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CHAPITRE CINQUIÈME

HIPPON

A cette tendance dynamique de l'école ionienne ^, il faut rattacher un philosophe, Hippon, séparé des précédents par un long espace de temps, mais que nous leur rattachons parce qu'il ne semble avoir subi que leur influence. Hippon, de Mélos, d'après Clément d'Alexandrie 2, de Rhèges, suivant Origène 3 et Sextus Empiricus ^, de Samos, si l'on en croit Aristoxène ^. a vécu probablement longtemps â Athènes, à l'époque de Périclès 6, Aristote en fait bien peu de cas et cependant toute sa philosophie, qui porte la marque d'un développement et d'un progrès sérieux de la science, semble s'appuyer sur l'expérience et l'observation, méthodes chères à Aristote ; telles sont ses recherches sur la production et le développement du fœtus 8, et en général sur les phénomènes de la vie organique. C'est en cela même qu'il se distingue des premiers penseurs de son

* lamblique {Vit. Pyth., 267), en fait avec une impardonnable légèreté un Pythagoricien.

Cohort. ad. Cent., p. 15.

3 Orig., Pliilosoph., c. 16.

^ Pyrrh., Hyp , III, 30.

5 Censor., De Die Nat., c. 5. lambl., Vit. Pyth., 267.

6 Scholl. Aristopli., Nub., v. 96. Cratinus, dans ses XlavoTTrai, s'était moqué de lui.JBergk, Reliq. corn. Attic, p. 164-181.

Met., 1, 3, 984, a. 5. Sià Tr,v eùxeXetav aùtou xrjç Siavo:aç. 8 Censorm., De Die Nat., ch. 5-7, 9. Plut., de Placit. Philos., v. 5, 3 ; 7, 3.

HIPPON 29 école, dont les conceptions ont un caractère plus abstrait et plus métaphysique : il semble que la spécialisation scientifique commence; et la philosophie devient, surtout entre les mains d'Hippon, une biologie, une psychologie ou du moins une physiologie de Tâme.

Sans doute, comme Thalès, il cherche le principe universel des choses et le trouve dans l'eau, ou plutôt comme le dit Alexandre d'Aphrodisée, dans l'humide, to uyp(^v ^ ; mais le germe logique de cette conception générale, c'était, comme le remarque expressément Simplicius 2, que toute chose étant vivante, et le monde même étant vivant, le principe de la vie organique doit être le principe universel. Or le principe de la vie, c'est la semence, c'est le sperme, c'est le germe, dont l'essence est d'être humide. Donc l'âme est la substance humide, est de l'eau, et l'eau est le principe de tout ce qui est. Ce philosophe, « qu'on ose à peine nommer après Thalès, Anaximène et Diogène, à cause de la puérilité par trop naïve de ses doctrines ^ », est un dé « ceux dont les conceptions grossières ont fait l'âme d'eau : ils semblent avoir été conduits à cette conclusion par la considération que le sperme de tous les animaux est humide. Hippon réfutait l'opinion de ceux qui soutiennent que l'âme est du sang, par la raison que la semence n'est pas du sang : pour lui l'âme dans sa forme primitive et première^, c'est le sperme ^ j>. La semence n'est pas du sang : elle est un écoulement de la moelle, comme Hippon prétendait le démontrer dans des recherches expérimentales sur les animaux 6. L'âme est une eau qui a la vertu essentielle de produire la semence, uBcop yovoTroiov ^. Elle naît de l'humide s.

1 Scholl. ad Met., i, 3, 98i, a. 5.

2 De Cœ/., 151. Scholl. Arist., 514, a. 26.

3 Arist., Met., 1,3, 1. 1.

5 />e An., 1,2, 405, b. 1.

6 Censorin., De Die Nat., c. 5.

7 Herm., /rr. Cent., c. 1, Inst. Cohort., c. 7.

8 Oi'ig., Philos., 1, 19. ii uypoO ou cpr)<Ti 4>uxV yi'vecrÔxt. Conf. Stob., Eclog.^ 1, m. Tertull., De Anim., c. 5.

C'est une simple conjecture qui fait supposer à Alexandre ^ que ce -matérialisme psychologique fut le motif de l'accusation d'athéisme portée contre lui, comme elle l'a été si souvent contre les philosophes, dont la grande faute, la faute inexpiable est en tout temps une indépendance, une révolte de l'esprit contre les opinions reçues et communes.

1 In Met., XII, 1, 643, 24. Bonitz. Plut. adv. Stoic. Rep., c. 31, 4. Conf. Zeller, t. 1, p. 189, no 1.

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