‹ Histoire de la psychologie des Grecs (volume 4)Chapitre 7 sur 94 · ANAXIMÈNE · texte numérisé non relu

ANAXIMÈNE

Anaximène est de Milet, comme ses deux prédécesseurs. La plupart des écrivains postérieurs font de lui un disciple et un contemporain d'Anaximandre, tandis que d'autres le mettent à l'époque de Parménide dont il aurait été l'auditeur. La Chronologie d'ApoUodore contient manifestement une erreur qu'on ne peut pas rectifier : car en plaçant sa naissance dans l'Ol. LXIII (529-525), et sa mort à la prise de Sardes, elle lui donne à peine 24 ans d'existence ^.

Ce philosophe se rattache clairement aux théories d'Anaximandre ; mais il les fonde plus visiblement que ce dernier sur un principe psychologique : « Notre âme est de Fair, disait-il, et cette âme est le principe de notre vie et de l'unité de notre être; c'est ainsi que le monde entier a pour principe d'unité et d'existence l'esprit, l'air ^. »

C'est donc en généralisant une observation toute psychologique, c'est par la considération de la vie et de son principe, à savoir que la vie consiste dans la respiration de l'air,

1 Encore faut-il pour cela entendre la prise de Sardes par Darius, fils d'Hystaspe, qui eut lieu en 502 ; caria conquête de cette ville par Cyrus, qui arriva dans TOI. 58, mettrait la mort avant la naissance. Peut-être y a-t-il confusion, dans ApoUodore, entre le temps où Anaximène a fleuri, et la date où il est né. D'après Suidas, il vivait et florissait 01. 55, au temps de Cyrus et de Crésus.

- Stob., Eclog., I, 296. oiov ■/] ^^X'h ^ riiiexépa arip oucra «ruyxpaTeî YjpLocç, xa\ oXov TOV x6a-[jLtov TivEUfxa xai àïjp uepiéyei. Id., p. 796- àepwS"/; (ty|V Conf. Theodor., Serm., v. 18, p. 545. Tertull., 9, « Non ut aer sit ipsa substantia ejus (animœ), etsi hoc /Enesidemo visum est et Anaximeni. » Macrob., Somn. Scip., 1, 14.,19. Anaximenes (dixit animam) aera. Philopon., in 1. De Anim.y S. A., p. 4. ol Sè (tyiv «l^u^/^jv àept'av, (oç 'Ava?. xai xiveç xcov SxwVxtov.

ANAXIMÉNE 27

qu'Anaximène est arrivé à sa thèse cosmologique : l'air est le principe universel des choses, conçues ainsi sous la notion de la vie. Le monde est un être vivant. Cet air qui meut tout et produit tout est une substance invisible, infinie, toujours en mouvement. C'est Dieu même

Mais ce Dieu invisible se distingue mal ou plutôt ne se distingue pas du tout de la matière, puisque c'est par les phénomènes de la condensation et de la raréfaction que se développent de lui les corps élémentaires déterminés, et toutes choses par une évolution et une série de changements qui supposent comme condition nécessaire le mouvement ^. Simplicius l'appelle nettement l'Un matériel 3.

Il est à croire que, dans la pensée d'AnaximènG, l'opposition des deux natures était encore incertaine et confuse, et qu'il se représentait cet être primitif comme l'identité, la substance commune de la matière comme de l'esprit, de la cause matérielle et de la cause motrice et finale. Nous ignorons absolument comment il expliquait à l'aide de ce principe les phénomènes de la vie, de l'âme, de la pensée.

* Origen., P/1//0S., I, 12. àlpa airetpov eqpyj tyiv àpxV slvat.-. o'{/£i aô/jXov... xiveVcrôat ôà àei... Cic , De Nat. D., I, 10. Aera Deum statuit.

2 Orig., PhiL, 7. où yàp pieTaêâXXei ocra [j-STaêâXXsc zl (xr) xtvoîxo.

3 SimpL, in Pliys., f. 32. èx toO uXixoO ivbç ysvvàxrt xà àXXa [xavoT^Ti xai TïUXVÔTrjTl (OÇ 'Ava^tuLÉv/^ç.

Page 1