II
6 Enn., IV, 3, 9. sx aw^-axo; gcspivou yj rcypîvov. Procl., in Tim., 290. crit^a a-jyoîiû3ç, oùpâv.ov, aîOépiov.
milliers de pneumas qui sont inanimés1. Ce pneuma, que Proclus appelle le véhicule, le char de l'âme, o/r^-a2, ne se sépare pas d'elle quand elle quitte le corps solide détruit : il est, d'après l'interprétation de Proclus, éternel, immuable à cause de son essence qui est la même que celle de l'âme 3. C'est le premier corps que l'âme revêt en sortant de la vie
1 Enn., IV, 7, 4, où rcav |/.sv TcveOpa '^'/rh oti [tupca TivE-j^ata y.'1-jyx. Id., IV, 4, 20. èv Tcveup-axt ovto- toO çvtcxoO... Staçavéç... [xâXXovSè eforep icveupa».. xït eXAau-TiôjjLcvov Tiapx roO v.uxXou. Porph., 'Acpopu.., § 32. è%e\()o\><rr\ yôtp âÙTÏj xoO arspéou ac6[j.aToç t"o Tcvevfia (jvyofxapTîï o èx xcbv crçaipcov irovs-
2 Procl., Theol., prop. 2tf7. 7cà<rvjç nepixyj? ^X^të tô oy/^j.a inb Btixcaç àytvr^ou Ô£o/)!i:oùpy/]Tat. Id., îVZ., prop. £08. « tb oyr;ua xuXov è-tt: xàt iô'.aîpe-cov xaT'oÙTiav •/.a'. àuxOi:. Macrobe (dans son commentaire Sm- le Songe de Scipion, I, 11). reproduit et précise cette théorie : établissant Tordre des natures, il distingue d'abord les âmes pures de tout commerce avec le corps, et qui, suivant ses termes, cœlum possident. Les autres, dit-il, forment une espèce particulière, qui pondère ipso terreux cogitationis paulatim in inferiora delabitur, nec subito luteum corpus induitur, sed sensim per tacita detrimenta... in quœdam siderei corworis incrementa turgescit.In singulis enim sphœris quœ cœlo subjectœ sunt, œtherea obvolutione vestitus, ut per eas, gradatim societati hit jus indumenti testei concilietur, et ideo totidem mortibus quot sphœras transit, ad hanc pervenit quœ in terris vita vocatur ». Le Dante (Purgat., XXV) l'accepte : « Aussitôt qu'une place a été assignée à l'àme, sa faculté formelle rayonne tout autour, et Vair qui Ventoure prend la forme que lui imprime virtuellement l'àme en s'y arrêtant, et cette forme nouvelle suit l'àme en tout lieu. » Leibniz (Xouv. Ess., Avant-Propos) y reste encore attaché : « Je crois avec la plupart des anciens que tous les génies, toutes les âmes, toutes les substances simples créées, sont toutours jointes à un corps, et qu'il n'y a jamais des âmes qui en soient entièrement séparées. J'ajoute qu'aucun dérangement des organes visibles n'est capable de porter les choses à une entière confusion dans l'animal, de détruire tous les organes et de priver l'àme de son corps organique et des restes ineffaçables de toutes les traces (r/vo) précédentes. Mais la facilité qu'on a eue de quitter l'ancienne doctrine des corps subtils joints aux anges, et l'introduction de prétendues intelligences séparées dans les créatures, et enfin l'opinion mal entendue que l'on ne pouvait conserver les âmes des bôtes sans tomber dans la métempsychose, ont fait, à mon avis, qu'on a négligé la manière naturelle d'expliquer la conservation de l'àme ». Ch. Bonnet [Palingènésie philosophique, lrc part., c. 1 et 4) admet également un pneuma psychique, c'est-à-dire « un corps éthéré, organique, indestructible, vrai siège de l'àme (oyr^a) et logé dès le commencement dans le corps grossier et destructible : c'est par ce corps éthéré que s'explique la conservation de l'àme et sa personnalité. »
3 Procl., 1. 1. (Tu^ipuo); à^sTâëXïjTOv. ôv xatà oy<y:av.
incorporelle et en descendant d'abord dans le ciel, et c'est un corps immatériel, invisible, non sujet aux impressions et modifications passives des corps1, par l'intermédiaire duquel elle doit passer avant d'entrer dans des corps qui lui offrent l'étendue et la figure. C'est la première incorporation de l'âme2, qui précède et conditionne l'autre, par laquelle l'âme revêt un corps terrestre, dont la nature est plus ou moins grossière suivant que les âmes se sont plus ou moins écartées de l'intelligible, sont descendues plus ou moins bas dans la région matérielle. Selon que l'âme est par sa diathèse semblable à la nature d'un homme ou d'une brute, et de tel ou tel homme ou de telle ou telle brute, elle entre dans tel ou tel corps humain ou animal. Cette doctrine psychologique permet de concevoir certaines opinions que les anciens philosophes nous ont transmises ou du moins ne les contredisent pas3. Ils enseignent en effet qu'à des périodes déterminées, à la suite de jugements auxquels elles sont soumises, s'accomplit ce qu'ils appellent la descente et l'ascension des âmes, y) xàôoBo; xat tj avooo;, et leurs migrations dans le £orps d'autres animaux4. L'âme humaine a certainement des existences successives5; elle passe d'un corps humain dans un autre corps humain, quand elle a gardé, dans la vie humaine, l'humanité, et c'est déjà la conséquence de ses fautes ici-bas que d'entrer dans un autre corps0. Peut-être même,
1 Enn., IV, 3, 15. lam 81 èxxvvp ^crcc. xoO voyjtoO, et; oùpavbv p.sv npcotov xa: awua z/.sX irpocrXaooOcra: ôi'ocÙtoO y,oy] "/topoOc. xa\ erc\ xà yecooscTEpa cwixaxa.
2 Enn., IV, 3, 9. r\ of, xa, TTpaWv; av tvr\ tyr/r^ xotvwvîa crco^au. Il y a ainsi pour l'âme deux manières d'entrer dans un corps : la première quand elle passe de l'état absolument incorporel, qui est son état primitif et naturel, dans un corps quelconque; l'autre, quand ayant déjà revêtu un corps aérien ou igné, elle passe dans un corps terrestre. C'est alors une véritable métensomatose, quoiqu'on ne lui donne pas ce nom parce que le corps pneumatique qu'elle revêt est invisible et qu'on ne sait pas d'où il vient. IV. 3, 9.
3 Enn., VI, 4, 16. olc, 7T£'.paaQ:a Tipocrrjxsi ouaçcovov y] [xy] o'.acpwvov ye
cTZ'.OllZ'Xl TOV VJV TtpOXSl'fJlSVO'v ),6yov.
4 Id., id., 1, 1. at zl; aXXcov Ço>wv aoojxaTa slaxpicrEt;.
5 Ici., II, 9, 9. à[xoiëoù ptwv.'
6 Ici., IV, 8, 5.
comme on le dit1, ceux qui n'ont vécu que de leurs sensations, entrent dans le corps d'autres animaux suivant les passions diverses auxquelles ils ont succombé, en sorte qu'il y a des corps d'animaux qui renferment des âmes humaines.
Quoiqu'il en soit de ce point particulier où Plotin semble vouloir seulement montrer que sa doctrine n'est pas en contradiction avec les anciennes traditions religieuses et philosophiques, nous voyons apparaître dans l'incorporation la loi universelle qui gouverne le monde créé et même le monde idéal. L'univers devait nécessairement vivre non d'une vie isolée, mais il devait posséder une vie infinie. Cette vie infinie devait être en même temps une et renfermer éternellement et à la fois toutes les vies sans que celles-ci fussent confondues dans l'unité absolue2. Pour cela il fallait que dans la continuité des existences, il s'établît des différences infinies de degrés, de manière à ce que tous les êtres fussent disposés dans une série graduée et ordonnée 3, dont tous les membres liés entr'eux par des rapports de cause et d'effet se succédassent dans un ordre croissant ou décroissant, ascendant ou descendant.
Dans l'univers la vie ressemble à une chaîne immense où chaque être occupe un point, forme un anneau vivant, engendrant l'être qui le suit, engendré par l'être qui le précède, en sorte qu'il soit toujours distinct mais non séparé de celui qu'il engendre et dans lequel il passe sans y être absorbé4, de manière enfin à constituer un tout vivant de sa vie propre, sans cesser d'être une partie du tout qui l'enveloppe. Même
1 Enn., I, 1, 11, si (jiàv «j/u^at e'£V £v kÙtoÎ; (toi? 6r;p:oi:)àv 0pu>7iE'.O'., tovr.io XéyETcu (Plotin est peu affirmatif sur ce point, comme on le voit), àfiaptoûcrou. Ici., III, 4, 2.
2 Ici., VI, 4, 14.
3 Enn., II, 9, 13. -câÇiv e?e|r|ç.
4 Ici., V, 2, 2. otov Çtoï] [xaxpà et: (Jr,xo; èxTaôsîffa, sTîpov sxaarov xtov [jiopioov twv ecp auve^è; 8è, n:av avTu>, à'XXo Ss xai à)Xo irt Siaçopa, o\»x a7ioXXy(ji£vov èv xCù SeuTÉpw xb 7rpèxepov.
dans les choses divines règne cette loi de l'ordre et de la série qui unit les choses du premier rang à celles du second et celles du second au troisième jusqu'aux dernières limites de l'être1. Ce n'est autre chose que la loi d'évolution dont le nom même se retrouve sous sa forme grecque dans Plotin comme sous sa forme latine, devenue la forme française, dans M. Ficin. L'évolution, qui a pour principe la fin, la cause finale, enveloppe tout ce qui vit, les végétaux comme les animaux2. 11 n'y a point dans les choses de la nature pas plus que dans celles de l'art d'indiscernables, et le nombre des choses phénoménales est déterminé, quoique nous soyons impuissants à le déterminer. Tout ce qui naît est soumis à la loi du nombre, et le nombre est soumis à la loi de l'évolution et du développement de toutes les raisons, de tous les germes contenus dans l'âme qui sont innombrables, mais non infinis en nombre3. Toutes les existences, leurs rangs, leurs sorts sont déterminés et définis par des lois mesurées4, par l'ordre5 qui préside à leur succession, tantôt dans le monde intelligible, tantôt dans le ciel, tantôt sur la terre, c'est-à-dire se ramènent à l'harmonie et à l'unité. Mais l'évolution, qui déroule et développe les existences dans un ordre sérié et gradué, descendant du premier principe, se lie et correspond à l'involution, le renveloppement que Ficin appelle resolutio. On remonte l'échelle des êtres comme on la descend ; tout ce qui est engendré par un autre et a eu besoin de lui pour naître est enveloppé dans cet autre, Iv àUw. Par
' Enn., II, 3, 7; II, 9, 13.
2 Enn., I, 4, 1. \Lei;oLoûazw oï Jtoci voïç cpuxoî; Çcoori xa\ aùtoî; xoù ÇtOYjv è^eXiTTOfjié vy] v etç rlXoç ïyoxxn.
3 Id., V, 7, 3. et 8è p.£[X£Tp7)T0(' oTiorra av eiV] xb uoaov oopia-fxlvov ï<jtx'. lîj Ttbv Àôywv àTOxvTtov è^eXe>t|e: xa\ àvauXwac'.. Ficin : « Natura quoniam non per aliquid additum essentiae sicut aïs, sed per essentiam agit, ideo in essentialibus rationibus varietatem generandorum merïto continet. »
4 Id., IV, 3, 12. sv (jLétpoi; picov wpi(j[i.svii)v elç o-ua^covlav.
5 Id., id., 1. 1. Ï/.olgxx èv [lérpoi; usptôôwv xai tc^îcov xai (î.'tov xaxx yiyq SieÇôStov à; al if'JXai SieÇoSe^ovff!. Ficin : « In natura rationum omnium (les germes, les cellules vivantes) evolutio statutis temporibus atque resolutio, universalis est concentus. »
Chaignet. — Psychologie. 9
leur nature même les choses du dernier rang sont dans celles qui les précèdent immédiatement; celles du premier rang dans celles qui sont encore avant elles , jusqu'à ce qu'on arrive au premier principe qui contient tout le îeste et n'est contenu par rien, qui possède toutes les choses et n'est possédé par aucune1. L'ordre non seulement détermine la place qu'occupe chaque être dans la chaîne du tout2; mais comme il les fait sortir et évoluer de leur antécédent immédiat, il les y fait rentrer, de manière à y maintenir l'harmonie et l'unité3, par les intermédiaires qui les attachent les unes aux autres et toutes au premier principe. C'est par ces intermédiaires que le Tout est un et forme une seule harmonie, que tout y est coordonné4. Les choses sont faites les unes pour les autres, les unes par les autres; elles ne sont pas séparées du Tout; elles agissent les unes sur les autres, dépendent mutuellement l'une de l'autre, parce qu'elles constituent une série où chacune, par un lien naturel, est l'effet de celle qui la précède et la cause de celle qui la suit.
C'est ce qui explique l'importance du rôle que joue dans le système de Plotin la notion de moyen, qui est en proportion avec les deux extrêmes qu'il lie et sépare, xh piso* àvàXoyov. L'âme est surtout considérée comme un intermédiaire. Entre le monde extérieur et l'âme pure, qui est incapable de percevoir les choses phénoménales, il fallait un
1 Enn., V, 5, 9. Ta uaTaTa èv toi; upb aÙTwv &ff tarot;... Ta 8'èv npwToi; èv toi; TrpÔTepot;... to npooTOv àp"/r(:,.. ^ly] ïyovGtx èv Sto) auTY)... Ta aXXa rapis:-
Xy)Ç£ Ttâvxa a'JTTQ.
2 Enn., V, 4, 1. ty|v àvaywyr.v èit'èxeîvo (le premier) 8tà tcov jietaÇvi i'/nv xax Ta^iv elvai ôeuxlpcov xat TptTwv, roO (jlsv èlci to TtpcoTOv àvayofiévov, toO
Ôè TptTOU Èiz\ TO ScUTôpOV.
3 Olympiod., Sch. in Plat. Phœdon., ed. Finckh, p. 156. 7iavTa-/oO yàp Y] Tâ|t; xpaTst xat to xaTa Tcpôoôov è!;Y]XXay[A£vov.
4 Enn., II, 3, 5. to 7tàv 'èv xat \ila àppiovia. Id., II, 3, 7. o-jvra;:; o-uuTivcta [lia... xat yàp aXXoTt xat ex toutwv xat êçelîj; xaTa çuciv à'XXo. Leibn., Monad., 58. « Cette liaison ou cet accommodement de toutes les choses créées chacune à chacune et de chacune à toutes les autres, fait que chaque substance simple a des rapports qui expriment toutes les autres et qu'elle est par conséquent un miroir vivant perpétuel de l'univers. »
troisième terme qui fut en rapport avec chacun d'eux et apte à la fois à recevoir la forme et à connaître l'impression reçue : c'est comme nous allons le voir l'appareil des sens, organe corporel de l'âme sentante, passif et cependant servant d'organe à la connaissance.
L'organe, dans la sensation, est comme une moyenne proportionnelle entre l'objet extérieur et l'âme1. L'âme est encore un intermédiaire 2 entre le monde sensible et le monde intelligible, comme la raison pure est intermédiaire entre l'âme et l'Un, et pour ainsi dire le centre où ils se touchent3. L'âme possède en elle-même le principe, le milieu et la fin, c'est-à-dire la raison pure, 6 vouç, l'entendement discursif,
Etxvoia , et la sensation , xcù àc/vjv xal f^ésa xac ea/jxxoL '\>u/y\
Enfin nous venons de voir le pneuma servant d'intermédiaire, entre le corps et l'âme, et destiné à expliquer leur rapport. Mais malgré cet intermédiaire, ce n'est pas la subs-
1 Enn., IV, 4, 23.
2 Id., IV, 6, 3. èv y.É<j(x) Gvax. IV, 8, 7. (jiayjv rc^iv èv to?ç ouaiv Ê7U<7- •/o'J^av.
3 Id., V, 1, 12. âi(77iep xèvxpov.
Nous en rencontrerons beaucoup d'autres :
1. L'imagination et la mémoire, intermédiaires entre la sensation et la raison. IV, 3, 25.