‹ Histoire de la psychologie des Grecs (volume 5)Chapitre 37 sur 43 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Nous avons vu que le beau et le bien inséparables entr'eux, se confondent dans l'un et sont Dieu même. Mais lorsque la raison humaine cherche à se rendre compte de ce que sont ces deux intelligibles en eux-mêmes et que pour les mieux connaître elle les sépare, elle les fait descendre de leur essence absolue, pour les faire entrer dans la région du relatif, où elle les trouve cependant encore liés par plus d'un rapport1. Elle les considère comme idées, comme éléments intégrants du monde intelligible.

Même quand on les identifie avec Dieu ou l'un , on doit poser comme premier le bien, en tant que source et principe, et seulement au second rang, le beau2; à plus forte raison, quand nous voulons les distinguer, faut-il adopter cet ordre. Alors nous voyons que le beau est comme un rayonnement que le bien projette devant luimême, de sa splendeur3, en sorte que quoique postérieur

1 Les anciens et Plotin comme eux n'ont jamais nettement distingué l'idée du beau de celle du bien.

- Id., I, 6, 9. èv tÔ) a'JTÔ) to àya6bv xa. xaVo.v OrjaExa'., u)r,v i.pùxov àya6ov, I|ïjç oi xaXôv. C'est une correction de Wyttenbach que je crois, avec Creuzer, nécessaire, quoique Kirchoff n'ait pas cru devoir l'adopter. La leçon des Mss. donne rçX-rjv èxeï xb xaXçy, qui ne me paraît avoir aucun bon sens.

; I, G, 9. ty,v tg-j àyaGoO Ttpoësé/oijivûv tô xaVov itpb aÛTÏjç e'/ouaav.

Leibniz : Dieu est tout aimable ; la beauté est un épanchement de ses rayons.

en dignité il se présente le premier à nous, à la raison, quand nous ne considérons les choses que d'une conception imparfaite et confuse1. Le beau nous apparaît alors comme la raison; c'est dans la raison, c'est-à-dire dans les idées, filles et essence de la raison, que réside la beauté de toutes les formes. Le beau intelligible est le lieu des formes; le monde des formes est le monde de la beauté2. Pour arriver à cette conception de la beauté intelligible, il faut gravir une longue série de degrés 3.

C'est par les deux sens de la vue et de l'ouïe, mais principalement par le sens de la vue que nous acquérons les premières perceptions de la beauté. Nous la reconnaissons dans les choses sensibles à plusieurs caractères subjectifs : elle provoque les regards, elle nous attire et nous ravit comme violemment à elle; sa vue seule nous remplit d'une jouissance délicieuse : elle nous cause une impression mêlée de délectation profonde et douce, de souffrance, d'une sorte d'étonnement, de désir et d'amour4. A son premier aspect, nous en avons la sensation; l'âme se jette pour ainsi dire au-devant d'elle, en reconnaît la présence, en devine la nature, l'aime et se met en harmonie avec elle5. Nous reconnaissons le laid aux impressions contraires : en sa présence, l'âme se resserre, se dérobe, se détourne, a le sentiment d'une dés-

1 Enn., I. G, 9. 6Xocr/;peî Xoyw, crasse et confusa descriptionc rationis.

2 Id., I, G, 9. <xrr,<T£t xb xâXXo; xoOxo elvai tàç îofa:... xb jjlsv vqyjt&v xaXov

XOV XO)V EtOGOV CpYj(7£t XOITOV,

3 Id., I, G, 9. v)|si cvaëaîvoov. Ficin en trouve six :

Page 1