‹ Histoire de la psychologie des Grecs (volume 5)Chapitre 6 sur 43 · LE CORPS · texte numérisé non relu

LE CORPS

Mais nous, nous mêmes, que sommes-nous? Sommes-nous tout entier cette âme que nous venons d'apprendre à connaître, et à ce titre sommes-nous, chacun de nous est-il immortel?

Ou bien sommes-nous quelque chose de différent de notre âme, et alors mourons-nous tout entier ? Ou enfin une partie de nous-même est-elle destinée à être dissoute et détruite, et l'autre, qui serait proprement, fcupi&TaTov. nous, qui serait vraiment nous-mêmes, ansp èstiv aùrd;, demeure-t-elle immortelle ?

L'homme n'est pas un être simple, a7r>.oî5v n ; il a une âme, sans doute ; nous ne pouvons expliquer que par l'action d'un tel principe en nous les faits sensibles, intellectuels et moraux dont notre conscience atteste la réalité; mais la conscience nous atteste également que les fonctions de cette âme: sont gênées dans leurs actes ; qu'elles ne s'accomplissent pas avec la perfection qui semble conforme à sa nature. Ni la vie sensible, ni la pensée, ni l'activité morale ne sont parfaites en nous. Notre pensée est sujette à l'erreur; notre activité morale au péché; notre être sensible à la souffrance. A quoi tiennent ces imperfections d'une nature que nous devions nous attendre à trouver parfaite? A plusieurs causes que nous pouvons énumérer d'avance, sauf à n'insister que sur l'une d'elles. D'abord si l'âme n'est pas créée, engendrée, elle

n'en a pas moins une origine, et ce fait qu'elle a une origine peut expliquer les imperfections dont elle souffre; en second lieu, dans cette vie du moins, Famé est unie à une seconde espèce d'âme, aXXo '\>u/?\; el^o; *, à une âme inférieure et sans raison qu'on appelle une habitude passive, e£i; TrotfvjxtxY, 2, et qui constitue la nature de l'être vivant, Ç<6ou cpu^iç 3 ; c'est le sujet des états passifs de cet être, xb xà niby\ eyov ; enfin nous avons un corps qui a, avec notre âme, des rapports à déterminer, et dont la présence et l'influence nous sont attestées par le même acte de conscience qui nous a fait reconnaître en nous deux forces, l'une qui commande et veut gouverner, l'autre qui obéit, mais parfois résiste. C'est cette dernière que nous appelons corps. L'opposition de ces deux forces, leur antagonisme, révèle leur différence4.

Remarquons cependant, avant d'entrer dans aucun dévement, qu'il y a une partie de l'âme dans laquelle est le corps et qui le fait vivre par sa présence : c'est la puissance ou force naturelle et génératrice, et une autre, sa puissance supérieure et principale dans laquelle il n'y a aucun corps 5. On peut dire d'une façon générale que les puissances de l'âme ne sont pas présentes au corps : il n'y a que celles dont le corps a besoin qui lui sont présentes, sans avoir leur fondement6 ni dans les organes particuliers ni dans le tout du corps 7. Ainsi pour la sensation, la puissance psychique de sentir est, comme il est nécessaire, présente tout entière à l'organe qui sent tout entier, c'est-à-dire au cerveau8. Mais maintenant, qu'est-ce que le corps ?lacorporéité,7] 5a>(xaTor»jç93

i Enn., I, 1, Il s id., Il, 3, 9

3 id., I, 1, 7.

4 Id., IV, 7, 8. èvavxicoor'.v Xoyov irpb; èuiO'J^ta;

5 Enn., II, 3, 9... 11

6 eviSpuOivTa.

7 Nous verrons même que cest tout le contraire qui a lieu : c est le corps qui est fondé et comme construit dans les puissances de l'aine. Enn., IV. 7, 4.

8 Enn., IV, 3, 21 et 22.

9 Ce n'est ras encore ce que Boerhaave appelait la vitalité.

n'est pas, comme le disent les péripatéticiens, le composé de toutes les qualités réunies à la matière : c'est une raison, une sorte de raison, de forme, existant dans la matière et qui en est comme la vie et la perfection1. Il ne faut pas entendre par le mot raison simplement une notion logique destinée, en tant que définition, à exprimer l'essence de la chose, mais une notion active, une idée-force, qui, enveloppant et possédant toutes les qualités, en s'approchant de la matière, crée le corps2. Cette raison ne contient pas de matière, mais s'applique à la matière3. En tant que raison, elle découle nécessairement de la Raison, 6 Nou,-; car la Raison déborde pour ainsi dire toujours, épanche toujours de sa plénitude exubérante, et tout ce qui émane d'elle est raison, jusqu'à ce que la raison ait pénétré dans tous les êtres4. Cette raison étant une forme est naturellement considérée comme étrangère, par son essence, à la matière, encore qu'en fait elle en soit inséparable5.

Le corps est en réalité une forme, mais non une forme pure ; pour ces sortes de formes il faut bien un lieu, un réceptacle. La notion de corps enveloppe ainsi celle de la matière. En effet, le corps se présente à l'observation sensible comme une étendue, une masse, oyxoç, par conséquent une grandeur. Mais la quantité, comme la qualité, est elle-même une forme, car elle est une mesure et un nombre6. Pour la constitution du corps il faut, outre la grandeur et les propriétés de la grandeur, il faut une masse, ou étendue; car les formes des corps sont dans des étendues; elles ne se produisent pas

1 Enn., II, 7, 13. eîôoç u, Xoyo? tiç èyysvofAevo; TÎj -uXy). VI, 3, i. to elâoç O'Jov Çtor,v tiva xat Tckiwciv xr,z uXyjç.

2 Id., IV, 7, 3. ô Àciyo? £[iTTcpi}.a6à)v ïyt'> toc; icoiÔTYjTa; cciziGaç... ec \i-f\ eotiv aXXto; â>a7tep op'.<7[j.b; SyjXiotcxoç tou tc sari to 7:pay[xa, à)Xà Xoyo; itoccov 7rp5y(j.a... npoaeXO&v noieX to c&y.oi.

3 Id., IV, 7, 3. (j.r, Tr.v vîbjv ffUjJWcepieiXYjqpsvai, à XX à 7rsp\ uXyîv elvat.

4 Id., III, 2, 2. aet àicopoe? ew; av r) uapcov èv to;ç oôat voOç.

5 Id., II, 7, 3.

6 Enn., II, 4-, 8. oùoà to (j.èv tigiov, to 8e tzogov oùx ëïSoç, xoc\ ^sTpov xai stpttyfcà; ov... ôîooç r, Ttocrorr): . II, 4, 9. (ôl3oç) to uoaov.

dans l'étendue même, qui est aussi une forme, mais dans le sujet qui a reçu l'étendue. Toute forme suppose un sujet, un substrat, uTroxe^evov, qui la reçoive, et quinereçoit sa détermination que par une différence de forme. Ce substrat, c'est ce que l'on appelle la matière, qui, par la définition même, est indéterminée par essence, incapable de demeurer en soi. mais apte et portée à recevoir toutes les formes, et qui, par cette docilité même, se prête à toute génération et à toute multiplicité. Puisque l'étendue est une forme, la matière est donc susceptible de recevoir l'étendue, c'est-à-dire la propriété par laquelle les parties d'une chose sontlocalement distinctes les unes des autres; car ce n'est pas d'elle-même que la matière en soi peut prendre cette détermination : indifférente et ét rangère à toute détermination, elle ne peut recevoir que d'un autre la détermination de l'étendue1. Avec l'étendue elle reçoit toutes les propriétés de l'étendue, et par là. elle en devient l'image, si bien qu'on la confond souvent avec l'étendue même et qu'une matière sans étendue paraît, quoiqu'il tort, un mot vide de sens. Mais puisque la matière en soi ne reçoit que d'un autre même la forme de l'étendue, quel peut être cet autre si ce n'est le principe de toutes les formes, autrement dit l'âme2? En soi la matière n'existe pas, pj elvai ; elle est incorporelle et impassible, àiraôéç ; elle n'est ni âme, ni

1 Enn., II, <£, 1. oca<7Tr)[AaToç laxt os/T'.xr,... tyjv 8s (vXyjv) aitXto; (la matière on soi et non la matière de tel corps) 8sî xai xoûxo (xb [xsysOoç) uxp' a XX ou sxecy.

2 Comme tous les idéalistes, comme Descartes, Plotin ne peut rendre compte de la matière considérée comme étendue. La matière dont le corps est la synthèse avec la forme est incorporelle en soi, inétendue en soi, àcrojixaxoç (II, 4, 12). Elle n'est rien de réel, d'actuel : elle est simplement la possibilité de l'être, un faible reflet, une ombre, une défaillance du spirituel, gyJ.cl Xoyou xoci k'y.-jixwai; àjmopo; (III, 6, 7), sîowXov xoù -<pccvxa<7[xa oyxou xoù vToaxâasa); sçsfftç (le désir de l'être, qui ne peut appartenir qu'au non-être, et qu'un non-être absolu ne peut pourtant pas posséder) oOaa 8s ax:a. VI, 3, 7. wpb xo-jxwv (les sensibles) rôaav, uarspov oh. itoXXoov sîva: (les idées)... àjrjôpbv xb eïvat k'-/o'jaav xat t(xxo\ rt xà ècp'eauxri:. Elle a moins d'être encore que les choses qui en sont formées. Mais qu'est-ce alors que le corps, composé d'une forme intelligible et d'une matière qui, au fond, est une ombre de l'intelligible,

raison, ni vie, ni forme, ni limite, ni force, ni corps ' elle est l'indétermination pure, l'indifférence pure, l'indéfinition pure,

à-Tretpta, àopistia 1 .

Comment pouvons-nous concevoir cette espèce de non-être, ou d'être sans qualité ni quantité? par un état mental correspondant à son objet, c'est-à-dire par une indétermination du sujet pensant analogue à celle de l'objet pensé : car le semblable est connu par le semblable2. La pensée qui cherche à saisir la matière est donc une pensée bâtarde, vague, indéterminée. Cet état psychique n'est pas une pensée proprement dite, où vov^'.; : c'est presque l'absence de pensée, avota. La notion de la matière ne nous est pas donnée par la conscience comme celles de l'âme et du corps même: elle est découverte par la raison, voî»? eupfoxsi3. Car c'est une loi de la raison de chercher toujours le simple, d'arriver à ce qui ne peut plus se décomposer. Pour atteindre à cette fin de sa nature, la raison analyse toutes les notions qu'elle acquiert, et pousse cette analyse, ne s'arrête dans cette décomposition que lorsqu'elle est descendue au dernier fond des choses, à leur élément ultime.

C'est ainsi que trouvant les corps toujours doubles et composés, toujours avec une forme et une autre chose, elle pose, après une analyse poussée aussi loin que possible, cet autre élément où elle s'est arrêtée, ce fond, cette profondeur, pàôoç, et l'appelle matière4, entend antpar là ce qui reste quand,

c'est-à-dire un intelligible obscurci? Nous touchons ici à l'intellectualisme pur : la matière, et, à plus forte raison, le corps n'est qu'un degré, le plus bas sans doute, mais un degré de la forme, c'est-à-dire forme encore. Tout est esprit, idée. Que reste-t-il de la matière, si on lui enlève même l'étendue?

1 Enn., III, 6, 7.

2 Id., II, 4, 9. e'c yàp to op.otov toi o[j.o:w xai tû àopÎTTw to àôpiorov.

3 Id., II, 4, 5. oùoé tioii yàp avsu fxopç?,:, à).X'às\ oaov a&y.a- ctvvôstov jjiy)v oiim; xa\ vou: eôps'dxei to gittov outo; yàp ô'.atpet, è'co; av eîç àuXoOv r\^r\, ULYjxéxt a-jtb àvxÀÛETQa'. ouvâ^s^ov.

4 Enn., I, 8, 14 Dans tous les êtres, il y a ainsi une matière et une^ âme : ïaxiv o3v èv rcolç, o-jotiv dXr), ecxti oà xai ^UX*1- Mais il y a dans cette conception de la matière quelque chose de contradictoire. Dans le sys-

par la pensée, on supprime dans les choses la raison et la forme. Nous pouvons bien penser laforme et la raison des choses, en tant que telles, à part ; nous pouvons bien les abstraire mentalement de la matière, même lorsque la forme est réellement inséparable de la matière, parce que l'esprit trouve là un élément identique à lui-même, qui est comme la lumière des choses. Mais quand il veut penser l'autre élément, il le conçoit, il est vrai, puisqu'il est indissolubement uni au premier 1 ; mais il ne lui apparaît que comme quelque chose de ténébreux, cxoTeivov, de différent de la lumière et comme son contraire. C'est ainsi que l'œil, qui est en quelque sorte lumière, cherche et voit la lumière et les couleurs qui sont lumière, mais ne perçoit le reste, c'est-à-dire ce que recouvrent et cachent les couleurs, que comme obscurité et ténèbres2.

La transformation des éléments les uns dans les autres démontre à la raison qu'il doit y avoir quelque autre chose que ces éléments mêmes, qui demeure et où se puisse accomplir ce mouvement de transformation : sans quoi il aboutirait à un anéantissement absolu, cpOopx. De plus ce qui devient ne passe pas du non-être à l'être ;tout devenir, tout changement n'est que le passage d'une forme à une autre II faut donc qu'il y ait quelque chose qui demeure, [Asvet, qui puisse recevoir une forme nouvelle en perdant l'autre. La destruction n'atteint jamais que le composé : elle ne fait que séparer une forme d'une matière L'induction, sTraytoy^, nous prouve que ce qui a été détruit en tant que décomposable était un composé, que le corps donc, outie sa forme, contient une matière.

tème, c'est l'àme qui crée la matière, et, d'un autre côté, Plotin nous montre la matière préexistant ou au moins coexistant à l'àme. Car l'àme est possédée du désir de sortir d'elle-même et d'entrer dans une matière, et ce désir u'aurait pas pu se réaliser, l'àme n'aurait pu venir dans la matière s'il n'y avait eu quelque chose d'actuellement existant pour la recevoir, où yàp av f(X6e tw \ir\ uâpovT-..

1 Enn., II, 7, 3.

2 Id., II, 4, 5.

La méthode d'analyse conduit au même résultat : la coupe d'or fondue nous donne une matière, l'or; l'or fondu nous en donne une autre, l'eau. Mais là ne s'arrête pas l'analyse, et surtout le principe d'analogie, to àv-iXoyov, réclame que l'eau, disparue par un procédé quelconque, laisse un résidu quelconque, c'est-à-dire une matière, etainsi de suitejusqu'àce qu'on arrive àla matière première, 7rpa)T7iuX-ri. Toute multiplicité sort de l'unité ; la diversité des matières corporelles doit donc sortir d'une matière première commune à tous les corps1. Les dernières matières auxquelles l'analyse réduit les corps sont les éléments ; mais les éléments ou sont forme, ce qui est impossible; car comment concevoir une niasse ou une grandeur sans matière; ou ils Font la matière première, ce qui n'est pas moins inconcevable, puisque les éléments se transforment les uns dans les autres et ainsi se détruisent, cpOsiperat yàp 2. Ils sont donc composés ; ils sont ainsi composés d'une forme, qui pour eux est la qualité et la figure, et d'un substrat indéterminé, qui, puisqu'il n'est pas forme, est nécessairement ce que nous appelons matière. Aucun élément n'est donc premier. Le Premier, dans l'ordre du dévenir, est ce qui est absolument indéterminable, parfaitement simple3, toujours prêt, dans les corps et les choses du dévenir, à passer d'une forme à une autre, mais qui ne peut y

1 C'est par cette conception d'ordre tout métaphysique que les philosophes alexandrins, particulièrement Iamblique, s'il est l'auteur du traité intitulé :Be Mysteriis JEgyptiorum, et Proclus arrivèrent à construire une sorte de théorie de la chimie. M. Berthelot (Introd. à l'Étude de la chimie des anciens, Paris, Steinheil, 1889), dit à ce sujet : « Ils ont développé spécialement la conception de la matière première des métaux, autrement dite : mercure des philosophes, et ils l'ont associée à celle des quatre élémeuts. Ces théories sont exposées avec une grande clarté dans le traité de Synésius, et d'une façon plus complète et plus érudite dans celui d'Olympiodore. Ces doctrines conduisaient à comprendre et à admettre la possibilité des transmutations métalliques. Elles sont d'autant plus dignes d'intérêt qu'elles ont été le point de départ des conceptions des alchimistes du moyen-âge, lesquelles ont dominé la science chimique jusqu'à la fin du xvine siècle. »

2 Enn., II, 4, 6.

3 Id., II, 4, 3.

passer et devenir matière en acte que par l'intervention d'un acte, et de l'acte absolu l.

Nous avons vu que la notion, la représentation de la matière qu'on peut appeler intelligible, voTjTij, parce qu'elle ne nous est pas fournie par les sens, est comme une pensée négative, avota, état psychologique qu'il ne faudrait pas confondre avec l'entière cessation de la pensée. Quand l'âme ne pense pas, elle n'affirme rien et même elle n'éprouve rien, Àsyet [j/rfih, [j.aXXov oï nia/v. oùosv; quand l'âme conçoit la matière, elle éprouve quelque, chose, viv/v. ^yJ)o;: cette impression est pour ainsi dire l'impression de l'informe, olov rurtov àixopcpov. Il y a donc dans cette représentation ténébreuse un côté positif comme un côté négatif-. Quand l'âme se représente les objets qui ont forme et grandeur, elle les conçoit comme composés et pense en eux distincts les deux éléments unis et le tout entier qui les réunit. La représentation et, si les objets sont présents, la sensation est claire et vive. Mais la notion du substrat informe est obscure, parce qu'il n'est •pas forme. L'âme le pense sans le penser 3, vosi où vooucx Cet -état est pour elle pénible, parce que, par son essence, elle a horreur de l'indéterminé, du vide ; elle craint de sortir de Tordre des êtres, de se plonger dans le non-être, et alors cé-

1 Id., II, 4, 3. r] oï xcov ysvo[ji£vtov uXr) ae\ àV/.o >.a\ àV/.c sloo: Vayet. Les choses éternelles ont aussi une matière, mais qui, au contraire des choses phénoménales, est toujours la même, -r, aùrr„ tocùtov àext (Conf., III, 4, 1). L'analyse, en effet, s'applique aux choses intelligibles comme aux choses sensibles, et trouve, par conséquent, dans chacun de ces deux mondes, une matière différente seulement comme les formes qui s'y appliquent. La matière des choses intelligibles, en recevant la forme qni la détermine, reçoit une vie intellectuelle et déterminée, les idées; mais la matière des choses sensibles, tout en devenant quelque chose de déterminé, (op-.Tjjévov rt, ne devient pas pour cela immédiatement vivante et pensante; c'est encore un cadavre, quoique revêtu d'une sorte de beauté, vs/.pov xsxocr[AY;[jisvov. La forme sensible n'étant ellemême qu'une image, £Îow),ov, son substrat, la matière, à plus forte raison, est une image encore plus obscure, II, 4, 5.

2 Enn., II, 4, 9. èv xaT«<pâ<rei tivt, On rencontre très fréquemment chez Plotin l'affirmation des contradictoires, par exemple ; III, 4, 4. rA^tn-:^ crôv xoù 70 cpuny.bv où 7iapôv, et II, 4, 10 et 13. voît où vooOoa.

3 Id., II, 4, 10.

dant à un instinct de sa nature, elle impose à la matière, dans la représentation qu'elle s'en fait, une forme qu'elle n'a pas et ne saurait avoir l.

On peut donc dire que la matière existe 2, puisqu'elle est pensée par une pensée obscure, sans doute, mais sous un rapport positive. Ce qu'on ne peut pas dire, c'est que la corporéité appartienne à la matière; car la corporéité dont l'étendue est la condition première en diffère par cela même. Lorsque la corporéité a déjà modifié la matière, celle-ci n'est plus pure et simple : elle est devenue un corps 3. Dira-t-on que la privation de toute forme est déjà une qualité ? Mais la qualité est positive et la privation négation pure. Ce qui caractérise en propre, cSiott,?, la matière, c'est de n'avoir ni qualité ni forme, et cette propriété consiste précisément à devenir autre chose et toutes les autres choses, &v c/éasi vft ^tpoç toc àÀAa. Le seul nom qui convienne à la matière c'est aAXo, l'autre, ou plutôt aXXa, les autres, parce que le singulier est encore trop déterminatif : le pluriel marque mieux l'indétermination, tw aAAoc to àop'.cxov IvBsiq) 4.

Ainsi le corps composé de matière et de forme est postérieur à l'une comme à l'autre. La première forme qu'il reçoit est l'étendue, to ûtacrr^a, qui lui est nécessaire pour pouvoir prendre d'autres formes. Ainsi les animaux et les végétaux ne peuvent posséder la qualité que s'ils possèdent déjà la quantité : ou plutôt ces deux formes se conditionnent et sont simultanément données à la matière5. Si l'on dit que la grandeur préexiste à la forme qualitative, c'est qu'involontairement on pense à une matière seconde, à la matière relative, et non à la matière de l'étendue même, uàyj gyxou.

1 Ici., II. 4, 10. 7] ty\)y}\ eùQéto; è7tsêa),£ zo £Ïoo;tcov 7cpayptaTwv aux?), àXyoOo-a

T« ttOpiOTb) OlOV 906(0 -coO ï%lù TtOV OVTCOV elvaS XCCl O'JK àvaCT/O [X£VY) EV Ziù [AY) DVTl £7I'.7IOÂU £TTC<va'..

2 On pourrait dire aussi qu'elle n'existe pas, puisque l'àme, pour la penser, lui impose une l'orme quelle n'a pas.

3 Em.t II, 4, 17.

4 Ici., II, 4, 13.

5 Ici., II, 4, 11. 6p.oO io yiyvzrjïïx: oyxov xa\ tyjv àXXrjv TïOioTvjTa ôl^aôa:.

De quelque façon qu'on la considère comme donnée à la matière, soit simultanément à la qualité soit postérieurement, l'étendue est une forme, une idée, une raison, )6yoç. Or les formes et les raisons ne sont et ne peuvent être que dans une âme1; elles sont dans l'âme ce que les Idées sont dans la Raison, 6 Nouç2, c'est-à-dire des essences et des puissances ; car il n'y a pas d'essences sans puissance, 8uvau».;,sans force ; ni de forces sans essence 3. Dans la Raison, la puissance est substance et essence ; dans l'âme les raisons émanées de la Raison sont également des puissances, des forces, mais moins énergiques, moins actives, àpofyal Suvxkasiç, des raisons affaiblies. Ce sont ces raisons, dites composées parce qu'elles sont en même temps essences et forces, c'est le système de ces raisons qui par leur acte produit un autre composé, la Nature, qui par suite de son origine agit et aspire à la forme 4.

La Nature, cpustç, est ainsi le principe actif qui tend à réaliser l'essence dans la matière, et quand elle réalise cette essence dans des corps inorganiques, elle prend le nom d'habitude, EÇtç, état de possession habituel et constant5. La matière est le réceptacle de l'habitude, O^ooo/y] ëçewç. L"s;t; est ainsi la puissance qui produit par elle-même ce dont elle est la puissance, c'est-à-dire qui produit spontanément son acte6. Elle donne à la matière la limite, rb Tiipa;, qui conduit et pousse toutes les choses de la nature à leur acte et à leur perfection. Elles sont sans raisonnement ; mais leur état est celui que leur aurait donné un principe agissant avec raisonnement7. En coordonnant les diverses parties de l'étendue

1 Id., II, 4, 12. Xoyot 8s irepi ^"J/r,v.

2 Enn., VI, 4, 9.

3 La force est inséparable de la substance, Leibnitz.

4 Enn., II, 4, 3. Xôyoi guvQstgi v.où èvepyeîat oï suvOstov icoioOas rf,v svepy:>Ci<7av et; eïoo; cpuaiv.

5 Id., II, 4, 16. Les Stoïciens réservaient le num de cp-jcj-.; à la force interne qui anime les végétaux et implique l'idée de la génération et de la croissance.

6 Id., II, 5, 2.

7 Id., Il, 4, 16. o yàp wesuxev eï? êvlpveiav xat TsXesaxriv ayet (tq rcepaç).

que cette puissance a produite, elle en fait quelque chose d'un comme elle-même, et partant quelque chose de bon. C'est par elle que les corps inorganiques participent de la forme1.

Cet ordre, Srixa^ç, est conforme à la raison, sans être l'effet d'un raisonnement, et il est aussi parfait qu'il pourrait l'être s'il était produitpar une raison consciente de ses actes. Ce principe actif de la Nature est une âme qui par les raisons qu'elle contient et qu'elle irradie, comme un flambeau irradie ses rayons, forme le corps en illuminant la matière, où elle se reflète comme dans un miroir2. L'être inorganique participe donc au bien, parce qu'il participe de la Raison, 6 Nou,-, et qu'il est suspendu à l'âme qui est elle-même suspendue à la Raison3.

Tel est donc le corps ; sans doute la corporéité n'est pas encore la vitalité, quoiqu'elle en soit la condition d'existence. Le corps vivant est quelque chose de plus qu'une matière étendue, limitée, dont les parties sont coordonnées et ramenées à l'unité. La matière même déterminée par la forme et susceptible d'augmentation et de diminution ne possède pas encore par cela même la vie, telle que nous la voyons, par exemple, dans le corps humain ; mais elle en possède une trace et comme un commencement. Déjà dans la transformation de la matière en étendue limitée et mesurée, nous saisissons des effets que nous ne pouvons attribuer qu'à une force rationnelle qui a l'instinct de l'ordre et du bien et qui les dépose dans son produit comme une trace d'ellemême. Ces raisons ne sont pas des conceptions mortes, sans vie et sans mouvement, a^ot4 : ce sont au contraire des

Id., III, 2, 1-4. avsu Xoy.ffy.oO elva;, ouxu) ok elvoa u>; eî', ti; à'piaxa 0'Jva:xo Xoy'.<j[j.(o -/pr,<70a'..

1 Id., 1, 7, 2. (xà a^j'i'x) ïyv. oî v. aùxoû (du bien) tù ev ttco; xoù t<o ov tîw; exoktcqv eïvat xai {lexi^ci 6è xai eîoou:.

* Enn., I, 8, A.

3 Id., I, 7, 2. xà jùv à^j/a rcpb; tyvyyp... ty'J/ù Sè npoç aùxo (le bien) 3'.à v o 0.

* Id., VI, 7, 5.

Chaignet. — Psychologie. 7

raisons agissantes, génératrices, productrices, des forces internes, commes les germes des végétaux et les spermes des animaux, qui ne sont pas mues du dehors comme par des leviers ou d'autres appareils mécaniques ; elles produisent par elles-mêmes ce dont elles ont la puissance, et conformément à la raison. C'est pour cela que d'après l'analogie de ce qui se passe en nous, nous attribuons tous ces actes à une âme que nous considérons comme le système vivant de ces raisons créatrices 4. Il faut donc reconnaître une âme dans le minéral, et jusque dans la terre, l'eau, le feu, l'air. C'est par le travail caché, l'activité interne de cette force psychique, à la fois vie et raison, Wh Myoç, où la vie et la raisonne font qu'un 2, ev xûu taÙTov afjicpa), que s'explique la formation des montagnes et des pierres que contient la terre, qui vivent et qui croissent tant qu'elles sont dans son sein3. Toute matière qui a reçu une forme est en quelque sorte, déjà, un être vivant, Çwgv. Tous les corps, même ceux que nous appelons sans âme, oùx su-j/uya, ont une âme, puisqu'ils ont une vie. Pourquoi ne les considérons-nous pas comme des êtres animés ? Parce que l'âme ne s'y manifeste pas complètement et sensiblement, parce que la substance de ces corps, fluide ou divisée, n'offre pas de masse permanente, et ne découvre pas la puissance qui est en eux. Ainsi la chair paraît animée ; mais le sang, aux dépens duquel elle se forme, semble privé de la présence de l'âme, parce qu'il ne manifeste pas de sensibilité, n'offre aucune consistance, et se sépare trop facilement de l'âme qui le vivifie. Il en est ainsi des éléments, de la terre, qui est l'astre central du monde, et de tous les corps qu'elle contient, engendre, nourrit et accroît4. Si tous ces corps ont une âme et ne sont même corps que

1 Enn., VI, 7, 5.

2 Id., VI, 7, 11.

3 Id. VI, 7, II. X.'Ocov toîvov aC£rj<TEt: xai niiez'.; xai optbv àva<puo{j.ivwv evSov [AopcpwcjE'.; uavico; Ttou Xôyou èfi^u^ov ô/)[xioupyoOvTo; erôoOev v.y.':

CÎ'SoTCOtoOvTOÇ.

4 Id., VI, 7, 11.

parce qu'ils ont une âme, quelle espèce d'âme peuvent-ils avoir? Si l'on ne regarde qu'à ses productions, c'est sans doute une âme ou puissance végétative, r\ -{Wf^vA^, sur laquelle repose tout le règne végétal1. Cette puissance ne paraît pas constituer une force individuelle, séparée, propre à chaque corps produit. La généralité de son activité, en ce qui concerne les corps célestes comme les corps terrestres, nous autorise à la rattacher à une puissance générale, à une âme universelle végétative, -rcav cpuTi/.ov. Le corps de l'homme luimême n'est pas l'œuvre de son âme propre et individuelle. La cause génératrice des corps agit d'une façon universelle et doit être une âme universelle, ou l'Ame de l'Univers et du Tout ; cette âme universelle ne communique la vie qu'aux choses qui ne vivent pas par elles-mêmes, et la vie qu'elle leur communique est semblable à la sienne, c'est-à-dire qu'elle est une image de la Raison. La Nature est proprement une partie de l'Ame universelle, sa sœur pour mieux dire, le dernier degré delà raison et de l'âme, en qui se trouve la puissance génératrice, la puissance des germes et des semences. On peut établir une distinction; la Nature, en tant qu'elle possède une ombre de la raison, donne la vie même; l'Ame universelle ne donne que la forme étendue et visible2, une raison morte, incapable de donner à l'être la force d'engendrer, de créer un autre être, tandis que la Nature, ou la raison douée de la vie. crée dans son produit, outre la forme visible, la même puissance qu'elle possède, c'est-à-dire la puissance de créer un être vivant comme elle3. La vie accompagne et suit l'âme comme la lumière accompagne et suit le

1 Enn., IV, i, 27.

2 Enn., IV, 3, 10; III, 8, 1. ô usv o\jv Xoyo; à xatà Tr,v p.opçr,v rr,v opomlvfjV Eff^aTOç, y,oy) xai vexpbç xa\ oùxÉTt 7to'.£;.v ôûva-ac à/Xov.

3 Enn., III, 8, 1. 6 ôè Ç(or,v éybiv, 6 toû 7toir,a-avTo; xr\\ aop<pr,v (Xoyo;), aoeXçbç tîîv /.a', ctjiô; ty|> auTYjv 6uvap.iv qwv noizï èv tô yB\o[iè\(à. Au lieu d'àoôXçôç, on trouve (III, 8, 3) pour désigner le rapport de la nature à l'àme universelle, un autre terme : La nature déclare posséder les mêmes instincts et les mêmes états que l'àme universelle, sa mère : xat poc tx Trj; pUQTpb; xcù Ttov yeivaplvcov urcap^e: tcccQo;.

flambeau *. L'Ame universelle ne produit que les corps inorganiques2; la Nature crée des corps organisés.

L'une et l'autre, malgré cette différence, ont des caractères communs : simples en leur essence, en tant que formes3, produisant suivant les formes 4 qu'elles reçoivent et ne peuvent recevoir que de la Raison, leur activité est sans volonté, sans conscience ni réflexion, sans mouvement qui en modifie l'essence.

La Nature elle-même demeure tout entière et toujours ce qu'elle est5. Dernier degré de l'âme, bien qu'ayant en elle une raison qui l'illumine, elle ne sait pas, elle ne connaît pas : son acte se borne à produire, sans volonté ni choix. Ce principe de création naturelle, xb tto-.ouv oustxwç, n'est pas une pensée , vd^tn;, ni même une sensation telle que la vue , opacjiç6. Et cependant la Nature qu'on dit sans représentation et sans raison, àœàvTasTov *ac aAoyov, possède au moins en elle-même une vision des choses, ôecoptav, et ce qu'elle crée elle le crée par cette vision que sous un certain rapport elle ne possède pas 7. La Nature est une raison qui crée une autre raison et qui en donnant quelque chose d'elle-même au substrat qui la reçoit, demeure ce qu'elle est, iasvovtoe kùxôv, et reste elle-même. Les êtres organisés et vivants sont le produit des raisons déposées dans la Naturelles corps inorganiques sont le produit des raisons déposées dans cette partie de l'Ame universelle qu'on appelle sa;8.

1 Enn., I, 1, 10.

- Elle ne nous représente que le système des forces mécaniques, physiques et chimiques. La nature possède la force vitale.

3 Enn., IV, 2, 1. à(iepv); xai oL\iip:Gzo;.

4 Id., II, 3, 17. xax'etÔY] 7:0:0:. Cela implique l'invariabilité des

espèces.

5 Id., III, 8, 2. Tr,; çyffewç... xr,v o'jvajjLtv... rcaerav [xéveiv.

e Id., IV, 13. ^'J*/^ sa^axov ov... oOsv ovôè oïôe, [xov&v oè tzoiîÎ... aTzpoa:psTw;. Id., II, 3, 17. oùvapu; tpstcxixy) xr;ç uXyjç oùx s'.ô'JÎa.

7 Id., III, 8, 1. 6ewpj'av x; èv aviT/j ï-/s: xa: à itoisî Si à Ostopiav rcotîï, Sjv oùx ïyz: xac ttco;.

8 Enn., III, 8, 2. -cou; Xoyou; slvac xoù; 7to:o0vxa: xai tt|V çùaiv Etvat Xôyov 'à; Tcoisï Xoyov àXXov, yévvY]{J.a aùxou, ôôvxa usv tc xà> ùtcoxî'.^évco. Ce sont les

Par l'habitude et la nature, aspects différents de l'Ame universelle qui a projeté sur la matière une sorte d'illumination, quelques-uns des corps ainsi formés sont devenus propres à recevoir une âme individuelle. Cette âme individuelle achèvera l'œuvre imparfaite de l'Ame universelle, en suivant les lignes, les traits lumineux déjà tracés par celle-ci; elle organise définitivement en leur répartissant leurs fonctions et leurs parties distinctes les membres, dont le dessin n'était que vaguement ébauché, et dépose enfin dans le corps physique une forme semblable à elle-même, la vie1.

Ainsi c'est l'âme individuelle qui est le vrai principe du corps vivant, de tout vivant, du végétal, de l'animal, de l'homme. L'Ame universelle n'a fait que disposer la matière d'une façon propre à recevoir telle âme déterminée2, et suivant la capacité qu'elle donne au corps, il devient susceptible

).6yo'. <T7i3p!J.aT'.-xoc ou ai iv xoïç onepu.u<7'. Xoyoi, raisons créatrices ou vivantes, oU.oyoi tcoioOvte? o'jx ol^'j^o'.. VI, 7, 5. Le principe ordonnateur et créateur du monde est donc double : d'un côté, le démiurge, la raison ; de l'autre l'àme du tout (IV. 4-, 10) : « eizzi xb xocruoOv Sixxôv, xb (Jièv a>: xbv ôr][Juoupybv AÉyofj.ôv, xb oï w; xr,v xoO toxvxoç tVuxVj e^ nous rapportons le dieu Jupiter, tantôt au démiurge, tantôt au principe directeur du tout (l'àme universelle) xat xbv A:a Àéyovxô;, 6xs p.èv oo; ètà ibv Ô7](Juo'jpybv çspojjisôa, bxà Se lut xb r(y£(j.ovoOv xoO uavro:. Plotin, ailleurs (III, 5, 8), dit bien, dans l'interprétation du Philèbe et du Phèdre, que Jupiter est la raison, NoO:, et qu'Aphrodité sa fille est l'àme; mais il ajoute que Jupiter s'il est raison est aussi âme, (3aff'.Xix-r]v p.èv ^uy/^v, (3a-T-.X-.xbv Se vouv. Il est NoO; piya; xa\ tyvyfi- C'est pourquoi Aphrodite sa fille, née de lui, l'accompagne toujours, comme toute raison est accompagnée d'une âme, to; vô> Exaaxw tyvyr\$ ffuvouffrjç. La création est donc l'œuvre de l'àme universelle et de la raison, qui lui communique des raisons.

1 Je veux citer tout entier cet important passage : (Enn., VI, 7, 7) « Qui empêche que la puissance naturelle et génératrice, en sa qualité de raison universelle, n'ébauche les contours du corps, 7ipou7roypâcp£iv, avant que les puissances psychiques (les facultés de l'àme individuelle) ne soient descendues dans la matière. Cette ébauche indécise, xy> Ciitoypaç^v, est comme une illumination, une vivification préparatoire. irpoSpâ|i,ou; i'ù.'ly.'bi'.:, dont l'àme organisante, StocptJpoOaav, n'aura qu'à suivre les traits et les traces. » Id., III, 8, 3. « Ce n'est pas, dit la nature, en dessinant des figures, mais en pensant, p.Yj ypotepouff/jç, ôsojpoucrv;; Si, que je laisse tomber de mon sein les lignes qui dessinent les formes des corps, -jcptaxavxai a', xwv aco^axwv ypaa[J.a\ weruep èxTcîuxou-ra'..

2 Elle ébauche donc même l'individuation, si ce n'est l'individualité. VI, 7, 5. t) 8è tyw/r) q TOtautï] yj èyy&vopivY; xy} aoiauxï) OXyj.

de recevoir plusieurs degrés de vitalité1. Car le corps organisé ne veut pas seulement être corps2 ; il veut vivre d'une vie plus pleine et plus riche que celle qu'a pu lui donner, dans la limite de sa puissance, l'habitude et même la nature.

La nature de l'âme est triple, comme nous le verrons plus loin; elle se présente sous trois formes ou espèces3, qui sont en même temps les trois degrés de perfection qu'elle peut parcourir. Mais sous toutes ses formes et à tous ses degrés de perfection, la vie qu'elle apporte est acte, hipyux; cet acte, même quand il n'est pas accompagné de quelque sensation, est une sorte de mouvement, qui, bien que non senti, inconscient, n'est pas cependant livré au hasard4. La vie est mouvement; l'âme est mouvement, mais en même temps repos.

1 Enn., VI, 7, 5. ev o-co^ax: ol [i.opyû<7x<7oi xa8 ' aîtYjv... 7to:a; 'J/'-r/r,; ivipye'.a'.... où çimvty|Ç... àXXà t-Tj- Çêbou izoïo'ja t\z... Çomxcorspa;.

2 Id., V, 4-, 20. '6 i7ù[j.a èav.v, èOlXs'. ur\ [aovov atb|xa etvaf.

3 Id., V, 1, 10. xpiTY) y) Tri; tyjyjr-> pvortç.

s Id., III, 2, 16. uâcra ôè Çmy) èvlpysia... xav (Jir, ata,8/)Ti? t&ç nxpf„ xc'vy)<kç t« o-jx sîxîj. Leibniz, Swr fa notion de la substance. « Ni la substance spirituelle, ni la substance corporelle ne cesse jamais d'agir. »

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