‹ Histoire de la psychologie des GresChapitre 17 sur 34 · I. u, X, 3, nuvEfiXi · texte numérisé non relu

I. u, X, 3, nuvEfiXi

al àSdfo'i ^

) Strab., 1. XllI, p. 589. ■ On pcul le consiilércr cDmm^ un ciloyen où il résida el où il u Ûl âti imfi parmi le^ pand^ persoDiiage:^ de li ville 3 Suid. V.

* U. L , X, !. xo[T'iiii(>i(iav Toïf SUoi; fi).(iaafEîv. Gassendi Indnil : I coDgressi cum céleris esl pbtfosopbalus. Je crois que cela signiOe qn'u «« mffg i ) taule des ludiieurs qui auisUit aui leçons des autres philosophes.

' D. L., X, 1. liii ànoçnivioSai vr|V ànVJisO nîrfiilaa-v arpio^v,

' C'esl souï ce nom que Ëpicure lui-mjnie, dus toa tesUmeat. dËsine Vtah TOï x^Boy, D. L„ X, n, D, L., X, 10. i. ï.:. x^it«. Suid., ;■, liîulii^^

' Aihen.. Xlll, 688, b. £■* tdï; t^itoi;. Peirun., Epigr, dans rbeùreDxe'el ssir luelle restitulioa de Gassendi :

Ipse paler veri doclis Epicurus in Horlis Jussil... Juveoil. XIV, 19. Par>is .«ulTccil in liurlis. Senec,, Ep., il. W. Uuuui adieris ejus borlulus. Cic, de Orat., III, 17. la horlulis quleseel suis.

* Plin., H. Nal.. XIX, c, 19, p, tB5. Panck. Primm boc inUiluii Aib«iiûi otÛ li

à se procurer ainsi réunis les agrémente de la vie d'une grande cité et les charmes de la campagne *. Senèque nous apprend que rentrée de rÉcole était annoncée par rinscription suivante : • Hospes, hic bene manebis; hic summum bonum voluptas est *. » Ces jardins furent dans la suite menacés d'être détruits par la passion de bâtir de C. Memmius qui avait obtenu de l'Aj^éopage un décret qui l'autorisait à construire sur ces mêmes terrains ou des terrains qui en dépendaient. L'épicurien Patron, successeur dans le scholarchat de Phèdre, usa de son crédit auprès de Cicéron, pour obtenir de Memmius qu'il renonçât à s'emparer de ce domaine situé à MéUte qui tombait déjà en ruine, Epicuri parietmarum^ en invoquant à l'appui de sa réclamation : honorem, officium, testamentorum jus, Epicuri auctoritatem, sedem, domicilium, vestigia summorum hominum, qu'il avait, disait-il, en qualité de successeur d'Épicure le devoir sacré de garder et de défendre ^. Il faut croire que ces ruines furent réparées, ou que le mot dans la bouche de Cicéron n'était qu'une figure oratoire, si la conjecture de Gassendi est fondée. U suppose en effet, non sans apparence de raison, que l'emplacement, th XtDp^ov, qu'on montra deux siècles après Cicéron à Pausanias sous la désignation de o{ Ki^ttoi, pourrait bien être les Jardins d'Épicure dont l'École était à ce moment là même (174 ap. J.-Ch.), très florissante. Or on y voyait une statue de Vénus, digne d'admiration au milieu même des œuvres les plus célèbres d'Athènes, œuvre d'Alcamène, élève de Phidias

Hurtorum) magisler (aiprornm villarumque delicias Domine Hostonim in ipsa orbe possidere) : usque ad eum mos non fueiat in oppidis habiUri.

^ De là répilhèle que lui donne Tépigramme de Fhanias (Ânthol. Pal., VI, 307, 6;. '£mxo\3pou xv)7coX6yoU) 0^ lo surnom d*an des scholarques, Apollodore, appelé xiQicoTupavvoc.

* Sen., Ep., 21, 10... et inscriptmn noUveris.

* Oie, ad Atlic, V, U ; V, 19; Xll. 23; ad Fanul., XIII, 1. C'est par une heureuse et ingénieuse restitution de Gassendi qu*on lit aiiyourd*hui (adAUic., V, 19) : Qu» de parielinis in Melite . laboravi, au lieu du texte ancien incompréhensible : Qua de Tarentinis in Oiilitia laboravi. 11 e^t probable que Cicéron exagère Tétat du domaine d'£picure pour faciliter à son ami la renonciation à son projet, en loi montrant qa*ii renonçait à bien peu de chose.

t08 HISTOIRE DE LA PSYCHOLOGIE DES GRECS

et près de là un Temple de Vénus, orné d'une statue de Vénus Uranie *.

G*est là qu'Épicure passa sa vie tout entière depuis son retour à Athènes qu'il ne quitta que deux ou trois fois pour faire de courtes visites à ses amis dlonie ^ ; elle s'écoula dans le célibat et fut consacrée absolument à la science et à l'amitié. Outre ses frères qu'il sut passionner pour la philosophie 3 et pour sa personi^e, ses amis Métrodore, Polysenus, Aristoboulos étaient sa joie et son orgueil; il les soigna dans leurs maladies et pleura leur mort ^, car il eut la douleur de perdre ses frères qui succombèrent à de graves et cruelles souffrances. C'est là que vivaient avec lui tous ses adeptes \ qu'on appelait ses enfants ^ non pas qu'ils missent tout en commun, comme les Pythagoriciens ; car il trouvait que cette communauté obligatoire était plutôt une marque de défiance que de confiance envers ses amis t. Chacun contribuait volontairement et libéralement de sa fortune et de ses ressources propres aux frais de la vie commune et aux dépenses de TÉcole ^. Mais pendant le siège d'Athènes par Démétrius en 294 et la terrible famine qui décima la cité, Épicure, quoi qu'il ne fut pas riche, fit vivre ses amis et partagea avec eux son maigre festin de fèves®. Il ne s'était pas marié : on l'accusait d'avoir eu des enfants d'une Hétaïre de Cyzique, qui aurait été en même temps la maîtresse de

* Pausan , I, c XIX. ê; ôè xb ^wpt'ov h Kr,«o'j; ovojidcCou^i xai tîj; 'AçpoS:- TT,; xbv vabv... xb 2è âcyaXpia xî;; 'AçpoSîxr,; èv xoîç KT)icotc Ifpyov iax\ *AXxx|jLévouî xa\ xcbv 'A9r,vY;fftv ev Xôyoc; Ola; àÇiov.

* D. L., X, 10. aJxôÔi xaxaV.wvai 3t; îj xpiç xoùc i«p\ xt^v 'luv^av T6irov; icpbc XOUC 9ÎX0U; o'.aopafxôvxa.

* ffvvevOouaiwvTwv» dit Plularque {de Frat. amor.).

* IMut., N. pass. suav. viv. Sec. Ep., ti. ex6dtp<rrj(ia xa> y^Ooc 7)9av wv toiic Tcyei'o-xo'j; Oeositcs'jwv vorroOvTa: î?, xarxaOpr.vwv à7to6vy,<Txovxa; 5'.exiXe<je.

* D L., X. li. (T'jvîo'.oOv auxf;> èv xw Kr,7ta>.

* Sexl E^np., Malh., IX, 6i; VI, 19. 'ETCixoùps-oi naîôe;.

' (TyvT:-;E'.;. Conf. Goiiiperz, H»Tmès, l. V, p. 392. I). L.,X, 20. r.|ji:v xP^^xv cv xoT; lô'ioi; 7cxp£T-/-/;(j£voi. Id., X, 14. Plut., 6o/., 18.

^ D L*. X, 11. xoivà xà ftXcov... àiii(rr:»*jvx(i>v yocp elvat xb xotoOrov- cl i* àicî(TXb)V, o\i6ï 9:X(i>v.

» Plut, Demtir,. 34.

Là psychologie D*ÉP1CURE 209

Polyaenus, et pour mettre le comble à la calomnie on prétendait que sa mère en était heureuse *. Sa santé comme celle de ses frères avait toujours été délicate *; pendant sa jeunesse, d'après Timocrate 3, que s'empresse de répéter Suidas, il fut plusieurs années incapable de quitter sa chaise ou son lit ; ses yeux très faibles ne pouvaient supporter ni la lumière du soleil ni Téclat du feu ; il était affligé d'une dyssenterie sanguine, et une sensibilité extrême des tissus lui rendait intolérable le poids même de ses vêtements *. Il devint hydropique, ce qui ne Tempêchait pas d'inviter à sa table ses amis et de lever son verre avec eux ^ ; enfin il fut atteint de coliques intestinales affreuses et d'une rétention d'urine, causée par la pierre ^ ; croyant son dernier jour arrivé, il écrivit à plusieurs de ses amis des lettres conçues en termes peu différents : « Au moment où j'écris ces lignes, dit-il dans une lettre dont on n'a pas conservé l'adresse, il y a sept jours que je souffre d'une rétention d'urine qui ne m'a pas laissé un moment de répit, et les douleurs sont telles que je sens qu'elles m'apportent mon dernier jour. S'il m'arrive malheur, prends bien soin des enfants de Métrodore '^. » Sa dernière maladie dura 14 jours, plus longtemps qu'il ne le croyait ^,

^ Plut., N. po88. 8uav, vit. sec. Ep., 16. xai xotv^ (icTa toO IloXuafvou icai- $07COtou(Uvov èx Tr,c Ku2^ixr,vr,; ixaipoLi.

' Métrodore avait écrit un livre : icep\ ty|c 'Eicixo\Spou àp^bxrr'ac. D. L., X, 2i.

' D. L., X, 7. to Te (râ)(ia êXeetvôx SiaxetaOat, cdc icoXXûv èrûv piT) ÔuvoiaOat àicb ToO 9opetou (Suidas dira xXcvy);) ôiavatrrTjvac. Suid., v. Sen., Ep., 66. Mais valetudinis et dolorum gravissimorum professioDem.

* Suid. V.

^ D. L., X, 15. XtOa> Tûv oCfpcov iicio^eOévro».

^ Plut., N. poss. suav. viv. sec. Ep., 16. v6<r(p voo&v àoxtTT) Ttvàc iirrtaaetc çtXcov mJVYJYC xat oùx èfôôvei x^c icpo(ts(yci>yt)C toO OypoO t^ udpcoici.

7 Philod., Vol. Herc., 1, 1S8. La lettre adressée à Hertnarchus, d'après Cicéron, de Fin., Il, 30, à Idomenée, d'après Diogèue, X, 22, est conçue en ces termes : « C'e^t le dernier jour, et en même temps le jour le plus heureux de ma vie, que je vous (upiiv) écris ces lignes : J'éprouve en ce moment même des difficultés d'uriner et des douleurs d'entrailles si cruelles que rien ne saurait ajouter à leur intensité. Mais ces souffrances sont compensées par la joie qu'éprouve mon âme au souvenir de nos entretiens philosophiques. Quant à toi {al dé), conformément aux sentiments dévoués que tu as témoignés dès ton enfance pour moi et pour la philosophie, prends bien soin des enfants de Métrodore. »

^ 0. L., X, 15. T)iiipac vooi^aavTa Tetf^apcoxaiôexa.

Ghâicnet. — Psychologie, 1

9t0 HISTOIRE DE LA PSYCHOLOGIE DES GRECS

et sa mort arriva sous l'arcbontat de Pytharatus, la 2* année de la 127* Olympiade, c'est-à-dire l'an 270 avant J.-Ch. Épicure avait alors 72 ans ^ Le dernier moment arrivant, il se fit donner un bain d'eau chaude dans une baignoire de bronze, sans doute, comme Socrate, pour éviter aux femmes de rendre à son cadavre ce triste et dernier soin ; il demanda une coupe de vin pur, recommanda à ses disciples de ne point oublier ses leçons et ses doctrines, et, après l'avoir bue, il mourut '. Athènes éleva en son honneur des statues de bronze 3. Il avait légué sa maison et ses jardins de Mélité et toutes leur» dépendances à Hermarchus et à tous ceux qui devaient lui succéder pour y professer sa propre philosophie.

Le testament ^ qui contenait ces dispositions et assurait la durée de l'École, semblable aux testaments des scholarques péripatéticiens, était rédigé dans les termes suivants ^ : « Par ces présentes"^ je donne tous mes biens ^ à Amynomachus, fils de Philocratès, du dème de Bâté, et à Timocratès, fils de Démétrius, du dème de Potamos ^ conformément à la donation déjà faite en leur faveur à tous deux et transcrite au Mêtrôon*^ à condition qu'ils mettront le jardin et ses dépendances à la disposition d'Hermarchus, fils d'Agémar-

' D. L., X, 16, d*après Hermippe.

s Cicéron Ta analysé et résumé, de Fin , H, 31.

^ Conf. Bruns, Die Tettamtntt d. Griech. Philosophen, ZeiUchr. d. Savîyfiy- Stiflung. Roem. Abth., I, i6. Daresle, les Testaments des Philos, grecs. Annuaire de TAssoc. d. Etud. grecq., t. XVU, p. 18.

^ D. L., X, 17. xoiTà xafie. Gassendi traduit ea conditione, et M. Dareste le suit. Je ne crois pas que ce soit le sens; la formule de la condition est iç'^.

8 II parait qu'Épicure, s'il n'était pas dans l'opulence, comme le dit Suidas, (v. Etc.) oûx mv ev noXuteXeia, était devenu fort à l'aise. M Dareste remarque que c'est le premier exemple d'une donation universelle.

* Qu'il ne faut pas confondre avec le frère de Métrodore, fils d'Athéneos on de Timocrate et de Sand<$ D. L., X, ti. Gomperz lit Kassandra.

10 Le testament ne fait donc que confirmer une donation entre vifs antërienre. On ne connaît rien de ces légataires universels.

chus, de Mytilène, et de ceux qui se sont associés à lui pour se livrer à la philosophie, et des successeurs (StàSo^ot) auxquels Hermarchus laissera l'École, afin qu'ils vivent en philosophes *.

Je recommande à tous ceux qui ont adopté notre philosophie, toTç (piXo-rocpoOdiv àirbTjfxuiv, d'aider de toutes leurs forces Amynoraachus et Timocratès^à conserver TÉcole du jardin, et à leurs héritiers de prendre toutes les mesures les plus sûres possibles pour conserver le jardin, comme devront le faire tous ceux auxquels nos disciples le transmettront.

La maison de Mélité sera mise par Amynomachus et Timocratès à la disposition d'Hermarchus pour qu'il l'habite toute sa vie, lui et ceux qui se livreront à la science philosophique avec lui.

Les revenus des donations faites par nous à Amynomachus et à Timdcratès seront partagés dans la mesure du possible avec Hermarchus, et ils veilleront tous à ce que les offrandes mortuaires soient faites à mon père, à ma mère, ù mes frères et à nous-même, chaque année le premier dixième jour de Gamélion, où Ton célèbre habituellement le jour de ma naissance *, et à ce qu'aient lieu chaque mois, le 20« jour de la lune 3, suivant Tordre prescrit, les réunions

* èvîtarptêeiv xaxà çtXoaoç^av.

* D. L., X, 18. et; tt)v ei6t(T(iévr// céYe<rOat. Pourquoi avait-on pris pris cette habitude. puisqu'Épicure était né le 7? Il y avait peut-être un autre anniversaire de famille qu*on voulait faire coïncider avec celui de sa naissance.

3 Appelées pour cette raison (D L , 18), elxâSs;, d*où le nom dVixa3:<TtiQ; donné aux Épicuriens. Athen., VII, 53, 298, b. Plin., //. Nat., XXX, 2 (360 ans après la mort d*Épicure) : t Natali ejus vicesima luna sacrificant, feriasque omni mense custodlunt quas Icadas vocant. « Ce sont ces prescriptions, qui lui paraissent peu dignes d*un sage, qui font dire à Cicéron Ide Fin,, lU 31) que ce testament est : c Hominis belli et tiumani, sapientis vero nullo modo »... Ons^ro... quid sit quod... tam accurate tamque ditigenter caveat et sanciat .. ut... heredes sui... dent qund satis sit ad dicm agendum natatem suum quotannis mense gamelione itemque omnibus mensibus vicesimo die dent ad eoruni epulas qui una sccum philosopliali sint, ut et sui et Metrodori memoria colatur. > Je ne vois là rien qui soit en contradiction avec la doctrine épicurienne de la mortalité de l'âme. Ëpicure, en instituant ces repas qui réunissaient tous les membres de Tlnslitut à des époques fixes et périodiques, obéissait à la tradition grecque d'une part et à un instinct de conservation qui avait inspiré les mêmes usages à UmUs les autres Écoles. On connaît les repas

de tous ceux qui ont adopté et pratiquent notre philosophie, instituées en souvenir de nous et de Métrodore.

Ils célébreront, comme nous-même, en commun le jour natal de mes frères, dans le mois Poséidon, et celui de Polyœnus, au mois Métageitnion.

Qu'en outre Amynomachus et Timocratès veillent sur Épicure, le fils de Métrodore, et sur le fils de Polyaenus qui étudient la philosophie et vivent avec Hermarchus ; qu'ils veillent aussi sur la fille de Métrodore, et si elle se conduit bien, si elle s'est montrée docile aux conseils d'Hermarchus, qu'ils la marient, lorsqu'elle sera en âge, au mari qu'aura choisi Hermarchus parmi nos philosophes.

Pour l'éducation de ces jeunes gens, qu' Amynomachus et Timocratès prennent sur nos revenus ce qui leur aura paru convenable d'employer chaque année pour cet objet, et qu'ils s'entendent pour cela avec Hermarchus.

Qu'ils s'adjoignent Hermarchus pour régler souverainement l'emploi de nos revenus, afin que l'homme qui a vieilli avec nous dans la philosophie et que je laisse comme chef de nos compagnons d'études participe à toutes les mesures à prendre.

Quant à la dot de la jeune fille, lorsqu'elle sera en âge de se marier, qu' Amynomachus et Timocratès contribuent à la faire, en prélevant, après avis d'Hermarchus, sur les revenus, ce qui sera possible.

Qu'ils veillent aussi sur Nicanor, comme nous l'avons fait nous-mème, afin que tous ceux de nos philosophes qui nous ont aidé de leur fortune propre *, qui m'ont témoigné un

politftiues réglés par les lois, Athen., V, 185. tùv £è Seticvcov icpovooOvtec o\ vo(io- Oitai ta Te, çu/etixà oelitva xat xql dr,(ioTtxà. icpojéta^av eti 5è Toùc Otâoouc xa\ Ta 9paTixà xa\ icâXtv opyscovcxâ ; puis les rcpas comoiuns, o\3vo6o(, des Diogénistes, des Antipatristes, des Panaetiastes. C'était un moyen de maintenir l(*s relations personnelles des membres et en même temps Tunité de doctrine. Quoi d'étonnant qu'Ëpicure, comme Théophraste (Atben., V, 18G), y ait pourvu par des prescriptions testamentaires et des legs particuliers.

* D. L.„ X 20. Y)itîv XP*'^^ ^^ '^^^^ tôiotç icapsvx^Mvot.

U PSYCHOLOGIE D*ÉP1GURE 213

dévouement absolu et ont pris la résolution de vieillir avec nous dans la philosophie S ne manquent jamais du nécessaire, autant qu'il dépendra de nos ressources.

Qu'on donne à Hermarchus tous les livres * que nous possédons 3.

Si quelqu'un des accidents auxquels est sujette l'humanité enlève Hermarchus avant que les enfants de Métrodore soient arrivés à leur majorité, qu'Amynomachus et Timocratès leur fournissent, s'ils se conduisent bien, tout le nécessaire, dans la mesure du possible, en le prélevant sur les revenus que nous laissons.

Qu'ils veillent à l'exécution de ces dispositions et de toutes celles que nous avons prescrites , afin que chacune ait son effet, dans la mesure du possible.

De mes esclaves, j'affranchis Mus, Nicias et Lycon; je donne également la liberté à Phaedrion. »

La lecture de cette pièce, écrite avec la simplicité qui caractérise tous les documents de la même nature chez les Grecs, inspirera sans doute, mais sans la réserve qu'il y a mise, le sentiment qu'exprime Cicéron : elle n'est nullement indigne d'un philosophe, même d'un philosophe qui, sans croire à l'immortalité de l'âme, peut désirer que son nom ne soit point oublié ni de ses amis ni de ses adeptes ; elle atteste la prévoyance et la prudence d'un chef d'École qui cherche à

* Nicanor n'est connu que par ces traits.

> Les livres qu'il pos ède, ou ceux dont il est l'auteur? J'incline à croire que les mots Tot ^tÇkioL Ta Oicâpxovta r,(itv icâvta comprennent ces deux catégories. Malgré le dédain d'Épicure pour tous les philosophes antérieurs, TÉt oie avait certainement une bibliothèque et une bibliothèque philosophique.

3 Suidas (T. 'Etc. et v. r,Tt(i)v) prétend, d'après i£lien, qu'il avait prescrit dans son testanient, outre les dispositions qu'on vient de lire, c qu'on fit fabriquer des tables de pierre afin de lui offrir sur son tombeau des repas funéraires ». Le testament, comme on Ta vu, pst muet sur ce sujet. Les mots de Plutarque {de Occult. vivendo, 3), al xoivat xpâicsCoit, s'appliquent aux etxaSe;. Si le renseignement à*JE\\en est exact, ce dont il est permis de douter, la disposition qu'il mentionne a dû être contenue dans une des lettres qu'il a écrites à son lit de mort (D. L., X, 2i ; Pbilodem., V ; Vol, Herc.y 1, 128;, et qu'ont commentées Gomperz et Spengel, Hermès, t. V,

îl I IIISTOtr.E DE U PSÏCilOL0G:E DES GREIS

assurer lu (luri^e d'iiu établissement qu'il a fondé el {a pW" pétuité d'iiiifl doctrine qu'il a découverte: elle ri^vèle la bontf et la tendresse d'un homme, hominis belli atque humani,

La polémique des Écoles rivales ne retita pas sur le terrain de la science et de la philosophie : les attaques derinrenl personnelles, et, bien que postérieurement à Épicure, les Sidciens essa yèreat de compromettre la doctri ne en déshonorwit son auteur et en flétrissant son caractère et particulièremwit ses mœurs'. Ils l'accusèrent de flatlerieservile en vers lespaissants, d'orgueil ot de déloyauté pours'être attribué l'inventiM de doctrines qu'il avait dérobées et pillées à Démocriteeti Aristippe, d'immoralité pour avoir souillé un de ses frères, avoir entretenu une correspondance des plus obscènes* ata des courtisanes et particulièrement avec Léontimn, donl il aurait partagé les faveurs avec Méfrodore; pour avoir fait de son École une sorte de Vaste lupanar où l'on se livrait à toutes les débauches de la tabie et de l'amour ; pour dépenser à ses repas de chaque jour une mine (près At 100 fr.); pour avoir enfin pratiqué sa maxime ignoble qali n'y a d'autres plaisirs que ceux du ventre 3, Il est difficile d'ajouter quelque crédit à ce torrent d'injures ; sa easti délicate n'aurait pas résisté à de pareils excès , cooln' lesquels protestent dailleurs des témoignages authentiquas, aussi bien que l'interprétation loyale de sa doctrine do plaisir.

Ce professeur de volupté, magister voluptatis, comun" l'appelle Sénèque, dans une lettre àPolyiunus, se vante d'avoir été plus sobre que Mélrodore qui dépense en un jour pour sa

■ On lii dans ud rouleau d'HerculaDum (Gomp., Zeitichr., 1686, p. 694. Vsn,

p. IJi9) : * Pal)g9nus flûl de csnclire. du s«nltnicaL>, de rapports si ûs^ envers loul 1e muoile, qu'il se ù\ des amis ries |jhi!oi<)|>tie!! des autres sectes rt * ceui du Pcct'ile, i,ar lesquels Ëpicure lui Écrivit suus I'Ai-cIiiiqUI de PhiliiuM et - • i:ei Vi'boQtal lotube. 01. lîS, l'an t9t av. i -Ch. U daie d'une luiru iritre m k mtate si^et a disparu du nmluu hriif.

> C'est Diuliiue le slolcieu qui ni cirrulvr Mins son nom rc i-eriieii ,ie sO IMU«>

L\ PSYCHOLOGIE D'ÉPIGURB 215

nourriture un as tout entier, tandis que lui, Épicure, est arrivé à n'en dépenser qu'une partie *. Mon pauvre corps, dit-il, est saturé de plaisir, quand j'ai du pain et de l'eau. * Envoiemoi du fromage de Cythnos, afin que je puisse, quand je le voudrai, me livrer à un grand régal.

Le régime alimentaire de l'École était, d'après Dioclès, des plus simples et des plus sobres ^. Un cotyle d'un petit vin leur suffisait; le plus habituellement ils se contentaient d'eau pure pour leur boisson*, le pain sec et l'eau pure donnant à celui qui a faim et soif, un plaisir aussi délicieux que les mets les plus recherchés. Il faut bien peu de choses pour réaliser le plaisir qui est la fin de la vie ; car il consiste uniquement dans l'absence de la douleur. Quant au commerce des femmes, loin de s'y abandonner et d'en favoriser l'abus, Épicure prétend qu'il n'est ni nécessaire ni utile à la santé, ce que le médecin Galien trouve excessif et faux au point de vue hygiénique s. La tempérance comme la sobriété sont un grand bien ^. Atteint d'hydropisie il rassemblait encore ses amis à sa table et, quoi qu'il en dût souflfrir, ne refusait pas de lever son verre avec eux"^. Pendant ses crises, et elles étaient fréquentes et intenses, ce n'était pas, comme tous les malades, de ses douleurs qu'il s'entretenait avec ses amis, mais des questions principales de la philosophie, et il relevait ce fait psychologique singulier, qu'au milieu même des souffrances de la chair, l'âme, qui les ressent, peut garder la sérénité et goûter son plaisir et son bien propres «. Sans demander de

* Senec.. Ep.^ 18, 9. Gloriatur non toto asse pasci, Metrodoniro, qui nondom tanlum profecerit, toto.

s Stob., FloriL, XVIII, 3i. D. L., X, 11. Conf. Sen., Ep., 21. Te polenU excipiet et amiam qaoqne large ministrabit.

* D. L.. X, 11. eyreXéoTotta xa\ XiTéraTa.

* Id., id. xoTuXiQ... olviîtoy T)pxoOvTO*Tb ik icSv {jBtûp T)v aÛToT; icot4v.

> Gai., t. I, p. '371, et t. V, p. 911. o08e(&ta xP?)<7tc Oyieivy). Id., t. XVll.

^ Plot., N. poss. tuav. viv. Sec. Ep., 16. v6aa> voafi>v otaxitT).

^ 11 troQTait même, je ne sais qaelle douceur particulière jusque dans les larmes que lui faisait verser fe souvenir des dernières paroles de son frère. Plut , N. pou. ttitfv. viv. 9tc. Ep.y 16. TÛv iff^otTCAv^ Xhyw* (i.e|Lvt]|Uvo;* èTi^xcre t^ fUTot Socxp^Scov ISiOTpoTio ir)6c»v^. /d., 28. rfi\i t) ç^Xou |iv^|it) tc6vy)x6to;.

tl6 HISTOIRE DE U PSYCHOLOGIE DES GRECS

remèdes aux médecins, il trouvait que, même dans l'état de maladie, la vie peut encore être belle et bonne, h p^oç riytzo eu xal xaXwç, et c'est le stoïcien peu suspect, Marc- Aurèle, qui nous conserve et nous rapporte cette pensée *, qui n'est pas sans doute celle de Pascal, mais qui est plus vraie, plus humaine sinon plus profonde. Il a des mots et des préceptes tout stoïciens : c'est surtout, dit-il *, quand tu te trouves mêlé à la foule qu'il faut te retirer en toi-même, in te ipse secede. Comme les Stoïciens, Épicure !nous prescrit de choisir un honnête homme que nous ayons toujours sous les yeux, et sous les yeux duquel, pour ainsi dire, nous accomplissions tous les actes de notre vie, un gardien et un directeur 3, ff aliquis vir bonus nobis diligendus est ac semper ante oculos habendus, ut sic tanquam illo spectante vivamus... Epicurus praecepit. Custodem nobis et paedagogum dédit. » Qui ne croirait entendre Épictète?

Diogène de Laërte prétend que toutes les calomnies contre les mœurs et le caractère d'Épicure sont l'œuvre d'insensés. Il appelle en témoignage pour défendre sa mémoire la reconnaissance et le respect des Athéniens qui lui élevèrent des statues, le nombre immense de ses amis qui auraient pu peupler des villes entières ; l'attachement inviolable qu'ils lui gardèrent tous; son affection tendre envers ses parentset ses frères, sa douceur envers ses esclaves; sa libéralité envers ses amis; son souvenir religieux des parents et des amis que la mort lui avait enlevés ; sa piété envers les dieux*, et surtout son amour des hommes, ©iXavôpwTc^a^,

Il est certain que si Épicure, surtout après sa mort, a été odieusement calomnié et diffamé, il a été passionnément

« M. Aur., IX. il.

' Senec, Ep,^ 25, 6.

» Sen., Ep., II, 8.

* D. L., X, iO. TT|; «pb; 6eoi>; iaiOTrjT©;.

^ Ne repous.<6 pas la prière de l'ennemi qui implore ton assistance, mais prends tes précautions; car il ne diffère guère d'un chien. Maxim. Monach., 66, Usener, p. 16A.

U PSYCHOLOGIE D*ÉPIGURE Î17

aimé. Ses disciples portaient sur eux et avaient partout, jusque dans leur chambre à coucher, son image, qu'ils faisaient graver sur leurs anneaux et sur leurs coupes * . Ils donnaient à Périclès le prix de la politique, à Apelle le prix de la peinture, à Phocion le prix de la vertu, à Épicure le prix de la science*. Ils allèrent même jusqu'à l'adorer comme un Dieu ^ le Dieu de la lumière, le soleil.

Cette image nous a été conservée. Gassendi en connaissait déjà quatre exemplaires, l'un gravé sur un camée que lui montraEryciusPuteanus* à Louvain ; un autre est une statue placée à l'entrée du palais intérieur des jardins du cardinal Lodovigi etdont Gabriel Naudé lui envoya une copie dessinée par Howen, peintre de ceprélat; un troisième était conservé dans le cabinet de Gaspard MonconisLiergues, juge à Lyon. Ces trois effigies avaient entr'elles, ditGassendi, une très grande ressemblance. Enfin, il en a connu une quatrième : c'était un moulage en plâtre, fait d'après une statue placée dans le trésor de la reine Christine, que BourdelotavaitrapportéedeSuèdeàParis, où elle avait été acquise par M. deMonmort^. Le buste gravé sur bois qu'Usener a mis en tête de son volume Epicurea^ est fait d'après une photographie du buste en bronze d'Herculanum, reproduit dans Comparetti et de Petra®. La tête est forte :

I Plin., H, Nat., XXX, V, 5. Epicarios vullus per cabicula pestant ac circum fenint secnm. Cic , de Fin.» V, 1,3. Imaginem non modo in tabulis nostri familiares sed etiam in pocalis et in annulis habent. Gassendi nous rapporte que quelques savants, enlr autres un nommé Rivière, avaient supposé que le nom d'ccxadiorai donné aux Épicuriens vient du mot eixcuv, imase, portrait : hypotiièse qu'il repousse avec raison, et qui est contraire à toutes les lois de Tétymologie.

s PbUod., Vol. Herc, II, 192 (Jsen., p. i05.

' Pbil., Col. 17. Toî; yhwoLtji'^ aÙToO itpoaéiceaev (Colotès), N.^ p. 9uay. viv. $ec,y Ep.f 18 Ktt>X(oTV); (xkv aOrov... icpo(niuvi^aeiev yovexTcov &<|;a|uvoc. Epicure raconte le fait lui-même dans une lettre à Colotès, où il prend la chose en plaisantant, et termine en lui disant qu'il lui a rendu la pareille. Il appelle même cette singulière fantaisie de son ami, êiciOu(xv)(i3 ârv»aio>6YY]Tov, un désir que la nature ne contient pas et n'explique pas ; et c'est évidemment un re()r3che, un blâme railleur que de lui dire : Rappelle-toi que, moi aussi, à mon tour, je t'ai sanctifié et vénéré : âvOiepoOv acavrbv xat âvTiaièeaOai.

* S'agit-il d'un des frères du Puy, de Paris, ou du chevalier del Pozzo, de Rome?

* Gassendi, Prxf. sut fin

* La villa Ereolaneu, tab. XII, 5-7. Conf. Visconti. Iconagr, grecq., h P- tlO, t. XXV. BiQS. Pio Qem., VI, t. 34.

B U nv>;i)OLOGiE DBS GBWI?^ 'i*

les traits, le nez sartoot accentués; lee lèrtm if l'expresBion calme, bienveillante plutdt qne sévère, et simple, mais sans esprit, a&ns grâce et sans soimn;aBi( B'étoDne pas que lonqu'il vtnilait être aimable et platmtB. ses compliments, comme on le lui reprochait, ne sentiacd l'effort et ne fussent lourds'. Cicéron le jugeait bien {■ ces épitbètes : bomo minime vafer*, non ad Jocanâam iif6t simus*, non facetus, minimeque resiplena patriun*. D n'y a rien dans ce visage, comme U n'y avait, daosson st^ rien de la grâce et de l'esprit attiques.

Un des reproches les mieux fondés adressés & ^ûctiie,M serait d'avoir prétendu à une originalité complète, n'avoir Jamais entendu que lui-mémo *, et d'avoir ténuBiri pour tous les génies qui l'avaient précédé un mépris injnrioa et injuste ; car il avait eu certainement des maîtres, curiosité scientiSque s'éttdt éveillée très jeune, comme cdi de Pascal, la lecture des livres de Démocrite * détennin avec plus de précision le sens de sa direction pfailosopbîqi Ces ouvrages lui avaient été sans donte prêtés et interpréÉJs par Nausiphane, qu'il avait ctiteodu à Téoa'', où cedisci|il( de Pyrrhon, qui appartenait à l'École des Atomîstes, gnait avec talent à. do nombreux disciples les sciences e; particulièrement la rhétorique.

' U. L., .X, ô, en l'ci'ivant » Li'untiuui, il l'ippellc llitàv £vxï, ei lai dï ipoToSepOSau tiiiS; ivJnXr.gx; svaYvôvto; aoU th îic((rTâ).iav, à U fesuM t UonUus, Tljviiiisia, il dit i si tous M vcnci p3i lue voir, en Irob baïultjt M* cbei TDUi, TpiKÛXioTo: ; i Pyllioclès ; J'atlcnds la leaaa d&âfie et dirine, liur^

X3i\ EoÔBeÔï (TOU tr<Jo3«.

^ De Sal. D., I. 31.

» Id, iil . Il, n.

' H . Id., I. li.

> D. L.. X, 13. airt; !à o3 çr,»iv, B)J.'ia-«aO.

' D. L,. X, ! iiepiTU2''VTa toI; A>;|i.oxpiTOU pitllot;.

^ Cit., de S'at. D., I, "ii. In Kau:ûjihanB Dcmocrileo teoelur. quem quum IMM ncgel aiidiiiim. Id,. I, 33. NmisiiibaiMn niagislrum suuni a quo non oibû didi»* D. L., X, 13 et U. Kïv-ïiçïvrj;... si *»i inoûoa! fjioiv (Antigone} aiT«.li lexle de (Jcéron, non negel, tîl cuniraîrc ^ iMilui de Dîogène qui dit : g^ «g» Le oiottpfe non vuU, de Xat. D., I, !6, se rapporte à Xéaocrau. Sext. Emp., JMk. 1, 1. ( ï^icare devenu son disciple (de N.iii-i|ih.ine', fp-j-ro ék Kxvn; t^tcn-

LA PSYCHOLOGIE D-ÉPfCURE 2lO

Apollodore lui donnait aussi pour maître le péripatéticien Praxlphane qu'il avait pu connaître à Mytilène : ce qu'il contestait également*. S'il est vrai, comme le dit Plutarque*, que longtemps, dans sa jeunesse, il s'était nommé un démocritéen, il ne faisait qu'avouer un fait manifeste : il est manifeste, en effet, que la partie mécanique de son atomisme est empruntée à Démocrite ^. Non seulement Léonteus, un de ses plus fervents adeptes, écrit que Démocrite a toujours été tenu en grand honneur par Épicure, parce que, le premier, il a eu un pressentiment de la vraie science et rencontré les vrais principes de la nature, mais Métrodore, de son côté, l'un des quatre xaôïiYéfxoveç de la secte, reconnaît ouvertement que si Démocrite ne lui avait pas frayé le chemin, Épicure ne serait pas arrivé à la science même *. Antigone rapporte et Cicéron répète que lui-même reconnaît avoir entendu à Samos Pamphile le Platonicien s. A Athènes, il suivit les cours des philosophes de la seule École qui fut alors ouverte, celle de Xénocrate, quoi qu'il le niât, dit-on ®. Ses auteurs de prédilection étaient Anaxagore et Archélaûs, le disciple de Socrate ^.

Cest une prétention qui n'est pas rare chez les grands esprits d'oublier volontiers ce que le développement de

* D. L., X, 13. Un Métrodore de Chio passait aussi pour avoir étë son roaitre, Achill. Tatius (Isag., 5), Ignotœ statis, dit Diels» p. 17). « Épicure suppose Texistence d*ime pluralité de mondes comme son maître Métrodore, xa\ à didâ<rxx>o; auxoO MT)Tp65a>poc. Simplicius (m Ar, Phys., IV. p. 213, a. 27) ; Plutarque (Plac. Phil., I, 18); Stobée {EcL Phys.^ 18/ 1), disent seulement que sur la question du vide, Métrodore de Chio et Épicure suivent l'opinion de Démociite.

' Adv, Col., 3. IIoXvv yp6vov aûxb; iautbv àvr,Y6peue Ay](&oxptTetov... w; SXkot Te XÉYowi xai Asovrevc, un de ses plus fervents disciples ».

3 Cic, de Nat. D., I, 26. Quid est in Physicis Epicuri non a Democrito. /d., I, i3. Democritus cujus fontibus Epicunis hortulos suos irrigavit. De Fin , 11, 31 . Démocritus... quem illc unura secutus est.

^ Plut., adv. Col., 3. Ttiiâ^Oai... xbv AiQt&oxptTov Oic'Eicixoupou... oOx av irpo^XOev. . iict tt)v aoçiav.

s Cic , de Nat D , 1. 16. D. L , X, U.

* D. L., X, 2 et 13. Eus., Prxp. Ev., XIV, 20. Tjxoutre, Sevoxpctxov;. Cic, de N. D., I, 26. Xenocratem audire potuit. . et sunt qui pntcnt audisse. Ipsc non vult.

no HISTOIRE DE LK PSYCHOLOGIE DES GRECS

leur génie doit aux autres , de croire très consciencieusement qu'ils ne relèvent que d'eux-mêmes. Descartes et Hegel en sont très sincèrement convaincus. Descartes, qui avait fait de fortes et solides études, déclare qu'elles ne lui ont servi à rien, et s'imagine, par l'hypothèse de son doute méthodique, qu'il a pu vider son intelligence et du contenu rationnel et des éléments formels de ses connaissances, et qu'il ne fait entrer dans son système que des idées a priori^ ou déduites de vérités premières que sa propre méditation lui a fait découvrir au fond de sa conscience. On a fait, et avec raison, la même critique à Hegel, qui croit remplir la forme vide et nue de Vidée par l'évolution de cette Idée même, tandis qu'il y fait entrer tous les faits psychologiques et toutes les notions métaphysiques que l'état antérieur de la science lui a apportées et qu'il a acquises et acceptées. Cette illusion, naïve le plus souvent, et qu'on a tort de confondre avec l'ingratitude, est peut être nécessaire pour fortifier la puissance et enhardir la faculté de l'invention. L'érudition est un fardeau, une chaîne qui affaiblit Toriginalité de la pensée. Les grands génies philosophiques*, Kant même, n'ont pas été des érudits, même en philosophie. Leibniz seul et Aristote font exception. Une certaine dose d'ignorance entretient l'audace juvénile, la confiance, la joie et l'espérance de ceux qui vont à la découverte des choses et des idées nouvelles. La faculté de l'oubli n'est peut être pas moins précieuse, du moins pour les philosophes, que la mémoire. Épicure loue parmi les esprits, surtout ceux qui sont arrivés à la vérité seuls, sans secours et sans appui, qui se sont frayé eux-mêmes leur chemin, qui ont trouvé en eux et en eux seuls la force et le ressort qui les a mis en mouvement *. Il faut avouer qu'Épicure qui se

* Liebig, Ueber Fr. Bacon, trad. en français par P. de Tcliihatcbef, Paris. 1866, a démontré l'ignorance scientifique de Bacon» en même temps que son incro3^ie ▼anité.

* Sen., £p., 52 Quosdam aît Epicums ad veritatem sine ullius adjutorio exiisse, fecisse sibi viam... quibus ex se impetus fuit, qui -e ipsi protulerunl

croyait, non à tort, de la race de ces esprits, a beaucoup oublié. Il prétend n'avoir point eu de maître, n'avoir écouté que sa propre pensée, en un mot être un autodidacte en philosophie, aÙToB^âaxToç , auTocpui^ç cpiXdaocpoç ^. Cela serait absurde s'il voulait dire qu'il n'a reçu aucune éducation intellectuelle générale ou philosophique ; cela l'est moins et est en partie vrai, si cela signii&e que la philosophie dont il expose le système n'a, dans les parties originales et les plus considérables, aucun antécédent dans l'histoire de la science. Il pouvait ne pas reconnaître sa vraie pensée même dans Démocrite, qui proclamait la nécessité comme principe des choses *, là où lui voulait montrer prédominante, sinon exclusive, la force de la liberté, et qui, comme Anaxagore, trouvait les sens de l'homme si faillibles et si bornés, qu'on ne pouvait fonder sur leur témoignage qu'une connaissance imparfaite et insuffisante. Il pouvait refuser de reconnaître comme l'initiateur de ses idées, comme celui-ci s'en vantait, le rhéteur élégant mais superficiel, Nausiphane, de la bouche duquel ne sortaient que les vides et ambitieuses magnificences de la rhétorique sophistique ^. Il pouvait ne pas s'avouer le disciple d'Aristippe le cyrénaïque, au-dessus duquel il s'élève de très haut en ne mettant pas tout plaisir dans le mouvement présent, c'est-à-dire dans la sensation actuelle. Il avait quelque raison de penser que ce qui faisait l'élément caractéristique et propre de sa doctrine était l'œuvre de son esprit, l'enfant même de son âme, pectore parta suo *.

* Seit. Emp., Math., Init., I, 3. D. L., X, 13. Cic, de Nat. D., I, 26. Gloriarelur... se magislrum babuissc nullum.

' C'est ce principe, qu il trouvait vide et faux, qui lui faisait appeler Démocrite, par un jeu de mots d'un esprit douteux, Av)p6xptTo;. D. L., X, 8. Il pourrait bien n*y avoir eu aucun sentiment de malveillance dans cette espèce de calembour. Épicure aimait à défigurer en plaisantant, les noms même de ses meilleurs amis, par des diminutifs familiers et mifpiards. Conf. Plut., Col., 1. KcdXuty]; ov 'EitUoupoc ctctfOei KcoXcDTapav ûiioxopiCe<70at xai KuiXcoxâpiov. Proclus {in Plat. RepubL, p. 61) prend la cbose trop au sérieux.

^ D. L., X, 7. elxe xàxstvo; ùtihtùy Tr,v àitb toO axb^atùç xai3xt}9iv tt)v

OOflOTlXIQV.

* Lucr,, V, 5.

^ii HISTOIRE DR LA PSYCHOLOGIE DES GRECS

Mais Épîcuro alla plus loin et trop loin : il fit de cette ignorance, de cet oubli plus ou moins volontaire, une sorte (b mépris systématique *. Dans la lettre à Pythoclès, il recommande à ses disciples, comme s'ils devaient tons être aussi des génies originaux, de fuir l'érudition ^. Les plus hantes études libérales, les sciences comme les arts, ne sont pis utiles à acquérir la sagesse^; il attaque avec une extrême violence Py thagore, Empédocle, Protagoras, Platon, Aristote. Pyrrhon , qu*il affuble de sobriquets insolents, d'épithète méprisantes et grossières*. Il n'est pas plus tendre quePlatoi envers les poètes et toute la séquelle poétique et leurs fabte insensées ; toute la poésie n*est qu'un tissu de menson^ dont le charme est funeste *. Il n'a pas même gardé enven Homère le respect <^ qu'observe encore Platon.

La musique elle-même, que veut purifier mais non supprimer le maître do T Académie, n'aurait pas trouvé grâce dewfl ce moraliste trop sévère '', qui aurait, suivant Plutarqne. écrit dans son traité de la Royauté : c que le sage goûte k charme des spectacles, et que tout autant qu'un autre il « plaît aux représentations dionysiaques, mais ne veut to

« s. Aup. c. Crescon., I, 13, 16. Eiûcurci quos inipcrilia liberalium diâcipiiiit ' non soluni iiiodu non pudebat, voruin etiani dt Icrtahat

î l). L , X, (). 7:ai5c;av 5k Tiàcxav çeOye tic, de Fin.^ I, 31. Niillani c.'..- . tionem esse duxit nisi qux beats vit» disciplinain juvarel. ;

'^ Sext. Eiiip., Math,, I, 1. fo; twv {laOojxaTwv |JLr,5èv <JV»v£pyo*jvTwv r::"' ; ffoçta; TeXEîwiiv. Cic, de Fin., Il, 4. Niljil opus esse euin, philoï»opbus qui fct:^ sit, scire lilteras... Lact., Div. Itist , III, 25. Rudes omnium liUerarum ad [lï.---piiiam invitât. -*

* I) L., X. 8. Nausiphane n'est qu'un ;)owmo/j, 7î).£'j[jL0)va, c'cst-Mire san» ■ ■• (jui n'avait de valeur que la force et la beautt^ de sa voix ; Platon, un honiru»' ^ ■ XpyTO'jv, ami du fasle ; Ari<it(itc, un (b^baurlu^ i'^wtov, qui avait iiiangi^ son 7^-"^ ■■ moine; Protajïoras, un portefaix; Df^miK'rile, un maiire d'c^criiure ol de lefi-*^ '■ Ypocçedt ; Ib'Tacii'e, un brouillon, x'jxr.TTic ; li's Cyniques, les ennemis île la Grt."* J les Dialecticiens (les Mi^gariciuos sans doute), des corrupteurs ; Pyrrhon, un igrcr.^ , et un liomme mal élevé ». \

* IMul., N. poss. suav. viv. sec, Ep.,'i. tt,; irotr,Tixr;; vjper,; . twv 'CV-- ! |iwpo).OYr,{jLâTwv. ilerarl., Alltg. hom.y 4. aira^xv ojioO 7roir,TixT;v tù^-xtp ô)Éi:; | (jLuOcov ÔéXeap ù-^09iO'j\Lt'^o^, î

* Clem., Strom., \\ U. "Ojir.po;... ov oC^Vjtw; aîSsÎTai 'Ewixovipo;. i " Sext. Emp., Math., VI, 27. r.pvr.aavto Tautr^v. f

aucune place aux discussions théoriques sur la musique ou aux controverses littéraires et critiques », et qui conseille aux rois amis des arts • de laisser traiter à leur table des sujets de guerre ou des sujets licencieux et bouffons plutôt que des questions de poésie et de musique * ». Qu'y a-t-il de vrai dans ces accusations, dont Diogène prétend que les auteurs sont des insensés. Il est clair qu'elles sont exagérées ; quelquesunes d'entr'elles, par exemple les jugements sur les grands philosophes, non seulement n'ont pas de sel, mais n'ont même pas de sens. Il me semble cependant acquis par l'ensemble des témoignages qu'elles doivent avoir un fond de vérité. L'hostilité des philosophes contre les arts, la poésie, la musique, l'éloquence * ne date pas d'Épicure, et la condamnation systématique de la tradition est assez commune aux esprits qui croient apporter au monde la vérité,jusqu'alors inconnue ou méconnue. Épicure a sans doute conçu, avec plus ou moins de précision, la possibilité d'une philosophie accessible, ouverte, où Ton peut entrer sans être géomètre ; mais il est trop profondément imprégné de l'esprit grec pour avoir contesté que cette philosophie est encore une science, et Lactance qui répète qu'il a invité même les ignorants en toute science à la philosophie ajoute que ce n'était là qu'une formule et un mot : non potuit ultra verba procedi s. Si Épicure méprise la science des autres, il est loin de faire fi de la science même, qui est naturellement la science qu'il professe et dont les autres ne sont que des apparences et des simulacres *. Il faut se plonger, dit-il, et se plonger tout entier dans

* Plut., N. post. suav viv. sec, Ep., 13. xoiyjxi yoip CTiX(xv]ae ypaçciv sv tû mpt BaaiXeia; Ce serait donc moins l*art même, musique ou poésie, que l'a eritique philosophique sur ces sujets qu'il aurait bannie des conversations dans les fêtes royales.

s Les Épicuriens ne sont pas les seuls auiquels s*applique le mot spirituel de Plutarque (Co/., 33) : c Ils écrivent sur la politique ()our nous conseiller de ne pas êtres politiques ; sur Tart oratoire, pour nous engaêer à ne pas devenir des orateurs, iccp'i icoXixeia; Tva (i*^ noXtTcv»(o|ieOa, xat icepi p/jTOpiXTj;, Tva \k^ &YiToptOfa>|uv.

3 Lact., Div, Inst., III. 25, 8.

* Parallela sacra prof. Flar,, éd. Gaisf., p. 76t. Gnomoloçian Parisin, Coi., 1168. Maiimus, Gnom.j 17, p. 183. ov icpooicoisî96ai 6et fiXo^o^elv, âXX'jfvTw; ftXoaoçslv.

l'étude et la méditation, ûttupiti, des principes, de llnfiaitte critériums de la vérité, des passions •. II appelle Lapensic, la passion de connaître, une maladie sucrée ^ une souffrance, un tourment divin. Il y a plus : lui qni npousse toute tradition d'école, il fonde une École et nu tradition, et une tradition des plus sévères et des plus étratt. Épicure est tellement certain d'avoir saisi d'une vue cliintf d'une prise infaillible la vérité même, que la seule niËâlA qu'il recommande pour Tinitiation à la philosophie, c'est f* faire apprendre par cœur et réciter à la lettre les fommlA les propositions, les maximes s. Ce sont des articles dsU. un symbole, dont il faut s'assimiler le texte même, tfia» porer tellement la substance qu'on ne soit plus en d'être ébranlé dans ses convictions *, La foi dans la c épicurienne est comme la gr&ce : celui qui Ta une fois p» sédée ne saurait la perdre*. C'est presqu'une secte religiOH et il est vraiment curieux de voir cette sorte d' annoncée et comme préparée par Épicure, Malgré sa délicate, Épicure a été un écrivain très fécond, iroXuY^^^na^ le plus fécond des philosophes grecs ", si l'on en eieï*'

• D- L.. X, ne.

■ Florilïf. Monte. 195. tT,v niriaiv Upà* vâoav. Le mol ofiin;. qw jt ralrouve pas duis Ëpirure, me ptnll iioir un sens Iras g^n^nl, cdibim Ib rt Itpà viiT9(. Si on ïoalail les pnlendre par èpilepiù, iJ hadrait reslreindre ti wft calioB d'nrfiffi; 1 ttUe d'opiniOD. «I. dus un &T$l^i]ie où les opinions pral " uiw raleur scienlifiqne, on De toit pas I eiplication d'une rormole qà i'opinion li foraie d'une maUdie, un iccès d'^pilepsic meoUJe.

' Plul-, Col., iiUTanioTu; mnlirtii.

^ D. L-, X, 117, tàv ôciE fiviiuv» onçâi [tiJuTi tt-,v Ë\zvTix* Î3»lt« iiatcsii. Et, en effet, on ne vit presque junait un Épicarien transfiife il Émle, tandis que beaucoup de partisans d'autres fcoleî passent à trj^* Aic^silas i'ea coosolail par on bon mol mMianl et injusle : < C'est, dii^l-il P des bommM on p«Dl bin; des eunaques. mais que J'eanoqaes oo ne peut pur d'hommes ■. Ce»! coalandra la mesore aiec llmpnùsuice ; elte i ' ~ ~ ' ■to la foire cl àe la vihlilé.

' D L., /'nxrni., 16. « ZAiob a heauMiup écrit, Kwtcnte amag

crite plus encore. Aristote plas que Mmaeriie, tfkwt ptos qa'Arâtote^ cil pins quË'picare i.Conf. Suid., t. ; Mtien.. Spîtt. Dmerl-, 1, 90. -ri 4L. ^i6)ia xpàfu;.

Ghrysippe, qui se faisait un point d'honneur de ne pas se laisser enlever cette supériorité, et dans cette rivalité puérile écrivait, sans méditation suffisante des idées, sans souci de la correction grammaticale, et remplissait, comme Zenon *, ses livres de citations : ce qui lui avait fait donner par Carnéade et Apollodore Tépithète de parasite des livres d'Épicure *. Notre philosophe avait écrit près de 300 volumes, dans lesquels, contrairement à la méthode des deux Stoïciens, il n'avait pas produit en témoignage un seul passage des anciens. Ce sont les termes propres et comme la voix du maître 3. Il ne comptait que sur lui-même * et avait, nous le savons, peu de sympathie, de reconnaissance et de respect pour le passé. De ces 300 volumes ^ Diogène cite les titres de 41, dont je ne reproduis ici que quelques-uns des plus considérables et surtout ceux qui ont un contenu psychologique :

1. Le Traité de la Nature en 37 livres, résumé dans les Lettres à Hérodote et à Pythoclès. Les rouleaux d'Herculanum donnent fies fragments des livres II et XI, réédités par Orelli, 1818.

Page 1