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LA MÉMOIRE

La perception sensible, au moins dans ses degrés inférieurs, se rapporte à l'âme sensitive. La mémoire et l'imagination que Plotin distingue à peine et souvent confond n'appartiennent qu'aux êtres doués de la faculté de réfléchir, de raisonner, qui, en passant d'un objet à un autre l, forcément se divise. Cette puissance, qui s'appelle l'entendement discursif, 7) Biàvoia, n'est donc pas une fonction de la raison pure, mais de l'âme qui a, nous le savons, une activité divisible2. Les facultés de la mémoire et de l'imagination sont les derniers degrés de la raison discursive qui forme la transition entre la sensation et la pensée pure. La mémoire a pour objets les choses qui sont devenues, qui sont passées et qui ont changé3. Elle enveloppe donc la sensation et la notion du temps, c'est-à-dire que ceux qui la possèdent doivent vivre dans le temps et posséder la perception sensible.

L'âme vit dans le temps, qui tantôt lui présente une chose et tantôt la lui dérobe ; elle est enfermée dans la sphère du changement et de la succession4. Si le phénomène de la mé-

1 Enn., IV, 4, 6. xàç jièv ouv [xexiouaa? xoù {AsxaêaXXoùffa; totç tyvyct.ç eycu àv X'.; ot'. xoù p.v/][xov£uaouo":. > - Id., III, 9, 1. où voy epyov ôtâvoia, àXXà ^UX^ t^P-s^v èvspystav èxo&rqç

èv [xept<7T7) qpùasc.

3 Id., IV, 4, 6. xa>v yàp ysyevrjfjtévcûv xoù 7iapeXï]Xu66xcov rj jj.vr, [*■/]. A'iç ôè (^u-/aîç) èv xto aùx<u Û7ïap'/£i [xôvov, x:voov av aùxa: pvr([j.ov£Ùot£v.

4 Id., V, 1, 4. xpôvoç TTîptÔéwv tyw/jiv, xà [xèv uapisU, xoî; 8s è7t:6aX).wv... xai yàp àXXa xai àXXa au uepi 4IUX71V>

moire, attesté par la conscience, n'appartient pas à la raison pure dont l'objet est le présent, l'immuable et l'éternel, elle n'appartient pas non plus, et diffère en cela de la sensation externe, au composé de l'âme et du corps, au xotvdv, à Yk^6- T£pov. C'est un acte ou un état de l'âme, iràÔY^a x?jç ^w/r^1, qui s'étend à la fois sur le monde sensible et sur le monde intelligible, et de là vient que si elle n'appartient qu'aux êtres qui ont la faculté de penser, elle n'appartient pas aux êtres qui ne possèdent pas la sensation : son objet porte sur les représentations fournies par la perception sensible, les maintient et les reproduit.

Elle ne pourrait donc accomplir son acte, si l'âme n'avait pas à sa disposition un appareil d'organes2. Mais les puissances qui mettent en jeu ce système sont les puissances de l'âme; c'est l'âme qui possède les facultés mêmes dont dépendent les actes liés pour leur exercice aux organes : aussi le corps est-il souvent un obstacle au bon exercice de la mémoire3. L'oubli vient de ce fait que d'autres phénomènes d'origine et de nature sensible s'ingèrent dans l'activité spéciale de la mémoire et la troublent4, et pour se retrouver il faut qu'elle s'en délivre et s'en purifie pour ainsi dire. Par sa mobilité et le changement auxquels il est soumis et qu'il communique, le corps est cause de l'oubli plutôt que de la mémoire. C'est pour l'âme le fleuve du Léthé, le torrent de l'oubli. Mais quelle que soit l'influence du tempérament sur la mémoire, cette faculté appartient à l'âme, et on peut en fournir des preuves certaines. En effet :

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