‹ Histoire de la psychologie des Grecs (volume 5)Chapitre 11 sur 43 · LES PUISSANCES ET LES PARTIES DE L'AME · texte numérisé non relu

LES PUISSANCES ET LES PARTIES DE L'AME

L'âme en tant qu'incorporelle est une et indivisible dans sa substance; mais cette âme a des puissances et même un grand nombre de puissances, et si la puissance ne peut pas être séparée effectivement de l'essence d'où elle émane et rayonne, elle en peut et en doit être distinguée, comme les rayons du foyer lumineux qui les émet. L'âme est donc déjà sous ce rapport divisible. Il y a plus : les puissances de l'âme sont l'intermédiaire par lequel l'âme entre en rapport avec les corps; mais elles ne se communiquent aux corps que dans la mesure où ceux-ci sont capables de les recevoir, et cette mesure est à la fois très diverse et très inégale; non seulement c'est par cette division que nous concevons la création des espèces animales, mais nous ne pouvons concevoir la création de l'individualité au sein des espèces que par une sorte de division qui fait sortir, de l'âme universelle, l'âme individuelle, l'âme particulière et divisée, [/.epuo] <\>uyy\... «fu^Vj

Ttvo;.

L'âme est donc encore, sous ce nouveau rapport, divisible et pour ainsi dire divisée. Ce double point de vue auquel on peut considérer la divisibilité de l'âme, donne naissance à la distinction des facultés ou puissances, Suvà^eiç, qui sont nombreuses1, et des parties ou espèces, eïB^, (xépï), ou parfois

1 Enn., I, 8, 14. Suvaixecç 8è ^u/rjc tcoXXou.

Xôyoï. Il ne faut pas croire que ces parties constituent des unités ou forces séparées: les puissances de l'âme sont ses actes, et l'âme est tout entière dans chacun de ses actes. La pensée est une puissance de l'âme, et cette pensée ne sera pas absolument absente de la pierre même, où elle existe à l'état de sommeil, parce que le corps minéral n'est pas apte à recevoir l'âme dans la plénitude de son essence.

L'âme n'est donc ni unité pure ni pure pluralité : elle est une pluralité une ou si l'on veut une unité multiple. Le Principe suprême est exclusivement et absolument un, ev uuWov; les formes qui sont dans les corps sont pluralité et unité; TzoWkb. xa\ sv; les corps eux-mêmes sont exclusivement pluralité, 7ro)Xà [j-ovov. L'âme est unité et pluralité, Ev xat ttoXXx, unité par son essence et sa substance, multiplicité par ses espèces et ses fonctions 1 ; même si l'on ne considère dans l'âme que la fonction de connaître et non celle de produire, on y trouvera une pluralité. L'âme n'est pas une substance nue; c'est une substance déterminée, w; «ri; ouste, et déterminée par une pluralité de puissances qui constitue son essence et ne fait qu'un avec elle; car cette pluralité ne lui vient pas du dehors, mais de sa nature même. Que serait l'être de l'âme sans tout le reste2? Par essence, l'âme est séparée de l'unité; elle ne peut être une même dans la connaissance rationnelle la plus pure3. Dans l'acte le plus élevé de la raison le dualisme apparaît, c'est-à-dire la division et la pluralité. Dans tout esprit il y a deux choses, sv tw ttxvt!

1 Enn., VI, 2, 4. tcgo; fis xb ev xoOxo (l'âme) TCoXXâ eoxc xa\ 7:00; xà rcoXXà ev. VI, 2, 5. xà o-to-j-aTa ofov xtov Çootov xa'i xtov cpuxtbv e/aaxov aùx&v TroXXâ eaxr,. IV, 2, 2. eaxr.v oov ^X*) ^v xai uoXXà... xà 3è èv xoTç ffajaaT'.v eiÔrj TtoXXà xai ev, xà Se acofAaxa uoXXà [j-6vov, xb ôe UTrfpxaxov, ev p.ovov.

2 Id., VI, 2, 5. àva^aivtov aùxîjç et: xb (jly) tcoigOv, o-j itoXXàç xa\ èvxaOOx e'Jpyjareiç Suvâ-j-ei;. Id., VI, 2, 6. oùx e^toOev jjièv e-/£i xr,; lauxoù où-jîar.

3 Enn., VI, 9, -4. %y.ayei 8ï r\ •I'J/yi xoO h etvai x-rçv aTtocxaTiv. L'àme n'est pas absolument une, même dans l'acte qui crée en elle la science; car ïa science est raisonnement et le raisonnement est pluralité ; l'unité de l'àme tombe donc fatalement dans le nombre et la pluralité : Xôyo; yàp èmax-r]^/], TroXXà ôe Xôyo;* Tcapsp/exat oOv xb ev e'.ç àptOfJibv xa\ TcXrjGo; TtîaoOffa. VI, 2, 5. uXr]Ôo; ev.

vu> to 8iTx6v, le sujet pensant et l'objet pensé, différents l'un de l'autre, sans cesser d'être un. L'acte de la connaissance a sans doute pour condition l'unité du sujet et de l'objet; mais il pose en même temps leur différence. Ce qui connaît, en tant qu'il connaît, tend à ne faire qu'un avec l'objet à connaître1 : mais cette tendance est un mouvement, ep/^xca2, et le mouvement implique division et pluralité des termes, qui sont au moins deux et Ton peut dire qui sont nécessairement trois; car ce mouvement de la pensée qui va d'un terme à l'autre et les met en rapport diffère manifestement de chacun d'eux3. Cette division de l'âme est l'œuvre de l'âme même qui a une activité divisante, comme une activité unifiante 4, parce que sa nature est à la fois une et multiple, indivisible et divisible5. Si en effet elle était absolument simple et absolument indivisible, si elle se dérobait à toute pluralité, le corps qu'elle occupe ne serait pas animé dans son tout. Se ramassant pour ainsi dire au centre de chaque être, dans un centre que l'hypothèse laisse sans rayonnement, elle laisserait la masse entière sans âme, otyu^ov. L'univers, comme l'individu vivant n'aurait plus dans chacune de ses parties ni dans son tout la force qui l'anime et le dirige suivant la raison6.

L'âme est une essence intermédiaire entre l'essence absolument indivisible et l'essence absolument divisible; elle est une, parce qu'elle est la force qui contient tout dans l'unité, to guvs/ov; elle est divisée parce qu'elle communique la vie à tous les êtres et à toutes les parties de chaque être7. Sans

1 Enn., III, 9,1 ; III, 8, 5, Stavooufjiv?] ^Xsuei àXXo aXXo ôv...to ytvtoaxov... etç ev T(o yvwTÔÉvxt ep-/cTat.

2 Id., VI, 7. 5. to voeïv xtvy]<7i; xi; r\v.

3 Id., III, 9, 1. aXXoiç 8è oô&i tol xpîa eivai : 1. Les intelligibles, les idées. 2. La raison qui les contemple ; 3. La pensée, la connaissance même qui est Jeur rapport, tu Siavooufxsvov. Steinhart « Ita ut ternionem illurn quem in mente divina et humana inesse cognoverat, mentis, cogitati, cogitationis. »

4 Id., III, 9, 1. sp'yov... <|"J"/^' uspiaT/jv evfpysiav è-^outv;; ev fxeptaTîj yvmi.

5 Id., VI, 2, 6.

6 Id., IV, 2, 2. -t) xà uavTa auvlyoucra xa\ ôcotxoO-ja cpuatç oùx sorat.

7 Id., IV, 2, 2. eî; {jiéaov àfxcpoîv xaTeaTv}.

doute c'est une chose difficile à comprendre qu'un être puisse à la fois posséder les propriétés contraires de la divisibilité et de l'indivisibilité; mais il ne faut pas la nier par cette seule raison, puisque les faits l'attestent, et peut-être paraîtra-t-elle compréhensible si on analyse ce que signifie l'idée de division et de parties, appliquée à l'incorporel.

Dans les corps la division sépare les unes des autres1 les parties dont aucune n'est identique ni à une autre ni au tout, dont chacune est plus petite que le tout. Mais les incorporels, en pénétrant dans les corps comme leurs formes, se divisent, il est vrai , en parties séparées les unes des autres mais de telle sorte, cependant, que chacune de ces parties contient l'essence tout entière. Ainsi une masse de lait blanc peut se partager en plusieurs parties; mais la blancheur de chacune de ces parties n'est pas une partie de blancheur ; la blancheur, en tant qu'incorporelle, n'a ni grandeur ni quantité, et son essence est tout entière dans chacune des parties de la masse blanche du lait. C'est encore ainsi qu'une science peut être divisée en une multitude de propositions dont chacune contient en puissance la science totale , parce que la division n'est ici que l'acte et comme l'expansion de chacune des propositions qui constituent la science, qui ne cessera pas pour cela d'être une2.

Personne n'admettra que même pour les organes qui ont des fonctions diverses, comme les yeux et les oreilles, il y ait une partie de l'âme séparée dans chacun d'eux. C'est la même âme qui vivifie ces deux organes et tous les autres, en exerçant dans chacun d'eux une puissance différente appropriée. Toutes les puissances de l'âme sont présentes dans tous les organes; mais elles ne s'exercent pas toutes dans chacune; et là où plusieurs s'exercent et agissent, elles n'agissent pas toutes avec la même intensité d'activité ; ces de-

1 Partes extra partes.

2 Enn., IV, 3, 2. tou Se y-spiauioO ofov 7rpo?opa; xa\ èvspyeîa; IxâaTO'j

grés divers et inégaux d'activité ont pour mesure l'appropriation etles besoinsdivers et inégaux des différentes parties de l'organisme1.

C'est sous ces réserves et dans ce sens 2 qu'on peut dire que l'âme a des parties et des puissances distinctes. Quelles sont maintenant ces parties? La distinction des parties ou espèces de l'âme, [xépTj, ztàr\, et de ses puissances ou facultés, 8uva[xetç9 a été acceptée par Plotin comme une tradition philosophique, qu'il n'a pas fondée lui-même rationnellement et à laquelle il n'a pas, comme d'ailleurs à toutes les questions purement méthodologiques, accordé une grande importance. Les néoplatoniciens ne la jugeaient pas tous utile, et encore moins nécessaire ; Nicolas de Damas confondait les parties etles puissances; Porphyre qui maintient la différence, caractérise la partie par le fait que les parties qui composent l'âme peuvent être séparées les unes des autres et qu'elles occupent en quelque sorte un point déterminé dans l'étendue du sujet en tant qu'il est corporel. Les puissances au contraire pénètrent tout le sujet, sans occuper un point particulier du sujet même en tant que joint à une matière. Les parties ou espèces de l'âme sont, comme dirait Aristote, des parties de quantité; les facultés ou puissances des parties de qualité, des formes, qui font partie de l'essence et ne peuvent en être séparées3 ; et en effet nous voyons séparées les unes des autres les espèces de l'âme , puisque autre est l'espèce d'âme qui est dans le végétal4, autre, celle qui est dans l'animal, autre celle qui est dans l'homme, autre encore celle qui est dans les démons et les dieux, tandis que

1 Enn., IV, 3, 3. ou [xop'.ov a).Xo opaasi, a),).o oï wa\... àXXà xb a-Jib

v.av kXXy] o'jvxij.:: èv ÉxaTÉpoc; èvlpy/). IcL, IV, 3, 2. àXXà touto yiv ourto;.

3 Porphyre dans Stob., Ed. Phys., I, 52, p. 8.7.

4 Dans le système, on peut rapporter à l'àme végétative de la terre le principe de la formation et de l'accroissement des minéraux et des masses inorganiques, la force d'attraction moléculaire et la cristallisation.

dans l'âme humaine, les facultés de la sensation, de l'entendement discursif et de la raison ne sont pas séparables.

Les phénomènes vitaux s'expliquent et ne peuvent s'expliquer que par l'acte d'une âme qui exerce dans un corps approprié et suivant l'aptitude de ce corps ses puissances variées et nombreuses. Ces puissances obéissent elles mêmes à des raisons , à des lois rationnelles qui sont en même temps des forces, des principes d'action et de mouvement. Ces raisons créatrices et génératrices sont dans l'âme ; car il n'y a pas de raisons hors de l'âme 1 : les unes sont les raisons qui font le végétal; les autres celles qui font l'animal; les autres celles qui font l'homme. Nous négligeons ici les raisons plus languissantes et plus obscures qui président à la formation des minéraux, et celles d'un ordre supérieur, qui ont leur demeure dans les âmes divines, et en nous renfermant dans l'ordre des choses d'ici-bas nous pouvons admettre, d'après ces trois ordres de raisons, trois espèces d'âme, trois âmes spécifiquement déterminées et occupant des points déterminés de l'étendue, c'est-à-dire des corps localement séparés. Ce sont les âmes végétative, cpu-nx^, animale, Çomx-q, humaine ou pensante, Xoytx-q. C'est la division triparti te traditionnelle, Tpiu,£p7jç2. Plotin la présente parfois

1 Enn., VI, 7, 5. o\ èv <77Tsp|j.acu Xoyot... o\ tcoioOvts;.

2 Ici, V, 7, 14. rpiuipY)?. V, 1, 10. xpÉTY] y) tt)î tyvfa y'JT'.:. VI, 7, 5. <o\mxY). IV, 4, 23; IV, 9, 3. ^wrixcotlpa. IV, 4, 8. Çcotix'ov xtvvjjia. VI. T. Il: IV, 3, 3. Xoytxri : rj ^u/y] uaps^îTat tyjv Çu)Y]V Xoyixrjv. Au lieu de '\>v/jn on trouve parfois svépyeia, Enn., [, -4, 9. Tîjç çutsxt)? èvspysî'x; èvspvoûcrrjç, ou comme nous venons de le voir, xivr^a. Enn., V, 1, 10. ûffwsp 8s èv tîj cpuaei xpcta rauxa (l'un, la raison, Lame), xà Etprjjiiva, outco -/py] vou.:^s'.v xat uap 'Yip.wv raOta elvca. Conf. VI, 7, 4 et 5. Parfois, V, 7, 14, Plotin ramène la division bipartite au lieu de la division ternaire, car ce sont pour lui des questions de technologie plutôt que de vraie philosophie. Ainsi, IV, (J, 1, il distingue l'àme pensante, loyr<-f\, de l'àme non pensante, aXoya; ; mais, dans l'àme non pensante, il distingue l'àme des animaux de l'àme des végétaux : y) p.èv irw; ôs xat (jli5: o&xyjs ^ (j.àv Xoytx/-,. r\ aXoyo;; xat y) pièv èv Çoootç, y) ôs èv çutoïc àXXy). Ailleurs (I, 7, 2), il pose une âme première ou supérieure qui se rapproche le plus de l'esprit ou de la raison pure, yj 7tpajr/] r\ jj.£xà voOv, et une âme seconde ou inférieure, qui s'en éloigne le plus et a pour caractère distinctif la vie, «Iwyîj os T0 Çy)v. III, 2, 15. Il oppose à l'àme du dehors, r\ e£o>, qui n'est que l'ombre de l'homme, l'àme du dedans, -t\ evôov, qui est l'homme même. Dans la génération (I, 1, 12) à l'àme végétative, çutixt,, s'ajoute une autre espèce

sous un autre aspect, et prend pour principe de division la diversité des relations de l'âme. L'âme aune relation intime avec la raison pure qui la crée, ^u^tjv yew? vouç, lui donne la puissance de connaître et fait qu'elle devient raison ellemême. Sa fonction est alors la pensée intuitive, la volonté, l'amour suprasensible, par où elle peut s'élever et s'unir au divin, et cette fonction n'a aucun besoin, pour s'accomplir, du concours des organes.

Quand l'âme, dans l'acte de la connaissance, se met en rapport avec les corps et les sens, passe de la puissance à l'acte, d'une notion à une autre par un mouvement successif, elle prend le nom de Btàvoia, entendement discursif; c'est elle qui conçoit séparées et successives les idées des choses et c'est à elle qu'appartiennent en propre les phénomènes de la représentation, de la mémoire, du raisonnement, de la volonté et de l'amour humains.

Enfin l'âme a une fonction productrice, créatrice de la vie physique et a rapport à son vivant vers lequel elle est tournée exclusivement; c'est l'âme non pensante, aXoyoç, sensitive, végétative, qui, pour l'exercice des puissances qui la constituent, a besoin des organes corporels et des sens, et qui par son union avec le corps constitue l'animal, le vivant, xb

Dans l'homme en qui ces trois âmes se trouvent réunies, elles sont substantiellement liées l'une à l'autre et n'en font qu'une1. Cette unité vient de ce que chacune reçoit sa forme,

d'âme, l'âme animale, Çamxrj, et à celle-ci s'ajoute encore l'âme raison, ou pensante, dans l'homme qui les réunit toutes trois : èv t-7) yevéasi q TTpGorÔ/îy.r, ïj o).w; r, yÉvsci; xoO à).).ov 4*UX^ ei'ôou:. Enn., IV, 4, 27. s7i(r/ou- [livKjv Séetvat xr,v ôcXXyjv ^v/V xat voOv. Mais celui qui veut connaître vraiment l'âme doit l'examiner dans son état le plus parfait, le plus pur, c'est-à-dire chercher les principes supérieurs auxquels elle est le plus intimement unie par sa nature. I, 1, 12, zlç tyjv çcXoaoçîav aùxriç iSeîv... xat xttre ffuyysvyj; oùaa éariv o èaxtv. Olympiodore (Schol. in Phœdon., ed. Finckh, p. 133) répète avec plus [de précision ce précepte de psychologie : « L'espèce de chaque chose est constituée par ce qu'elle a de plus parfait : xaxà Sè xo xpeïxxoy é'xaaxov elôo7toie:xai. » Enn., IV, 3, 19.

son acte de celle qui la précède immédiatement et la touche, tout en lui étant supérieure, en sorte que de même que la vie est la forme du corps, Pâme est la forme de l'être vivant, la raison pure la forme de l'âme, l'Un ou Dieu la forme de la raison. Même dans sa fonction vitale et directrice des phénomènes de la vie, Pâme ne peut créer et gouverner que par des raisons, dont la source dernière est dans la raison pure qui ne peut réaliser et actualiser sa puissance que par Pacte de l'unité suprême ou Dieu. L'unité est le caractère distinctif, la marque spécifique de l'être et par suite de Pâme1. L'âme sensitive elle-même qui sembie s'éloigner le plus de la raison et de l'unité, est une et identique en son essence ; elle est, même dans le végétal, présente tout entière et partout la même dans le tout et dans chacune de ses parties; bien qu'elle se répartisse dans la masse, elle n'y est pas divisée en parties séparées2. Non-seulement elle obéit dans son activité génératrice à des raisons : elle est elle-même une raison, Xoyoc, mais une raison qui a pour fonction unique de produire dans la matière, 6 Xdyo; èv u'Xtj noiït; c'est une âme immatériée, tj evuXoç <|/u///j. Elle produit suivant des formes, xatà eïBti, suivant des raisons; mais elle les ignore, oûx eîSukx, parce qu'elles sont contenues dans Pâme supérieure , tq 7]You[/.evov, qui l'en remplit. Ces raisons séminales, ysw^Tixol Aoyoi, ne sont pas les premières, où 7rpwToi, car elles sont inférieures aux Idées, aux vraies raisons des choses, qui leur commandent et dont elles exécutent les directions sans les raisonner, sans les penser, car elle n'en a pas besoin ; mais si sa fonction se borne à imprimer inconsciemment des formes à la matière, ce qu'elle crée ainsi est cependant rationnel et l'on peut dire que si elle ne pense pas, elle tend à la pensée et n'est pas absolument dépourvue de raison, quoi-

1 Enn.7 VI, 9, 1. -rcavra Ta ovtoc tw êv\ ïaxiv ô'vxa.

2 Id., IV, 9,1. yj atTÔrjxcxY) xa\ èv toïç, çutoT? oï oXy] TtavT:r/oO sv sxxa-(o {j.ipst... où-/ wç oyxto \ie\).ipf.(j\i.éyt], àXXà uavra/ou -aOtov.

que inconsciente. Pour parler comme aujourd'hui, c'est l'Inconscient l.

Puisque les espèces et les choses individuelles sont, dans la nature des choses, infinies, et que chacune d'elles est l'acte d'une âme, les âmes doivent être en nombre infini. De plus ces choses, individus et espèces, sont créées d'après des types et idées, par des forces génératrices en nombre aussi grand qu'elles-mêmes, et elles sont infinies. Or ces raisons, qui sont au fond la réalité des choses, n'existent que dans l'âme: il y a donc dans l'âme l'infini, et l'on peut dire qu'elle a tout et qu'elle est tout2. Non-seulement les choses individuelles sont infinies en nombre; car l'hypothèse que le monde recommence, à des périodes fixes, la même série d'existences, seul moyen de borner l'infinité actuelle des choses, ne la supprime pas en réalité, puisque la succession de ces périodes est elle-même infinie; mais elles sont différentes à l'infini, et cette différence infinie des choses est due à l'infinie différence des raisons qui les produisent. Il n'y a pas d'autre manière d'expliquer les différences individuelles, et si l'on demande la raison de ces différences, nous avons à répondre que, loin d'être contre la nature, la variété des espèces et la diversité des individus est un principe de beauté qu'il ne faut pas s'étonner de voir se manifester dans la nature, non pas que le principe suprême d'où tout vient se soit proposé, en les créant, une fin, et que cette fin soit la beauté, mais parce que étant le bien et la beauté mêmes, ses créations doivent être semblables quoiqu'inférieures à lui-même, et que la variété est un élément de la beauté qu'il imprime à son œuvre3. Cette variété comporte une différence d'essence et aussi une différence de perfection dans les choses. La procession, 7, Trfôooo,-, ne pouvait s'arrêter qu'aux extrêmes li-

1 Enn., II, 3, 16 et 17. TcXàrreiv, ovxe'iôu:a, ôptoaa [xovov, Tps7ririxr| t%uXy);.

2 Id., V, 7, 2. xb èv xo7.; <7Tcép[i.aTi xcù xoîç Xôyo'.; àuîcpov, ^UX^ ™ ^avia ê^ouffyjç.

3 Id., V, 7,2.

mites du possible, et devait partout répandre, partout où il y avaitun sujet capable de les recevoir, la vie et la beauté; mais cette création devait produire des formes de vie de moins en moins parfaites et parcourir une infinité de degrés; car plus les puissances de l'âme et de la raison qui pénètre en elles se prolongent, plus elles s'éloignent de leur principe, plus elles perdent quelque chose de son essence, plus est petite et languissante la vie qu'elles communiquent. L'infériorité de tel ou tel être vivant n'est qu'un moindre degré d'être et de vie. La seule, mais la vraie raison de la variété et de l'inégalité infinie des êtres et de la constitution de la série continue et croissante qu'ils forment, c'est que non seulement c'était le meilleur possible, mais encore que cela était bien1. Car cette différenciation infinie, etepoT-^;, de l'infinie multitude des êtres, de l'infinie multiplicité des raisons qui les produisent, des âmes qui contiennent ces raisons, n'aboutit jamais à la laideur; cette différenciation est organisée et organisée précisément parce que la série de ces existences est formée par un principe d'ordre2. L'âme en se communiquant aux choses et pour ainsi dire en s'y multipliant, ev woXXoc, ne devient pas pour cela mauvaise en soi; d'abord parce que, en leur donnant quelque chose d'elle-même elle fait participer les corps, dans la mesure de leur capacité à les recevoir, à la vie et la matière même à l'être et à la forme, ce qui est un bien ; ensuite parce que, dans cette communication, elle suit un ordre, que l'ordre est un bien, et que tout bien se rattache au Bien suprême, à l'Un3.

L'âme est l'intermédiaire par lequel les choses sensibles sont liées aux êtres intelligibles, leur principe, Six uicov aùxTjç

1 Enn., VI, 7, 8, 9, 10. ox: oû-cto piX-ciov.

2 Id., II, 3, 7 ; II, 9, 13. xâÇiv Ife^c

3 Id., VI, 4, 16. xâ^iv Se sïvai Tr(ç TOiauryjî xoiv&m'aç to7.; to08e toO iravtb; (jtipetfc. IV, 3, 16. Seï (c'est une loi nécessaire) yàp Tr,v8e rr,v auvxaÇiv (l'ordre universel) àxp:êï) zU tïjv toO 7rpoar,xovxoç (du bien) àuôôoaiv vojx^siv. Ces raisons peuvent être cachées, et c'est cette ignorance qui fait qu'on trouve dans le monde du désordre, de l'injustice et du mal.

xàxsft cuvïjcpGat 1 ; elle transmet comme un interprète les idées et les lois du monde intelligible au monde des corps2. Comme en se divisant dans les choses par ses puissances, elle n'en reste pas moins une dans son essence, son unité fait le lien de continuité que rien ne rompt entre le plus haut des intelligibles et les dernières des choses sensibles, et produit ce rapport intime, cette harmonie universelle, cet accord mutuel et coordonné des choses qui est l'image sensible de l'unité absolue3.

Ce lien assujettit celui-là même qui l'a créé; car il est en quelque sorte enchaîné à son œuvre4. Ainsi naît ce concert, que les anciens exprimaient par l'harmonie musicale, cet ordre qui embrasse toutes les raisons génératrices, toutes les causes, toutes les pensées, tous les mouvements, toutes les lois. D'accord avec ces lois divines, l'ordre des choses humaines leur emprunte ses principes et relie à elles toutes les choses qui en sont les effets naturels. Cet ordre est ainsi non seulement naturel, nécessaire, fatal comme les lois physiques, mais intellectuel, moral et juste, divin par son principe dernier.

A la limite inférieure de la série graduée et ordonnée des êtres psychiques, se trouve l'âme sensitive, comprenant ellemême des degrés divers et des puissances diverses que nous allons étudier : car, nous le rappelons en terminant, quand on dit que les âmes se communiquent aux corps, il faut bien entendre que ce sont leurs puissances seules qui descendent, et non leur essence qui reste une et indivisible 5.

1 S. Aug., Ep., 187, § 19. Deus... totus adesse rébus omnibus potest et singulis lotus, quamvis in quibus habitat, liabeant eum pro sua3 capacitatis diversitate, alii amplius, alii minus.

2 Enn., IV, 3, 11. O'JOV £pfAY)V£'JXCXY| Y£VO[A£VY}.

3 Id., IV, 3, 17. oùpavbç èv tù oùaOYjxû) xoua> à^ec'vwv eu] av upocr/-/]; xtov vorjtov toîç inyi-zo::. II, 3, 7. avvxa^i; \iia... aufJ.Tivoia 7râvxa... c'j^^pxr^oLi or) û£ï aXXrjXoi; xà uâvxa.

4 Id., IV, 3, 14. oioixa: oè xoù avxb; 6 7to*.r,(ja; oxi tioù; ècpocTmxoa xoO yevofiévou (m'a'jxoû.

5 Id., IV, 4-, 5. £<7xc yap -/iv/iOsio-aç xoù axrjvat lui xc TtpoireXQouffaç, VI, 4, 3. xvxb (j.èv Èç'èauxcO £pvoa, ôuvâfj.et? Ôè àu'aùxoO îévoa krii uâvxa.

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