deux interlocuteurs parlent réellement de la même chose, ils ne pourront l'un et l'autre que répéter le même nom ; ou ils ne parlent pas vraiment de la même chose, et alors il leur est également impossible de se contredire ^.
Et cependant il ne contestait pas absolument la possibilité de la définition ^, ni celle même de la science. Le composé, soit sensible, soit intelligible permet une explication qui expose et déploie pour ainsi dire ses parties intégrantes conformément à leur combinaison réelle 3. La science est l'opinion exacte qu'on se fait des choses, quand on peut s'en rendre compte et en donner une explication, 86^a àX7|ÔY)ç jj-exà lôyou L'opinion qui
S-^Xtov, l'essence du défini, concluait à l'impossibilité absolue de la définition. Une telle contradiction ne peut guère être supposée, et il semble nécessaire d'admettre ou que ce sont les successeurs qui ont nié la possibilité de la définition, ou qu'Antisthène ne l'a niée qu'en ce qui concerne les principes premiers, que la sensation ou la raison saisit et pour ainsi dire touche, et dont on ne peut pas rendre raison par cela même qu'ils sont la raison de tout.
1 Alex. Aphrod., ScholL, Ar., 732, a. 30.
2 C'est une conséquence extrême à laquelle Aristote accuse ses partisans, ot 'Avria- 6évetoi, d'être arrivés. Met., VllI, 3, 1043, b... oùx eaxi io xi ea^tv ôptaaaôai, car la définition n'est qu'une longue proposition.
3 Arist., Met., VIII, 3, 1043, b. 28. t?]; ctuvOetou èav xe alab'/]zr\ èavxs voy]Ty) r^. 11 semble bien qu'Aristote expose ici, non son sentiment propre, mais les opinions d'Antisthène, comme les reproduit Platon dans le Théétète.
4 Plat., Thesst., 201, e, sqq, où Antisthène n'est pas nommé, mais clairement désigné, xà (xev uptoxa otovuspel crxot)(£ta... Xoyov oùx ïx^^ '• aùxb yoLp xaô' aùxb exaaxov ov6[Ji,aaat (jlovov ei'r]- TtpoçeiTieîv ôà oùSèv aXXo ôuvaxov, ou6' toç ïaxiv, 0Ù6' (oç oùx ^axiv... 202, b., ouxw dr\ xà [xèv axot^sia àXoya xa\ àyvwffxa etvai, alffOy^xà ôé.
ANTISTHÉNE 191 ne peut donner cette explication, cette raison, Sd^a àAoyoç, est en dehors de la science. De toutes les choses dont on ne peut rendre ni se rendre compte, wv [xiq ian X^yoç, il n'y a pas science : il n'y a et il n'y a de possible qu'une dénomination, une nomenclature.
Il n'y a pas d'idées générales, rà yÉvYi, xà t't'Bï], du moins elles n'ont pas d'objet ; elles ne consistent que dans des concepts vides de contenu, èv ^^ilcdç ÈTrtvoiai; ^ ; elles n'expriment pas l'essence des choses. Je vois bien, disait Antisthène à Platon, je vois bien le cheval : mais la cheval éité, je ne parviens pas à la voir; à quoi l'autre répondait spirituellement : c'est que tu n'as pas d'yeux pour la voir 2. Les idées générales n'ont donc qu'une valeur subjective, et nous voici en présence d'un nominahsme réel, quoi qu'il ne manque pas de contradiction dans le système, si l'on peut parler de système quand il s'agit d'opinions qui ne nous sont connues que d'une manière fragmentaire, et qui n'ont peut-être jamais été ni exposées systématiquement, ni même complètement développées par leurs auteurs mêmes.
Si aucune chose ne peut être exphquée par une autre, si chaque chose ne contient rien qu'elle-même, tout objet réel est individuel, et les idées générales n'expriment pas l'essence des choses, mais les formes subjectives sous lesquelles nous sommes contraints de les concevoir ou de les dénommer. Les noms sont généraux : ils devraient être absolument propres et individuels.
1 Ammonius, cité par Porphyr., Isag., 22, b. ; Simplic, Categ., f. 54., B. David, Scholl. Ar., 20, a. 66 ; b. et 686; D. L., YI, 53; Tzetz., Chil., VII, 605.
2 Simplic, Categ., Scholl. Ar., 66, b. 45. Tzetz., Chil., VII, 605. Il y avait entre ces deux hommes une antipathie qui perce partout. Si Antisthène avait écrit un dialogue spécialement dirigé contre la théorie des Idées (D. L., III, 35; Athen., V, 220; XI, 507), Platon, de son coté, ne ménageait pas l'expression de son dédain pour les doctrines d'Antisthène, qu'il prétendait ne pouvoir être adoptées que par de pauvres esprits, utio Trevjaç xrjç nepi <pp6vY)atv xTTqQ-£toç xà xotaOxa xeOau^axocri. Soph., 251, b. C'est à lui sans doute qu'il applique les épithètes c-xXy)po\ xai àvxcxuTtoi et de [xaX' a(j.ouc7oi. Theset., 155, e. Aristote n'est guère plus bienveillant : il le nomme positivement un sot et un ignorant. Met., V, 29, 'Avx... eùrjôcoç; id., VIII, 3. 01 'Avx. xa\ oc ouxcoç ocniaîôeuxot. Leur idée de la liberté interne, de l'indépendance morale, de la force, manque d'un contenu positif et d'une fin déterminée ; mais il y a dans leur analyse du plaisir, fruit de l'effort, une profondeur véritable.
Le mot général n'exprime qu'une pensée, voT^xa, qui n'a d'existence que dans l'esprit ^, et auquel ne correspond aucune réalité objective, car des objets réels ont tous pour caractère d'être individuels. Il y a des hommes : l'humanité n'est qu'un nom, non pas vide de sens, mais vide de contenu réel. C'est à la fois un conceptuaUsme et un nominalisme.
1 Zeller, t. II, p. 212, conjecture, non sans fortes raisons, que c'est à Antisthène que Platon, Parm., 132, b, rapporte l'objection faite à la théorie des Idées par Socrate, àXXà [xy; t&v elôtbv êxaaTOv Yj ttoutcov voYj^Jia xa\ oùôa|xoO amia TcpoçyjxY) lyyi'vsaôat aXXoOt y) èv ^\)xo!Xç.