CHAPITRE DEUXIÈME
Nous trouvons sur ce sujet, qui joue un grand rôle dans la psychologie physiologique des anciens, et spécialement des stoïciens, deux traités, contenus tous deux dans les manuscrits d'Aristote, mais dont on conteste également l'authenticité. C'est d'abord le X« chapitre du livre du Mouvement des animaux^ et le traité spécial intitulé Du Pneuma.
Je ne suis nullement convaincu par les arguments de V. Rose, que le chapitre du traité du Mouvement des animaux ne soit pas d'Aristote, mais il est difficile, pour ne pas dire impossible de lui attribuer le livre : uspi nvsujxaroç. Ce n'est pas seulement parce que la discussion du sujet est sans plan, les pensées sans ordre et sans suite, le style incohérent et obscur, si obscur qu'il est souvent inintelligible ; l'ouvrage n'a ni commencement ni fm ; l'auteur y procède par des questions, des objections qui se présentent comme au hasard, sans qu'on puisse connaître sur chacune d'elles son sentiment propre. Des lacunes nombreuses ^, de graves altérations dans le texte contribuent à rendre la lec-
* Ainsi, par exemple : ÏX, 485, b. 6. Le traducteur latin anonyme traduit la phrase : àXX'al p-àv TS^/vai opyavoj "/pcovrarr) 6è çuatç ajxa xa\ uXy^, où ÔY) toOto xiXzuov, en ces termes : differenlia tamen artis ad naturam est ; nam illa tanquam instrumento utitur (igne) : haec et ut instrumente et ut materia. Qui enim ab arte ad opus adhibetiir ignis, ipsius pars operis non est ; at qui in natura habetur calor^ dijfusus per ipsum opus est, atque una cum ceteris substantiam ejus explet : et nulla in hoc diffîcultas est. Les mots soulignés ne répondent à rien dans le texte, et à moins que la traduction ne soit une paraphrase et un commentaire explicatif, il faut supposer que l'auteur avait un texte plus complet.
m HISTOIRE DE LA PSYCHOLOGIE DES GRECS
ture pénible et l'intelligence difficile. Mais ce qui est une raison décisive contre l'authenticité de ce livre, c'est qu'on y expose, au chapitre 2, une doctrine relative au pneuma, dont Fauteur était Aristogène de Gnide, qui avait été disciple de Ghrysippe de Cnide en même temps qu'un neveu d'Érasistrate, appelé Médios, et que Métrodore, troisième mari de Pythiade, fille d'Aristote, et, dit-on, maître d'Érasistrate. L'auteur du livre du Pneuma, était donc contemporain d'Aristogène, par conséquent de Théophraste : il pourrait être Théophraste même, dont Érasistrate était le disciple ou l'ami.
Les disciples d'Aristote ont porté une attention toute particulière aux études physiologiques, physiques, médicales, astronomiques. Ainsi Héraclite du Pont, avait écrit un traité des Maladies; Eudème et son contemporain Hérophile s'étaient acquis une grande réputation de savoir anatomique ^. Théophraste intimement lié avec Érasistrate, n'avait pas négligé cette branche spéciale d'études, et était, entr'autres, l'auteur d'un ouvrage que Diogène cite sous le titre iztoX nveuij.àTtov ^ et qui pourrait bien avoir porté celui de Trspt nveujj-axo; : sans rien affirmer à cet égard, il n'y a aucune invraisemblance historique ni philosophique à rattacher à l'exposé de la psychologie de Théophraste la doctrine contenue dans ce traité, et qui était presqu'universellement adoptée de son temps. Aristote en avait certainement posé les fondements ; développée par son école, qui ne s'en détacha jamais, elle fut transmise par elle aux stoïciens 3 qui la transformèrent, plus tard, à la philosophie scolastique, et eut la fortune singulière et inattendue d'être
1 V. Rose., deAr. libr. Ord.^ p. 167, sqq.
2 Diog. L., V, 45. ^
3 Plut., IV, 5. To 7rep\ xapSîav TivsOfxa; Galen., Hist. Phil., 13, to yiye[j.ovtxbv TîVEO[xa awfxaxocpuéç. Ils définiront l'âme un uvEûaa 'kcoç eyov; Plotin {Enn., IV, 1, i»), se le représente comme un mélange des propriétés de l'âme (IV, 4-, "28} et de celles des choses extérieures. Nemesius (VI, p. 173) et S. Augustin le considèrent comme une matière semblable à la lumière ou à l'air. Scaliger le définit : vincula inler corpus et aniraam; S. Thomas le rejette. Bacon, Nov. Ory., II, 7, propose à ce sujet plusieurs questions : déterminer ce qu'il y a d'esprit dans chaque corps; sa quantité, sa nature, son état, son mouvement, son action, sa denieure, son mode de distribution dans le corps.
LE PNEUMA 305 encore accueillie par Bacon, Descartes ^, Mallebranche^ et Hobbes 3.
Cette hypothèse n'était pas absolument nouvelle, même pour Aristote. La raison populaire, frappée des coïncidences du phénomène de la vie et du phénomène de la respiration, a partout, et chez les Grecs comme partout , assimilé ou comparé le principe de la vie avec Fair que la respiration introduit dans le corps et en expulse. Pour Anaximène, notre âme est de l'air. A mesure que l'opposition entre l'âme et le corps prend le caractère d'une opposition d'essence, on fait effort pour trouver un lien, un intermédiaire qui explique, parce qu'il la produit, l'unité de la vie physique et de la vie psychique, c'est-à-dire les rapports mutuels de l'âme et du corps.
On ne trouve pas encore dans Hippocrate, dont Platon, dans le Timée, se borne à reproduire les théories physiologiques, le pneuma considéré comme un organe physiologique distinct, faisant partie essentielle et primitive du corps de l'animal vivant ; mais cependant on y voit partagé le pneuma en àvjp ou air vital extérieur, et cpuira, ou air vital interne : ce dernier toutefois, et avec lui la vie animale, est conditionné par la puissance du premier c'est-à-dire de l'air extérieur, et n'en paraît être qu'une modification, une élaboration. « Le pneuma est attiré de l'air extérieur et se distribue dans les veines ; de là il arrive dans les cavités de l'intérieur du corps et particulièrement du
Pass. (le l'âme, 1, 5 : « On a cru, sans raison, que notre clialeur naturelle et tous les mouvements de notre corps dépendent de l'àmc, au lieu qu'on devait penser au contraire que l'àme ne s'absente, lorsqu'on meurt, qu'à cause que cette chaleur cesse, et que les organes qui servent à mouvoir le corps se corrompent ». C'est-à-dire que la vie ne dépend pas de l'àme, mais que l'àme dépend de la vie et de la chaleur. Conf. Siebeck: Die Entivickelung d. Lehre vom Geist (Pneuma). Zeitschr. f. VolkerpsijchoL, vol. XII, p. 3Gi.
Théorie des esprits animaux : Extraits de Pierre Janet (II^ 1. de la Recherche, p. 163). Willis, célèbre médecin anglais (1622-1675) avait déjà développé la théorie des esprits animaux qu'il considérait counne une matière continuellement agitée, qui refluait avec violence vers le cerveau et y produisait des effets semblables à ceux de la poudre à canon ; il plaçait le sens comnmn dans les corps striés, la mémoire dans les circonvolutions cérébrales, l'imagination dans le corps calleux.
^ Elem. Phil., 25.
4 Corp. Ilipp., de Flalih., I, 171.
Chaignet. — Psychologie, ÎO
cerveau, d'où il conditionne les mouvements du corps et ceux de la pensée ^ »
Qu'est-ce que le pneuma pour Aristote, et je veux bien ici considérer le traité spécial du Pneuma comme ne lui appartenant pas immédiatement, quoi qu'il soit parfaitement conforme à toute sa doctrine physiologique et psychologique? Je crois qu'il est déjà pour lui un organe corporel, un corps, organe de l'âme, et par lequel l'âme, animée du désir, commence et opère le mouvement. Cet organe corporel fait partie de la constitution primitive de l'être vivant, et est né avec lui : (ïu;a.cpuTov ; il a son siège dans le cœur, et, chez les animaux qui n'ont pas de cœur, dans un appareil analogue. Telle est l'explication donnée par l'auteur du livre du Mouvement, contesté il est vrai par Rose, mais qu'on peut retiouver dans des ouvrages qui ne peuvent pas l'être du moins sérieusement. V. Rose en attribue l'invention à Érasistrate , médecin péripatéticien probablement un disciple, certainement un familier de Théophraste, et qui aurait confondu la chaleur, désignée avec le froid, par Aristote, comme organes de l'âme et causes efficientes de l'alimentation et du mouvement, avec le pneuma qui n'est que le résultat et l'organe de cette chaleur vitale, et aurait ainsi identifié la Ospii-oTY^ç CwTtxv^ 3 d'Aristote avec le pneuma ÇtoTix^v i}>rj;(ix6v, qui est de son invention.
Il est facile de prouver que cette confusion*, si c'en est une, est déjà dans Aristote même.
Sans doute la chaleur ou plutôt l'agent de la chaleur, to xaXou-
p.£vov Gepaov ^, to cpuGixov tcuo ^, to cpucrtxbv 6£p|j.6v , to cru^a'^uTOv
^ Je ne sais pas où Hecker (Gescli. d. Heilkunde, I, 75) a trouvé que les pytliagoriciens se représentaient la fonction vitale et la faculté de la sensation comme primitivement liées au pneuma du sperme.
2 Galeii., Il, 88; IV, 729.
3 De llesp., 6.
4 Voir Galen., II, 730; Alex. Aplir., de Febr., l, 2. s De Somn., 458, a. 27.
6 De Gen. An., 736, b. 3L
' De llesp., Ali, h. 42; voir encore, id., b. U, la formule cpuacç èfxusuupeuxsv avTTjV (Fàme); de Vit., 409, b. IG. t/j; ^^^'^x/j; coaTïsp âij.7t£7ïups"j[xfv/]ç.
LE PiNEUiMA 307 ôep(i.ov ^, est l'organe de l'âme, c'est-à-dire un instrument par
lequel elle fait tout : ipyot^erai... cpuçjixo) ÔEpixtp... TcàvTa Tiupt
yotp èpyxCsxai Tràvra 3 ; c'est cet agent qui élabore la nourriture, imprime le mouvement à l'animal, produit le battement du cœur et des veines * et rend les spermes et les germes féconds, oTiep •xoiCi Yoviixa elvat rà aTrépaara ^. Sans doute encore, le pneuma est parfois considéré comme un produit de la nourriture, la partie liquide de la nourriture, une sorte de vaporisation àva8uu.tac;tç, àTjjitç, des liquides élaborée, comme le sang, par la chaleur vitale, interne, innée ^, en un mot, c'est une 7:v£u[i.àT(0(jiç
TOU uypou.
Mais le mot pneuma a plusieurs sens dans Aristote, même si on ne veut pas le considérer comme l'auteur du De Mimdo, où cette diversité de signification est signalée en termes exprès et où le pneuma dont nous parlons ici est défmi : la substance animée et fécondante qui agit et circule dans les plantes, dans les animaux, dans tous les êtres ; non seulement il a la vie, mais il a la puissance de la communiquer. 5i, dis-je, on rejette la valeur de cette distinction parce qu'elle est contenue dans un ouvrage d'une authenticité suspecte, on sera bien obligé de reconnaître qu'elle éclate dans les œuvres les plus certainement attribuées à Aristote.
Qu'est-ce donc, dit-il, que cette chaleur vitale ? Il ne faut pas croire que ce soit le feu même, ni quelqu'autre élément analogue. Cette chaleur, ce feu n'est autre chose que le pneuma enveloppé dans le sperme, dans la partie écumeuse du sperme ^,
1 De Vit., 469, b. 12.
^ 2 Id., id., b. 13., de Gen. An., V, 789, b. 8. xô) uvs'V^i^i epyàÇeaOat xà uoUà etxoc wç opyavo).
3 De Resp., 474, a. 28.
* De Resp., 20; Hist. An., III, 19; 521, b.
^ De Gea. An., 73G, b. 34. Il est le principe de la distinction des parties de l'animal; id., 741, b. 37. ôtoptî^ôTat ôà là. [Jiéprj xwv i^ouov, irvEup-att. ^ De Soînn., 458, a. 27. y\ Oub tou crwiJLaTwoou; tqO àvacpepojjLÉvou uTtb toO
<7U[i.CpUT0U %zp[}.0\).
' De Mund., 4, 394, b. 10. Xsyexat Sà xai Ixépw; TcvsOfjia, y)X£ ev çutoÎ; xa\ C'oot; xai Ôià Tiavxtav ôciqxou(Ta eji.'j/'j'/oç X£ xa\ yovtfjLoç oùaîa. « Le sperme est épais et blanc, parce qu'il s'y nièle du pneuma et de l'eau; le
TO è[j.TcepiXaiji.pav6;ji.£vov £V tw (î7r£p[jiaTi xal tco àcppwBEi 7rv£u[7.a, et la
substance de ce pneuma est analogue à celle qui constitue les astres, à l'Éther céleste, à la matière sidérale : c'est un corps assurément, mais un corps autre que les quatre éléments que nous connaissons, et d'une nature plus divine.
Ce corps contient l'âme à l'état de puissance ; en lui est le sperme, le germe du principe psychique, t^ç <]/u/tx7î; àp/j%, non pas seulement de cette partie de l'âme qui préside à la nutrition et à la fonction de sensation, mais aussi de la partie qui est séparable du corps, qui est quelque chose de divin, et qu'on appelle Nouç K
Il y a donc, pour Aristote, deux sortes de pneuma, l'un qui n'est que de l'air extérieur, introduit par le phénomène de la respiration dans l'intérieur, et qui est chauffé et élaboré par la chaleur vitale interne ; l'autre qui fait partie de la constitution primitive physiologique de l'être vivant, c'est le pneuma intérieur, enveloppé dans le sperme qui lui a donné naissance, et qui se confond avec la chaleur, le feu vital, ou en est le principe.
C'est le développement de cette théorie que présentent, sans altération ni modification réelles, le X"^ chapitre du traité du Mouvement des animaiix, et le traité spécial du Pneuma, que nous rattachons à la théorie psychologique de Théophraste ou de son école.
C'est de la «recherche sur la nature du mouvement dans les êtres vivants qu'on arrive à reconnaître l'existence nécessaire du pneuma. Nous savons que pour expliquer chez eux le mouvement on doit admettre un intermédiaire qui à la fois est mû et meut. Dans les corps qui ont une âme, c'est-à-dire qui vivent, il faut qu'il y ait un corps doué de ces deux propriétés, à savoir de mouvoir et d'être mû. Le corps lui-même, mobile
pneuma lui-même est un air chaud, Ospixb? àv^p; de Gen. An., II, 736, a. 1. Tous les animaux sont mus pour ainsi dire par le pneuma inné du corps, o-uficpurco TcvcUfjLaxt xou crwfjaxo;; (le l'art. An., II, 6513, b 18. Il existe naturellement dans tous les animaux, cpuast, et n'est pas introduit en eux du dehors ; où OupaOev èus'.çaxTÔv, ?"(/., 1. 1.
1 Voir Chaignet, Ess. s. la Psych. d'Ar., p. 298 et 514.
sans être moteur, a sans cloute la puissance de recevoir l'action d'une force étrangère : mais ce qui meut a une vraie puissance, une force propre, faisant partie de la nature des êtres, de leur constitution première : c'est le pneurna inné, rivsuaa çru[j.cpuTov. Il est merveilleusement approprié à donner le mouvement et à fournir de la force ; car les actes du mouvement sont de pousser et de tirer à soi. Il faut donc que l'instrument du mouvement puisse facilement s'augmenter et se ramasser : et telle est la nature du pneuma, qui devient, suivant l'âge et la constitution du sujet, plus vigoureux et plus volumineux, ttXéov xal Icyu^o-
TSpOV.
Ce pneuma est, par rapport au principe psychique, irpoç t/jv àp/;/)v (fu/txVjv, dans le même rapport que, dans les articulations le point moteur et mû au point immobile et fixe, et puisque le principe psychique est chez certains animaux placé dans le cœur, chez les autres dans un organe analogue, le pneuma inné semble avoir également là son siège.
Voilà donc la partie du corps, à la fois mue et motrice, par laquelle l'âme meut le corps, sans avoir besoin d'être présente dans chaque partie de ce corps : il suffit que les autres parties lui soient unies par la nature, pour qu'elles accomplissent chacune leur fonction propre.
Mais comment cet esprit inné s'entretient-il dans l'être vivant? Reste-t-il toujours identique à lui-même ou subit-il des modifications constantes du mouvement général de la vie '? Quelle est au fond sa véritable nature, son opération et son siège ^ C'est ce que nous allons chercher à déterminer.
Le pneuma est un corps ; mais c'est un corps plus pur que tous les autres, et son essence est analogue à celle de l'âme, tt) •}u/;7î (7u[j.cpu£ç. Il fait partie de l'organisation première et primitive de l'être, quoiqu'il naisse en lui : mais il est ce qui naît le pre-
1 De Mot. An., 181, a. 1, 310, 703, a. 4, sqq. Le traité du Pneuma commence presque dans les mêmes termes : tîç ■/] xoO t[j.9-jTou Tcveu[j.aTo; ûta(xovrj. Arislote avait déjà jiosé les mêmes questions : awxr^pca toO Otp\j.o\j, de Sotnn., 2, 150, 9 ; (le VU., i, 469, b. 18, 470, 22.
mier en lui. Cela semble étrange, à moins d'admettre que l'âme ne naisse postérieurement au pneuma, après que les principes séminaux se sont répartis pour constituer Fêtre naturel ; car il semble qu'il est comme une sorte de gaz, de vapeur, d'air interne qui s'exhale de la nourriture ^ ; c'est en quelque sorte la partie la plus légère et la plus ténue de la nourriture^, celle qui n'a pas trouvé son emploi, qui n'a pas été dépensée dans le fonctionnement de la vie animale, une force de réserve, économisée, et qui excède la dépense, to TceptTTo^u.a TpocpTjç. S'il n'est pas l'âme même ou l'une de ses facultés 3, il est du moins le premier organe qui la reçoit, le premier principe placé immédiatement au dessous d'elle, TcpûTov ûtto t7|v ^Wati^ to ^rpûTov SsxTtxov ^u/ri<; 5. Qu'est-ce que l'âme, sinon la force, cause du mouvement respiratoire et du mouvement du pouls qui constatent et constituent la vie ^. Car la respiration commence aussitôt que l'enfant est détaché de la mère, et le pouls bat aussitôt que le cœur est formé. Le pouls semble même être le
* Ch. 2. ôià TT); xpo^r,? v) tou uvE'jfxaToç vhzan;, de même que sa vie est entretenue par le sang, dernière forme de la nourriture, et par le calorique qu'il contient (ch. 1), plutôt que par l'air extérieur introduit parla respiration.
2 Quoique cette explication ne soit pas à l'abri de très fortes objections ; car, par exemple, comment sera-t-il alors le preuiier moteur?
^ De Pneum., IV, i82, b. 22. eize »]>u-/r,ç ôuva[xtv eïxe 'l'u^V ôeî Xéyetv TauT/jV, le mouvement respiratoire, l'un des mouvements dus au pneuma.
* 483, a. 26. ô à-qp Tcpcotov vtio Triv ^\J■)(r^v. 5 483, b. 10.
^ 483, a. 27. xi ouv yj 4'u-/r|; ouvafxcv xriv oùxioLV Tvi? xivricrso); xr,; xotauT/]?- L'âme est dans cet air, à moins qu'elle ne soit elle-même quelque chose de semblable au pneuma, et non une essence absolument pure et sans mélange.
' Aristote distingue les veines des artères, ou du moins il distingue deux espèces de veines, différentes parleur nature {Hist. Anim., III, 3, 513, b. 8; 515, 30), et par l'espèce de sang qu'elles transportent {de Part. An., III, 4, 666, b. 27), afixa Stçulç. La cause de ces difTérences est pour lui une différence de chaleur, pour Galien une différence de la quantité de pneuma qu'elles contiennent, ce qui revient à peu près au même. Les veines et les artères contiennent les unes comme les autres du sang et du pneuma, mais dans des proportions différentes,
Praxagoras de Cos, vers la fin du iv siècle, fit le premier des observations attentives sur le pouls, et tand s qu' Aristote semble avoir attribué ce phénomène à tous les vaisseaux sanguins, qu'il appelait Tiopoi, et pensait que le pneuma était poussé par la respiration aux deux ventricules du cœur, par l'artère et la veine pulmonaire pour y rafraîchir le sang, Praxagoras soutenait, avec Érasistrate, que les artères seules ont un pouls, parce que seules elles contiennent du pneuma. Mais Érasistrate prétend que la
premier de ces mouvements : sa cause est dans une force propre et particulière, et n'a rien de comniun avec la respiration.
Mais le mouvement de la respiration lui-môme a une cause interne, et si l'on ne veut pas appeler le principe de ce mouvement âme, ou une faculté de l'âme^ on peut le considérer comme un certain mélange spécial particulier d'éléments corporels, qui, par le moyen de ces éléments, opère ce mouvement alternatif, 6Xxr,, c'est-à-dire l'aspiration qui attire l'air extérieur au dedans de l'être vivant.
Le pouls, qui n'a aucun rapport avec le phénomène de la respiration, dont le rhythme est absolument indépendant, et qui •semble n'avoir aucune fin, aucun but, et n'être qu'un pur accident, fonctionne dès le principe de la vie, comme un effet nécessaire de l'action de la chaleur sur la substance matérielle de l'animal. Ce qui est inné, (jujjLcpuTov, fait partie des premiers principes de l'être. Il semble en effet nécessaire que lorsqu'il y a dans un liquide tel que les parties hquides des aliments une surabondance de chaleur, il s'en dégage une sorte de vapeur volatilisée, èx7rv£uji,aToua£VQv, dont Fébullition produit le battement du liquide, c'est-à-dire le pouls.
Le pneuma, par un troisième mouvement qui élabore la nourriture se répand dans l'être tout entier, dont toutes les parties ont besoin de nourriture ; mais il a cependant son siège premier et pi'incipal dans l'artère, dans la trachée artère qu'il remplit. C'est pour cela que l'artère seule a la faculté de sentir; c'est pour cela que la partie intellectuelle et la partie passionnée de Fâme, xh Xoyixov xal 0u[j.'.x6v, ont la faculté de mouvoir l'artère. L'âme en effet réside dans cet air du pneuma dont l'artère est baignée. Cet air est pour ainsi dire psychique ; et l'on comprend que l'âme se porte naturellement vers un élément qui a
cause du pouls est le pnouiua lui-même, qui est projeté par le violent mouvement du cœur dans l'arlèrc, tandis que Praxagoras. Philofime, son disciple, Herophile et Galion, étaient d'avis que les artères bitlaiont u'ellcs-mèmes, et d'un mouvement propre. Conf. Spengel, llist. de la Médec, trad. Jourdan, et Galion, V, 508; VllI, 702, 731.
m HISTOIRE DE LA PSYCHOLOGIE DES GRECS
tant d'affinité avec elle, que la <fu/7^ soit eu-j^u/ov, et que le semblable soit nourri par le semblable, c'est-à-dire que l'air alimente et nourrisse le pneuma.
Le pneuma diffère de l'air extérieur que l'aspiration introduit dans le poumon. L'air extérieur s'arrête dans les poumons ; le pneuma inné pénètre l'être entier et se répand dans toutes ses parties et dans toute sa masse. L'air extérieur n'est pas l'âme ni le pneuma, il n'en est pas du moins la substance complète, To yàp oXov oùx aT^p, quoi qu'il puisse contribuera son activité et concourir, pour une part, à en former et à en développer la puissance : il en serait alors non le principe, mais une des conditions. Il se transforme en pneuma, ou plutôt le pneuma interne s'assimile l'air extérieur, quand ce dernier, emprisonné longtemps dans les canaux internes et condensé, finit par se distendre et se disperser, ttuxvojÔsU >t'^t StaSoOst'ç tiwç. C'est un air ayant subi certaines modifications et altérations, Tiaa/ojv yi ti xxt àXXotou(j.£voç. Il est, de toutes les parties corporelles de l'organisme vivant, ce qu'il y a de plus léger et de plus pur. Ou bien il est chaud par nature, se confond même avec le calorique vital, élabore par son mouvement propre, échautTe la nourriture et produit seul la digestion ; ou bien il emprunte cette chaleur nécessaire à la cuisson des aliments et à leur transformation, au calorique dont la puissance se trouve comme lui dans l'artère, qui seule est susceptible de recevoir le pneuma. Mais cela même, je veux dire que la chaleur réside au siège même du pneuma, n'est pas sans difficulté i, et la plus considérable naît de la nécessité du refroidissement. Comment s'expliquer alors la persistance du pneuma, ^nixav-q, dans tous les êtres qui ont une chaleur naturelle, si rien n'en vient contre-
^ Difficulté telle que l'auteur, au risque de se contredire, soutient que c'est dans les nerfs ou appareils analogues que se trouvent primitivement le TiveOfxa xiv/jxtxov (485 b.), et la plus grande quantité de calorique (184, a. 4). Mais dans cette hypothèse, il serait difficile de comprendre comment l'air vital opère la respiration, le pouls, l'élaboration de la nourriture et sa distribiition dans tout le corps, et puisse se nourrir de sang et être refroidi par la respiration.
balancer les effets et opérer un refroidissement, dont tous les êtres vivants ont besoin ^ .
Mais il n'en est pas moins vrai que la chaleur est l'agent actif, opérant dans les corps vivants, l'agent de transmission et de division des matières. Dans les choses inanimées le feu ne produit pas sur toutes les matières les mêmes effets : il condense les unes, raréfie et fond les autres : il en est qu'il solidifie. Il faut assimiler le feu de la nature à celui de l'art. Dans les arts, nous voyons le feu du forgeron, de l'orfèvre, du cuisinier, produire des effets très différents, et imprimer aux molécules matérielles une proportion et comme un rhythme divers. Les natures des êtres animés produisent les mêmes effets, et c'est pour cela qu'elles sont différentes les unes des autres. Leurs actions sont différentes suivant la nature propre des êtres qui se servent de la chaleur. Les arts n'usent du feu que comme d'un instrument et d'une matière. Mais le difficile est de comprendre quelle est cette nature, qui use ainsi de la chaleur et imprime en même temps aux propriétés sensibles une sorte de rhythme, de proportion.
Il n'est guère possible que ce soit le feu ni le pneuma, surtout quand on observe qu'outre ces effets, cette nature a ciicure la puissance de penser. Gela est merveilleux, même quand on attribue cette puissance à l'âme ; car l'âme est formée de ces éléments mêmes, c'est-à-dire du feu et du pneuma.
En tout cas il est logique de conférer la puissance formatrice, To 8-ri;ji.toupYouv, et l'acte du mouvement, toujours semblable à lui-même, soit à une seule et même chose, soit à une seule partie de cette chose, mais qui agit diversement, selon qu'elle est plus grande ou plus petite, tantôt pure et simple, tantôt mélangée et composée, ici dans tel substrat, là dans tel autre. C'est ainsi qu'on peut expliquer l'unité de la force qui agit dans
' Les parties liuinides et liquides ont besoin de pneiiina pour être rôcliaiilîés, et le pneuma a besoin de l'humide, xoO uypoO, pour être refroidi : c'est pour cela que les veine? et les artères s'embranchent ies unes dans les autres, les unes ne contenant que du sang, les autres que du pneuma, du moins dans l'état de sanlé.
tous les êtres vivants, avec la variété InYinie des actions qu'ils produisent et qui constitue leur individualité ; car c'est toujours la nature qui fait le mélange et qui crée, eYxaTaat'yvuTai xal
De cet exposé confus, incomplet et obscur au point d'être souvent inintelligible et même contradictoire, de la doctrine du pneuma, professée dans l'école péripatéticienne, peut être par Théophraste même, dont on croit reconnaître les incertitudes et les hésitations, il semble résulter que le pneuma, pour la plupart du moins des disciples du Lycée, n'était pas l'âme même ; mais une partie corporelle de l'organismo, dont l'essence se rapprochait, autant que possible, de celle de Tâme, sans se confondre avec elle ; c'était une sorte d'air, de vapeur, de gaz chaud, analogue à la substance éthéréedes astres, intermédiaire entre la matière proprement dite, dont le corps est composé, et l'âme, considérée comme un être absolument simple, pur et sans mélange.
Ce pneuma, cet air chaud interne, semble être à la fois la cause et l'elfet de l'organisme, le résultat et l'agent de la vie : il n'est qu'une essence volatilisée du sang, forme dernière de la nourriture, et cependant il est le principe du triple mouvement qui constitue la vie de l'être organisé, à savoir le battement premier du cœur, des artères et du rhythme alternant et intermittent de la respiration, d'où dépend le mouvement qui apporte et distribue la nourriture S "h ôp£7:Ttxvj xh-rinq. Il se répand dans le corps tout entier 2, dans la chair, dans les muscles, les os, les nerfs et les tendons, confondus sous la même dénomination de v£upa. Il est donc, sinon le principe, du moins l'organe corporel de la vie, du mouvement 3, même de la pensée ^ et de l'ordre
^ Ce mouvement se distingue des deux premiers qui sont rytlimés et inlr.-millents, en ce (ju'il est constant, continu, toujours et partout identique à lui-mt-.iie, Tiâv
2 C'est pour cela qu'il est appelé dans le Timée, 101, a., TxveO[,',a <7Ûpp . jv, cl par Chrysinpe le stoïcien TiveOpia cwe^i;.
^ C'est du moins le sens qu'on peut attacher à ce membre de phrase, d'ailleurs
que la raison imprime aux choses. Ce n'est plus là en efiet un acte qu'on puisse attribuer ni au feu ni au pneuma ; mais, et c'est ce qu'il y a de merveilleux, ce sont des actes, ce sont des forces auxquels le pneuma prend une part et auxquels il se mêle^ La psychologie n'est pas encore une psychophysique : on sent qu'elle est sur la pente où elle le deviendra entre les mains des stoïciens, pour qui l'àme ne sera plus qu'un certain état du pneuma. Jusqu'à Platon, Tâme n'est qu'une partie intégrante du monde, et la psychologie une partie intégrante de la physique. Le dualisme de la forcp. et de la matière, de la nature et de l'esprit, de Fâme et du corps n'a jamais jeté de profondes racines dans l'esprit des Grecs, et les doctrines stoïciennes, issues très certainement des doctrines péripatéticiennes, rouvrent, plutôt qu'elles ne la rompent, la tradition de la philosophie grecque.
obscur : a)Aà jJ.àX).ov to xr^\' ^ucriv vor,(Tat, iv^v )(;po){jLlv.iv r^Xlz â'aa xol; aî^rO ■*,xoîç uâôecri (xa:) tov puOfjiov àuùôcoaôi, 48.5, b. 7.
* 485, b. 10. TouTO'.ç ôr, xaTa[X£(xr/6ai TO'.a"JT-v/ ô'jva^xiv Oaujj.aaTÔv.