‹ Histoire de la psychologie des Grecs (volume 5)Chapitre 32 sur 43 · Les principes sont-ils en même temps des genres · texte numérisé non relu

Les principes sont-ils en même temps des genres

6. Tous les principes sont-ils des genres sans que tous les genres soient des principes?

7. Quels principes sont en même temps genres, et quels genres sont-ils principes1 ?

Toutes ces questions disparaissent si l'on admet l'unité absolue de l'être; mais elles subsistent pour nous, qui avons prouvé plus haut que l'être n'est pas absolument un, qu'il est à la fois un et plusieurs êv aua xal itoXXà.,. xocéti -oix-.Xov Ev, rot TToÀÀà eîçsve/ov, et en même temps qu'il diffère essentiellement de ce qui paraît être et n'est jamais réellement, et qui devrait plutôt s'appeler le phénomène, le devenir,

to yiyvoasvov .

Le caractère essentiel qui distingue l'être de l'apparence de l'être, c'est l'éternité qu'il faut toujours, pour en avoir une idée vraie, ajouter à sa notion2. L'être est l'intelligible: l'intelligible est multiple, quoi que tous les intelligibles

1 Les genres diffèrent des principes, àp^a!, en ce que les principes sont les éléments des êtres, cyroi/eîa, et engendrent ; les catégories, non. Ainsi, l'unité numérique est un principe : elle engendre les nombres qui en sont composés; elle est le principe des nombres. Le point est un principe : il engendre les lignes, les surfaces, les volumes qui en sont composés. Enn., VI, 7, 13.

- Enn., III, 7, 2, 5. Le caractère de l'être idéal est d'être éternel; V, 1. 4. L'éternité appartient à la nature de la pensée, çûa:; vqtqtij. VI, 2. 1. Tcpocr-ciôsi; xCù à'vxt to às;'. Proclus, Institut. Theolog., Prop., 169. 7rôc? vou; èv alcov. xr(v te qjt:'xv ï/v. zr. tr,v S'JVXfnv za; ttjv èvipyscxv.

soient un, et la raison et les intelligibles ne sont pas deux choses différentes l. C'est de cet être, c'est à-dire de la raison, de la pensée vivante, ayant en soi son objet éternel et immuable, que nous allons chercher à déterminer les genres.

La proposition : l'être est un, peut être entendue de plusieurs manières :

1. Cela veut-il dire que l'être forme à lui seul un genre unique, dont les êtres qui le font multiple seront les espèces?

2. Ou qu'il y a plus d'un genre, mais que ces genres se subordonnent et se ramènent à un seul qui les embrasse ?

3. Ou enfin ces genres multiples ne sont-ils contenus dans aucun genre supérieur, et* sont-ils coordonnés entreux, n'ayant aucun rapport, aucun lien de subordination ? Chacun contiendrait au-dessous de lui soit des genres d'une moindre extension, soit des espèces, dans lesquels à leur tour seraient contenus les choses et êtres individuels, en sorte que le système entier de ces genres formerait la substance réelle, ÊntdffTotpiç, du monde intelligible.

Il faut tout d'abord écarter la première et la seconde hypothèse qui détruisent les espèces et les êtres individuels. Aucun être n'existerait, en tant qu'autre, hors de l'être un. On ne comprend pas comment cet un s'est multiplié et a engendré des espèces; car pour se multiplier, il faut qu'il y ait déjà en lui un principe de différenciation. Avant de se diviser, il était déjà divisé2. Il est d'ailleurs impossible d'appli-

1 Entl., VI, 6, 17. oux aÀ/o; (ô voû; xai xo vot)t6v), à>Xà izivxx £v xa'i ï| vôrjaiî 3s <|/iXr,v iyv. crçalpav, ih os Çâ>ov Çooou trç'xîpxv, c'est-à-dire que la raison en acte, vivante, a pour sphère et contenu elle-même : sans quoi, la pensée ne serait plus qu'une abstraction vide, ip'Mp/ tyçaîpav, sans contenu. Steinhart (Melet. Plot., p. 10). « Quum intelligibilis illemundus qui et omnes omnium rerum et numerorum notiones complexu suo contineat... semper simul cum mente fuerit, quippe qui a mente non sit diversus, sedmensipsaa se cogitata et percepta ». Proclus, Instit.theol.. Prop., 177. ndLi voûç TtX^pwfxa àv elotôv.

'2 Enn.. VI, 2, 2. et \).r{ ti rjv Ttxp'aùtb àXXo %po toO ô'.capeO^vx'. ïax-x'. ôf/jp/;p.évov.

quer à tout les dénominations d'être et d'essence, si ce n'est par accident.

Ii ne reste donc d'admissible que la troisième hypothèse; mais il en résulte que les genres ne sont plus seulement des genres, mais qu'ils sont en outre des principes. Ils sont genres puisqu'ils contiennent des genres de moindre extension, et ils sont principes parce que l'être est un composé de ces éléments multiples. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y ait pas des principes qui ne sont pas genres sous un autre rapport1. Sans doute ces différents genres supposent l'un absolu et en dépendent; mais l'un existe en dehors et au-dessus de l'être et de ses genres, comme cause et principe de leur existence, et ne saurait par suite être compris dans le système de ces genres qui ne constituent pas son essence; il n'est le prédicat d'aucun d'eux dans l'ordre de l'essence2. Chaque genre forme un genre pour soi, et ne contient rien d'identique à l'autre.

Réservant la question de savoir ce qu'est cet un absolu qui n'est pas un genre, et qui n'est pas l'être parce qu'il est au-dessus de l'être, nous allons analyser ici l'un qui est être et que l'on compte au nombre des genres. Si l'on s'étonne de le voir au nombre des genres dont on le considère comme la cause, c'est qu'on a tort de le considérer comme cause : c'est plutôt un tout dont les autres genres sont les parties et comme les éléments intégrants3. Tous ces genres forment

1 Enn., VI, 2, 2. àp7oc; 8à et xb bv ouxoo; èx tîoXXwv xeci ex xoutwv xb o).ov uirâp'/e'.... auyx£7a>pr]xau.£v... t p o tzq v exepov (eivai) àp*/àç xa\ cjvOÉti:.

2 Id., VI, 2, 3. è'IcoOcv xoOxo xcùv ysvojiévwv ysvtbv xb aî'xiov uiv. \jrt xaxr;yopoufjiEvov de xtov a/Xtov èv x: £7Xiv... èitlxEiva yàp xo £v cio; av \irt auvapiûao'jfjtevov xot; yévsaiv.

3 Enn., II, 6, 1. Les catégories intelligibles sont les différences de l'être un, xb 8v ev, et ces différences sont les éléments dont l'être est composé, ou mieux, ses actes qui en sont comme l'achèvement, la plénitude d'essence, la perfection : xb bv slvai oùoîav to: èv o:a?opaî: ovxwç, [iccXXov oè y.£xà TcpocrÔyjXY); Èv£py£itov Xeyo|xÉvY]v oùalav, xsXsiaxrtv |tev boxoOaav eivai.., au[j.7rXr]pamxbv oùaia:. Les catégories intelligibles primitives, dont Plotin s'efforce de démontrer la différence avec les catégories sensibles qui ne sont pas, comme on le croit, les premières notions ontolo-

une nature unique, ui'av cpuciv, l'être ou la raison, dans laquelle notre pensée seule introduit des parties; car son être est un quoiqu'il paraisse multiple et devienne multiple1. Les intelligibles forment un tout nécessaire, immuable, indissoluble; ils sont un et chacun est tous, bien que parfaitement distincts les uns des autres2. Nous voyons ainsi dans cette nature le mouvement se produire ainsi que la multiplicité, en sorte que cet élément ondoyant de son étonnante essence arrive à faire que l'un ne soit pas un 3. Comme nous voyons successivement ces parties de l'être, nous les posons chacune comme un et comme genre, oubliant que le tout nous échappe et nous leur assignons une existence séparée qu'elles n'ont pas dans la réalité4. Mais après les avoir ainsi séparées par la pensée, nous opérons en sens inverse, nous les rattachons les unes aux autres, impuissants à résister longtemps à la force interne qui les pousse et les presse pour ainsi dire de s'unir les unes aux autres 5.

Les corps sont manifestement un et plusieurs ; l'âme possède encore plus de simplicité et d'unité dans son essence, et cependant nous savons qu'elle aussi est multiple, ev TrXvjOoc, et elle est multiple sous deux rapports : d'abord en tant que génératrice, elle contient les raisons multiples des choses,

giques, ne sont pas nettement définies par lui. Ce sont les déterminations génériques de la raison; mais la raison elle-même n'est pas une catégorie : elle est le tout qui les embrasse (Gonf. Zeller, t. V, p. 466). La force qui développe l'être est la tendance à l'un, le mouvement vers le bien. Les intelligibles, actes ou idées de la raison, en sortent donc dune tendance vitale. Ce royaume des intelligibles (V, 3, 10) est le tout véritable et vivant, la réalité et la force intelligibles de la possibilité des choses jusque-là cachée et latente dans l'un absolu. M. Ravaisson (Essai s. la Met. d'Ar., t. II, p. 412) : « Les genres de Plotin sont des attributs inséparables de l'être : c'est ce qu'il nomme, par une fausse analogie avec les catégories d'Aristote, les premiers genres de l'être.

1 Enn., VI, 2, 3. \izp:'C,o\t.vrr^ rat; r,uLcov êTCivocat;.

î Id., V, 8, 9.

3 Enn., VI, 2, 3. ib 7toÀ\j-/ovv xr,i cpvicrsu)? •tcoieïv to ëv [ay] ev ecvai.

4 Enn., VI, 2, 3 et VI, 2. 8. Tcttoxa ôè yévr] ots cxùtwv xaT/]yopr|<7£t; èv ?ix> il £<tt:v. On ne peut leur attribuer l'existence, l'essence propre.

5 Id., VI, 2, 3. 7câ).iv oc'jxà <7'jvÛ7cto[jlîv... cnrîuSovTa Ttpbç avxâ.

qui sont son acte, dont elle est le principe, dont la puissance est son essence même; en second lieu, nous avons trouvé en elle, comme organe de connaissance, des puissances nombreuses, diverses et inégales; elle est, elle vit, elie se meut, elle pense; elle est être et vie, pensée et mouvement, qui en elle ne font qu'un. Il en est de même de la raison pure , b vou;. Il y a en elle, comme dans l'âme, essence et vie, ou plutôt essence et mouvement, puisque le mouvement est ce qu'il y a de commun à toute vie.

Nous avons donc déjà le droit de considérer comme deux genres distincts de la raison, l'essence ou l'être, et le mouvement ou la vie première1.

Sans doute ils ne font qu'un dans l'existence, èv tcTj eIvxi; mais puisque la pensée les sépare, c'est qu'elle trouve que leur unité n'est pas absolument une : sans quoi elle n'aurait pas pu les séparer2. Nous voyons en effet dans les autres êtres la séparation de l'être et de la vie réalisée. L'être comprend plusieurs espèces : il est donc genre. Le mouvement n'est pas une espèce de l'être : il en est l'acte; c'est comme tel qu'il est dans l'être, et non comme dans un substrat; de même l'être est en lui : le mouvement est donc aussi genre : ce sont deux genres coordonnés, qui se supposent réciproquement, mais dont la pensée affirme la dualité en montrant que chacun d'eux est une unité double3. En apparaissant dans l'être le mouvement n'en altère pas la nature4, au contraire il l'achève et lui donne sa plénitude. Mais comment? c'est parce que la nature du mouvement qui se réalise dans

1 Enn., VI, 2, 7. Plotin substitue ici xb ôv à oùa-a, quoiqu'ailleurs il les distingue. Id., H, 6, 1 : « L'être, xb Ôv, est une chose différente de l'essence, oùaîa, en ce que quand on dit -b ov, on fait abstraction de tout le reste, au lieu que si Ton se sert du mot oOaia, on entend 1 être avec tout le r«ste, cr\ oùaia xb ôv |j.sxà xtbv aXXa», c'est-à-dire avec le mouvement et le repos, l'identité et la différence ».

2 Id., VI, 2, 7. xb ëv où-/ sv E'jpwv, r\ oùx av 8uvy)9ï) /copicai.

3 Enn., VI, 2, 7. r\ 8:âvoca Suo <pr((j\ xa\ sioo: éxâxspov ôntXoûv £v.

4 Id., II, 5, 5. Le mouvement diffère de l'être; mais il s'y rattache, parce qu'il en dépend et s'opère en lui.

l'être reste et demeure constamment la même. La raison se meut exclusivement sur elle-même ; son mouvement éternel est un éternel repos1. Nous devons donc lui attribuer le repos, exact?, et cette notion du repos, conforme à la vraie notion du mouvement intellectuel, convient encore mieux à la notion de l'être; car, comme on l'a dit , l'être est ce qui demeure dans le même état, de la même manière, toujours identique à lui-même'2.

Voici donc apparaître un troisième genre , différent du mouvement, dont il semble même le contraire, et différent également de l'être ; car d'abord il n'y a pas de raison pour que le repos soit plutôt identique à l'être qu'au mouvement qui est l'acte et la vie de l'être, et ensuite l'être étant mouvement, si le repos se confondait absolument avec l'être, il se confondrait avec le mouvement. Supprimer la distinction du repos et de l'être, c'est supprimer la distinction du repos et du mouvement, c'est-à-dire supprimer les genres, qui ne sont que les différences de l'être intelligible, de la raison.

Posons donc ces trois genres puisque la raison les pense chacun à part3; car ce qu'elle pense, elle le pose, et puisqu'ils sont pensés, ils sont. Pour les choses intelligibles et sans matière, être pensées, c'est être. La pensée pose l'existence de son objet4.

L'être est identique à la pensée. Dans le penser, h xtp voecv, nous constatons l'acte et le mouvement; dans l'acte de se

1 Enn., VI, 2, 7. àe! xe x/j; xoiaux/;; qrjffew; èv ;w ovxw xcvcîtfOac [j.£vou<7/]ç. VI, 7, 13.

1 Enn., VI, 2, 7. On voit ici l'effort de concilier les deux doctrines dont Tune pose la pensée et l'être comme mouvement, l'autre comme immobiles.

3 Enn., II, 5, î». La matière ne peut être comprise dans aucun genre de l'être, parce qu'on ne peut pas dire qu'elle soit réellement pensée. Le non-être est sa véritable nature ; elle a son être, s'il faut qu'elle soit, dans le non-être.

4 Enn., VI, 2, 8. k«\ è'axiv eïnip vevDvjxac... à oé è<jv. > aû'Xa et vevôïjxac, xoOx' ècrxtv avxoî; xb sîvat.

Ghaignet. — Psychologie. 19

penser soi-même, nous trouvons l'essence et l'être, \ ouata xou t6 ov, la vie qui demeure et la pensée qui ne pense jamais que le présent. La raison est et pense; elle se pense ellemême comme étant, et elle pense comme étant l'objet de sa pensée. C'est parce qu'elle existe qu'elle pense, et c'est parce qu'elle pense qu'elle existe. Le principe d'où elle part est l'être, c'est-à-dire l'objet de la pensée et non la pensée même. L'être en acte lie et unit l'existence et la pensée, le sujet et l'objet, loin de les séparer1.

L'être est identique à la pensée et la pensée identique à l'être; l'être est ce que à quoi aboutit la pensée et aussi le point de départ : elle est ainsi repos2. L'idée, ■/] I8sa, est ellemême repos, comme limite de la raison, tandis que la raison est mouvement. Ainsi les trois ne font qu'un.

Ce sont des genres puisqu'ils se retrouvent dans tous les êtres, et chaque être particulier, qui est contenu en eux. est quelqu'être , quelque repos, quelque mouvement3. Nous avons en nous ces trois genres, et en les examinant en nous, nous arrivons à reconnaître dans l'être d'un côté la différence, puisque chacun de ces genres existe à part, et d'un autre côté l'identité, puisqu'ils ne forment qu'une chose une et identique *.

Telles sont, obtenues par l'analyse de la raison, identique à l'essence, les cinq catégories de l'intelligible; l'être, le repos, le mouvement, l'identité et la différence, dont les quatre derniers constituent l'essence de la raison, tant qu'elle reste encore indéterminée, et dont les idées ou formes, sïor,, déploient le contenu, et la déterminent elle-même en le déterminant5.

1 Enn., VI, 2, 8. auvccTrcsi aZ xà ôuo xai où ^wptÇst.

2 Id., id. eaxi ôï xoù etç '6 "kr^ei r, vô/jcr:;... xa\ à® 'ou ooptiy;xa'..

3 Id., id. xoù ôt'o).(ov ovta, ysvïj... tt ôv xoù tiç axàffi? xoù tiç xt'vr)a*.ç.

4 Enn., VI, 2, 8. eîSs xyjV sv xu> ovxi cxspox/;xa xpt'a xt6e\; xoù ev ê'xaaxov, naXiv ôè... e'ic xaùxbv aù ffvvâywv xat (3Xéicb>v xaOxÔTYjxa tloz ysvo{Asvr(v xoù ouaav. On voit que l'identité est devenue et qu'elle existe.

5 Enn., VI, 2, 15. xà xéxxapa ysvrj au|jL7;Xr(poî xr,v oùaiav. o-jtko zo-.àv &Ccx:av

C'est dans l'esprit et non dans les choses extérieures, ni même dans les notions abstraites et purement logiques de 1 être qu'on peut trouver les idées de l'identité et de la différence, du mouvement et du repos, notions irréductibles et qui par leur universalité contiennent sous elles toutes les autres. La raison est une activité vivante, sa vie est mouvement, mais son mouvement ne se porte que sur elle-même et ne sort pas d'elle-même : elle est donc en repos; et ce repos comme ce mouvement sont à la fois identiques et différents. Dans toutes les opérations de la raison, on retrouve ces quatre catégories qui en constituent le fond et l'essence; elle en est le lien commun qui les contient et les unit, sans qu'elle ait cependant conscience de ces différences, qui s'évanouissent pour elle dans l'unité vivante de son être et que la pensée réfléchissante y découvre par l'analyse et l'observation psychologiques.

Les cinq genres sont premiers, premiers en soi et premiers les uns par rapport aux autres, parce qu'on ne peut rien affirmer d'eux dans l'ordre de l'essence, sv tû zi ètmv-, c'està-dire qu'on ne les trouve jamais ni nulle part, isolément, dans l'ordre de la réalité. Sans doute on peut dire que le mouvement est, que le repos est, mais cela ne veut pas dire que le mouvement et le repos soient des espèces d'êtres : ce sont les différences, ou mieux, les actes de l'être. Les quatre

ïîotoOvTa. Ce sont les cinq genres du Sophiste (p. 254, b. 256, 25A, d). |A£YKFC« [j.r,v twv yevGyv... xô x£ &v xa\ axàai^ xat xcvYjfftç. 255, C. xéxapxov ôyj irpo; xoî; xpi<7tv £Îo£<r;v dooç xb xaùxbv xiQâ)[j.£v. 255, d. 7t£|X7txov Sy) xyjv 6axépou cp-ja:v >,£xx£ov èv toî: eïôeoiv ouaav. Plutarque prétend (de eî, 15) que si, dans le Philèbe, Platon ne pose que quatre principes : l'infini, la limite, la génération, qui résulte du mélange de l'infini et du fini, et la cause du mélange, c'est qu'il a voulu nous laisser le plaisir de deviner le cinquième, la cause de la séparation et de la distinction, et il identifie le devenir à l'être, le mouvement à l'infini, le repos au fini, la cause du mélange au même, la cause de la distinction à la différence. A l'être véritable, c'est-à-dire aux idées, sont attribués: 1. Le mouvement: 2. Le repos, et par suite 3. l'identité et 4. la différence, qu'on saisit dans les rapports mutuels des idées; mais Platon les tire de l'analyse de l'idée de l'être et des notions présentées par les Éléales et Héraclite. Plotin les tire de l'analyse de l'esprit même.

derniers ne sont ni au-dessus ni au-dessous de l'être : ce sont les différents modes par lesquels il se manifeste1.

Il y a donc cinq genres de l'être, et il n'y en a pas davantage. Mais pourquoi? pourquoi l'un, la quantité, la relation et les autres catégories d'Àristote ne seraient-ils pas des genres? Prenons l'un; s'il s'agit de l'un absolu, qui ne comporte aucune addition, aucune division, aucune différence, qui ne peut être affirmé de rien, ce ne peut être un genre, puisque le genre est ce qui s'affirme de l'espèce, et qu'il n'a pas d'espèces: car l'espèce divise le genre par les différences opposées, et l'un est indivisible. Si l'on parle de l'un qu'on identifie avec l'être, la catégorie de l'être s'applique à lui, et en faire une catégorie distincte ce serait poser deux noms pour une seule et même chose. Mais on a tort d'identifier l'être et l'un; car l'être n'est pas plutôt un que multiple. Si l'un est principe, il ne peut être genre par rapport aux choses qui procèdent de lui. Il ne faut pas confondre les genres avec les principes. Pour former un genre il faut que ce qui est commun et un dans plusieurs choses admette des différences spécifiques, constitue des espèces, et s'affirme de l'essence. Or il n'y a dans l'un en tant qu'un aucune différence spécifique, aucune espèce. Ce n'est donc pas un genre et la catégorie de l'être est suffisante2.

Peut-être cependant en examinant de plus près la génération du nombre et de la grandeur, et leur mode d'existence, pourrait-on placer le nombre premier ou la grandeur discrète dans les genres premiers, et la grandeur continue dans les genres dérivés; car il faut poser des genres secondaires et postérieurs3.

Mais le nombre premier est un mélange du repos et du

1 Enn., VI, 2, 8. o-jôs yàp £7tavaoioï;y.£v <xv?ù> oOoè 7ipôxepa toO ovto:. Le repos est la condition de l'identité ; le mouvement, la condition de la différence et parla de la pensée, puisque la pensée suppose la différence du sujet et de l'objet : sans quoi elle est muette.

2 Enn., VI, 2, 10. àpxeî xh ov.

3 Id., VI, 2, 13. OsTéov yévo; uaTspov.

mouvement et est de l'ordre du repos1, et la grandeur continue est ou un certain mouvement ou un effet du mouvement. Le mouvement la produit en s'avançant à l'infini, le repos l'arrête dans sa marche, la limite et crée l'unité : elle est de l'ordre des choses en mouvement II est donc inutile d'en faire un genre distinct, d'autant plus que sous certains rapports ie nombre est quelque chose de dérivé, de postérieur aux cinq genres; car les nombres forment série successive, le second dépend du premier et ainsi de suite; les derniers sont contenus dans les premiers 2.

D'un autre côté, le nombre existe avant les êtres3. Les êtres n'ont pas été nombrés après avoir été créés ; mais celui qui les a créés a vu combien il fallait en créer, car le nombre des êtres est fini; et par conséquent il avait l'idée du nombre des êtres avant d'engendrer les êtres. Le nombre était dans l'être, mais il n'était pas encore le nombre de l'être; car l'être était un. C'est la puissance du nombre, qui existait réellement, qui a divisé l'être et lui a fait pour ainsi dire mettre au monde la multiplicité 4 et créer autant d'êtres qu'il y a de nombres 5.

Le nombre est l'essence et l'acte de l'être6. L'être est le nombre renfermé, enveloppé dans l'unité, vjvw^vo;; les êtres sont le nombre déroulé, développé, iU^liyu.évoq. La raison est le nombre mû par lui-même; l'animal est le nombre enveloppant, Trepié/tov. Né de l'un, l'être doit être nombre,

1 Enn., VI, 2, 13. 6 âp-.O^bç Trpàxo;... h xtviqffscoç xa\ orxâaswç... Tixycc yoLO à [ibj àpiôub; èv toÎ; npooioi; yéveTt.

2 Id., VI, 2, 13.

3 Id., VI, 6, 9.

4 Id., VI, 6, 9. r, tou àp'.8[xo0 ouvay.'.; ùnooraora ip-ipiae xh ov.

5 Id., VI, 6, 15. osa yjv 6 aptO^ôc. Le nombre est ainsi le principe de l'existence de tous les êtres. Voici donc Tordre : 1. Le voO; antérieur à l'être ; 2. L'être; 3. Le nombre contenu dans l'être ; 4. Les êtres engendré par l'être se mouvant selon le nombre, et, par suite, les nombres constitués avant les êtres'.

6 Id., id. Ficin traduit : « Essentialis virtus est actus quidam discursivus entis », et c'est par là qu'il engendre et multiplie.

nombre substantiel, nombre hypostase 4, le nombre en qui les êtres ont leur racine, leur base, leur principe2 ; car l'être a l'un pour principe et repose sur lui, tandis que l'un ne repose pas sur l'être : sinon, l'être serait un avant de participer à l'un ; c'est pourquoi le nombre est primitif : il est primitivement dans l'être, avec l'être, mais avant les êtres3. L'être est devenu nombre, parce qu'il avait en lui une sorte de préformation, de représentation des êtres 4. Le nombre est donc antérieur à eux : sans quoi leur nombre serait accidentel, au lieu que le nombre les précédant, leur nombre peut être rationnellement déterminé.

De plus l'un ne peut pas être placé au-dessous de l'être : autrement il ne serait plus simplement un et serait multiple, puisqu'il contiendrait et sa propre nature et la nature de l'être, un genre et sa différence5. L'un et le nombre sont donc antérieurs à l'être un, c'est-à-dire aux êtres, et c'est pour cela que la génération de toutes choses est soumise à la loi des nombres. On ne peut concevoir quelqu'objet que ce soit sans un, ou deux, ou un autre nombre : or on ne saurait prétendre que la chose sans laquelle on ne peut rien concevoir ni rien affirmer, n'existe d'aucune manière. Nous ne pouvons refuser l'existence à la chose sans l'existence de laquelle nous ne saurions rien affirmer. Ce qui est partout nécessaire pour parler et concevoir doit être antérieur à la parole et à la conception afin de concourir à leur production. Si de plus cette chose est nécessaire à l'existence de chaque être, car il n'y a point d'être qui ne soit un, — elle est antérieure à l'essence et l'engendre.

En résumé, il n'est pas impossible mais il n'est ni néces-

1 Enn., VI, C, 9. o-jcwor;;, vtzogtdc:, car le nombre monadique, cVst-àdire composé d'unités, n'en est que l'image, eîcu>)ov.

2 Id., id. pâcr.v 8e à'yec Ta ovra èv aOtfo xas tcy)YV xai f:*av **» "^P/V •' tous ces termes sont pythagoriciens.

3 Id., id. VI, 6, 9.

* Id., id. irapao-xeuY] yàp 81 oTov irpo; ira ovxa xa'. Troorj-axric. s Id., id., VI, 6, 10.

saire ni utile de faire du nombre une catégorie de l'être, qui, suivant le point de vue où on l'envisage, est plutôt ou principe, ou idée, c'est-à-dire une espèce.

La qualité, ni la relation, ni le lieu, ni le temps, ni l'agir, ni le pâtir, ni la possession, ni la situation, ne sont davantage des genres premiers.

La qualité est postérieure à l'essence; elle est l'accident d'un être déjà complètement existant, tandis que les genres premiers, comme actes internes et constitutifs de l'essence intelligible1 l'accompagnent toujours et nécessairement. Il n'y a pas de qualités dans le monde intelligible. Toutes les propriétés que possède l'être lui sont essentielles 2. M le mouvement ni le repos, ni l'identité ni la différence n'introduisent dans l'être une qualité; car ils ne sont ni un accident ni un complément de l'essence : ils sont chacun comme tous ensemble l'essence même, car ils se pénètrent, se compénètrent les uns les autres.

Il en est ainsi et à plus forte raison des autres catégories. Par sa nature même la relation, que Plotin comme Aristote 3 qualifie de 7iapacpuàç, implique dualité et composition : or les genres premiers sont simples et impliquent unité. Le lieu, qui a toujours rapport à ce qu'il contient, le temps mesure du mouvement, l'action et la passion qui dépendent du mouvement, la possession et la situation qui enveloppent toujours une relation, n'ont pas la simplicité qu'exige la notion de genre premier4.

Ni la matière ni la forme ne peuvent non plus être des ca-

1 Jl en est autrement des êtres sensibles et composés, où les propriétés naturelles et internes constituent des qualités, ou du moins y ressemblent ; mais les vraies qualités, môme dans cet ordre de choses, sont les propriétés qui ne naissent pas de l'essence même et lui sont extérieures, e£w6sv. Là, la quantité et la qualité constituent des genres, mais des gepres ou catégories dérivés.

2 Enn., VI, 2, 14. à ïyii (oùasa) o-jacwSï) £-/£tv.

3 Ethic. Nie, I, 6, 2.

« Enn., VI, 2, 16.

tégories de l'être : car elles sont l'une comme l'autre les principes, les éléments derniers de la substance i.

Mais le bien, le beau, les vertus, la science, la raison pure ne pourraient-ils pas être des genres premiers? Si par bien on entend le bien premier, absolu, la nature et l'essence du bien que l'on ne peut attribuer à aucune chose2, — car ce serait le confondre avec les choses auxquelles on le donnerait comme prédicat, — ce bien identique à l'un absolu n'est pas l'essence : il est antérieur à l'essence, au-dessus et au-delà de l'essence, oOxèv otWa... KphovaUç II. Il n'est genre de rien, yivoç oùSsvo-ç Si par bien on entend dans les choses la qualité qui les fait bonnes, nous avons vu que la qualité ne peut faire partie des genres premiers. Ce bien a des degrés : il n'exprime donc pas en toutes les choses qui le possèdent la même notion. Si on le confond avec l'acte par lequel l'être aspire à l'un, il n'est alors que la vie, le mouvement de l'être, qui fait partie des genres de l'être 3.

Quant au beau, si l'on entend par là la beauté première, y\ 7tpo)TY) xaXXovV],la beauté absolue, elle est le bien même. Si on la considère dans les choses intelligibles, dans leur forme, I8sa, puisqu'elle en est comme le rayonnement. Qiov.àiro<m'A6ov3 cette beauté est susceptible de degrés, variable dans sa nature et dérivée par essence, on uarepov à/roGTi'Xêi-iv.Si par beau, on entend l'essence même, -q ouata, nous en avons déjà la catégorie. Si on le considère dans l'impression qu'il nous cause, cet acte est un mouvement ou imprimé ou reçu, et rentre dans la catégorie du mouvement.

La science est le mouvement même, un acte et non une simple possession constante, eÇiç, ou habitude ; si on veut qu'elle soit un repos, elle rentre dans cette catégorie. Si enfin on la con-

1 Steinhart, Melct., p. 11 : « Généra enim ex agrégat i s specierum notionilms enasci et in species dividi monet.. Quare ncque inlîmas materise formœque notiones omni argumento destitutas, neque summas, omnia in se recipientes, ens etunum, gênera dicit. »

- E?in., VI, 2, 17. yaô'rj; o-j&sv xaT^yopetrai.

3 Emu, VI, 2, 17.

sidère comme un mélange du mouvement et du repos, elle est postérieure à l'un et à l'autre et ne saurait être genre premier.

Quant à la raison, 6 vou;, l'être pensant, ce n'est pas un genre distinct : c'est le tout qui les unit et les embrasse. Elle n'est donc pas genre en ce sens, c'est-à-dire quand on enveloppe dans son idée tous les genres dont elle se compose, avec lesquels elle existe, j^tx rivtwv. Si par la pensée on l'en abstrait, si on la considère à part, 'jnÀôv, alors elle est un genre comme nous l'avons vu, c'est un des éléments de la raison,

eU ysvo; Àauêav6tJ.£vov axoiyeîov aùxou.

Les vertus sont des actes de la raison, lui sont par conséquent postérieures, uWpa, soit qu'on les considère dans le genre qui les embrasse, soit dans ses espèces1.

Il n'y a donc, si l'on écarte l'essence, que quatre genres dans le monde intelligible, dans le monde de l'être réel. Mais s'ils sont genres, ils contiennent et produisent des espèces qui les divisent2. Comment les produisent-ils? d'où tirentils les différences spécifiques ? Du non être ? Comment le non être contribuerait-il à engendrer les espèces de l'être ? C'est donc de l'être que se tirent les différences spécifiques, c'està-dire pour chacun de ces quatre genres, les trois autres qui coexistent avec l'être et le constituent3. Dans cette division des genres en espèces, il faut bien maintenir l'existence réelle du genre en soi et se bien garder de ne le considérer comme réellement existant que dans ses espèces : ce qui réduirait le genre à n'être qu'un prédicat logique4. Le genre existe en même temps en lui-même et dans ses espèces.

» Enn., VI, 2, 18.

2 Id., VI, 2, 19. ylvY) ôy) ovxa xà xiiTapa taOta xai upana xaQ'a'JTO exaarov

3 Le mouvement développe; le repos lie; la différence sépare; l'identité unit : de Faction de ces intelligibles les uns sur les autres nait l'infinité 'des formes de l'être.

4 C'est la solution donnée par Plotin à la question des universaux, qui n'a donc pas été posée pour la première fois par Porphyre. L'animal en soi, le genre animal existe par lui-mèmp, et non pas seulement dans les diverses espèces d'animaux.

Il ne suffit pas de savoir que les espèces de chaque genre naissent de son mélange avec les trois autres, parce que ce sont des êtres1, il faut encore déterminer la nature du rapport de ces genres avec leurs espèces.

Examinons cette question en ce qui concerne l'être qui n'est pas encore raison2, c'est-à-dire la raison dans un état antérieur à celui que lui donnent les genres qui la constituent à son plein développement. Ses espèces sont les v6o< ou vôsç, c'est-à-dire les raisons individuelles ; car la vie est dans la raison, une vie surabondante, 7rÀefo)v, et qui nécessairement déborde et se multiplie. Or le rapport des espèces à leur genre est le même que le rapport des notions particulières à la science totale et générale qui les contient. La science totale est, non en acte mais en puissance, toutes les idées particulières et chaque idée particulière est en puissance toute la science. Le même rapport existe entre la raison universelle et les raisons ou esprits particuliers3. La raison universelle qui ne s'est pas particularisée 4, — et elle se particularise

1 Enn., VI, 2, 19. si 8y] ït, ovxwv, — r\\ oï xà yivr, xà xpia xà Xoiicà, ôY(Xovôxt èx xouxoov xai aexà xoûxwv upoffxtOspivœv xa\ <rjvova£o[iivcov (accouplés) xoù a[xa y tyvofjiévcov.

2 Enn., VI, 2, 19. [xr,™ vôuv elva-.. Kirchhoff supprime, à tort, je crois, (xr,7uto.

3 Enn., VI, 2, 20. âxâaxov; ôè xou; [iïv èv pipe: èx 7iâvxo)v TcXr(pw6Évxa:. Id., VI, 2, 22. efç os voOç xoù uoXXà wv xa\ xoO; 7ioXÀoùç voO; noiil. Id., VI, 7, 8. àXXà 7tSç (vouç) xai uoivxaç xou; xaQ'exaaxa voO; s/wv. La raison est aussi grande que la totalité des raisons particulières et même plus grande, xotfoûxo; oaoi 7tdcvTeç xoiï 7i>c!o)v. 7r?., VI. 6, 15. èv ôà xô> v<o, xoô'Stov voûç, wç jxèv (jiépY) ol voî Tiâvxe; xaô 'sxaaxov. Kirchner (p. 60) reproche à Zeller d'identifier les vôot avec les idées. Zeller dit en effet (t. V, p. 471 et 472), que Plotin considère le monde intelligible « als das Reich der wirkenden Kraefte: die platonischen Ideen verdichten sich ihm 'Plotin) aehnlich wie Philo, zu Geistern •>. Je crois qu'il faut distinguer. La raison est multiple et divisible à deux points de vue : si on la divise dans son extension, elle comprend tous les esprits pensants particuliers, ol vooi ; si on la divise dans sa compréhension, elle comprend toutes les idées, objets de la pensée et formes générales du pensable, Trivxx eî'S/]. La théorie des idées n'a pas, dans le système de Plotin, une fonction vraiment organique, et elle est obscure. On peut croire que c'est par respect qu'il n'a pas voulu l'écarter, non plus que celle du Xôyo;, qui n'entre pas davantage dans la doctrine.

4 Enn., VI, 2, 10. oùSèv è;pa7rxôfj.svov xtbv èv pipet, oOo'èvspyoOvxa rcepi oxioûv, î'va [JLiqti; voû; ytyvotxo.

en se portant et en agissant sur un objet particulier, — a un mode d'existence différent des raisons individuelles D'abord elle est antérieure aux raisons individuelles existant en acte ; les raisons individuelles ne doivent leur pleine existence qu'à la totalité des genres qui les engendrent. La raison universelle qui les domine toutes et est en elles toutes, est comme le chorège 1 des raisons individuelles, c'està-dire qu'elle leur fournit les notions générales qu'elle possède-; elle est leur puissance et les contient dans son universalité, tandis que celles-ci, à leur tour, tout individuelles qu'elles sont, enferment en elles-mêmes la raison universelle3. Le genre existe par soi et les individus existent chacun en lui-même; la seule différence consiste en ce que les raisons individuelles existent en puissance dans la raison universelle, et que les raisons individuelles ne sont ainsi qu'en puissance la raison universelle4.

Mais si la raison universelle considérée dans sa quantité produit comme espèces les esprits particuliers, considérée

1 Le chorège était chargé de fournir aux personnages du chœur le costume et la nourriture.

2 Ce sont les idées. La théorie des idées se présente ainsi occasionnellement et incomplètement à propos de la théorie des catégories.

3 C'est le rapport de l'universel à l'individuel qu'on peut considérer à un double point de vue : l'extension et la compréhension. Suivant le point de vue, on peut dire que l'universel enferme le particulier et que le particulier enferme l'universel. Enn., VI, 2, 20. âpi'rcepiéxecrGai aùxoù; èv uioi: tw SXw xai tov oaov toî; èv y.zpv.. Toute cette doctrine est péripatéticienne.

4 La raison ne produit pas seulement les raisons individuelles, mais aussi les âmes ; car la raison individuelle est numériquement une âme : c'est là la limite inférieure de sa puissance génératrice immédiate ; car elle ne peut plus être divisée en espèces. Enn., VI, 2, 21. xô 8'à'c-/aTOv eioo:, 6 \ir\ ûiatpaîxa'. el; efâïj, [J-âXXov aueipov... voOç p.èv o-Jv s-/s: -h pLeO'&auTOV 4*uX*iv> waT£ £v àpcOuuo eivai xoù <^u^y]v [i-eyp^ toû èa^axoij aux?);. Le voOç est une partie : l'âme une partie de partie : ïazi voO: fisv ô xo-.oOxoi iiipo:... <J/v-/r, 8s pipo; jiipou;. L'àme est une partie de la raison en tant qu'elle est l'acte de la raison. Toutes les fois que la raison agit en elle-même, ses œuvres sont les autres raisons; lorsqu'elle agit en sortant d'elle-même, son produit est l'àme. Quand l'àme agit comme genre, les autres âmes sont ses espèces : oxe [xèv yàp èv otjxw svepyeî, xà èvepvoûjteva oi aXXot voï, otë oï è£ aùxoO, tyvyrf ^u/^ §e èvepyoucs-/;; mç yévou; r, eî'Ôouç

xXXaî •l'j 7 ai toç et or,.

dans sa compréhension elle renferme en soi la totalité des choses pensables, les genres dérivés et les espèces, c'est-àdire toutes les idées pures, et le même rapport que nous avons établi tout à l'heure se maintient dans cette division nouvelle. Le genre en tant que genre est en puissance toutes les espèces qu'il contient sans être aucune d'elles en acte; les espèces sont en lui en acte ; mais les choses particulières, pour arriver à l'acte, doivent y être amenées par l'acte du genre qui remplit à leur égard le rôle de cause *.

Le problème de la philosophie est de rendre raison de l'existence et de la génération des choses particulières sans exception, de celles que nous découvrons nous-mêmes et de celles dont l'existence nous est démontrée par la raison2. Puisque la matière est stérile, puisque l'âme créatrice ne crée que conformément à des raisons, à des idées, puisque ces idées ne sont pas innées en elle, mais lui viennent de la raison, c'est au fond la raison qui, par l'intermédiaire des idées et de l'âme, crée les choses particulières3. Comment peut-elle le faire en demeurant en elle-même et sans sortir de son unité4? Ce qui revient à se demander comment des quatre genres de l'être, dérivent tous ceux qui en dérivent 5.

La raison se voit elle-même; cette conscience a nécessairement un objet sous peine d'être vide, et cet objet est multiple : nous l'avons vu.

La raison sait qu'elle est infinie et pluralité, ■koIwo'j;. Dans cette multitude d'essences distinctes et dont le nombre est

1 Enn., VI, 20. ôeï Sy] et'rap èvôpyôîa ecrovTat, cuov èv eiiSet, Tr,v àu'a-JToO (tou ysvouç) èvépys'.av a'ixîav yc'yvecrôa'..

2 Id., VI, 2, 21. uto; ouv... ta èv \iÉpv. ucusT... oùôsv irapa)>c:7ïEi u>v $-jp:'oxo|j.£v vOv vospbv k'pyov ov... ocra av Tt; sx XoyiT^oO Xâêot Èv zr, ç-jcts: ô'vxa. Ce sont les véritables idées, et'âtj, les types idéaux, les exemplaires intellibles des êtres particuliers.

3 Enn., III, 6, 19. Le mythe d'Hermès, tenant toujours prêt à l'acte l'organe de la génération, exprime que c'est la raison intelligible qui engendre les choses sensibles : tbv yevvôovxa Ta èv aÎTÔrjcrc: ôtjXoOvteç elvat tov voy(tov Xôyov,

4 7(7., VI, 2, 21. 7Tto; o-jv fj.svwv aOrbc Ev Xôyw xà sv afpsi tcq'.sî.

5 Id., VI, 2, 21. ta Xeyôfjiêva kyzt^;.

déterminé, comme dans le monde sensible, qu'elle voit dans son unité, qui naissent d'elle et qu'elle possède, il faut compter :

1. Les nombres considérés comme idées, forces véritables, pures, n'ayant pas de limite où s'arrête leur puissance, et par lesquelles la raison possède l'idée ou le genre secondaire du grand, xo [/iya.

2. Cette grandeur idéale se confond avec la beauté de l'essence, qui, enfermée et contenue dans la grandeur, en est comme la lumière et la splendeur.

La raison voit donc en elle-même germer et s'épanouir le genre de la qualité, to tcoiov, bien que la qualité, à la rigueur, n'appartient qu'au monde sensible ; car les qualités des êtres intelligibles ne sont que les actes de leur essence et se ramènent à cette essence.

3. Par la continuité de l'acte, apparaît ensuite la catégorie de la grandeur immobile.

4. Par la présence, dans la raison, de un, de deux, de trois se manifestent la grandeur à trois dimensions et tout le genre des quanta. Ce qui est du domaine de la nature, sans doute, n'est pas sans forme; mais ici la forme n'est pas étendue : elle est purement intelligible.

5. La combinaison du quantum et de la qualité donne naissance à la figure.

6. Le principe de la différence permettant de diviser le quantum et la qualité, la raison voit naître en elle les différences des figures et toutes les autres qualités.

7. Le principe de l'identité appliqué à la quantité donne naissance à l'idée d'égalité.

8. Le principe de la différence appliqué à la quantité donne l'inégalité dans le nombre et dans la grandeur, d'où proviennent les différentes espèces des nombres et des figures.

Tous ces genres dérivés, toutes les notions que forme aujourd'hui notre fonction intellectuelle par le raisonnement, sont contenus dans la raison, qui est vie intellectuelle

et acte parfait. La raison les possède intellectuellement par la pensée, mais par une pensée qui n'est pas discursive, qui n'est ni raisonnement ni réflexion, mais antérieure à l'un et à l'autre. Nous avons le droit de l'affirmer parce que ce n'est pas pour nous une chose étrangère et que nous soyons obligés de croire sur la foi d'autrui.

Comment connaîtrions-nous ce avec quoi nous n'aurions nul contact, et comment aurions-nous contact avec des choses étrangères à notre nature 1 ?

La raison possède les idées, Xôyoi, de tout ce dont il y a, des idées, et comme d'une part il y a des idées de toutes les choses et que les idées sont les choses mêmes, la raison possède toutes choses, toutes les espèces et formes, toutes les substances, qualités, grandeurs, dans leur réalité intelligible, dans leur existence vraie. Elle contient donc, en tant que vie intelligible, Svvouç Çovq, tous les êtres vivants qui sont nés en elle de tout temps et y subsistent éternellement, chacun avec leur essence individuelle, en sorte que ce monde intelligible est en même temps le vivant en soi, Çôov wavTeAè^ xat o Iffii Çooov, l'archétype universel de tout ce qui vit -.

Ainsi sont contenues dans la raison pure, indivisible et indivisante, àpépiaroc xat {x-/j [xep^wv, dans leur unité indivise, les choses que notre raison, qui divise, 6 pep&ov, conçoit à l'état séparé. Ce sont :

1. Du monde sensible tout ce qui est forme, sïor, : ainsi les qualités conformes à la nature, les quantités, les grandeurs, ies manières d'être, o^éaeic, les activités et passivités conformes à la nature, les mouvements et les repos soit

1 Enn., III, 7, G.

2 Enn., VI, 2, 21 ; V, 9, 9. xoapiDv 8yj toûôe o'vtoî Çgjo'j itçptsxTtxoû Çtowv àuâvTwv... èv v£) tô àp/étU7iov 7tâv sîvai xai xôa^ov vor(xôv toÛTOV tôv vovv elyau Toute vie est une sorte de pensée, nSLan Çwf, vô-^aî; uç. III, 8. 7. Tous les êtres sont des pensées, beuopiy.:. La vie la plus vraie est la vie par la pensée. La pensée vit, la pensée comme l'objet pensé. La pensée est le contenu de toute vie. Les éléments, le ciel, la terre, la mer, l'air et toutes leurs créatures ont, dans le monde intelligible, leur existence vraie. C'est pourquoi on l'appelle l'avToÇûov. VI, 6, 7 ; VI, 7, 11 et 1-2.

THÉORIE DES INTELLIGIBLES TJO.i

généraux soit particuliers, l'éternité, archétype du temps, mais non le temps même, le lieu intelligible dont les parties sont les unes dans les autres, et non l'espace matériel dont les parties s'excluent1.

Tout ce qui n'est pas forme ou qui est contraire à la nature n'a pas place dans le monde intelligible. Il n'y a donc pas d'idée des objets qui proviennent de la corruption, des choses nuisibles et désagréables, telles que la boue et les ordures. La raison ne les comprend parce qu'elle ne les contient pas2.

Il y a donc autant de types idéaux d'êtres qu'il y a d'espèces et d'êtres individuels 3 dans le inonde perçu par nos sens ou conçu par notre raison ; car il ne suffit pas que l'homme en soi existe pour expliquer l'individualité des êtres. Les différences individuelles ne s'expliquent que par la différence des Aôyoi, des idées. Le principe d'individualité n'est pas dans la matière qui est stérile. Ce principe est une idée, et en tant que telle, il fait partie du monde intelligible. Chaque individu a son idée, xou xa9 'exaaxdv èsxiv îSstx. Cette idée est dans l'âme universelle, en tant que système des raisons séminales, dont toute âme particulière émane; mais elle est aussi dans la raison en tant qu'idée pure. Il n'y a rien nulle part d'absolument identique, oùoàv Ttavr-rç xaùxov. Il n'y a point d'indiscernables ni dans le monde intelligible, ni dans la nature ni dans les œuvres de l'art humain. Il ne faut pas, en acceptant ce principe., craindre de poser un infini actuel dans le nombre des âmes et des raisons séminales. L'infini n'est pas partout méprisable, et d'ailleurs les périodes successives de la vie du monde, qui se répètent indéfiniment, écartent ce qu'il y aurait de contradictoire dans l'hypothèse d'une infinité actuelle 4.

1 Enn., V, 9, 10. xvti ôè '/pôvou a'kwv, 6 aï touo; èxeî \oeptb; zo aX).o èv a /.au).

5 'Enn., V, 9, 14.

3 Notion toute péripatéticienne. L'individu est la réalité vraie. Plotin ne dit pas que le genre est postérieur, mais il le laisse entendre. Il s*écarte ici, tacitement, mais considérablement de Platon.

* Enn., V, 7, 1.

N'y a-t-il pas d'autres idéaux que les idéaux du monde sensible, par exemple, des choses créées par Fart et la raison des hommes ?

Les idées du juste, et du beau peuvent sans doute être considérées comme le résultat d'une opération de notre raison discursive, d'une expérience en un mot. Mais notre raison discursive ne les aurait jamais découvertes, si la raison pure n'en possédait éternellement l'objet réel et immuable1.

Dans les arts d'imitation, peinture, sculpture, danse, mimique plastique, il n'y a d'idée que dans la mesure où intervient la raison. La musique, si elle se propose l'élément intelligible du rythme et de l'harmonie, peut avoir son idée.

La rhétorique, la stratégie, l'économie privée et sociale, la politique participent à l'intelligible, quand elles se proposent de réaliser l'idée du beau, chacune dans leur domaine respectif.

C'est ainsi qu'il y a une idée de l'état, de la santé, de la paix, de la guerre même. La géométrie est, par son objet même, de l'ordre de l'intelligible : à plus forte raison la philosophie qui vise à connaître l'être, l'être vrai, l'être intelligible. Au monde intelligible appartiennent encore l'idée d'homme et de tous les arts qu'il crée par la raison pure. Il y a donc non seulement des idées des individus, mais des idées des espèces. Les universaux appartiennent au inonde intelligible. Pour être créés par l'esprit humain ces universaux n'ont pas une existence purement logique et abstraite. Ils existent dans la raison universelle, dont la raison humaine est une partie, et c'est là qu'ils ont leur hypostase. C'est ainsi qu'il y a deux hommes et même trois : L'homme idéal, l'idée de l'homme, 6 àvOpwTio; xarà. t/)v îosav2, qui n'existe

1 Enn., V, 1, II. 4*UX^ T*jÇ XoyiÇofiivvjç usp\ ôtxaîcov xx\ v.xâwv xa\ Xoyta- [xoO ^toOvto; et xoûxo ôtxatov xai ec xoOxo xxXbv, àvâyxyj sîvxt xat saxto; xi ôtxatov àcp'oû xa\ ôXoycaixb:; TC£p\ ^UX0V y-vexx:... ôsî [AT] xàv Xoy:^6[J.svov, xXX'xî't eyovxa xb ôtxaiov voOv èv r^tv eivai.

* Enn., VI, 5, 6.

que dans le monde intelligible, où il est unique; l'homme qui a voulu s'individualiser, se séparer, être autre qu'il était, mais est cependant resté uni à l'homme intelligible et demeure illuminé par lui ; enfin l'homme sensible, qui s'est séparé, autant qu'il l'a pu, du monde intelligible.

Il n'y a pas d'idée de l'âme humaine, parce que les âmes ne sont pas des images d'âmes qui en seraient les archétypes. Les âmes et les raisons des hommes sont des idées, auxo^u/^ , aÙTôvouç. Il n'y a entre les âmes pas de différence d'essence : il n'y a que des différences de degré. Elles appartiennent toutes au monde intelligible par leur essence *.

Les idées sont dans la raison; mais elles sont aussi dans l'âme. Seulement, au lieu d'y être toutes ensemble, otxoo, comme dans la raison, elles y sont comme déroulées, développées, séparées 2 et de plus elles y sont obscures. Notre raison particulière, qui possède aussi les idées, les voit mieux quand elle les voit dans la raison universelle dont elle n'est pas séparée, puisqu'elle en procède 3, parce que là elle a conscience qu'elle les voit 4.

Ce n'est que dans le monde sensible et phénoménal, où, par le contact des formes avec la matière, est produit l'être composé, que se développe dans leur signification habituelle et spéciale, le système des catégories, à aucune desquelles, pas même à la catégorie de la substance, ne peut être appliqué, si ce n'est dans un sens impropre et par pure homonymie5, le système des genres premiers de l'être, qui sont des

1 Enn., V, 9, 14.

2 Id., I, 1, 8.

Les Catégories du monde sensible.

intelligibles purs; car il doit y avoir entre les catégories de ces deux mondes les mêmes différences qu'entre les êtres mêmes auxquels elles se rapportent : or ils diffèrent comme la réalité diffère de l'apparence. Il y a cependant entre ces deux systèmes de catégories des analogies qu'il ne faut pas exagérer, mais qu'il ne faut pas méconnaître et qui justifient l'identité du nom par lequel on les désigne , mais qui ne justifient pas Terreur de ceux qui vont jusqu'à les confondre.

Tout d'abord, comme dans l'intelligible, il faut reconnaître dans le monde sensible, plusieurs genres que l'on observe et distingue par les méthodes de l'analyse et de l'induction, facultés de la raison discursive1 ; car en remarquant ce qu'il y a de commun entre plusieurs êtres sensibles, on en peut former un groupe un et l'on peut procéder ainsi jusqu'à ce qu'on en ait réduit le nombre et obtenu les espèces contenant les individus et les genres contenant les espèces ; il ne servirait à rien en effet de les ramenertous à un seul genre, où ils seraient confondus. En opérant ainsi on serait tenté d'adopter les mêmes divisions que pour les catégories intelligibles ou du moins des divisions analogues 2. On aurait alors : 1° la matière correspondant au genre de l'être ou de l'essence ; 2° la forme, qui lui donne la vie et correspondrait au mouvement intelligible; 3° l'inertie, où* £x<rra<nv, qui ferait pendant au repos; 4° l'identité; 5° la différence ; car il y a dans le monde sensible des identités et des différences ou plutôt des ressemblances et des dissemblances3. Mais il faut renoncer à cette

1 II aurait donc été plus méthodique d'exposer cette théorie dans l'analyse de la raison discursive. Mais on aurait rompu par cette disposition le lien visible, l'analogie et le parallélisme que Plotin a manifestement voulu maintenir entre les deux systèmes de catégories, malgré leurs différences essentielles, et l'on n'aurait pas tenu compte de l'effort, bien qu'insuffisant et incomplet, qu'il a tenté pour déduire les unes des autres.

- Enn., VI, 3, 2. oiàtl oï oùx àvà Xoyov sî xa\ p.r\ Taùxà, r, SîGtt'pefrtç.

3 Enn., VI, 3, 2. oucty); xav' êvTaOôa ixtpô^io; 7ioXXf,; xai à.\o[i.o:.o-.r-o;

classification commune, parce que dans le monde sensible la matière, tout en étant quelque chose de commun à tous les êtres, n'est pas un genre, et elle n'est pas un genre parce qu'elle n'est pas susceptible de différences et ne peut par con • séquent se diviser en espèces. Ni l'air ni le feu ne sont des espèces de la matière : ce sont des éléments, ce qui est très différent, et si l'on voulait confondre l'élément avec le genre, on arriverait à ne plus admettre qu'un seul élément. En outre la forme n'est pas la vie et l'acte propres de la matière; elle vient à la matière du dehors et n'appartient pas à son essence. Elle ne peut pas constituer le genre de la substance, soit qu'on la considère comme ajoutée à la matière, parce qu'alors tout en établissant un principe de division, elle n'embrasse pas toute forme substantielle; soit qu'on la considère comme le principe créateur de la substance, comme la forme substantielle : ce qui ne nous tirepas d'embarras sur la notion vraie de la substance. Le mouvement n'est pas moins extérieur à la matière, et la forme, au lieu d'être mouvement, détermine, fixe et pour ainsi dire immobilise la matière. Enfin, comment la matière qui se plie à toutes les grandeurs et à toutes les figures sensibles, impuissante à rien créer par elle-même, pourrait-elle avoir une réelle analogie avec le repos vivant et fécond de l'être?

Il faut donc chercher une autre classification. Nous reconnaissons dans les êtres sensibles la matière et la forme; mais ni l'une ni l'autre, séparément, ne constitue le genre de la substance, puisqu'elles sont les deux facteurs nécessaires l'un à l'autre pour former l'être sensible. Le mieux est donc de considérer comme genre de la substance le composé de ces deux éléments, c'est-à-dire le corps, auquel on peut, dans un certain sens, donner le nom de substance et dont on peut faire un genre 1 .

1 Enn., VI, 3, 3. Ta [/.sv xp:a eîç sv s-jpo|jLSv xc.vôv tt, xr^ èvtaOOa o[au>vv|j.ov o-jcriav. Mais il en résulte alors que ni la matière ni la forme ne sont substantiels.

Cette substance reçoit des déterminations; de ces déterminations les unes ne servent que d'attributs : ce sont des déterminations subjectives qui ne sont pas dans la chose même1. Par exemple si un chœur est composé de six personnes, c'est une détermination objective de quantité, une détermination réelle; mais si dans une multitude d'hommes j'en compte six, ce nombre est purement subjectif: il n'existe que dans mon esprit qui les compte, et toutes les idées subjectives sont des idées relatives2, et toutes les idées relatives qui ne sont pas contenues dans les idées de propriété essentielle ou de mouvement sont subjectives. Si une chose en produit une autre, ce mouvement actif est réel; mais si on transforme l'acte dans les idées relatives de cause et d'effet, c'est une notion purement subjective.

Les autres déterminations de ce genre sont des attributs et aussi des accidents, cru^êeêYixdxa. De ces accidents les uns sont dans les choses ou substances; les autres sont ce en quoi sont les choses; ceux-ci en sont les actes ou les états passifs qui sont des mouvements; ceux-là en sont les états concomitants3.

Quant aux déterminations de la substance qui ne peuvent

1 Enn., VI, 3, 3. ta (xèv xaTY]yopo\V£va fxôvov.

2 Id., id. Ta ôe xaTY)yopoufX£va (xôvov èv xà> upô: w ixv eitq, otov otîriov eIvx'., (Txot^eïov eïvat.

3 Id., VI, 3, 3. sort Syj Ttptotov outco;.

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