Un jugement de l'esprit qui conçoit la chose, intellexit
1 Phit., Virt. Mot., 10. ta êictYiYv6(uva icâOt) èxxpouei XoYia{<>o\Sc.
« PluL, l l
3 Cic, Tu8c,, IV, 7. Opinio recens mali .. Opinlo prosentis, urgentis, recentis malt. Cicëron (id., UI, 31), qui confond et emploie péle-méle les définitions de Chrysippc et de Zenon (Sanm.. ad Simplic, 71, f) définit le mot rec«ns : c Hoc autem verbum sic ioterpretatur (Zeno) : ut non tantum illud recens esse velit quod paul>o anie accident, sed quamdiu in illo opinato (malo aut bono) tîs qnadam insit ut vigeat et habeat quamdam viriditatem, tamdiu appelletur recens ».
3. Un assentiment de l'âme, assensus animi^ qui seul détermine l'acte.
Les mouvements involontaires, dont la cause est dans le plus ou moins de chaleur ou d'humidité de la constitution du corps S ne constituent pas à eux seuls la passion ; ils en sont seulement la préparation et comme l'imminence, parce que, à ce coup soudain et premier qui la frappe par hasard et par surprise, fortuito^ la raison ne peut pas résister, pas plus qu'elle ne peut résister à l'envie de bailler *.
Ëpictète voit une des causes qui coopèrent à la formation des passions dans l'habitude, qui finit par les rendre indéracinables, c II est impossible que d'actions conformes ne naissent pas des habitudes, S^ct;, des facultés, SuvàpLciç, dont les unes n'existaient pas antérieurement ^ dont les autres prennent une force et une intensité plus grandes ^. t Quand elles ont pris une direction contraire à la nature, elles deviennent une maladie invétérée que l'on ne peut plus détruire 5.
Quoi qu'il en soit de ces explications qui n'expliquent rien, la doctrine certaine et presqu'unanime des Stoïciens est que les passions sont des actes volontaires et libres ; elles naissent de certains états déterminés de la raison et de la volonté, c'est-à-dire quand la raison n'est plus maîtresse de la volonté ou quand la volonté a perdu la lumière de la raison. Cet état s'appelle àxpiTsia, aTovi'x, àdOÉveia, intempe rantia^ mots qui expriment la faiblesse, l'impuissance, le relâchement de la
> Sen.y de Is., Il, 19. Referl quantum quisque humidi in se calidique contineat Cujus in illo clcmenti portio praevalebil, inde mores erunt.
' Sen., de Is., II, 1,
3 Nous voyons ici les facultés morales, il est vrai, naître de la répétition d'actes semblables. La faculté ne précède donc pas, comme puissance, Pacte : elle est créée par l'acte répété. Transportée à l'analyse de l'enlendement, ce principe pourrait être considéré comme rantéc'''dent de la doctrine d'Herbarl et do toutes les écoles allemandes, unanimes sur ce point de nier Texistence des facultés psychiques.
* Epict , Diss , II, 19.
* Cic, Tusc, IV, 11. iEgrotatio avelli invelera'a non possit... Inhœrens et penitus insita. Id., 10. Quum hic fenor... inveteraverit et tanquam in venis medullisqiie insederil.
tension pneumatique, impuissance et atonie qui n'a rien de nécessaire et qui n'est nullement fondée dans la nature *. Ces mots donc constatent un fait : ils ne l'expliquent pas. Les Stoïciens se sont ingéniés à établir des correspondances, des analogies entre les maladies du corps et les passions qu'ils appelaient des maladies de l'âme*. Mais ce parallélisme subtil et souvent forcé n'a jamais pour eux le sens de la relation nécessaire de cause à eflfet. Les maladies de l'âme viennent de l'âme, et la violence que l'âme subit, dans la passion, vient de l'âme même.
Il y a des passions premières et fondamentales, ip^T^y*^ auxquelles se ramènent toutes les autres; elles sont au nombre de quatre : le plaisir, la douleur, la crainte et le désir, èmôu- [UoL ^ et peuvent se ramener aux deux premières, car ce que Ton craint c'est la douleur à venir, ce que l'on désire c'est le plaisir à venir ♦.
D ne faut pas confondre le plaisir avec la joie, x*P»^ 9^^' dium ^, qui est l'une des cÛTcàOstoit du sage, presque une vertu, parce qu'elle est conforme à la raison, suXoyo;, et consiste en un état actif, constant et doux ^ : elle est donc opposée au plaisir qui en tant que passion est dépourvu de raison, iXoYoç. Le plaisir n'est p^s la fin de la première et naturelle incli-
1 Cic, TVmc, IV, 9, 22. Omnium autem pirturbationom fonlem esse dicunl, intemperantiam. Id., IV, 28. Nec babere quidquam aut naturale aut necessarium.
* de, Acad,^ I, 10. Quemadmodum qoum sanguis corruptos est, aut pituita redundat, aut bilis. in corpore morbi egrotationesque nascuntur, ne pravarum opinionum conturbatio et ipsarum inler se repugnantia, sanitate spoliai animum... Ex pertorbationibus autem primum morbi conficiuntur, qu» vocant illi voai^ijiata... deinde egrotationes qu» appellanlur a Stolcis àpp(i>9TiQ{tata... Nimium opère consumitur a Stoîcis, maxime a Chrysippo, dum roorbis corporum comparatur morborum animi similitudo.
3 Stob.. Ed,, 11, 16A-166. D. L., Vil, 110.
* Cic, Tuic, IV, 6. Fartes perturbationum volunt ex duobus opinatis malis : ita esse quatuor. Ex bonis libidinem et latitiam, ut sit latitia pnesentiuro bonorum, libido Aiturorum; ex malis metum et «gritudinem nasci censent : metum futuiis, egritudinem presentibos
* Qui diffère par conséquent dans la technologie de Cicéron de Ixtitiûy la jouissance.
^ Cic, id.t \. 1. Quum ratione animus movetur placide constanterque, tum illud gaudium dicitur. Aussi, Sénèque pouvait-il dire : Res severa est verum gaudium.
nation de rhomme, et par conséquent la peine et le travail ne sont pas des choses que cette première impulsion de la nature le porte à repousser *. Le plaisir n'est, comme l'avait déjà dit Aristote dans les mêmes termes, qu'un surcroît postérieur à l'acte, qui s'y ajoute sans entrer dans son essence. Il naît dans l'âme loi-sque la nature, ayant cherché tout ce qui convient à sa constitution complète, le trouve et se l'approprie par sa seule force*. On pourrait être tenté de croire qu'il est un bien : il n'en est rien. Le plaisir n'est pas dans les inclinations vraies de la nature, parce qu'il n'a aucune valeur morale 3. Ce n'est pas assez de dire que c'est une chose indifférente et qui ne doit pas être préférée à son contraire : il est véritablement un mal, parce qu'il consiste dans un relâchement de la tension delà raison, àrov^a, dans une interruption de sa pleine activité, dans une suspension de la vie même ♦. C'est pourquoi la mort n'est pas un mal ; car elle est une loi de la nature et aucune loi de la nature n'est un mal ^. La mort est une fonction, un moment de la vie ; c'est pour cela que la vie en soi, parce qu'elle est activité pure, est un bien même pour l'insensé, dût-il ne jamais retrouver la raison qui fait la dignité et le prix de la vie. Il résulte des mêmes principes que la douleur, en tant que TràOoç, et par suite dépourvue de raison devrait être, au moins autant que le plaisir, un mal. Les Stoïciens l'entendent bien ainsi, quand ils comprennent sous le nom de Xùttyi, non l'impression que peuvent causer à la sensibilité les choses ou actes extérieurs de nature à porter atteinte à la vie physique, mais exclusivement les états de conscience qu'ils appellent l'envie, la rivalité, la
• Gai., Hipp. et PI. 0., t. V, J!i59. |iY)5e(jLcav otxecoxriv elvai çuaci irpo;
r,oovr,v r, à).)oTp(o>«T'.v Tipb; nôvov.
■^ D. L , VII, 85 et 86. emyÉwrjiia.. orav a'JTr,v xaô*a'JTr,v r^ çjffi; 6«iCTJTr,<jatff3t xÔL IvappiôIJovTa Tr, a-jaxiaii... à7to>.â6rj.
^ Sexl. Emp , œiv. Malh., XI, 73.
* Clranth., Hymn., v. 29.
M. Aur , II, 17.
jalousie, la pitié, le chagrin, la tristesse, l'inquiétude, l'abattement, le désespoir. L'impression physique en elle-même n'est point un mal, mais les Stoïciens ne vont pas jusqu'à dire avec les Cyniques, que l'effort, le travail, la souffrance, est un bien et le bien même *, et non un mal comme l'avait enseigné Aristippe *.
Puisque les passions sont des jugements, des actes de la raison quoiqu'opposés à la raison, elles ne peuvent être attribuées ni aux enfants ni aux animaux 3: elles sont toutes des actes de liberté. Chez les animaux comme chez les enfants, il n'y a quedes phénomènes analogues. Sans doute ils possèdent comme l'homme la raison, l'^YtfxovixcJv, mais en germe ; ce germe n'est pas, dans l'enfant, encore arrivé, dans la bête, il ne peut jamais arriver à son plein développement. Ils ont sans doute des représentations et pour ainsi dire des visions des choses, mais troubles et confuses ♦. Les mouvements de leur âme qui naissent de telles représentations ont une forme vague, indéfinie, incertaine comme elles, et ne sont pas proprement des passions, c'est-à-dire ne sont ni des douleurs ni des plaisirs, ni des désirs ni des craintes, et n'en ont que l'apparence, his quœdam similia s.
Les Stoïciens ont sinon confondu, du moins intimement lié la science de la morale pratique et des devoirs avec l'analyse psychologique des sentiments, des désirs, des volontés, des idées morales, c'est-à-dire qu'ils n 'ont pas distingué le domaine propre de la psychologie du domaine de la morale.
« Stob., Flora , XXIX, 65. 6 7c6vo; kyMw. D. L., VI, 2, 71-104.
s 0. L., Il, 66, 86, 90.
' Gai., Hipp, et PL D., V, 432. èicetdri T7)C XoyiXTj; duvaixecoç ifçavav elvat •zh 7ca6t}, Totc àXoYOi; I^câoïc \kr\ (JLCxl'/etv aùx^ov auYX<*>Pi'V» o\ TcXeTorot $*ovdè toIc Tcaidc'oïc Sxt dTjXad^ xa\ TaOt 'ovdéico) XoYtxa. Id., 11, 212. ot Te |x?)^àv âXoyov C&ov èiciOu(i€lv vj •u|AoO(rOat çdtoxovtec- Cic, Tutc, IV, U. In hominibus solum existunt (les passions) ; nam bestie simile quiddam faciunt, sed in perturbatiooes non incidunL Sen., de lr„ 1, 3 Similes illis quosdam impotus.
* Sen , de Ir.y I, 3. Capit ergo visus sfiedesque rerum... sed turbidas et confusas.
' En quoi, dit Galien indii^në, V, 431, les Stoïciens résistent avec une impudence vraiment sophistique aux vérités reconnues par tous les hommes.
i7S HISTOIRE DE LA PSYCHOLOGIE DES GRECS
Us divisaient et subdivisaient l'Éthique en neuf parties : 1. de l'inclination ; 2. des biens et des maux; 3. des passions; 4. de la vertu; 5. de la fin; 6. de la première klid^ ircpl Tcpcorric SlIUç; 7. des actions; 8. des devoirs; 9. des préceptes S
De ces parties de l'Éthique stoïcienne je n'ai dû traiter que celles qui appartiennent réellement à la psychologie qui se distingue de la morale même, comme Sénèque l'a parfaitement vu, en ce que l'une a la prétention de former ou de réformer l'âme au point de vue de la vie, de l'action, comme la logique a la prétention de former ou de réformer l'esprit au point de vue de la connaissance, tandis que la psychologie scrute, analyse, constate, décrit les faits psychiques en tant que faits et réalités internes ^ . C'est une science éminemment spéculative et d'observation ; la morale est d'ordre pratique, règle, légifère, commande ; l'une nous fait connaître l'âme telle qu'elle est et même telle qu'elle doit être, puisqu'elle découvre dans la raison l'idée de la fin â laquelle la nature l'appelle. L'autre établit le système des règles qui gouvernent les actions humaines en vue de réaliser cette fin. Sans méconnaître les rapports intimes de ces deux sciences et tout en avouant que les limites qui les séparent sont indécises et vagues, si vagues que beaucoup les franchissent et ne considèrent la morale et la logique que comme des applications particulières et différentes de la Psychologie ^ j'ai cru devoir les respecter, et n'ai pas voulu entrer dans l'exposé
f Les numéros i i 9 sont des subdifisions (ûicoSiatpoOat) des trois premières parties, entre lesquelles aucun renseignement historique ne les répartit.
* Sen., Ep.f 89. • Prima pars (philosophie) componU animum; secundaremm naturam gcrutatur ». tCant {Théorie de la Vertu, Œuvr. compl , IX, p. 25i) ne fait guère que traduire et développer Séoèque en disant : « Die praktische Philosophie ist Anlhro|>onom»e, nicht Anthropo/ot/ie », et {Criiiq. de la Raison pure^ (Eu?r. compl., 11, p. 655) : « Ce n'est pas agrandir, c'est altérer les sciences que de confondre leurs limites. Les limites de la logique .«^oot très exactement déterminées par cette définition : c'est une science qui n'expose et ne démontre que les règles formelles de toute ;»cnsée ».
' Beneke, Neue Psycholog., p. 91, 9i.
de la morale appliquée des Stoïciens, par conséquent traiter des vertus et des vices, des devoirs et de leurs espèces, parfaits ou imparfaits, ni des choses ou des actions indifférentes, des biens et des maux, non plus que de leurs doctrines politiques et sociales.
Je me bornerai à dire un mot de ce dernier point, et de ce que les Stoïciens ont appelé d'un terme obscur, la première
L'instinct social est un élément de la nature humaine. La société domestique et la société politique sont fondées dans la nature et dans la raison, et l'homme qui veut accomplir sa fin doit naturellement prendre part à l'une comme à l'autre, à moins de graves empêchements : au gouvernement de son pays, c'est-à-dire à la confection et à l'application des lois, à l'éducation des citoyens et des hommes S à la famille et par conséquent au mariage qui la fonde*. Mais il y a une société supérieure aux organismes politiques : c'est la société humaine, l'État idéal et universel, l'humanité, cité où sont admis tous les hommes parce qu'ils sont hommes, où tous les individus sont égaux, sont frères, où toutes les distinctions de classes, de races, de nations sont supprimées, cité sans institutions juridiques, sans lois \ sans mariage, sans religion, sans organisation quelconque, l'anarchie même, où les relations des hommes et des choses ne sont plus réglées que par le sentiment, commun à tous et également puissant dans chacun, de la justice et de l'amour. Si le Romain a pour patrie Rome, l'homme a pour patrie le monde, izéltç (xv0pa>7ru> h x,6<siLoç ^. C'est la première apparition scientifique de la théorie du cosmopolitisme.
Quant à la première àÇix*, j'avoue que je ne saisis pas net-
* D. L., Vil, 12t. TcoXtTeueoOa^ çotai tov aoçov... icat^suetv àvOpcoicov;. Stob , Ecl , II. 184. vo|&o9eTeIy. Plut., Sto^. Aep., 2, 1. SixdcCetv xa\ ^Y)topeuctv.
« D. L., Vil, W.
3 D. L , Vn, 33.
♦ M. Aur.. VI, U.
« D. L , Vil. 8A.
HISTOIRE DE LA PSYCHOLOGIE DES GRECS teoient le seus de cette formule. Diogène en distingue trots espèces < : la première est celle qui contribue à la vie parfaite, et porte sur toute espèce de biens ; la seconde qui est intermédiaire, est la faculté pratique, Bûviu-iv tivat -^ Xptfav, qui contribue à la vie conforme à la nature, qui noua dit par exemple quelle valeur ont pour la vie conforme à la nature la richesse et la santé ; enûn la dernière >;('« est celle qui âxe les valeurs de compensations dans l'échange de certains biens, comme celle qui nous conseille, à la suite de
Dntre de l'orge mais en y rtes d'estimations corres- 1 ; les uns préférables par à cause d'autres ; les aupar d'autres.
re de ces espèces il s'agit eur rapport à.la vertu ou au .ntôt avec et tantôt sans Qine cette valeur. Cicéron* d aliquod pondus habeat y vocat. » Cicéron l'entend
l'expérience, d'échanger du fgoutant un mulet. A ces tn pondent autant de biens, eux-mêmes, les autres pn très préférables par eux-mô i
Il me semble que dans la nre moins de la valeur des choseî bonheur, que de la faculté l'expérience pratique, fixe eiae traduit àlU par sEStimatio : t dignum xalimalione quam ille a;>< ici dans le sens de valeur morale, prix, estime, comme Sénèque ^ : < Inspectio suum cuique distribuens et œslimans quanto quidque dignum sit. Quid enim est tam necessarium quam pretia rébus imponere... ut quanti quidque sitjudieea. > Malgré toutes ces citations, j'hésite à donner au mot ùiid le sens de pretium ; car que signifierait alors l'épithète de npiôTTi, qui conimence, qui naît, qui se forme. Il me semble, qu'il s'agitici d'une faculté, ou d'un sens pratique qui juge de la valeur morale des actes et des choses ; je l'enteDdrais donc volontiers de ce premier germe de la conscience que développe l'expérience, Sùvxjxt; t\ jif^U *, et par lequel nous
* Ce qu'Ëpiclèie (Cùt.. 11, ll)a|
xiatiiaïc et dont il tait le coaiHwaco-
apprenons ou nous savons d'instinct juger de la valeur morale des choses, des actions, des hommes.
Ce n'est pas seulement à la logique et à la morale que la psychologie fournit leurs fondements et leurs principes. C'est encore à l'esthétique pour laquelle elle analyse dans leurs caractères, leur origine et leurs développements l'idée de l'art, de sa fin, de ses moyens, de ses effets, l'idée et le plaisir du beau, les facultés de l'imagination créatrice et du goût. Mais ces faits de l'âme ont été négligés par les Stoïciens. Chrysippe reconnaît bien que le beau est la seule chose pour laquelle nous soyons faits par la nature *, Épictéte qu'il est la perfection de l'essence propre à chaque espèce d'être * ; mais le beau pour eux c'est le bien parfait qui a toutes ses parties, chacune dans leurs proportions mesurées 3, exigées par la nature, ou encore ce qui est naturellement le mieux approprié à sa fonction propre ♦. Le bien est ainsi identique au beau ^ et ce beau c'est la vertu, ou c'en est du moins la fleuri
ment de la philosophie pratique, parce qu'elle nous révèle la faiblesse et Timpuissance de notre nature propre t. Sen., Ep., 28. Initium salutis notitia peccati.
* Gai., Hipp. et PL D., t. V, p. 446. r,{i&c olxeioOoOai Tcpb; p,6vov xô xaX^v. > Dm., 111, 1.
3 D. L., Vil, 100. xctXbv 8e... tb teXcIov ayaObv, icapà to navra; (aie) ix^iv Tou; éitiCT)TOU|jiévou; aptOp.oùc ûicb xr\i çuoefa»;.
* Id., id., 100. tb e^ Tcepuxlvctt Tcpbc xb rdtov ïpyoy.
^ Id., 101. iaoduva(utv tw xâXa> Tb àyaôév... {jiôvov xh xâXov àyaObv elvat... elvai 6ï toCto apenqv.
* Id., 130. MoQ àpexTjc 11 me parait qu'il y a un peu d'effort dans la déduction de M. Ravaisson (t. II, p. 187-190) qui ramène le bien au beau (moral) ; car c'est ainsi qu'il traduit le terme honestum. Le bien est renfermé dans l'ordre sous l'idée de la beauté. Sen., £p., 78. Bonum ex bonesto fluit, honestum ex se est, et cette beauté consiste dans un rapport, dans la convenance, l'harmonie, la proportion des parties plutôt que dans les choses mêmes, et l'ordre est : compositio rerum aptis et accomodatis lucis (Cic , de 0/f , 1, 40). Le beau serait le bien arrivé à cette perfection suprême dont le caractère est de mériter d'abord rapi>robation et par suite la louange. D. L., VU, 100. (xyaObv iicxévou ôc^iov. Cicéron, à l'imitation des Stoïciens, mais dit-il lui-même avec plus derésenreirtoc., IV, l!2, parcius quam soient Stoîci) établit entre la beauté du corps et la beauté de l'âme, des analogies qui n'affectent jamais la relation de cause à effet dans aucun sens, /le O/T, 1, 28. c Pulchriiudo corporis apta compositione membrorum movet oculat et deUctat, hoc ipso quod inter se omnes partes cum quodam lepore amsenliunt; sic hoc décorum quod lucet in vita.
On trouve bien quelques définitions où perce la notion du beau esthétique et de l'art ; par exemple l'art est défini le rapport des moyens à une fin déterminée, et le beau, ce qui ajoute au bien le cbarme et la grâce'. L'amour nait dans Tâme à l'apparition de la beauté', qui pourrait alors être définie, comme par Plotin, ce qui excite l'amour, ce qui est naturellement aimable. Le beau consiste dans la proportion et dans la proportion parfaite des membres d'un organisme quelconque*. Le Pneuma est un artiste et l'une des fins qu'il se propose est de réaliser dans le monde qu'il crée, qu'il forme et qu'il ordonne, la beauté*. Dieu, dans la création ou l'organisation du monde, se propose trois buts : qu'il &oit le plus apte possible à maintenir son existence, ad permanendum : c'est la force; qu'il n'ait pour cela besoin d'aucune chose étrangère, c'est-à-dire qu'il se suffise à luimême, per se; mais surtout qu'il éclate en lui une beauté souveraine et une grâce accomplie, ■ eximia pulchritudo sit Rtque omnis ornatus ^ i La nature dans ses créations a. eu en vue non seulement l'utilité de l'homme mais encore son
loovel approbalioneiD online et cotistaDUa lia wiiForiiiilé irrr sui-mîme] et modcntlûne dictomin omnium ilque riclonim •. Il n'est pas certain que Cicéron ne parle ici que d'après les Slolriens ; non seulement il déclare ri!server toute ia tibtrt^ d'opinion, i, 3 : f Srquimar... potiisimum Stoltos, non ul inlerpretes, ted nt ■olemus jndicio arbilrioque aoïlro >, mais encore il cite avec les Stoïciens les Aeadémkieoi et les Péripatéticiens. Quoi qu'il en soit de celle question préjudicielle, rîMi ne prouve que cette perrection morale appel<^e décorum par Cicéron, honaluat par Sénbqne, se distiogue rtellemeot do bien dont elle n'est qu'on degré éminent. L> beauté ne peut élre prise ici que métaphoriqu émeut, elUcompaniioo mfmede CJcéroD le prouTe ; La beauté des formes visibles cause une émotion el un cbarme sensibles, movet oculos, delectat ; elle a un attrait et une grice parUculi6re. lepore. Le itteonim est une émolioii interne, une émotion de la volonté, epprvbalumem, qui n'a nul rapport svee les giices de la beauté véritable. Tutc., IV, 13. Opinùmum judiciorumque Kquabilitas et constanlia .. virtutem tubiefueni aut vtrittlit nm ipsam continens pulehriludo vocator. Mais elle ne mérita ce nom que par comptraison, comme le dit Cicéron. Id., IV, 13, ex cotlalioiK utimnr. ' Id.. 100. t'o inixoB[ioOv.
* Id., 130. TÔv Iputa tKiGoXfiv filoicaiCoi; £ià icili^oi î|iLfaivi|uvBv.
> Id , 100. TÔ «Uiw; cr^iiiutpov. Cbi7sipp. dans Gai., Hipp. el PL D., t. Y, ii8. th il xàUe: iv in i£>v (lopiuv iTU)>p.iTpiii.
• Cic , de Nal. U.. \{. M.
» Cic., «te N. U., Il, «.
plaisir, comme on en a la preuve dans les industries et les arts *.
Ohrysippe, dans son ouvrage De la Nature avait écrit : t La nature a créé beaucoup d'animaux uniquement en vue de leur beauté; c'est la preuve qu'elle aime le beau et se plaît à la grâce*, t Dans l'organisme animal, il y a des membres sans fonction utile à la fin, et qui ne s'expliquent que par la grâce qu'ils donnent au corps ^. Tout ce qui est l'œuvre de la nature, les choses mêmes qui paraisssent odieuses ou horribles, ont leur attrait et leur séduction, e/ei -ziUxj/jipi xal eTrotYO)yov ^. Le monde est beau, xaXb; Sa b xd<Tp.o;.
Mais malgré ces traits épars que la conscience d'un Grec, fût-il stoïcien, ne pouvait pas ne pas contenir, le Portique n'a pas eu de théorie esthétique et n'en pouvait pas avoir. S'il y a une beauté, elle est donnée dans la nature, et la preuve c'est que les arts ne se proposent tous qu'un but : c'est de l'imiter s, et, bien loin d'y ajouter quelque perfection, ils ne l'imitent jamais qu'imparfaitement.
Il n'est donc pas étonnant que nous ne rencontrions chez les Stoïciens rien qui se rapporte aux arts, si ce n'est à l'art de l'éloquence qu'ils n'ont guère traité qu'au point de vue technique et pratique. C'était d'ailleurs pour eux une science plutôt qu'un art, i7ri(iTr,fiL7|v ou^av ô, la science de bien dire : ce qui signifie pour eux la science de dire la vérité '', et implique qu'il fallaitau préalable la connaître. Xénocrate, en vrai platonicien, l'avait, il est vrai, déjà ainsi définie ; mais il entendait le mot science dans son ancienne signification, comme un art. Les Stoïciens le comprennent autrement : ils
^ D. L., vil, U9. oToxaCeoOat xat YiSovf,;.
* Plut., Stoi'c, Rep., 21. çtXoxaXoOaa xa\ x°^^?^^^^ ^i notxiXfa.
' Cic, de Fin. y 111, 5. Jam membrorum alla... nullam ad uUlitatem, quasi ad quemdam omalum.
♦ Plut., PL PhiL, I, 6, 2.
s M. Aur., XI, 10.
« D. L., vin, 17i.
^ Prolegg. Hermog., Rh. Gr., W., t. VII, 8. c Les Stoïciens appellent tb eu Uy^kv, dire la vérité, tàXifiTi Xiytiv.
CHANSNtT. — Ptychologie, 12
veulent dire par là que l'éloquence exige des pensées solides et des raisons évidentes ou prouvées, pcSa^aç xaraXi^^ctc, et qu'elle ne se peut trouver alors que dans la sagesse. Elle ne diffère de la dialectique que par la forme de l'expression plus abondante et plus lâche, moins tendue, moins vigoureuse^ ; c'est là ce que Zenon exprimait par une image bien connue : c Zeno quidem manu demonstrare solebat quid inter bas artes interesset. Nam quum compresserat digitos, pugnumque fecerat, dialecticam aiebat esse ejusmodi; quum autem diduxerat et manum dilataverat palmœ illius similem eloquentiam esse dicebat^. t
* Sexl. Emp., adv. Math , II.
« Cic, Or., 32.