CHAPITRE VINGT-TROISIÈME
l'ancienne académie 1 — SPEUSIPPE
Des disciples immédiats de Platon qui lui succédèrent dans l'école et propagèrent ses doctrines, nous n'avons guère à relever que les noms de Speusippe d'Athènes et de Xénocrate de Chalcédoine 2, comme ayant apporté quelques contributions personnelles à la théorie du maître sur l'âme, théorie qui avait pris, dans les derniers temps de sa vie, un caractère mystique et pythagoricien.
Speusippe, neveu de Platon, c'est-à-dire fils de Potoné, sa sœur, et d'Eurymédon, prit à sa mort la direction de l'école et la garda pendant huit ans. Parmi les nombreux ouvrages dontil fut l'auteur et qu'Aristote acheta, dit-on, trois talents, on trouve un traité spécial en un hvre qui porte le titre : vrepl ^^-/j^ç, un autre d'un objet plus général, intitulé -ks^I cûtXoc>ocpi,'aç, en un hvre également ; plusieurs ont des titres qui se rapportent à la morale,
1 M. Ravaisson {Met. d'Ar., p. 178) avait promis un Essai sur l'Histoire et les Doctrines de l'ancienne Académie, promesse qui malheureusement n'a pas été tenue.
^ Philippe d'Opunte n'est guère connu que comme l'éditeur des Lois et l'auteur présumé du livre iniitulé Epi nomis qui le termine. D.L.,111, 37; Suid., v. cpdôaoçoç. Hestiée de Périnthe avait simplement mis p:ir écrit, comme heaucoup des autres disciples de Platon, ses leçons orales (Simpl , Pkys., P 3, b, 101 b; Arist., P%s.,IV, 2), al aypacpoi c7uvou(7tc£t, aypa9a ôoyfjLaxa, qu'Aristote les accuse de n'avoir pas toujours comprises (Arist , Elem. Harm., II, p. 30, Meibom ). Héraclide du Pont, transfuge de l'école platonicienne, était plutôt d'ailleurs un érudit et un mathématicien qu'un philosophe; Polémon, successeur de Xénocrate, Cratès, successeur de Polémon, et Crantor n'ont été que les fidèles interprètes de la doctrine de l'école (Cic, Acad., I, 9, diligenler en, quos a superioribus accepcrant, tuebantur), quoique Numérius (Euscb., Prsep. Ev., XIV, 5) les accuse au contraire de l'avoir profondément altérée : noXkoLxri TcapaXuovxeç, ôè axpeêXoOvTeç, ovx èvéjxetvav ty] 7ipa)TY) SiaSo^^-
L'ANCIENNE ACADÉMIE - SPEUSIPPE 247 par exemple : Aristippe, le Citoijen, de V Amitié, de la Justice, de la Richesse, du Plaisir, Aristippe, et enfin dix livres d''0(j.ûia, fréquemment cités par Athénée, et qui semblent avoir eu surtout pour objet : l'Histoire naturelle *. Nous ne savons auxquels de ces ouvrages sont empruntés les maigres et insuffisants documents et renseignements^ — car ce ne sont pas même des fragments originaux, — que nous ont laissés les anciens sur sa doctrine et en particulier sur sa pyschologie.
La définition de l'âme qu'on lui attribue est celle de l'âme du monde ou de l'âme divine, et elle a un caractère très nettement pythagoricien. Dans quel rapport à cette âme concevait-il l'âme de l'homme, c'est ce que nous ignorons. Quoi qu'il en soit, l'âme était pour lui une substance, et une substance d'un ordre absolument distinct et différent des substances d'un autre ordre.
Au lieu de se borner à établir trois sortes de substances, comme l'avait fait Platon, à savoir les idées, les substances mathématiques et la substance des êtres sensibles, Speusippe les avait multipliées sans chercher à les déduire ; il posait d'abord l'un, qui en commençait et en dominait la série ; puis il continuait en posant pour chaque substance des principes différents et distincts, les uns pour les nombres, les autres pour les grandeurs, l'autre pour l'âme, et même s'il faut en croire Asclépius 3, il distinguait et séparait la substance de l'esprit^ voîîç, de la substance de l'âme, <}u/;/j. Il déchirait ainsi, comme le lui reproche Aristote, la grande unité des choses. Cet esprit n'était identique ni à l'un, qui paraît n'avoir eu qu'une existence logique
1 D. L., IV, 4 et 5; Athen., III, 86 ; III, 105.
2 Ar. i^/e^., VII, 2. STceuatTiTioç ôà tiXsÔo'jç nvciac, octio toO Ivoç àp^a(xsvoç, xat apxàç Ixâcrx/); oùcrcaç aWr^v (jlsv àpiOjj.tov, oIXt^v ôà [xeyeôcov, eusixa ^''^X'ô?' ■^'^'^ toOtov Sy) tov TpoTiov £7t£XT:ecv£i Tocç oyacaç.
S Asclep., Sch. Ar., 741. xa\ irâXiv a),X-r]v oùo-cav voO xa\ aXXr,v '^^i'l^^^ç. C'est parce que dans cette série progressive des êtres représentés par les nombres, il n'y a on du moins l'on n'aperçoit aucun rapport de cause à effet, ixr,Qàv aufj-êaXXecrOac àXXrjXot; xà TrpoTspa toîç O'crTepov, par conséquent, aucun ordre, aucune harmonie, qu'Aristote l'accuse d'avoir déchiré l'unité du monde, comme un mauvais poète déchire l'unité de son œuvre en la composant d'épisodes sans lien, ÈTTsiçoôcaSSoç ouaa ex twv çatvo^xévwv wenrep (xo-/;Ovîpa TpavoiSta. Met., XIV, III.
et idéale et n'être pas pour lui une réalité vivante, une substance psychique, ni au bien i. C'est une nature individuelle, propre, îBiocpurj^.
En quoi consistait-elle? lamblique semble ranger Speusippe comme le platonicien Sévère parmi ceux qui faisaient rentrer l'essence de l'âme dans l'essence mathématique. Celui-ci la définissait: la figure, parce que la figure est la limite de toute exteri-ion, et que l'âme est la faculté, la puissance même de l'extension, Tiépaç ov BtadTàdsojç xal auTT) BriaraiTtç ; Speusippe la plaçait dans l'idée ou la forme de l'extension indéfinie, de ce qui s'étend et se répand partout et en tout sens, sv tSsa tou TràvxYi 8ia(7TaTou 3. Nous retrouvons cette définition développée, attribuée par Plutarque à Posidonius : l'âme est une substance qui se répand et pénètre partout, suivant un nombre qui enveloppe une constante et persistante harmonie ^.
Cette force vivante, vim animalem, dont la fonction et l'essence est de gouverner le monde auquel elle est immanente, qua omnia regantur 5, cette substance supérieure et divine, cTiàviov Ti To TtfX'.ov ^, a sa place au centre du monde, à une égale distance de ses deux extrémités'^. C'est bien là la doctrine du Timée, identique elle-même à celle du feu central, ou âme du monde, qui, suivant les pythagoriciens, du centre où elle a sa demeure s'étend aux . extrémités du Tout qu'elle enveloppe. C'est une conception toute pythagoricienne s.
Cette âme qui se répand partout porte partout avec elle sa propre essence, c'est-à-dire la vie et la vie éternelle ; car si,
1 En ceh il se sépare de Pythagore qui, outre la dyade indéfinie, identique au démon et au mal, et principe de la pluralité matérielle, posait la monade, identique à Dieu et au bien, qui n'était autre chose que la nature de l'un, r\ toO èvbç cpuaiç.
2 Stob., Ed., I, 58. Stt. tov voOv oute tôÎ Iv\, ouire xco àyaôô) tov ayxbv, îStoçur] Se. L'un n'est pas un être. Ar. Met. N., 5. [jt-rjSè ev rt elvac xo ëv aùxo.
3 Stob., Eclog., 41, p. 860-862.
De Gen., An., 22. îolav xoû nâvT/] ôtaaTaTou xaQ' àptOfj.bv auveaTcocav ôtpjj.ovfav 7tsptl-/ovTa.
« Cic, de Nat. D., l, 13, 22. Minuc. Félix, Octav., 19. 8 xb Tc[i.tov le respectable, le saint, l'adorable.
7 Theophr., Met., 322.
8 Boeckh, Fr. PhiloL, p. 167. tac xb oXov ueptexSuffa; (J'^X^'î-
L'ANCIENNE ACADÉMIE - SPEUSIPPE 219 d'après Philoclème,Speusippe ne donne qu'auxâmes des hommes vertueux et bons la nature divine, quoique d'un ordre imparfait et inférieur \ Olympiodore place notre philosophe en même temps que Xénocrate parmi ceux qui poussaient jusqu'à l'absurdité le dogme de l'immortalité des êtres 2.
Cette âme, si supérieure qu'elle soit dans la fonction qu'elle exerce comme dans la situation qu'elle occupe, n'est pourtant pas le bien en soi, le parfait. Elle a seulement en soi la faculté d'y tendre, de pousser dans la voie d'un progrès et d'un développement continus les êtres, et de réahser en eux le bien et le beau : nous touchons ici au germe de la théorie évolutionniste dont le principe est précisément celui de Speusippe : le bien est à la fm et non au commencement. « Ceux qui pensent, dit Aristote, avec les pythagoriciens et Speusippe que le premier principe n'est pas le beau et le bien parfait, parce que les principes des animaux et des plantes sont des causes, et que le beau et le bien ne sont pas de l'ordre des causes, ceux-là se trompent 3... Quelques théologiens ne regardent pas le bien comme un principe; mais ils disent que c'est par un développement de la nature des êtres que se manifeste et se réalise le
beau et le bien : àXXà TrpoeXOoucïjç TTjç twv ovtwv cpucrecoçxal TO àyaôbv
xxl TO xaXov e[/oaive(j6ai*. )) Aussi cette âme, qui communique à tous les êtres la vie et leur nature, n'est pas la perfection réalisée, c'est le principe latent et sourd de toute perfection déposé dans chaque être, et d'où sort, par la vertu propre et la force spontanée d'un développement progressif, leur beauté et leur perfection. On ne peut faire que des conjectures sur le lien que dans la psychologie de Speusippe pouvait avoir cette doctrine avec la théorie de la connaissance.
1 Philodem., col. 7, b. '^^"^ v-alibi xàyaôwv 6etac Xlywv S-Jv'fjiecç, uoXÙ oï xaTaScso-Tspaç xa\ eXXstTtoua-aç. Le nom de Speusippe n'est pas conservé; on le rétablit par conjecture d'après la place que le passage occupe avant Aristote.
2 Sch. in Phfed., p. 98 (Finck). ol ôe [i.ixP'- ^'"^ àXoycaç (àna^avilo-uGi), Ttbv [xàv TiaXauov Sevoxpix-^ç xa\ STrtPja-iTiTroç. Diels, Doxogr., p. 539. Les mots piexP' Tri àloyioLQ signifient jusqu'à la classe des êtres sans raison, jusqu'aux animaux.
3 Met., XII, 7.
4 Met., XIV, 4.
On y voit poindre le germe naissant de ce scepticisme plus ou moins mesuré qui caractérisera l'Académie. « Il ne faut pas croire, dit Aristote, que celui qui définit et qui divise soit obligé de connaître toutes choses. Il en est quelques-uns, tivéç qui soutiennent qu'il est impossible de connaître ce qui distingue chaque chose de toutes les autres, si on ne connaît pas chacune d'elles, et si l'on ne connaît pas ce qui distingue une chose des autres, on ne la connaît pas. Pour connaître une seule chose on est donc obligé de les connaître toutes, » et comme elles sont infinies, et qu'on ne peut épuiser l'infini, la connaissance est impossible.
Malgré cela, Speusippe avait formulé une théorie de la connaissance : dont Sextus Empiricus nous fait connaître les traits principaux : « Speusippe se fondant sur ce que, des choses les unes sont sensibles, les autres intelligibles, enseignait que la raison scientifique, tov lutaTT) [xovtxov Xdyov, était le juge des intelligibles, To xpiTTjptov, c'est-à-dire la faculté de l'esprit par laquelle il les connaît avec certitude, et que la sensation scientifique, ttjv £7ri(TTTriaovtx7]v ai'cj-Sïicrtv, était le juge des sensibles. Par sensation scientifique il entendait celle qui peut connaître partiellement la vérité fondée sur la raison, ttjv {xeTaXajxêàvouçjav xïjç xaxct Xovov àX-rjOsiaç. Car de même que les doigts de l'aulète ou du cithariste possèdent, il est vrai, une faculté d'agir d'après les règles de l'art, mais qui n'est pas éminemment consommée en eux-mêmes et dépend d'un exercice rationnellement disposé ; de même que la sensation du musicien a une perspicacité sûre, evàpyetav, qui lui permet de saisir ce qui est conforme et ce qui n'est pas conforme à l'harmonie, faculté qui n'est ni indépendante ni absolue, oùx auTocpuT], mais qui est le produit de la raison, sx
1 Arist., Anal. Post., H, 13, 97. Pliilopon, Thémiste, un anonyme qui se réfère à Eudème {Sch. in Ar., 248, a. 11-25), sont unanimes à rapporter le mot xtvÉç à Speusippe. Je ne vois pas de raisons assez fortes pour me décider à le contester, comme le fait Zeller, malgré l'affirmation des plusrprécises de Thémiste, Sch. in Ar , 248, a. : « Speusippe a tort de dire qu'il est nécessaire que celui qui définit sache tout, sous le prétexte qu'il doit connaître toutes les différences de l'objet défini, par lesquelles il se distingue des autres ».
L'ANCIENNE ACADÉMIE - SPEUSIPPE 251 XoYtcixou TTÊptysYovmxv, de même la sensation scientifique a, par nature, cpucixw;, et venant de la raison, la faculté de participer à l'activité scientifique et de connaître avec certitude les objets 1. »
Il semble ainsi que Speusippe, contrairement aux principes de Platon, reconnaissait enveloppé naturellement dans la sensation même un élément rationnel, qui lui permet de connaître les objets qui dépendent d'elle. Sextus Empiricus nous met dans un grand embarras de décider si cet élément rationnel appartient à la nature même de la sensation, ou s'il lui est communiqué, comme à une chose qui en serait naturellement dépourvue, par la raison même. Car d'un côté il nous dit que cette sensation intelligente n'est pas telle de nature, oûx aûxocpu?], de l'autre qu'elle participe naturellement, (puc.x.wç, à la connaissance rationnelle. Quoi qu'il en soit, et en laissant indécise la solution d'une question dont les éléments nous font défaut, il est certain que la connaissance expérimentale, l'expérience, l'observation dirigée par la raison, avait pour lui une plus haute valeur que pour le maître, et que l'opposition entre la raison et la sensation était devenue moins profonde et moins tranchée.
Que signifie cet assertion de Diogène que Speusippe fut le premier qui, dans les sciences, chercha à atteindre l'élément universel et commun, et les rapprocha toutes autant que possible les unes des autres 2? Diogène pouvait-il ignorer ou devait-il ignorer que nul n'avait proclamé en termes plus clairs et plus forts l'unité essentielle des sciences? N'est-ce pas Platon qui avait dit que toute la géométrie, toute la théorie des nombres, tout le système de l'harmonie et de ce merveilleux accord du mouvement des astres, ne constituaient pour celui qui sait voir et regarder en tout l'unité, qu'une seule et même science 3 ? Pour qui
1 Sexf. Emp., adv. Malh., 145 et 146. outw y.a\ y] ÈTtiaToixovixY) acaOrjat; çpuatxwç Ttapà xoO Xoyou ir^ç è u t ct-/] (A 0 v t x rj ç [JLSTaXaîJLêavît xpio/iç Trpbç a'itXavrj Tcbv x£t[j.év6ov ôtayvwfftv.
2 D. L., IV, 2 rjuToç TTpwToç .. £v Toîç [xaôv^jjiaatv âôeao-axo to xoivbv xai a"jv(oxîcwa£ xaOocrov yjv Ôuvaxov àXkr^oiQ.
3 Epin., 991, e. {j,!av aTîâvxwv àvacpavrjvai oet... av... opOto; xtç et; sv pXsTccov (xavOàvY).
veut y réfléchir apparaîtra le rapport, le lien naturel de toutes ces sciences et leur unité ^. Si l'on objecte que les Lois et surtout VÉpinomis pourraient bien n'être pas l'œuvre de Platon, et ne pas exprimer fidèlement sur ce sujet sa véritable doctrine, La République, dont l'authenticité n'est pas sans doute contestée, ne nous présentera-t-elle pas la même pensée, qui est d'ailleurs au fond de toute la philosophie de Platon. Il y parle de cette connaissance rationnelle et méthodique des choses qui aboutit à voir ce qu'elles ont les unes avec les autres de commun et de parenté, leurs rapports intimes et pour ainsi dire de famille ^, et plus expressément encore il dit ailleurs : « l'âme du vrai philosophe est celle qui aspire sans cesse à comprendre le tout et tout, et veut étendre sa connaissance sur l'universalité des temps comme sur l'universalité des êtres : ^uyvi [xeXXoucjT] tou oXou xal
Tcavxbç àsl 6p£V£(y6a'.... ôecopta Travr^x; (xsv )^pdvou, TiàcjYjç 8à oùdi'a; ^
Certes Cicéron devait avoir sous les yeux ces profondes pensées quand il disait : « Est enim illa Platonis vera et tïbi, Catule, certe non inaudita vox : Omnem doctinam harum ingenuarum artium uno quodam societatis vinculo contineri >
S'il est invraisemblable que Diogène ait attribué à Speusippe l'honneur d'avoir le premier professé sur l'unité des sciences des opinions qui sont formellement exposées et développées dans les livres de Platon, il faut donner un autre sens à cette courte phrase, et c'est ce qu'a essayé Zeller, fort ingénieusement, à mon sens. 11 remarque que parmi les ouvrages de Speusippe, il en est un, intitulé les O"[j.ota, qui avait pour objet la botanique et la zoologie, et que dans ce livre, d'après les citations nombreuses d'Athénée, il s'était efforcé d'établir les analogies d'or-
1 Epin., 991.3£(7[xbç yàp TOÇuxwçTtàvTwv TOUTWvefç àvaçavT^asxat 5iavooy(X£VOtç. C'est pour cela que Archytas, dans un livre cité par Nicomaque de Gerase , disait : « Toutes ces sciences sont sœurs, àSsXcpeà », mot que répète lamblique, in Nicom. Aritlim., p. 9. àosAcpà (xX>,r,Xwv.
2 Rep., VII, 531, d. y\ toutwv uàvTwv... (ji£8oSoç, eàv Ïtz\ ty]v àXk-qluoy xoivwvtav àçtxoTat xa\ luyyévetav... TaOxa èaxiv àXXyjXoiç oîxeîa.
3 Rep., VI, 485, a.
* Cic, de Or., IH, 6. Conf., Pro Arch., c. i, §2.
L'ANCIENNE ACADÉMIE - SPEUSIPPE 253 ganisation, de structure ou de forme, TcapairXT^fTKx op-ota, entre les espèces diverses soit de plantes soit d'animaux ^. Speusippe aurait donc eu le mérite d'avoir le premier ébauché une histoire naturelle expérimentale et comparée, cherchant entre les espèces et les variétés les points communs et les rapprochant autant que possible les unes des autres. Sous cette réserve et dans cette mesure, il n'y a pas lieu de le lui contester.
Il serait plus intéressant de savoir quel rôle jouait dans son système de la connaissance la théorie platonicienne des idées, fondement de la philosophie de l'école : l'avait-il abandonnée ? l'avait-il modifiée, et, s'il l'avait modifiée, dans quel sens et dans quelle mesure? Ce sont des questions qu'il est bien difficile de résoudre.
Aristote mentionne le système de platoniciens dissidents qui niaient l'existence des idées, se refusaient à les confondre avec les nombres pour en faire, comme d'autres membres de l'école, des nombres idéaux, et n'admettaient qu'un seul genre de nombre, le nombre mathématique, séparé des choses sensibles, et posé comme le premier des êtres ^.
Cette opinion est attribuée par Alexandre d'Aphrodisée^ tantôt à Xénocrate, tantôt à Speusippe et Xénocrate réunis Zeller 5, Schwegler, Bonitz ^ et Ravaisson l'attribuent à Speusippe.
1 Athen., HT, 86. TrapaTrXyjo'ta etvai ; id., 105. TrapauXïîaiâ «pYjacv zhai; IV, 133. Yi ■xepxwuïi Çtôov o(JLOtov TÉiTCfi; IX, 369. pacpavîç, yoyyoXcç, paçuç, àvâppcvov, o^xota.
2 Met., XIII, 6, 1080, b. 15, sqq. ol 8e xbv [xaô/i|JC(Ttxov [jlovov àpt8[xbv eivai xbv TrpcoTov Tcov ovTcov xsx^P'O't'-évov xcov aîcrO/]xtbv; XIII, 103, a. 21. oaot oà lôÉaç {xàv oùx oîovxat eîvat ouô'aTcXcoç oufs co; àptO[J.ouç xtvaç oucraç, xà ôà (xaOr/fxaxtxà etvat xat xouç àpt6(J.ouç, Trpwxouç xûv ovxwv, xa\ otp*/>l'^ aùxcov eivat aOxb xb é'v. C'est en cela qu'ils se distinguaient des Pythagoriciens qui admettaient aussi comme principe le nombre, mais non séparé des choses, uX-^v où xe>;wpt(7[X£vov. Aristote, comme les Pythagoriciens, pense que les grandeurs mathématiques sont dans les corps, mais non pas en acte, comme ils le disent, et seulement en puissance.
3 Alex., in Ar., p. 722, 8.
^ Id., p. 761.
5 T. Il, p. 659.
« In Met., 1. I.
' T. I, p. 178. Speusippe, p. 37.
Il ne fondait pas cette conception sur les raisons qui l'avaient déjà inspirée aux pythagoriciens, à savoir les analogies fondamentales et essentielles des nombres avec les choses, mais sur le principe même qui avait amené Platon à établir les idées, à savoir, que, sans cette hypothèse, il était impossible d'expliquer la science des choses, àXX 'oxi oùx eaovxat aÙTÔv at iTziGxrn^CLi lliysTo ^, mais d'un autre côté il refusait d'admettre pour l'expliquer soit l'hypothèse des idées, soit celle des nombres idéaux, dont il voyait les difficultés et les erreurs 2. La racine de son système propre est donc, comme dans Platon, toute psychologique.
Aristote s'est chargé de les réfuter tous, et il oppose à ceux qui, comme SpeusippQ, ont substitué au système des idées le système des nombres mathématiques, comme principes des choses, qu'ils ont tort de conserver à côté de l'unité mathématique l'auTo xo £v de Platon, parce qu'ils sont entraînés par cette concession à placer une dyade en soi à côté du nombre deux, une triade en soi à côté du nombre trois et ainsi de suite. Ils retombent donc dans les absurdités des autres systèmes, en y ajoutant le vice de l'inconséquence. .
Quoi qu'il en soit, d'après Speusippe, ce senties nombres qui, combinés avec l'un en soi, engendrent l'âme et tous les autres réels, tandis que la dyade indéfinie ne donne naissance qu'à l'espace, au vide et à l'infmi 3. Cette âme était-elle soumise, comme l'avaient voulu Platon et Pythagore, aux épreuves de la métempsycose, cela ne nous est dit par aucun témoignage, mais la chose est vraisemblable de la part d'un philosophe qui se rattachait aux deux écoles qui ont professé cette doctrine. Ce
1 Met., XIV, 3, 1090, a. 20.
2 Id., Xni, 9, 1086. ol [i.ev yup xà paOojxaTtxà [jlovov uotouvxeç %apa xà aî'aÔYjxa, opwvxeç xy)V izzpX xà sc^ôy] Sucr^épetav xa\ uXàv/)v, aTtsaxrjaav airb xoO eîô'OxtxoO àptôfJ-oO xa\ xbv [ia^ri[LixnY.ow £uoc-/]aav.
3 Theophr., Met., 312. ol xb ëv v.a\ xYjv àoptaxov SuaSa tîoioOvxsç (les Platoniciens), ôrjXoOvxeç oxi xà \J.h kuo xr)? ocopi'axou ôuàôoç, oiov xontov, xa\ xévov xa\ ausipov, xà S' àiib xcov àpt9[itov xa'i xoO èvbç ofov «i^^X^i "^^^ axxoc... ol ii£p\ ^TteuaiTTTTov... Eevoxpàx-o;.
L'ANCIENNE ACADÉMIE - SPEUSIPPE 255 qui est certain c'est qu'il la considérait comme non soumise à la mort, jusque dans les plantes et les animaux, s'écartant encore en ce point de Platon son maître, qui avait exclu l'âme raisonnable du privilège de l'immortalité, et l'avait même caractérisée par le terme de mortelle ^.
Les autres opinions de Speusippe sur le temps qu'il définissait la quantité en mouvement ^, sur les éléments dont il portait le nombre à cinq au lieu des quatre admis par Platon ^, sur les vertus de la décade, qui contient toutes les essences et les figures géométriques, parce que dans le point se trouve l'unité, dans la ligne le nombre 2, dans le triangle, la plus simple des surfaces, le nombre 3, dans la pyramide, le plus simple des volumes, le nombre est 4, nombres dont la somme 1+2 + 3+4 forme le nombre 10, sur la morale, dans laquelle il ne s'écartait pas des principes de son école ^ , n'ont pas d'intérêt par ellesmêmes, à cause de l'insuffisance des renseignements qui permettent à peine d'en comprendre le sens vrai, les rapports systématiques et les développements logiques, et n'en ont, en tout cas, aucun pour la psychologie.
1 Plat., Tim., 69, c.
2 Plut., Plat. Au., VIII, i. TO £V XtVf,C7£C TToaov.
3 lambl , Theolog. Aritlim., p. 62.
^ Cic, Acad. Pr., II, 43; Acad., Post., I, i ; de Orat., III, 18.