‹ Histoire de la psychologie des Grecs (volume 5)Chapitre 13 sur 43 · TO Ô£ OUT'.OV O'J TOtUTOV TtO atTCtXTÔ · texte numérisé non relu

TO Ô£ OUT'.OV O'J TOtUTOV TtO atTCtXTÔ

1 Enn., IV, 3, 19. Chaque sens, dit Aristote {de An., III, 2), est dans l'organe en tant que cet organe lui est spécial.

2 Enn., IV, 3, 23. <x)Cko aXXw; [xsTa\a|j.6âv£:v ocÙtqO fiipo;... xaTa tyjv toO opyâvou 7rpbç to epyov èn::Tr,Oci6TY]Ta ouvatJiiv tï]V Trpoar,xouaav si; ih epyov à7ioôtoo0o-av. On voit ici une distinction entre l'aptitude, z~--r^î:ôxr,c, toute physiologique de l'organe et la puissance toute psychique qui met en jeu ces organes.

3 Enn., IV, 3, 23. èv npcoTot; toîç vsupoiç.

4 Enn., id. Trpb; T-rçv xcvrçacv tou Çcoou y] ôuva|juç.

autres parties du corps1. Or comme les nerfs ont leur origine dans le cerveau, c'est dans le cerveau qu'on 2 a dû placer le principe de la sensation et de l'appétit, ôp^Vj, en un mot le principe de toute la vie animale, parce que sans doute là où étaient les origines des nerfs ou des organes, là devait être présente l'âme qui doit s'en servir. Peut-être eût-il été plus exact de dire que c'est au cerveau qu'est le principe de l'acte de la puissance ; car la partie du corps de laquelle part le mouvement imprimé à l'organe doit être le point d'appui de la force de l'ouvrier qui le met en action, force appropriée à l'organe mû par elle ; ou mieux encore la force ou puissance n'est pas là , car elle est partout , et il fallait dire que le principe de l'acte est là où est le commencement de l'organe, où il prend naissance 3. Les anciens avaient placé la raison dans le cerveau, non pas parce qu'elle y réside en réalité, mais parce que la raison, Àdyoç, repose sur la sensation, laquelle a son siège au cerveau.

Sans doute l'âme est surtout divisée dans la sensation du tact, puisque le corps tout entier lui sert alors d'organe et qu'elle doit être présente à toutes les parties de sa superficie ; mais elle est aussi divisée dans les autres sensations quoique à un moindre degré. Les puissances purement vitales, to cpuTtxdv, to ocù^yjtixov, to Ôp£7mxov, qui n'en font qu'une4, nourrissant le corps par le sang, sont contenues dans les veines ; l'origine des veines est dans le foie ; le foie a été assigné comme siège de la partie concupiscible, to £7ri9uka^Ttxdv 5: car la puissance d'engendrer, de nourrir et d'accroître implique un appétit sensible. Enfin comme le sang devenu, par l'élaboration au cœur, subtil, léger, mobile, plus pur est un ins-

1 Enn., id. èvxocuôa xr,ç xo:auxYj; (ouvâfj.ewç) ôouav}; êauxrjv.

2 sOôffav. Galien, qui a fait du cerveau l'origine des nerfs.

3 Enn., IV, 3, 23.

4 IV. 3, 23. Ni la puissance végétative, ni la puissance de croissance, ni la puissance nutritive ne font jamais défaut à un corps vivant.

5 Enn., IV, 3, 23, èvxaOOa ï) xoO in:^v[i.-i)x:-/.o\j ^otpa xr,; ^'J*/'^ o\y.z\v

£OÔ0y).

trament bien disposé pour la puissance irascible, le cœur, source du sang, est justement désigné comme le siège du bouillonnement de cette puissance1.

Ce qu'on appelle la partie passive, passionnelle de l'âme, to TraOTjTtxdv, est cette partie où paraissent se produire les émotions passives, to TriO^, et ces émotions sont des états psychiques qu'accompagnent les plaisirs et les douleurs2. Les appétits, douleurs, plaisirs, considérés en tant qu'affections, Trà07)9 et non en tant que sensations intellectuelles, ont leur origine dans le corps organisé et vivant, dans la partie commune, to xoivdv. Nous voyons en effet, dans l'homme, ces désirs varier suivant l'âge et l'état de santé. Ceux de l'enfant ne sont pas ceux de l'âge viril ; ceux du malade ne sont pas ceux de l'homme en bonne santé. Cependant il y a des appels du désir, 7ipo0uu.iou, qui ne sont pas encore des désirs. Où ont-ils leur siège? Avant même que la réflexion ne soit née, l'âme ne veut pas boire ou manger, quoique le désir soit arrivé déjà à une certaine intensité. La nature elle-même ne se prête pas à certains désirs physiques ; les instincts dépravés, par exemple, elle n'y consent pas; elle ne les veut pas 3. Comme si la nature était déjà douée d'une certaine force de volonté et de pensée, elle ne trouve pas conforme à la nature que le corps agisse ainsi sur la nature et pèse violemment sur elle. Elle prétend qu'elle seule a le pouvoir et le droit de décider de ce qui est contraire ou conforme à la nature On pourrait dire que les états différents du corps sont les causes qui produisent dans rèTuOu^Tixov des désirs différents ; mais cela ne suffit pas ; on n'explique pas par là pourquoi la puissance psychique concupiscible éprouve ces différences de désirs, puisque ce n'est pas elle qui reçoit satisfaction. Ce n'est pas à elle en effet que profite la nourriture, la chaleur, l'humi-

1 Enn., IV, 3, 23. xîj xov Qv[ioO Çéasc xapâîoc m-noi^y.: oixyj<rt; Trpsuouja.

2 Id,, III, 6, 4.

3 Id., IV, 4, 21. tyjv ôs cpyffiv y.r\ auvà^aaOat oc-jtyiv {Lr\ôl TipocrOéaOat [xy)8 t

dité, le mouvement; ce n'est pas elle qui est allégée par l'évacuation, ni remplie par les aliments ingérés. Tout cela est pour le corps.

La même difficulté, à savoir où localiser le désir et à qui l'attribuer, se présente à l'occasion de la colère. Appartientelle à l'organisme entier ou à un organe particulier, soit le cœur soit la bile, ou bien est-elle une puissance à part et ne dépendant pas de l'âme sensitive1? Il y a en effet dans le fait psychique de s'irriter un élément de perception et d'intelligence2. La partie irascible, xo Ou^oeiSé;, peut être tantôt lâche, tantôt courageuse, sans changer de nature. Si elle est lâche, ce ne peut être que parce qu'elle n'a pas considéré la raison, aw p] ôpav 7rpoçTov Xoyov : c'est donc qu'elle a la puissance de le faire ; ou bien parce que la raison de l'être est pervertie, ou encore parce que la faiblesse des organes empêche l'âme irascible et courageuse d'accomplir sa fonction propre ; car il faut que toutes les parties de l'âme agissent en harmonie les unes avec les autres et en même temps remplissent chacune sa fonction spéciale 3. La colère a pour cause un traitement indigne exercé sur nous ou même sur une autre personne, c'est-à-dire a une cause morale. Les animaux eux-mêmes, indépendamment de leur tempérament, s'irritent quand on les menace 4.

On comprend donc qu'il s'élève ici certaines difficultés de classification psychologique. Mais si l'on réfléchit que la propension à la colère vient surtout d'un tempérament où le sang est bouillant, qu'on est plus irascible quand on est malade que quand on se porte bien, à jeun que rassasié, on reportera la colère à un principe plutôt corporel, à ce qui constitue la nature de l'animal5.

1 Enn., IV, 4, 28. é'v ti touto o 6'J(J.b<-, ovxItc uapà Oujjlixou ^ aîa6r(xcxo0.

2 Enn., id. oGsv xa\ acaÔYjasto; ôsî xa\ auvÉaetoç xtvo; sv tw opytÇcaÔa:.

3 Enn., III, 6, 2.

* Id., IV, 4, 28.

5 Enn., IV, 4, 28. upbç to aw^aTtxwxôpov rcàXiv oui xoù Ttpoç xb ouvl/ov tt,v

TO'J Çu>0'J 7\J<7TX0'IV.

Les emportements de la colère sont excités par le sang ou la bile, parties vivantes de l'organisme. Sous l'effet d'une impression corporelle, le sang et la bile se mettent immédiatement en mouvement et la colère éclate. Sans doute il se produit parfois une sensation, une perception qui éveille une représentation : celle-ci fait part à l'âme de l'état du corps, et l'âme avisée se dispose à aller vers l'agent de la souffrance. Sans doute l'injustice nous irrite, même quand notre tempérament n'est pas disposé à la colère. Il y a donc évidemment un moment rationnel dans la colère ; mais dans les deux cas où il se manifeste, la colère a toujours son origine dans la puissance végétative etgénératrice qui, en organisant le corps, l'a rendu capable de rechercher ce qui lui est agréable, de fuir ce qui lui est contraire. En plaçant la bile amère dans l'organisme, cette âme lui a communiqué la faculté de s'émouvoir en présence des choses nuisibles et de chercher, après avoir été lui-même lésé, à léser les autres. La colère, to 0u[/.tx6v, est identique en essence, 6[xoou7iov, à la faculté concupiscible. La preuve, c'est que ceux qui sont moins portés vers les plaisirs corporels sont moins portés à la colère et aux passions déraisonnables. Si les végétaux ne sont pas sujets à la colère quoique possédant le cpuTtxov auquel nous la rattachons, c'est qu'ils n'ont ni sang ni bile et que ce sont ces deux éléments intégrants de l'organisme qui produisent dans l'être, en l'absence de sensation, le bouillonnement de la colère et qui, lorsque la sensation s'y ajoute, portent l'être à repousser l'objet qui lui nuit ou l'offense. On peut, il est vrai, diviser la partie irrationnelle de l'âme en faculté concupiscible, to È7:tôuu.TiTixov1, identifiée au <pim>cov, à l'âme

1 Enn.. III. 6, 2. De même que le 8u[AoeiSé; n'est pas toujours courageux, de même l'È7ti6u|jiïyci-/côv n'est pas toujours intempérant : il l'est, quand il est seul à agir, quand les autres puissances de l'àme qui doivent lui commander et lui indiquer ce qu'il a à faire ne sont pas là. Car l'âme raisonnable ne peut pas tout faire à la fois et elle a d'autres soins encore à prendre. Peut-être aussi cette mauvaise direction de la faculté concupiscible dépend-elle du bon ou du mauvais état des organes.

végétative, et en faculté irascible, xb ôu^oeiSsç, qu'on considérera comme une trace, un effet affaibli de la première et dont on placera le siège dans le sang ou dans la bile ou dans les deux à la fois. Mais alors il n'y aura pas d'opposition entre les deux membres de la division, dont l'un serait issu de l'autre. Le genre, xo cpuxtxdv, ne sera pas divisé en ses espèces naturelles, comme le veut la règle logique 1 : l'espèce doit diviser le genre en différences opposées et contraires. Mais on peut conserver la division traditionnelle en deux membres qui seraient les deux puissances opposées dérivées d'une même puissance générale, le désir, xb opexxixov, division qui ne touche pas la substance, car l'âme n'est pas désir, SpaÇtç. On a raison d'ailleurs de placer au cœur cette trace de l'âme végétative qui aboutit à la colère, non pas qu'il soit le siège de l'âme, mais parce que le cœur est le principe d'une certaine qualité du sang. Quant au désir lui-même, on le déterminera plus complètement en lui attribuant en propre l'acte qui vient de l'âme.

Toutes les puissances de l'âme sensitive mêlent leurs effets et modifient ainsi les mouvements et les actes propres à chacune d'elles2. Quand la concupiscence s'éveille, l'imagination, y) cpavxacia, la représentation de l'objet désiré intervient, comme le ferait une sensation, pour nous en avertir et nous révéler l'état passif subi par l'âme, et nous demander de lui obéir et de lui fournir l'objet qu'elle désire. Il y a alors dans l'âme une sorte d'incertitude et d'inquiétude; car elle se sent partagée entre la puissance qui l'entraîne à céder et celle qui la porte à résister3.

Autre question de même nature maintenant : à qui appartient la propriété de sentir le plaisir et la douleur ? Le corps en qui résident la nature et l'âme, et qu'on peut comparer à

» Enn., IV, 4, 28. oùx av opôrj r\ avTtS'.aipsacç ylyvoiTO.

2 Id., IV, 4, 17. 7toXXà a xpxv- xat xiveïxac, *ai oyX e'v xpateï.

3 Enn,. IV, 4, 17. yp.ôsv y| çavTacîa toutou ofov afoO-rçcn; àuayyeXTixy) xoù ép{AY]veuTiXY) toO lïâôou;, à-rcoaToOaa o-uvéTïeaOai xcù èxTtopîÇstv to êucO'j[i.ouj;.£vov.

l'air éclairé et échauffé, le corps du végétal comme de l'animal, possédant une ombre de l'âme, devient par là capable de jouir et de souffrir des peines et des plaisirs qui touchent ce corps ainsi organisé4. Nous, c'est-à-dire l'âme raisonnable en nous2, nous ne percevons ces plaisirs et ces peines que sous la forme d'une connaissance qui, en tant que telle, ne nous fait éprouver aucune émotion, aucune affection 3. Cependant si le corps n'est pas nous, il ne nous est pas étranger ; il est notre corps, et à ce titre nous en avons souci. Nous ne sommes pas corps, mais nous ne sommes pas pars de corps, ours xaOapoï toutou %eïç; il est attaché, suspendu à nous, à nous, c'est-à-dire à la partie maîtresse et supérieure de notre âme, to xupiov. C'est parce qu'il nous appartient que nous prenons une part à ses peines et à ses plaisirs et une part d'autant plus grande que nous avons moins su, par l'aide de la philosophie, nous séparer de lui. Môme la partie la plus belle et la plus noble de notre être, celle en qui nous plaçons l'homme même, est revêtue de ce corps comme d'un vêtement4.

Ainsi ces états affectifs, toi toxOti, n'appartiennent pas véritablement à l'âme, mais au corps vivant, au composé. Ni l'âme ni le corps en soi ne peuvent être sensibles à ces affections, parce que chacun dans son genre est quelque chose d'un, ev ti, et que la division des parties du corps lui-même ne l'atteint pas et ne touche que l'unification, evaxyiç, de ces parties qui le rend sensible en l'organisant. Il n'en est pas de même du composé que forme le corps présent à l'âme ou l'âme présente au corps. Ce sont deux choses d'essence diffé-

1 Enn., IV, 4, 18. àXkk acofiaToç toioOSs xa\ tivo; xotvoxj xofl auvapiçoTspcu.

2 Id., id. rtpiïv v?, ocX)>y) ^u^-

3 Id., id. f,(JLîv Se ri toutou à>yr(ôcbv xa\ r\ TO'.aur/) r,oovY] Etç yvtoa'.v azaOr, KpxeTcu. Id., I, 1, 9. L'àme reste étrangère au mal que Yhommé souffre comme à celui qu'il fait : tout cela appartient à l'animal, au xo*.vôv. C'est le fait de l'é'lrç 7ca8r)Tixr), du TraOïjTtxôv de l'àme, de raïaôrjfftç f] eÇw. Id., II, 3, 9; I, 1, 7; III, 6, 4.

4 Enn., IV, 4, 18. touto rj^tov ib t^kotoctov xai tov avOpumov xi6i[Jiî8a xai otov £Îff2u6[u6a e'iç aùxo.

Page 1