DE L'UN EN NOUS ET DE L'UN EN DEHORS DE NOUS
Notre raison se demande souvent si telle chose est juste, si telle chose est belle : il faut donc qu'il y ait une justice, une beauté existant en soi, è<TTa>; ti S^xaiov. Notre raison qui possède toujours l'idée de la justice et de la beauté, a nécessairement un principe et une cause distincte d'elle-même, mais non séparée d'elle par son essence*. Nous savons cela parce que nous touchons ce principe qui est en nous , ^rap'vjuTv; nous sommes en contact immédiat avec lui; nous sommes suspendus à lui, fondés en lui; nous sommes en lui*. Il n'y a nul intermédiaire entre lui et notre raison, non plus qu'entre la raison et l'âme. La raison est le verbe et l'acte de l'un, comme l'âme est le verbe et l'acte de la raison. Ces principes ne sont pas séparés : ils sont seulement distincts par leur ordre de dignité 3.
Cette conscience du divin en nous nous arrive lorsque par un acte personnel de raison, de foi, de volonté et d'amour, nous nous portons vers lui, îv auweuwîAÊv èxêï ♦.
La raison qui a conscience de ce qu'elle peut et dont cette conscience constitue l'essence, a conscience que cette puissance, elle ne la tient pas d'elle-même mais de Tun; elle a conscience, elle voit, op?, que son essence est une partie des choses qui appartiennent à l'un et qui en procèdent; elle voit qu'étant elle-même divisible elle tient de l'un ce qui, d'elle, est indivisible et tout ce qu'elle possède, la vie et la pensée. Si nous n'en pouvons rien affirmer, ni l'être, ni la pensée, ni la vie, ce n'est pas parce qu'il ne les possède pas, c'est parce qu'il est au-dessus de cela, èiréxeivx; mais il est tout cela dans leur source, dans leur degré éminent et formel 5.
PlotiDf est unie à rar(76Y]<Tt; et exprime la conviction qui naît de faits perçus ou supposés tels, et s'oppose à rànôÔeiÇic, certitude fondée sur les principes évidents de la raison.
* Enn.^ V, 1, 10 et il. Ô«» àe\ e^ovra to dixxiov voOv Êv înitv elvai.
* /d., id. xiù TocouTb) tcbv S/ T)txiv (par ce qui en nous est tel que lui}. xa\ f||xeU èçxicT^iieOa xat a*jveff{iEv... àvr,pTf,(&e()x... cviSp<j|jLc03 Ôl.
3 Enn.y \, 1, 6.
* Id., V, l,11./rf.,V, 1,7.
* Enn., III, 8, 9.
La vue du bien ou de l'un est Topération d'un être qui déjà a voulu le voir* ; mais cette volonté qui est comme une sorte de passion amoureuse, oîov èpwTixlv TrxOrjax, suppose dans rame qui l'éprouve une possession antérieure de l'objet aimé, une vision obscure mais réelle de la splendeur de sa beauté ; car elle ne peut naître en lui que s'il a déjà réalisé en soi l'unité ; il lui est présent sans être présent, wdTs Traplv ixt; mpetvai, c'est-à-dire d'une présence qui n'empêche pas l'objet d'être ailleurs et partout en même temps.
On pourrait peut-être se demander si le premier ne serait pas un et simple dans son essence, mais multiple dans ses actes : non; car ou les actes sont distincts de l'essence, et alors le premier passera de la puissance à l'acte et son essence n'est plus parfaite; ou bien l'essence est identique à l'acte, et l'acte étant multiple, l'essence le devient également. L'un n'est multiple ni dans son essence ni dans son acte. Il faut que l'un préexiste au multiple qui a en lui la raison de son existence. Sans l'un toutes choses seraient dispersées, ne seraient plus unes avec elles-mêmes; leurs combinaisons ne seraient qu'un chaos. La pensée lui est inférieure parce qu'elle est un quelque chose d'un, ev ti. L'un est l'unité sans Iot^, l'aÛTOÊv. Il est donc ineffable, àppTiTov^. Nous ne pouvons pas le nommer parce que nous n'en avons ni une connaissance ni une pensée 3. Nous pouvons dire de lui ce qu'il n'est pas, mais non ce qu'il est. Il n'a pas de forme, àveiScov; on peut le voir, savoir qu'il est : on ne peut pas dire quel il est, oîov. Le nom même de l'un qui est encore celui qui lui convient le mieux n'exprime que la suppression de la pluralité, apciv rpoç
Ta TToXXà*.
L'un est donc en nous, en chacun de nous, du moins une
* Enn., VI, n, 4. f, 8e Oéa aCtoO epyov y,©-) toO iôeîv Bs6ouXr,uévou.
3 Id.f Y, 3, 14. oùoe yvùaiv oOSè vôr^civ ë-/o(a£v ocCtoO. V, 5, 6. 11 est absurde de vouloir emprisonner dans une définition et dans un nom sa nature infinie.
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f'opposi
DE L'UN EN NOUS ET DE L'UN EN DEHORS DE NOUS 345 Il est à la fois penché sur lui-même et immanent à luimême. Son acte est une stipra-intellection éternelle, ÛTtepv^Tiaiî itl OUI», supérieure à la vie et à la raison, c'est-à-dire qu'il est une vie et une raison supérieures*. Toutceque l'analyse psychologique nous a fait reconnaître dans la raison existe aussi dans l'un, mais d'une manière supérieurfi Comme le centre, sans être ni les rayons ni le cercle, est cependant le père des rayons et du centre qu'il engendre par sa puissance immanente, de m^me l'un est l'archétype de la raison qui tourne autour de lui et est son image, c'est-à-dire son œuvre. Il est le dehors, rb i;<o, parce qu'il embrasse tout et est la mesure de tout; il est le dedans, tîiïÏito), parce qu'il est la profondeur la plus intime des choses, le contenu en même temps que le contenant. En lui, la puissance ne consiste pas à pouvoir les contraires : c'est là le caractère propre de l'être incapable de se tenir toujours au meilleur, c'est-à-dire de l'homme, dont la liberté consiste précisément à pouvoir les contraires*. La raison est la plus belle des choses : que dire de celui qui l'a engendrée? il est l'objet aimable et l'amour, l'amour de lui-même; car il n'est beau que par lui-même et en lui-même. Ce qui désire en lui ne fait qu'un avec le désirable qui est l'hypostase^, qui est un acte permanent*. Tous les êtres arrivés à l'achèvement de leur nature créent un autre être et ne se reposent pas en eux-mêmes. Nous voyons cela non seu-
est une conception commune à Thumanité. Tous les hommes mùs par un sentiment spontané proclament que Dieu est présent en chacun de nous, qu'il est un, identique à luimême et unique*. Cet accord universel de l'humanité est le principe et la preuve la plus solide de cette conviction; car nous ne tirons pas cette croyance par un raisonnement inductif, de l'observation et de l'expérience des choses sensibles et particulières; elle s'échappe du fond de nos âmes qui L'affirment et l'expriment involontairement 2. Cette croyance est même antérieure et supérieure à celle que nous trouvons dans notre conscience et dans notre raison, à savoir que toute chose tend au bien 3. Le grand caractère psychologique du bien en nous c'est qu'il nous satisfait pleinement, qu'il ne nous fait jamais éprouver par sa possession de regrets ou de remords, que nous nous reposons en lui absolument et ne cherchons plus autre chose que lui : ce qui le distingue de tous les biens apparents et mensongers*.
* Id., VI, 5, 1. Communi3 indicat mentis humanœ conceplio... Omnes naturali quodam instinctu clamant.
* Id.j VI, 5, 1. e<TTi TrdtvTwv peSaiotaTY) àpX'H V wffirsp al 4'y^»i T.fiwv çOfyyovTat.
3 /r/., VI, 5. 1.
4 Id., VI, 7, 24-26,