‹ Histoire de la psychologie des Grecs (volume 5)Chapitre 4 sur 43 · III · texte numérisé non relu

III

4 Enn., V, 3, 11. eaxiv êv Sevxipa TctÇei.

5 Enn., III, 8, 10. 6 p.ev yàp voû; xoû àyaôoO, xb ô'xyaôbv où Ssîxai

£X£iVOU.

d'étudier et de connaître le reste des choses, nous devons d'abord chercher à connaître ce qui en nous cherche et connaît1. La psychologie est le centre, le foyer de la philosophie, parce que la connaissance de l'âme est la condition de la connaissance des deux mondes dont elle est la limite, entre lesquels elle est intermédiaire, le monde des choses dont elle est le principe, c'est-à-dire le devenir et le phénomène, et le monde des êtres véritables, des Idées, de l'Un, qui est son principe à elle-même 2. C'est un précepte divin qui nous prescrit de nous connaître nous-même, de connaître notre âme en qui ces deux mondes se pénètrent et s'unissent en une seule vie. Non seulement l'âme est comme le point central de la série des êtres, mais elle est répandue partout; elle est présente en toutes les choses et dans le Tout3. Rien ne peut exister ni s'expliquer que par elle; il n'y a aucune chose qui ne participe d'elle4. Ce qu'on appelle la nature est une âme5. Les animaux et les végétaux participent à la vie, à l'âme, à la raison même6. Toute vie est une pensée7. Tout se porte avec désir vers la connaissance. L'âme est la matière de la raison et la raison la forme de l'âme8. L'animal est une idée9. La matière elle-même est une forme, une raison, une idée, quoique la dernière des idées et des formes10. Le temps est

1 Enn., IV, 3, 1. Çiqxetv ie xà aXXa xa\ evpeïv (3ouX6[X£voc, Stxaiwç *av xb Çy;tojv xi noie èax'i xouxo ÇqxoOfxev.

2 Id., IV, 3, 1. <i>v xe àp/jQ êaxi xat àcp'wv èoxu

3 Id., IV, A, 1.

4 Id., I, 8, 14. oùôsv èdxtv 0 a(j.oipôv ètxi <^\j^yjç.

5 Id., III, 8, 3. y) XsyoïJiévr, cpûcrt; *kr/*i oicra. La physique est la science de l'esprit dans la nature (III, 8, 1, 7). Si d'un côté la nature est opposée à l'esprit, de l'autre elle porte en soi des traces de l'esprit : elle en est une image. On y reconnait l'être, la causalité, la finalité, la bonté, la beauté, l'ordre, l'harmonie, l'unité enfin. Elle aspire même à la pensée. Id., II, 9, 16. Celui qui ne sait pas voir la beauté dans la nature ne la verra pas dans le monde idéal, dont elle est l'image.

e Id., III, 2, 7.

" Id., III, 8, 7. Tî-ï-ra £wy] vôrj<rtç. Leibn., Corresp. avec Arnaud, p. 636 : « Les phénomènes ne sont que des pensées ».

8 Id., V, 1, 3. voO uXyj <|/ux^.

9 Id., VI, 7, 9.

l» Id., V, 6, 7; II, 7, 1; II, 8, 1.

la vie de l'âme considérée dans le mouvement1 qui la fait passer constamment d'une forme d'existence à une autre. C'est cette activité transitive qui crée la succession, résultat de la procession de l'âme. Qu'est-ce que l'espace? Ce n'est pas la matière en soi, mais la matière déjà limitée; et qu'estce qui la limite, si ce n'est l'idée qui est dans l'âme? L'espace comme le temps est un résultat de la procession de l'âme 2. L'astre est une manifestation de la raison, la terre a une âme qui sans appareil sensoriel voit et entend 3. Dans la pierre une vie palpité, une âme sommeille4. L'action est une pensée et a pour fin la pensée5; le désir est une pensée; l'être est pensée; la pensée est l'être même6. La vie réelle, la vie vraie et parfaite consiste dans la nature pensante; toutes les autres formes de la vie sont inférieures et imparfaites. La vertu comme le bonheur consistent dans la pensée7. L'Un lui-même, le bien absolu, quoiqu'élevé audessus de l'être, de la vie et de la pensée, est rattaché à 1 ame comme la cause est unie à son effet. Le monde est dans l'âme, l'âme est dans la raison, la raison est dans l'Un qui n'est qu'en lui-même, mais qui est lié à la raison comme le père est lié à son fils; car tout être parfait et complet engendre, par une nécessité de son essence, un produit semblable à lui-même, quoiqu'inférieur. Lorsque Plotin pose ce principe qu'il n'était pas possible, qu'il n'était pas conforme à la loi souveraine des choses que l'Un restât seul8, il est clair qu'il le tirait de l'analyse psychologique de l'âme humaine, des intimes profondeurs de la conscience qui crie à l'homme qu'il n'est pas bon pour lui d'être seul. L'hypothèse

1 Id., III, 7, 12.

2 Enn., III, 7, 16 et 17. èv upoôôw çavTrâffew;.

3 Id., IV, 4, 26.

4 Id., IV, 4, 27.

5 Id., III, 8, 5. àvexafx^îv rj repaies si; 6swp:av.

6 Id., I, 4, 10. 'tb aùtb vosîv xai elva:.

7 Id., I, 4, 3. to eùSaipicveïv... r\ xeXsca Çoùy)... èv s/si'vy] xrj vospa çu<7£:. I, 2. 6. èv 6ewp:a wv voO- e^sc.

8 Enn., IV, 8, 6. 8eï (ay| ev piovov etvai.

même d'une existence antéterre stre est également fondée sur une observation psychologique , et Plotin le reconnaît luimême : « Parfois, dit-il, je m "éveille et sors pour ainsi dire de mon corps1; je reviens à moi-même et me séparant de tout le reste, regardant au dedans de moi, j'y vois une beauté merveilleuse, je me sens devenir un avec le divin, et lorsque de l'intuition immédiate de cette vie commune avec le divin2, je redescends à la réflexion, à l'observation raisonnée des phénomènes, je me demande comment je suis venu ici, comment mon âme est entrée dans ce corps.. .. et je ne vois d'autre réponse que d'admettre une existence antéterrestre de l'âme3. » Nous sommes donc en présence d'un idéalisme, d'un intellectualisme absolu.

La philosophie de Plotin est éminemment une psychologie, c'est-à-dire une théorie de l'âme considérée dans toutes ses fonctions, dans toutes ses relations à l'être, à la vie, à la pensée, à la perfection, à Dieu ; il est du moins admis par tous les critiques que la science de l'âme est le principe et la fin de la philosophie. Le lien intime qu'ont entr'elles les parties de la philosophie, surtout dans le système de l'unité absolue, nous obligeront sans doute de pénétrer dans toutes ; mais dès à présent nous sommes autorisés à commencer par la psychologie, qui, si elle n'absorbe pas la science entière, en est certainement l'élément le plus considérable et le commencement nécessaire 4.

1 Enn., IV, 8, 1. êyeipofisvoç stç sfiauTov ex xoO Gw^oao; ; car la vie corporelle est un rêve.

2 Id., 1. L. tt,v Iv Toi 6e:o) cracriv.

3 M. Vacherot (Hist. de l'École d'Alex., t. I, p. 385) dit bien la même chose : « La science de l'être n'est pour l'àme humaine que la conscience de sa propre nature. La psychologie se confond à une certaine profondeur avec l'ontologie ». Mais il n'a pas, dans son analyse critique, appliqué ce principe, sur lequel d'ailleurs tout le monde s'accorde. Steinhart [Mélet. Plot., p. 16) : « Nihil vero magis Plotinum occupavit, quarn ut animas naturam investigaret et exquireret ». Kirchner (die Philos, d. Plotin, p. 172). « Le point central, dans toute la hiérarchie des choses, est formé par l'àme, dans laquelle se touchent les idées et le phénomène, l'Un et la matière ». Zeller (t. V, p. 511). « Ihm nur daran gelegen ist, die Seelischen Kraefte im Sinnlichen zu erkennen ».

4 Ce n'est pas seulement dans Plotin que la psychologie prend cette

Longin en juge ainsi; car dans la lettre à Porphyre où il le prie de lui procurer des textes exacts et fidèles des ouvrages de Plotin, ce sont les traités de l'âme et de l'être qu'il réclame le plus instamment. On ne peut pas non plus considérer comme absolument insignifiant et négligeable dans la question le fait que la collection de Porphyre s'ouvre précisément par un livre qui traite de l'existence de l'âme et de la distinction de l'âme et du corps1, c'est-à-dire par un traité de psychologie, où Plotin analyse la nature de l'être vivant en général et de l'homme en particulier.

Dans le résumé sommaire de ce livre nous allons trouver l'énumération de presque toutes les questions psychologiques, ladivisionde la matière que nous avons à traiter et l'ordre dans lequel les parties doivent se succéder et s'enchaîner logiquement Nous constatons en nous, dit Plotin, des phénomènes de diverse nature; des phénomènes de nature émotionnelle, de caractère affectif : ce qui prouve déjà que nous avons une âme, puisque l'expérience nous atteste que les corps, en tant

place prédominante, c'est dans toute l'école néo-platonicienne. La théologie d'Iamblique et de Proclus, sous ses formes métaphysiques ou mythologiques, n'expose que les rapports de l'être, de la raison et de la vie, ov, voûç, Çwrç. L'un des ouvrages les plus importants d'Iamblique est un traité Sur l'Ame, cité par Priscien (Solutiones, Op. Plot., ed. Didot, p. 551) : « Iamblichusque de Anima scribens », et par Simplicius {de An., 67, b. m.) : 'I^Slr/y èv -cîj \o:% rap\ ù'jyj.z upaynatsia. Stob., Ed., I, p. 790. On connaît le mot de Proclus (in Alcib., ed. Cous'., t. II, p. 2) : « La connaissance de soi-même est le principe de la philosophie de Platon », et pour Proclus, Platon, c'est l'École même et le système de Plotin. Quant à Porphyre, qui suit fidèlement les traces de son maitre, les plus considérables et les plus nombreux de ses ouvrages sont des ouvrages de psychologie. On cite de lui (Suid., V) : i. Cinq livres, mp\ ^jyr,ç; 2. Un mémoire à Boéthus le péripatéticien sur l'immortalité de l'àme; 3. Un mémoire contre Aristote pour réfuter la définition de l'àme comme une entéléchie; A. Un traité Des Facultés de Vâme (Stob., Ed., I, 24, p. 826) ; 5. Un traité Du libre arbitre, icept toO !cp'r)U'.v (Stob., Ed., II, 366); 6. Un traité De la Sensation (Nemes., de Nat. hom., p. 80); 7. Un traité, cité par S. Augustin (de Civ. D.. X. 29), sous le titre : De Regressu a?iimœ. En outre, de nombreux problèmes de psychologie étaient discutés dans les Mélanges du même auteur (Sufj.y'.y.xà Ç<]T7)[xotTa, Nemes., De Nat. hom., p. 60; . « Pour Lo.i-in, Y. Porph., V. Plot., 19.

que corps, sont incapables d'éprouver ces sensations. Puisque nous observons en nous ces faits, il est clair que nous avons la faculté de les observer, d'en prendre connaissance : nous avons donc la conscience de tout ce système de faits psychologiques sensibles, <7uvafoÔ7)<Tiç. Mais non seulement nous sentons, de plus nous pensons et nous connaissons que nous pensons. Nos pensées, dont nous avons conscience, sont de deux sortes : les unes discursives; les autres intuitives; nous avons donc, unis à notre âme, un entendement discursif, 8ixvoia3 et une raison pure, vou,-. Mais penser, c'est être, c'est l'être même. Donc nous sommes1. Cette conscience qui constate et observe en nous une vie affective et une vie intellectuelle, la pensée et l'être, reconnaît que le caractère commun des faits par lesquels se manifeste la vie complexe de l'âme, que leur marque essentielle est l'unité2; mais elle remarque qu'en nous, cette unité est imparfaite, dans la vie comme dans la pensée. Toute vie, toute pensée tend à l'organisation , et l'organisation tend à l'unité par la coordination ou la subordination des parties3; elles y aspirent, donc elles ne la possèdent pas et sentent qu'elles ne la possèdent pas. Dans le monde sensible comme dans le monde intelligible nous apercevons que l'acte de l'âme et l'acte de la raison ne sont pas parfaitement uns, et qu'ils le sont dans une certaine mesure. Pour amener la multiplicité, qui se manifeste ainsi partout, à une sorte d'unité même imparfaite, il faut évidemment un principe supérieur, directeur, /op^yôv 4, . qui non seulement possède l'unité, mais soit l'unité même, et qui, de plus, par sa nature

* Enn., i, 1, 1.

2 Enn., IV, 4, 18; VI, 9, 1. Conf. Arist., Met., VIII, 3, 1043, b. 26. « L'unité, c'est l'être. »

3 Id., II, 3, 5. « Les organes de l'être vivant sont faits pour le tout qu'ils constituent. » Id., II, 3, 7. « Dans un être animé par un principe unique et un, on peut juger d'une partie par une autre partie, parce que tout y est coordonné, <rjvra$'.: ^c'a. » Conf. id., II, 3, 17.

4 Id., IV, 7, 3. otl apa xt etva: to '/opoyôv TÎjç Çwrjç. II, 3, 7. [j.i'av àpx^v h 7toXu s&ov 7i9*.r,<7ai xai ex rcâvTtov ev.

et suivant une loi universelle , engendre un autre être semblable à lui-même, par conséquent un, mais inférieur et par conséquent d'une unité moins parfaite l.

Nous avons dans ce résumé de la doctrine une indication suffisante encore qu'incomplète des parties constituantes de la philosophie de Plotin et de l'ordre dans lequel elles peuvent naturellement se succéder dans l'exposition. Cet ordre est d'ailleurs conforme aux principes méthodologiques de Plotin. C'est dans la science du premier principe, dit-il, que la philosophie s'achève2. Pour arriver à ce principe, il faut donc suivre une sorte de méthode ascendante, avay^y? nç, qui fait monter l'esprit des choses inférieures, à™ tôv xàxw, aux choses supérieures3. C'est cet ordre que nous allons suivre, aussi rigoureusement que possible, sans nous astreindre cependant à ne jamais nous en détourner, quand la clarté de l'analyse nous paraîtra l'exiger.

Nous exposerons donc, après quelques considérations préliminaires sur la philosophie en général, dans une première partie, la théorie de l'âme;— dans une seconde, la théorie des facultés de l'âme capable de connaître ; — dans une troisième, la théorie de la raison intuitive; — dans la quatrième, la théorie de l'Un en nous et hors de nous, et nous rattacherons à cette partie les théories du beau et de l'art, du bien et des vertus, la théorie du bonheur et celles de la volonté, de la liberté et de la providence.

La philosophie est née du désir de savoir; elle est une science. Cette science a pour objets, comme la dialectique qu'elle embrasse, les principes, les formes, les espèces, les

1 Id., V, 1, 7. Set itw; eïvai èxeîvo to y£vva)[j.svov y.a\ aîroato^eiv tzoWol aùxo-j xa\ eîvou 6fj.otÔTY]Toc atpbç ocjtq... tÉ>elov ovxa yevvàv eôsi xa\ [iy\ ôuvajjuv oucav TO<ra\JTr(v ayovov etvat... àXX'sXaTtov ôv eîoto).ov elva: aùxoO. On ne conçoit la puissance que comme la puissance de créer, d'engendrer.

2 Id., V, 1, 1. Id., I, 3, 1. 7tcpvi xîj? ôcvaywyîi;.

3 Id., I, 3, 1. Il y a, il est vrai, « une seconde marche de la science, y] nropsia Sitttq, une marche descendante, qui part du premier principe; mais elle n'est bonne que pour ceux qui sont déjà arrivés au sommet

de la science. »

procédés, les instruments et les règles de la connaissance1. Elle étudie les mouvements et opérations de l'âme, non seulement en tant que principe de la vie, mais encore en tant que principe de connaissance; elle constate ce que Famé, en tant que raison, pose et ce qu'elle nie, ce qu'elle pose par le fait même qu'elle nie une autre chose; elle analyse les jugements d'identité et de contradiction que la raison forme par une intuition semblable à l'acte de la sensation2. Mais de plus elle se propose de connaître les choses mêmes, les êtres réels et vrais, les intelligibles, le bien ou Dieu qui est audessus de la pensée et de l'être. Elle étend en outre ses investigations sur la nature des choses et sur les mœurs des hommes3. La dialectique qui en est la partie la plus considérable est la torme de la raison, gfo, qui ne se contente pas d'avoir une opinion sur les choses; mais elle s'efforce, par une méthode rationnelle, de connaître l'essence de chaque être, sa différence et ses rapports de ressemblance avec les autres, le lieu qu'il occupe, s'il existe réellement, et dans ce cas quelles sont ses propriétés, de déterminer le nombre des êtres véritables et de ceux qu'on peut appeler non êtres, parce qu'ils diffèrent des êtres. Par la méthode de division, empruntée à Platon, elle distingue les idées, définit les choses, détermine les premiers genres des êtres; tantôt lie en une synthèse rationnelle les notions ainsi obtenues; tantôt au contraire les dissout par l'analyse4. Enfin elle contient, mais comme un art pratique, et aussi subordonné que l'écriture est subordonnée à la pensée, la logique, qui enseigne à manier les propositions et les syllogismes, par conséquent une théorie de l'erreur et de la vérité, vraie nourriture de l'âme 5.

1 opyava, xavoveç.

2 Enn., I, 3, 5. xai eî exepa r) taÙTa irpoffçspc^ivwv wcrrcsp xcù yj afoOïjffi; èifigâXXouaa. La phrase est obscure.

3 Id., I, 3, 5. 7tepi to ôv... io irepi sTisxsiva toO ovtoç... irspi cpuaôw;... irîp\ r/Jwv bxra'jraç ÔîwpoOaa.

4 Id., I, 3, i. xy. sx to'jtwv voîpw; tïXsxoOctoc... xai àvcxTiaXiv àvaVjova-a.

5 Enn., I, 3, 4. èv-râ) Xeyo^évw àXvjOeîa; rcçSiw iy)v Tps?£t« Nous avons

De tous ces objets que la philosophie a la prétention de rechercher et de parvenir à connaître d'une connaissance scientifique et non conjecturale1, il n'en est pas qui mérite mieux d'être étudié et connu que l'âme2, et cela par beaucoup de raisons, mais surtout parce que c'est l'âme qui se pose tous ces problèmes et a l'ardent désir d'en trouver la solution. Il est donc nécessaire et conforme à la raison, eu- Xdyw;, avant de poursuivre aucune autre connaissance, de chercher à connaître la nature et l'essence de la puissance même de connaître. La connaissance de l'âme offre à celui qui l'a pu acquérir le spectacle le plus intéressant et le plus beau; car c'est lui-même qu'il connaît ainsi, puisque l'âme est l'élément essentiel de la nature humaine, l'homme vrai. La connaissance de soi-même c'est la connaissance de la nature de la pensée et du sujet pensant3; car en nous pensant nous-même, nous voyons assurément une nature pensante, ou alors nous serions dans l'erreur en affirmant que nous pensons4. Or quoi de plus beau que la pensée et plus digne d'être connu? Mais la connaissance de nous même nous mène plus loin et plus haut. Comme nous l'avons déjà dit, l*âme est placée à la limite et, au point de contact des deux mondes, et la connaissance de l'âme nous permet de comprendre l'un et l'autre; car elle les renferme tous deux en soi. Elle nous ouvre l'intelligence de la nature et de la vie dont elle est le principe, et d'un autre côté, en se connaissant elle-même, l'âme ne pourra srempêcher de demander d'où elle vient, et finira par le connaître5.

La philosophie est ainsi la plus noble et la plus précieuse

là, sans appareil technologique, une division de la matière philosophique.

1 Id., I, 3, l. iiziGTr^ri où 8ô£x... Xoyw. Id., I, 3, 5. oow.

2 Id., IV, 3, 1. mp\ xivoç yàp av v.ç fxàXXov... eùXôya); av ôtaxpiëoi r\ 7uep\ TauxY]:.

3 Id., IV, 3. 1.

^ Id., III, 9, 3.

5 Enn., VI, 9, 7. à 8è txaOwv êambvj eîôr,<rei xx'i ôicoôev.

des sciences : elle n'est pas la seule. Il en est d'autres inférieures, imparfaites et d'autant plus imparfaites qu'on veut les aborder sans le secours de la philosophie. Certaines lui servent d'initiation, d'introduction, comme les mathématiques, qui habituent l'esprit à penser les choses intelligibles et à concevoir une certitude ultra-sensible; d'autres en font partie, parce qu'elles la complètent et l'aident à réaliser sa fin, comme la théorie des arts et du beau. Il y a même un mouvement de l'âme qui paraît étranger au premier abord à la philosophie, mais qui, au contraire, bien dirigé, doit y être rapporté et y conduire : c'est l'amour, qui est toujours l'amour du beau et du bien, et est comme une aile puissante qui aide l'âme à s'envoler vers sa patrie céleste1.

1 Etin., I, 3, 3. yt.xY.eX [3dcûc7tIov tyjv avu uopecav.

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