‹ Histoire de la psychologie des Grecs (volume 5)Chapitre 27 sur 43 · Et une troisième oùaîa à^eptaxo; xai vospa · texte numérisé non relu

Et une troisième oùaîa à^eptaxo; xai vospa

1 Enn., V, 5, 1. ap'avxiç <?atY) ^'JÔeaQac uoxs xa\ jj.y) xà ovxa ôo^âaeiv ;

cipes par la raison ne l'abandonne jamais et n'est point sujette à l'oubli; elle n'est ni conjecturale ni douteuse ni variable ; elle n'est pas empruntée à une autre faculté ; elle n'est pas le résultat d'une démonstration ni d'une analyse 1 ; elle est certaine, d'une évidence immédiate, intuitive, indéfectible, innée, éternelle2.

La sensation aussi est intuitive ; mais elle n'atteint pas l'objet même, puisqu'il reste en dehors d'elle, et qu'elle n'a l'intuition que de son image3 : de là la possibilité de l'erreur dans tous les actes de connaissance qui reposent plus ou moins directement sur l'exercice des sens. Ce'que les connaissances sensibles possèdent de certitude, elles l'empruntent à l'entendement et à la raison qui seules peuvent juger. Toute connaissance donc s'écroule si l'on ébranle la foi de la raison en elle-même, aùxbç (6 vouç) êvapy^ç aù-rb; aurai. La raison est évidente et certaine à la raison. Et cela vient de ce que ses objets, le juste, le beau, le bien, ne sont pas hors d'elle-même ni différents d'elle-même, et qu'elle les connaît par un contact4, sans quoi elle ne les

oùoap-Go;- (Leibniz dit aussi : La raison va à l'être). rcéOev 5è aùxôj rctanv ot: ouxiûç e'xst irapé^xau

1 Id., V, 5, 2. o-jS' aTtooec^ew; Seï.

2 Id., V, 5, 1. Sst apa aOxbv àei elSlvai xat (xr,o av È7uXa6Éff6a'. noxl xyjv oï eior,aiv avxû> (jltjTî eîxâÇovx: sTvat \}/i\tz à[x:p:êoXov, [irfi' ct\) rtzp' aXXov oiov àxouaavxr où xolvuv oùôè oV àTcoSs^sco;-.. àXX'... aOxôôev (xt; çatt]) otvixœ ivap yé; xt elvac xa:xoi ô Xôyoç <p/)<7i rcavra.

3 Enn., V, 5, 1. Non seulement elle possède par elle-même quelques notions certaines ; mais la raison nous dit que tout en elle est certain, xb êvapyèç aùxw irapeïvoa, et la raison pour le dire ne peut avoir d'autre autorité qu'elle-même.

* Enn., VI, 7, 36. y) xoO àyaOoû el'-i yvtbai; eîrs èica?*). Si l'on dit, comme Aristote, que dans les choses sans matière la connaissance est identique à son objet, la pensée à la chose pensée, il ne faut pas (Id., II, 9, i) entendre que la connaissance est l'objet même ni que la raison qui voit l'objet soit cet objet : au contraire, ou du moins, inversement, c'est l'objet sans matière qui est à la fois intelligible, pensée et intelligence, voyjxôv xe xat voïjcr'.v xoù voOv. Ce n'est pas laîTonnaissance qui se porte à l'intelligible, mais l'objet intelligible qui fait que la connaissance ne reste pas telle que serait celle d'un objet matériel, mais devient une connaissance vraie, c'est-à-dire l'objet même et non son image. Ainsi, VI, 6, 6, la connaissance est moins l'acte de la raison sur l'intelligible

toucherait que par hasard, et ils pourraient, comme à l'âme, parfois lui échapper, et alors quelle serait la puissance qui mettrait le sujet et l'objeten rapport etles unirait pourproduire la connaissance. Les notions de la raison ne seront plus que des impressions, des coups frappés du dehors, e7uaxxol xori 7tàyiyou. Mais comment concevoir de pareilles impressions, des empreintes, tu7toi, même dans l'âme et à plus forte raison, dans la raison? que sera-ce que la figure, [xopcp7j, qu'elle en recevra? Si la raison a son objet en dehors d'elle, elle n'est plus que la sensation, et alors le juste, le beau, le bien seront étrangers à son essence ; elle ne saisira plus des intelligibles que leurs images ; elle ne les connaîtra plus en euxmêmes et toutes ses notions seront fausses, par quelqu'endroit au moins1, et si elle ne possède pas en elle-même les règles et la mesure de la beauté et de la justice, comment pourra-t-elle juger des choses belles et des choses justes?

D'un autre côté, dans cette hypothèse, on ne peut plus concevoir le mode d'existence et la nature de ces intelligibles dont la conscience atteste en nous la présence, dont tous nos jugements supposent la réalité. Sont-ils privés de sentiment, de vie, de raison, c'est-à-dire sont-ils des abstractions, des formes purement logiques, vides de contenu, mortes , à^£V7}vov /p7jtj.a 2 ? ou sont-ils doués de raison ? s'ils possèdent la raison, ils seront confondus avec la raison dans le même sujet, fy» £VTûû3ôa ; la vérité sera en eux et ils constitueront la raison première 3. Mais on se demande alors quelle est la nature de cette vérité, comment se comportent l'un à l'autre les intelligibles et la raison, s'ils sont dans le même sujet, et

que l'acte de l'intelligible sur la raison. C'est l'intelligible qui fait que la raison est raison, c'est-à-dire pense en lui donnant un objet à penser.

1 Enn., V, 5. 1. oié^euffOocc ; • èv arcaci otç ôeoopsî ou tîjç xp:<Tsu); àp*/a\... xat auxai elo).

2 Id., V, 5, 1. àva!<r6/]Ta xat a^otpa Cûîïj; vo^«

3 Enn., V, 5, 1. Le texte est très obscur : ei voOv s^ec (xà vorçxâ) àVa ^~ raOôa ajtçco y.a'-. ib àXrjôèç a>8i xou ô uptoTo; voO; outo;.

comment ils peuvent être deux et différents l'un de l'autre1.

Si les intelligibles n'ont ni la vie ni la raison, que sont-ils? ce ne sont assurément ni des propositions ni des jugements ni ce que les stoïciens appellent les Xexxà : car ils seraient alors des attributs et non des êtres. Ainsi quand on dit que le juste est beau, le juste et le beau seraient deux choses simples, différentes et séparées l'une de l'autre ; alors l'intelligible ne sera plus quelque chose d'un, ne résidera plus dans un seul sujet; chaque intelligible sera dispersé et divisé, isolé : mais où sera-t-il? où la raison ira-t-elle les chercher, où les poursuivra-t-elle, comment les rencontrera-t-elle ? et dans cette poursuite qui l'emportera vers divers et nombreux objets, comment restera- 1- elle identique à elle-même et persévérera-t-elle dans son essence? Comment concevoir la cause et le principe des différences que gardent entr'eux les divers intelligibles? Pourquoi l'un est-il le juste, l'autre le beau ?

Il ne faut donc pas chercher les intelligibles hors de la raison : ce qui revient à dire que la raison n'est pas hors d'ellemême; qu'elle est toujours en elle-même et qu'elle ne saurait jamais être dépourvue de pensée2. Supposer une raison vide, un esprit sans contenu, c'est construire uue pure abstraction.

La raison possède donc en elle-même les intelligibles ;

1 Enn., II, 4, A. Les intelligibles sont une matière à laquelle l'un, qui est bien pour Plotin comme pour Proclus (m Alcib., t. III, p. 165) la fleur de l'être, ofov avOo; t?,? oviata: f,aà)v, donne la forme. Ils sont multiples, ils ont donc quelque chose de commun; et ils ont quelque chose de propre, parce qu'ils sont différents les uns des autres. Le propre de chaque intelligible qui le sépare des autres, c'est la forme particulière qn'il revêt, (Aop<p^. Mais la forme suppose un substrat, ûiïoxei|ievov, qui la reçoive et soit déterminé par la différence. 11 y a jusque dans le monde intelligible une matière pour recevoir la forme.

2 Enn., V, 3, 1. Steinhart, Le Dialect. rat. Plot., p. 33 : résume ainsi le chapitre :

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