‹ Histoire de la psychologie des Grecs (volume 5)Chapitre 25 sur 43 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Nous arrivons à la partie la plus importante et aussi la plus difficile de la psychologie de Plotin : la plus difficile surtout parce que le système exigeant qu'on maintienne à la fois l'union et la différence entre la raison et l'âme d'une part et la raison humaine et la raison divine de l'autre, ce n'est pas sans peine qu'on détermine la nature propre de la raison de Fhomme. Nous le savons : la loi de la série, décroissante dans l'ordre de l'être, croissante dans l'ordre de la connaissance, domine toute la philosophie de Plotin1. Non seulement les êtres, mais les puissances des êtres sont soumises à la loi de l'évolution et du développement2. Les facultés s'enveloppent les unes les autres et se développent les unes des autres en restant chacune inférieure à celle qui la conditionne et supérieure à celle qu'elle conditionne3. Tout ce qui, dans la série, est engendré par un

1 Steinhart, de Bialect. rat. Plotini, p. 20 : « In hac philosophia videbimus notionum connexum atque sequabilem et a summis ad inflma descensum et ab infimis ad summa reditum ».

'2 Enn., II, 9, 3. rcap 'aXXwv eïvat... èçè^ç ecvai uâvta à),),-^Xotç.

3 Id., VI, 7, 9. êÇeXiTTOVffi yàp aï ouvâ\j.ziç àsi sic, to avw xaTaXencouffat..

autre et a besoin de cet autre pour naître est dans cet autre. L'être inférieur est dans celui qui lui est immédiatement supérieur, et de deux façons, d'abord comme le produit est dans ce qui l'engendre, mais en outre par le désir et l'effort spontané de l'inférieur de rester uni et de se rattacher à ce qui l'a engendré. C'est ainsi que le monde sensible est dans l'âme, et que l'âme est dans la raison, comme la raison est elle-même dans l'un, parce que l'un est non seulement la mesure, mais la condition universelle de toute existence et de toute perfection1. Il se distribue et se répartit dans les différents êtres dans une proportion qui constitue leur degré de perfection, degré variable suivant qu'ils sont séparés de lui par un plus ou moins grand nombre d'intermédiaires dans la série. Il y a une unité plus vraie dans les corps organisés que dans les corps inorganiques, dans la nature que dans les corps, dans l'âme que dans la nature, et enfin dans la raison que dans l'âme2. Il y a en nous, c'est un fait de conscience, outre les phénomènes de sensibilité, TcaO^axa, outre les phénomènes de connaissance dépendant plus ou moins de l'exercice des organes et de la sensation, il y en nous des pensées et des plaisirs que nous appelons purs, parce qu'ils ne sont ni les uns ni les autres dépendant du corps 3. On ne peut pas les rattacher à l'âme, toujours liée en quelque manière à un corps; la puisance ou plutôt l'hypostase, c'està-dire l'être auquel nous sommes obligés de les ramener, c'est ce que nous nommons la raison, 6 vou;. La raison donc existe et dans l'univers et dans les êtres particuliers. Il est absurde et ridicule de mettre en doute son existence bien que quelques-uns n'aient pas craint de le faire ; car où trouver, si ce n'est en elle, les principes suprêmes de la pensée et de la vie, principes qui peuvent descendre dans l'âme, y descendent

1 Enn., VI, 4>, 10. toc? àoOevîtr-rspa; ô'jvâjjisc; napà tcov TipoTîpwv aX'.o\>a: ytyveaOat. Conf. Id., VI, 8, 18.

2 Id., VI, 5, 1 ; VI, 1, 11.

3 Id., I, 1, 1.

en réalité, mais, nous l'avons vu, ne lui appartiennent pas *.

L'acte de la raison, to voeTv, est de connaître, de concevoir, de penser sans le corps 2. Cette connaissance a donc pour objet nécessairement des intelligibles, et ces intelligibles ce sont les actes de la raison, ce qui appartient à la raison et est contenu en elle3.

Or c'est là nous-même, notre vrai être 4, c'est-à-dire un intelligible ; car lorsque nous nous regardons nous-même avec la raison, que voyons-nous ? une nature pensante, une nature intellectuelle, c'est-à-dire capable de penser. Or l'intelligible, c'est l'objet de l'intelligence ou de la pensée pure, et puisque nous nous connaissons comme être pensant, nous sommes, dans notre vraie essence, un intelligible, c'est-à-dire nous sommes à nous-même l'objet de notre pensée. De plus cet intelligible, puisqu'il est l'objet de la pensée, est nécessairement antérieur à cette pensée qui le saisit. En outre cette nature pensante, objet de notre pensée, existe et vit, puisque c'est nous-même ; la pensée est donc la pensée de l'être, la pensée de la vie ; de sorte qu'avant cette vie, avant cet être qui consiste dans l'acte de penser et est en mouvement, il y a une autre vie, uue autre pensée qui en est l'objet immobile, ou du moins en repos5. La raison qui a vu ces choses

1 Enn., V, 9, 3. fow; jxèv oûv yeXoïov Çyjtsîv et vou? eattv êv toî? ouar ta/a ô'av Ttve; xat rcepi toutou à[/.<pto-6y]TOÎev.

2 IV, 7, 8. to voetv èo-Ti to aveu ad[ixxo; àvx'.Xaî/.oâvea'ôat.

3 Enn.. V, 3, 3. Ta aÛToO xat Ta ev aÙT<o.

4 Enn., IV, 3, 13. On a dit que la raison humaine est dans le cerveau : on peut le dire si cela signifie non pas qu'elle est là comme dans un lieu, mais que l'appareil sensitif qui, par l'âme, jouit de la raison, àwoXonîei, est dans le cerveau.

5 Enn., III, 9, 3. vooùvTe; aÛToù; pxéuoixev ôrjXovoTt voouaav cpuatv... voepàv o3<rav ç-jt'.v vooO[i£v (nous pensons ainsi la pensée en acte, vivante) : rcpb apa xr,: vor)Tew; Taux/}; à'XXï) sort vor^iç o?ov r)au^o;* xa\ oùat'aç Se :t\ v6r]0"t; xat ScoYjç vôr(<ri5' ô)axe rcpb xauxr,? xr,<; Çwr(ç xa\ oùataç aXXrj ouata xai ^a>7^* xaÛTa xpx eïôîv 07a èvipye-.a'., et oï vôe; al èvépyetat al xaxà xb voeîv oûxw; eauxou; to voïjtov r,ij.et: ol ovtw;' r\ oe vo^fftç r\ aÙTwv ty]v etxôva cpipet. Id., III, 9, 1. La raison voit les idées qui subsistent, èvoûorac, dans le vivant universel (Dieu). Les idées sont donc avant la raison ; car il faut qu'elles soient pour que la raison les pense... et puis qu'elles sont antérieures et par

d'elle-même et ces choses en elle-même ne les a vues qu'autant qu'elles sont des actes, des activités svspv-y.<. et si la raison est acte elle-même, par le fait qu'elle se pense elle-même, il est clair que nous, dans le fond intime de notre être, nous sommes un intelligible, et que la pensée que nous pensons de nous-même nous donne au moins l'image de l'intelligible.

La pensée de la raison, y) v6j[<siç, est donc la pensée de certains intelligibles, la compréhension de choses inétendues *. Elle ne passe pas de la puissance de penser à l'acte; sinon elle supposerait une raison antérieure qui serait en acte par elle-même ; car ce qui est en puissance exige un autre principe dont l'intervention l'amène à l'acte. Quand par lui-même un être est toujours ce qu'il est, il est un acte. L'âme est un acte ; à plus forte raison, la raison est un acte. Tous le^premiers principes sont des actes 2.

Bien que la raison soit aussi une hypostase distincte, supérieure à l'âme, supérieure à nous-même, comme la sensation est inférieure à nous 3, celui qui veut connaître laraison etconnaître qu'il y a une raison doit d'abord connaître l'âme, et surtout ce qu'il y a de plus divin en elle, c'est-à-dire la raison de l'âme. La science doit monter progressivement de la nature à l'âme et de l'âme à la raison 4. Chaque âme est suspendue à

conséquent extérieures et supérieures à la raison, la pensée qu'elle tire de leur contemplation n'est pas l'intelligible même, mais seulement son image, tov voOv ï%m... otjtoO a âpa e-/s'v eîoco).a apa. Sur le passage (III. 9, 3), tocûtoc apa eîSsv ocra èvipy£:a!, Philopon {de Aji., f. 1, p. a), semble avoir lu èvepyeî ; car il l'interprète ainsi : o<ttc; ôyj èvÉpy^Tsv, o-jto; oTôsv 3 Xéyœ, interprétation que M. Bouillet a adoptée, sans raison, je crois.

1 Enn., IV, 7, 8. vo/;Tîbv 8è y) vÔyjui;... voyjtwv t.voov vo^vi:; xat àu.îye6wv àvTiXyj^stç.

2 Id., II, 5, 3.

3 Id., V, 3, 3.

4 Enn., V, 3, 9. ^u^v ^? bocxs xa\ xb ^UX^ Oî'-otaxov xaxioîîv S=ï xbv (xlXXovxa voOv eiaedôai oxt s<mv. La marche ascendante de la science est ici clairement exprimée, même par les temps des verbes; ce n'est qu'après avoir vu l'àme, xax:Ô£ïv, quon reconnaîtra, [eî'ueorôat, que la raison existe, on l<rxiv. Id.} III, 8, 7. ttjç 8è 6£o>p:a; oivy.ox'.\o'JGrl; lx TÎjç çutôwç £7i\ tyv%f\v xoa TaiStvjç eîç voOv.

sa raison propre, sans en être détachée et sans se confondre dans l'essence avec elle. Les âmes sont les verbes des raisons, Xdyoi vwv; seulement elles sont plus déroulées que les raisons ; elles sont devenues de peu beaucoup, c'est-à-dire que la raison, tout en étant pluralité, est une pluralité plus concentrée, d'où s'échappe et se déploie la richesse et la multiplicité de puissances, d'attributs, de formes qui appartiennent à l'âme ; mais l'âme reste attachée par un lien de continuité à la raison d'où elle procède et dans laquelle elle a sa racine 4.

La raison néanmoins est introduite du dehors dans l'âme qu'elle domine et à qui elle ne se donne pas tout entière. La raison projette sur l'âme la couleur et la lumière et la rend ainsi intellectuelle ; mais elle a comme caractère essentiel et propre d'être non-seulement lumière, car la lumière n'est qu'une propriété, un attribut, mais elle possède dans son essence le principe lumineux même, et si Ton demande d'où la raison elle-même a reçu ce principe lumineux, qui n'est plus un accident, il faut répondre qu'elle Ta reçu de la lumière essentielle, substantielle, de l'un, du bien, de Dieu, et il faut dire cela de la raison universelle, aussi bien que des raisons particulières2. Car il y a une raison universelle comme une âme universelle. L'univers a non seulement une vie, mais une raison ; c'est de cette raison que l'âme reçoit les formes qu'elle imprime au monde visible 3; c'est par elle que tout et le tout est rationnel et parfait; car cette perfection ne saurait venir du hasard4. C'est à elle, mediatement du moins et par l'intermédiaire de l'âme, qu'est due la création des choses , car puisqu'elle est parfaite et

1 Enn., IV, 3, 5. ai tyvyoù iy&Zftç y.aO 'é'/.ao-rov vouv è^pTï)tj(ivat, Xôyoi v&v o\)ij'x: xa'; ilv.Xiy [)Âva.'. fxa/.Xov r\ èxeîvoi.

2 Enn., V, G, î. <\>'r/:r\ |jiv yàp EîcaxTav vouv ïyv. iTZ'.xpuwwzx auTYjv voepàv oO<tsv, voOç ô'èv qcuTÔj otzsîov ïyzi où cpto; wv jaovov, à).X'o èari 7tscpa>Tt<T[jivov èv

Id., V, 1, 8; II, 3, 18.

douée d'une si grande puissance, elle ne pouvait pas être stérile : elle a engendré nécessairement1. Elle a créé le monde: elle a engendré l'âme; elle a produit les raisons individuelles attachées à chaque être raisonnable et liées en lui et appropriées à une âme : les raisons des astres, les raisons des démons, les raisons des hommes.

Cette production, dont le mode est d'ailleurs fort obscurément décrit par Plotin, est une sorte d'acte intérieur de la raison en elle-même qui la partage, comme les individus partagent et divisent l'espèce en les laissant cependant ensemble et unis indissolublement à elle, par ce que cette division n'est produite que par la différenciation2. D'où il résulte que chaque raison individuelle est toute la raison 3, car la raison n'étant pas composée de parties ne peut pas être possédée par parties. Elle est tout entière en un chacun. La raison, la pensée est commune et identique dans tous les êtres raisonnables et pensants ; par la raison tous les êtres pensants ne sont qu'un, et toutes les raisons particulières n'en font, en un certain sens, qu'une seule 4.

Quelques philosophes ont conçu et résolu le problème dans un sens diamétralement contraire, et faisant naître le supérieur de l'inférieur, ils ont imaginé que c'était l'âme qui, par une évolution graduelle, arrivée à son maximum de

1 Enn., V, 1, 7. xoù yàp xlX£tov ô'vxa ysvvav è'Sst xa\ jxy) o'jvau/.v ouaav xococuxtqv ayovov etvat.

2 En?l., VI, 7, 17 ; VI, 2, 22. oie |xèv èv auxâ) èvepye? rà èvepyou[JL£va °'- aXXoi vot, OTô ôè è£ avxoO <^\r/"n- IV, 3, 4. txEpôx/jXt -/(opiÇopivou.

3 En?l., 8, 7. y.ct' aXXto; oe ô voO; où*/ ïvô; xtvo; àXXx xa\ Tia;- itàç oï a>v xa\ 7ravTwv. VI, 7, 17. 6 ôè tcôc; voO; exaaxov izzp'.iyu>y apa xaùxbv exasxov 7rep'.é-/£L

4 Enn., VI, 2, 20. xa\ cîvac xaô'auxbv xbv jiÉyav voOv xoù txâaxou: au èv auxoîç ô'vxa; xa\ è[Ji'TC£p'.É7£<j6a*. xou; ev p.sp£'., tm oXw xa\ xbv oXov, xoî: £v [xlpe'., Ixâarou; 8s ècp 'ia'jftov xai èv aXXa), xai êç'êctVToO sxsîvov xa\ Iv êxe'voiç, xa\ èv éxs:v(p [ièv TCavxa; ècp'IauToO ovtî 8'Jvâ[/.Et, Èvspysla ovxi xi Ttâvxa au.a, Suvâ|Aîi Sè ê'xac7xov 7topt:, xou; S 'au ÈvEpysix piv o Etat, 8uvâ(j.£t os xb oàov. ie£., I, 1. 8. s^opisv 8s xbv voûv y) xotvbv tj t'Siov y; xa\ xotvbv itâvxœv xai io:ov votvbv p.sv, oxt à^Épiaxo; xai sfç xai 7iavxa-/o0 ô aùxô;, ïîSeov 6s, ox: £•/£'. xai ê'xaaxo; aùxov.

puissance et de perfection, engendre la raison. Ils oublient que l'âme n'a la raison qu'en puissance, et que pour la faire passer de la puissance à l'acte il faut un principe qui soit en acte la raison même. D'ailleurs nous savons par expé rience que l'âme est sujette à la passivité : or il faut qu'il y ait quelque chose qui soit supérieur et inaccessible à ces modifications venant du monde sensible, sans quoi tout serait dissous par le temps. Enfin l'âme est dans le monde : or il doit y avoir quelque chose hors du monde, puisque tout ce qui est dans le monde est corps ou dans un corps, sans quoi il n'y aurait rien de permanent et de durable. Les raisons de l'homme, Xdyoi, et toutes les autres raisons ne seraient pas éternelles 4.

Mais si la raison n'est pas née de l'âme, comment est-elle née ? La raison est devenue raison parce que, quoi qu'elle soit en soi l'être un, elle s'est divisée, et elle s'est divisée parce qu'elle a pensé l'un, vers lequel elle est par essence portée et tournée. Il semble qu'elle aurait alors dû rester un comme son objet; mais elle s'est reconnue impuissante à l'embrasser dans son unité et dans son tout. Il a fallu qu'elle se déterminât et se divisât pour le saisir partiellement2.

La raison a trois relations : I. avec l'âme qu'elle illumine et qu'elle transforme en une raison raisonnante, vouç Àoy.Çou.£vo,-; c'est la raison, forme de l'âme, vouç 6 [xh elSoç ^u/^ç, xarà

« Enn., V, 9, 4.

2 Enn., VI, 7, 15. v^v yàp exofjuÇs-co ô'J"afj/.v àouvattov e'x^v auvÉôpaut xai itoXXà êitotYj<rs tyjv p-cav, iva ouxto ouvatxo xaxà fiipo; çépeiv. Cette genèse de la raison a quelqu'analogie avec celle de Hegel. Il semble qu'il suffise que Têtre se divise pour qu'il pense, et on veut voir dans cette pure division l'opposition du sujet et de l'objet qui constitue la raison. Mais c'est une illusion. Pour penser, il faut certainement que l'être pensant ou sujet ait un objet; mais il n'en résulte pas que la division de l'être suffise pour constituer la puissance de penser, si cette puissance n'était pas contenue dans l'être. L'objet n'est un intelligible qu'en présence d'un sujet qui peut le penser, comme, d'un autre côté, l'être pensant en puissance ne devient en acte qu'en présence et par l'acte de l'intelligible. En un mot, tout être n'est pas apte à se diviser en sujet et objet, c'est-à-dire n'est pas apte à penser.

(xopcpiQv; II. avec le bien, l'un ou Dieu par lequel elle est ellemême illuminée ; III. Enfin avez elle-même, selon qu'elle existe considérée en soi1.

C'est à ce point de vue que nous devons ici maintenant l'étudier.

La raison n'est pas une chose inerte a4usvT)vov ; c'est

une force, une force qui a son fondement en elle-même, Buvajjttv ecp 'eauT7)ç p«63?av, la force la plus intellectuelle, la plus substantielle, la plus vivante ; elle est l'acte de l'être, 6 BàvoOsivspysia rr^ç oÙ7t'a;2. Bien plus elle est l'être même ; car penser, èvepysïv, et être, c'est la même chose, et les actes de cette force vivante et puissante, ce sont les intelligibles 3. Ce n'est pas assez de dire qu'elle est le lieu des intelligibles 4 ; elle est les intelligibles mêmes, qui sont ses actes ou ses pensées; car ses pensées sont ses actes.

En elle ce qui voit et connaît ne diffère en rien de ce qui est vu et connu; en elle surtout s'applique et se réalise la grande loi de la connaissance, qui est l'assimilation du sujet et de l'objet, assimilation qui suppose et pose même une tendence et un désir réciproques del'intelligence vers l'intelligible et de l'intelligible vers l'intelligence 5. La raison est les êtres même qu'elle pense.

La raison vraie, 6 àXTjO/j; vou; xal ô'vto);6, la raison pre-

1 Enn., I, 1, 8. Elle est, sous ce dernier rapport, un moyen terme, wcnrep xai xb xlvxpov (V, 1, i) entre l'àme et l'un.

2 Id., VI, 6, 8.

3 Enn., VI, 8, A. xb aùxb eïvac èxei xa\ xb èvepyeïv. Id., I, 1, 8, et I, 1, 13 : I, 3, 5. C'est la raison qui possède les principes clairs de la science, V, 3, 3.

4 Id., V, 5. 1 ; V, 9, 3. ouxo; xà ô'vxa /ai... yj xtbv s'.otbv ç-ja-.c èvxaOOa.

5 Enn., V, 3, A, 9. xb ôpcov frrçôèv ô'.a?fpsiv xoO opo){j.lvo'j. III, 6, 7. op-olcoai; xoîç èvopw[xsvot? 7rpb; xà evopc6[j.£va. II, A, 10 ; I, 8, 1. tîjç yvcoasco; i/à<Txa)v 5'. 'Ô[jlo'.Ôxy)xo; ycyvou.£v/]ç... voO; piv yàp xai ^"J"/*) e i Syj ovxa etôtov xa'. ïtjk yvwciv àv ttoioÎvxo xat upb; aùxà av eyo'.tv xr,v ope^tv.

6 D'ailleurs, la raison dans l'àme a les mêmes intelligibles que la raison au-dessus de l'àme ; mais la conscience, la réflexion accompagne toujours les actes de Tune, tandis que l'acte de la raison intuitive pure est inconsciente. VI, 9, 5; V, 3, 2. Il y a dans Plotin au moins trois espèces de raison : 1. La raison qui est la forme de l'âme, eîSo; ùvyj^

mière, 6 koûtq; voîj;, la grande raison, 6 (j.syaç, comme l'appelle encore Plotin, sans laquelle ne sauraient s'accomplir ni se concevoir les actes de la sensation ni les actes de l'entendement discursif, la raison qui saisit en elle-même par un acte d'intuition, immédiatement les principes intelligibles qui la constituent, la raison infaillible. On ne peut pas supposer un instant qu'elle soit capable d'errer, qu'elle n'atteigne pas les choses mêmes, l'être réel. Nous ne pouvons pas douter que les choses qu'elle voit ne soient telles qu'elle les voit. Où pourrait-elle, sinon en elle même, puiser la conviction qu'il en est ainsi 4. La connaissance de ces prin-

(V, 9, 3) ; 2. La raison informante, qui informe l'âme comme le sculpteur donne la forme à la statue, xbv ôè tyjv fxopcprjv rcapéxovxa wç tcoiy;ty)v toO àvopîavToç. V, 9, 3... ou encore :

1. La raison Xo-p^^vo;, Èv Sixcriao-sc y.où xivvjaei, qui est le désir de l'âme de trouver la vérité, xb ècpîsaôat eupeiv cppôvYjc.v, et reste par suite au degré inférieur du doute. IV, 9, 5; IV, 4, 12.

2. La raison dans l'âme, simple et indivisible, la raison [aeOsxxoç, différente de la raison raisonnante, V, 8,4, comme le Ç-rçtsîv cppoveîv diffère du

çpovsîv.

3. Enfin, la raison en soi, qui est hors de l'âme et au-dessus d'elle, mais qui est en partie en nous : C'est l'un ou Dieu.

Simplicius en distingue encore davantage (Comm. in de Anim., 61 r. v. 24) :

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