V. Herc.j XIII, 15. (jly) pLeta6déXXciv tù SyxoL
» D. L., X, 39. Lucr., I, W5.
Nullius exithim patitnr natara.
IV) HISTOIRE ns LA PSVCBMXIGIX DBS C
ment dit«s, vf^lmn xxl ftofit oùx «xi/oie ; cnr oe n'tlA'fil unchanpîementqualitaUf. xaTà so;«v iX>(>Co>»n», maisparja position et agrégation que toutes choses se formeauui' eux '. • Rien ne naît, rien ne périt.
Et en effet, si co qui cesse do nou» apparaître se pei réellement dans un non-étre absolu, toute» les choses i tantes seraient déjà devenues la proie dn néant, puisqu'il aurait pas d'êtres, résultat de leur décomposition. • elles pourraient renaître. C'est par la dissolution des i que se composent les autres, et tello est la condition ni saîre et universelle du renouvellement des formes. La i est la condition de la naissance ; ce son t deux faits con tifs*. Le propre de l'être est d'agir et de pâtir; les a seuls peuvent exercer une action et la recevoir, la sensa nous l'atteste ; elle atteste donc que les corps existeai que seuls ils existent. Si l'âme existe, et elle existe puîsqa agit et pôtit, c'est qu'elle est un corps '.
La sensation qui uous démontre l'existence des corps i démontre aussi qu'ils se décomposent ; ils sont donc composés, et leur matière est divisible. Mais la diri réelle ne va pas à l'infini* ; car poussée à. l'infioi, elle ri rait l'être au non-être*. • Il faut rejeter la division à l'ii clans le sens de la petitesse, qui finirait par épuiser lo les forces de l'être, et nous obligerait, par une série de d nutions insensibles mais continues, de réduire dans lésa gats corporels l'être au non-ôtre. La divisibilité des ce
< Gai . Hal. PMI., l, XIX, SfiO,
* Lucr., 1, fGl Hcc ullarrj
Rcnt gigDi paliliir niïi morte adjuUm aliéna. > Lucr., I, iU. Facere el Tungi sine corpore Dnlla polest tes. D L , X, GT. Si rame nVUit pas un rorpe, elle ne pourrait aZxz komIi
' D. L., X. *3. o'j-:i yip lit i-jKcp^v T, T!>[.r, Tuniv:,... i^.e, g|. I.Lcr., V, 563. FrATigeadi reddtU QuU
Cerla niancl.
' Lucr., I, B5t. D I. , X, 56 tïn [ij, nivta àuftiv^ Trota(»v xàv t«!; itutl
a 91i»>vi
: »aT(itval,iTMi>
U PSYCHOLOGIE D*ÉPICURK 251
des composés a donc une limite, X-f^yti ; la dernière partie que trouve la division réelle à cette limite, la plus petite partie qu'elle puisse atteindre, celle par conséquent qui n'est plus divisible et n'a plus elle-même de parties, c'est l'élément dont se composent tous les composés, l'atome, corps simple et sans mélange * soit d'autres atomes soit même du vide, car l'atome ne participe pas du vide*, indivisible, par suite solide, plein, sans vide intérieur qui fournisse une prise à une division ultérieure, par suite encore immuable en lui-même, puisque tout changement procède d'une division '.
L'atome n'est pas un point métaphysique : c'est un point de substance, comme dirait Leibniz ; c'est un corps, dit Épicure, puisqu'il souffre des chocs et qu'il en imprime à son tour *. Il est immuable en son essence, àfAeTàêXTfiTov, c'està-dire qu'il garde sans que rien les puisse altérer ou détruire sa force et sa forme essentielle, persiste dans son être et sa manière d'être : autrementtoutes les choses seraient réduites au néant.
Les atomes résistent à toute espèce de changement ; le changement n'atteint que la qualité, mais atteint toute quar lité. Il n'y a à pouvoir changer que l'être qui est tel ou tel et qui peut devenir tel ou tel autre. Le devenir est de l'essence de la qualité ; il est négatif de l'essence de l'être même * ou
1 D. L , X, 59. apuyr,. Lucr., I, 549. Sont solida simplicitate.
• D. L., X, iO. TaOta 8s èatty éerotia xai kiuxiBXr^xoL... w).r,p/j ttjv çrSffiv éfvxa... ovx îf^ovra oini rj ôicw; SiaXuôi^cTETai. Id., 5i al ôl ôtToaoi oOSèv |i6Ta- 6âXXou(rtv. D. L., X, 44. y, arepsoTYi; r| «JirxpxoOTx aùiaî;. X, 41. \t.i<nx. Sext. Emp., Math., 404. ol Ss itàvxa el; ajxepy) x«Ta>r,Ysiv uiretXrjÇOTe;.
3 Scxi. Emp., Math.y IX, 363. « Celle hypothèse des alonies étiit plus ancienne (que D.4niocrile même), el venait, s'il faut en croire Posidonius le SloTcien, d'an Pnënicien appelé Mocbus ». Slrabon (1 XV(, p. 759) « S*il faut avoir confiance en Posidonius, la thé*)rie des alomes est bien vieille, cl remonte à un Sidonien, appelé * Mochu<. qui vivait avan' la guerre de Troie ». (>.Mochus est cité par Josèphe. Antig., I, 3; Tatien, Or. al Grœc , p. 171, reproduit par Eu>èbe» Prmp, E*)., X, c. II. p. 493. el par lamblique, Vit. Pyth.<, 3. On appelait néanmoins les Épicuriens les Prophètes ues atomes.
' D. L., X, 56. Tv^v [uxét$a9iv (iy) vopiiTriov yévtvOxi cv toTc cApe^iiivoi;. Id.. 54. icof^tijc ykp tzSioa |Uta6aXXci.
du corps en soi. Il faut bien pour résister à la division quelque chose d'indivisible, d'indissoluble, pour supporter le changement quelque chose qui subsiste, pour servir de substrat au devenir quelque chose de substantiel, d'essentiel, qui demeure*. Le seul changement que puisse éprouver l'atome, c'est un changement de situation dans l'espace*. Le changement de l'être en non-être ne se comprend pas plus que le changement du non-être en l'être. Les atomes sont donc éternels, primitifs, incréés : ils sont aujourd'hui, ils seront toujours ce qu'ils ont été une fois 3.
Puisque les atomes sont des corps, c'est-à-dire des êtres qui peuvent agir et pâtir, ferreque patique^ ils sont soumis aux lois d'existence des corps, et ils en ont les attributs essentiels, c'est-à-dire la figure avec toutes les qualités inhérentes à la figure : la pesanteur, la grandeur, et, en tant que grandeurs, les trois dimensions, la force de résistance à la pénétration ou l'impénétrabilité*, enfin le mouvement.
Le tout est infini : en effet ce qui est fini a une limite, et toute limite est relative aune autre chose qui la limite, et cette autre chose qui limiterait le monde ni la réalité ne nous la montre, ni l'imagination et la pensée ne la sauraient concevoir 5. Pour expliquer l'infinité du monde, il faut bien que les atomes, qui sont les germes, les semences des êtres qui le composent, dTcépiAXTa, semina^genitalia corpora^ corpora prima^ primordia ®, soient infinis en nombre '^.
* D. L., X. 54 et 41. Ôeî ti uTcoiiéveiv èv raî; diaX'jcrsdi t(î)v ovyxpiffetDv OTCpebv xoLi àôiaXuTov, ô xàç {lexaécXà; oux el; xh [ir^ ôv itoii^areTai* ovd'âx
TOO UTJ OVTOC.
* D. L., X I. 1. 54. àXXi xatà \i.txoLHi<TV.;.
' D L., X, 54 açOapTa. Sext. Emp , Math., 332. àylvvYjTa eî aTO|ioi r,(Tav xai vOv eldiv. Conf. Slob , Ecl A'/iyt , p 306. Heeren. Lucr., L 237. ImmortaH sunt natura prxdita. Id.« I, 486. Nulla putest vis Hringere.
* D. L., X, 44. uy;ôà iroi'Tr.Toi Tiva «€p\ aie aTÔpLoy; elvait tcVtjv ff^T^p-otTOÇ xa\ jigyéôou; xa'i fj7pou;. Sexl. tiiip , Malh.y I, 21. xS irpi^T) ôiaerraTov |UToi ivTiTUirca;.
* D L., X, 45. Lu<T., I, 966, snq.
« Locr, Ij 170; 11, 31 3 prima; IV, 187. Prima minuta.
' D. L., X, 41. TÔ> iT)r,6£i Twv <T«o{xâT(i>v a7C£i;;ôv èiTt To tcîv xa\ Tfô jAsy^ôsi toO xévov.
LA PSYCHOLOGIE DÉPICURE «53
Les atomes sont des corps, des corps solides, pleins, capables de résistance, étendus dans les trois dimensions, ayant un poids et une figure : et cependant ils sont invisibles et se dérobent à nos sens ; ils font partie de cette catégorie de choses qu'on appelle àSïiXa, et ne sont perceptibles qu'à la raison*. C'est un fait d'expérience : jamais il n'y a eu d'atome visible, et c'est même une chose que la raison ne saurait concevoir qui put se faire *, par suite de leur extrême petitesse'.
L'extrêmement petit, xh eXà^i^Tov, joue un grand rôle dans la physique d'Épicure, et il y prend des significations diverses, analogues mais non identiques.
Il y a d'abord l'extrêmement petit dans l'espace, dans la mesure des distances, comme par exemple l'écart entre la perpendiculaire et la ligne oblique que suit l'atome quand il décline.
D y a l'extrêmement petit dans le temps, par exemple le temps que mettent les atomes à parcourir le vide.
Il y a Textrêmement petit dans la grandeur sensible des corps réels.
Il y a en outre l'extrêmement petit de l'atome même; l'atome a une grandeur, une grandeur réelle *, mais non toute espèce de grandeur ; car il n'est pas visible et le supposer serait nous mettre en contradiction avec les faits donnés par l'expérience; il est plus petit que toute grandeur mesurable; son volume est indéterminable et échappe à toutes nos mesures.
Il y a enfin, et c'est une chose bien singulière, il y a dans
* Plut., PL Phii, 1, 3. atojjtata >.6ya> Oeopri-ri.
' D. L., X, Ât. o'jàinoxt yoûv àto|jLo; (oçOr, al<;6i^9ei Id., 56. ô où Occopcttai Yiv6(xevov, ovS'ôikd; oiv y^voiTO ôparr) àTO(io; eorriv ê7CivoY;9ai. LUCT., 1, llUi. Priniordia cœca, que je crois plus naturel de traduire par qu'on ne voU pas, et non pas : qui ne voient pas.
* D. L., X, 59. Ta èXcc'/tirra.
Lucr., 1, 575. Qux niinimis stipata cobsrent partibus.
* D. L., X, 59. xa: ti \i.éytboz ifx^i. Id., 44. n&v te (liycOoc lit) sTvo» mp\ auTac* oùôéicoTC yoOv aixc\LQz oîfby) aladiQ9Ci. Id., 55. ouâà BtX voii^Çciv n&v (iiyeOoc cv Tai; aT^pOkC ÛTcdtpxeiv îva lit) Ta çaivôfjieva àvTi|AaipTupTj.
S5* IIISTOIFIE DE I.A PSYCHOLOGIE DES GHBCS
l'atome, déjà extrêmement petit lui-même, des extrhu petits, c'est-à-dire des parties'. Il n'est pas facile deseï compte de ce nouvel élément, s'il faut le distiogaer, < est pour moi douteux, de rextrêmement petit de I*i L'explication d'Épicure ne nous éclaire pas sur sa nati faut, dit-il. le concevoir par analogie de rextr^memen de la grandeur sensible, qui sert à cette grandeur d'ur mesure pour déterminer la grandeur des corps, et doni diffère que par la petitesse '.
On ne peut supposer qu'il s'agissed'une pluralité de| Diatbématiques, c'est-à-dire sans grandeur, qui ne sau composer une grandeur. Gassendi 3 entend que l'aîf une grandeur qui implique nécessairement les trois d sions inhérentes au concept de la grandeur, et il est i qu'Épicure a pu distinguer mentalement et par des mot cune de ces dimensions, prises également comme une extrêmement petite de l'atome extrêmement petit, sanî soit nécessaire de les considérer eUes-mdmes comm atomes, car l'atome ne peut souffrir ni augmentation ni
' D. L., X, 50. voliioriav xal tô iv «^ ôtipip ilàj^torav. Cts llMB pu de cenln, pu de poinis 1 leur surbce (qui Bcnieiil lei timiles ettréDH
dûmilres). Hippol., Philaroph., Î2. (Diels. p, 57Î1. i> aZu 5v yi-,oi-ci ïivrf fftifitiov QiJ3i iiaiptoK ûiΣp,la; Plularque ies appelle (Pi, Pfti( . 1, 3, iât ! nIvdu, àiiàftapTU, eîlta OpauoSrjvai âvvà|uva, oCTtc iiânXaart ht t&i lo&lv, oOn àUmu^Jivai. Ces ilomes ont des partie! Simplic., m At. Vil, 1. luit., r. 916. 'EnixDupcK & (conirai renient t D^morriie). iptpi,
Tj^clTm. . àicaO^ [lIv l^iiltv aura, ih ii àfiipi; aÛTfi» irapiiXim, CO
dit Simplicius, par les abjeclioiu d'Arûtole. * D L , X. m.
1 Sijntagma. p. 16. Quum esse in alooio pailes (ticiiuus. . ips^ partes designaliune sala, non ilem sepgraliune distingui ; qujppe quum naturati. il perpelaoquf neiu culiiEreanl. C'est ce que i^crËce ciprûae aussi (1, Gtgj Non en ullorum cuDTenlu conciliata.
nipaia !(î vo)iiC>iv Tfl.ï iti;xâ>v, et que k
ruipia. Epkure ajoute que (es eoiiiés atidn
iiïiTr,;, avei les atomes, npô; ta àiuïsCol
rapport, c'est que les uns et les autres servent de mesure des votunies t
irands. Mais ils ne peurent pas, comme tes atomes, se monvoir cl for
eoTÇi par leur cDOCOurs, av^bfT/tn i'ii. toiinav n^vijviv E^^avrMv aùv
cuniniunautj, i
nution de grandeur*, et bien qu'elles soient toutes inséparablement liées et unies en lui par un lien réciproque, primitif, naturel, essentiel, indestructible, et qu'elles ne soient pas venues en lui par le concours d'autres atomes extérieurs. Si les atomes ont des parties extrêmement petites, c'est qu'ils ont des figures et que la figure est la limite des grandeurs, ou l'ensemble de ces limites. Ces figures sont diverses, d'une diversité inexprimable, incompréhensible, mais non réellement infinie*. Sans cette extrême variété des figures, l'extrême variété des formes réelles des choses, dont aucune n'est semblable à une autre, serait inexplicable, tandis que si cette multitude diverse dans les formes réelles était vraiment infinie on ne concevrait plus l'ordre du monde dans lequel tout est enfermé entre des limites. La notion de fini est enveloppée dans la notion de l'ordre.
Cependant, quoique le nombre des figures diverses, si grand qu'il soit, ne soit pas infini réellement, il y a dans chaque espèce de formes figurées un nombre infini d'atomes; ainsi il y a un nombre infini d'atomes ronds, un nombre infini d'atomes crochus, un nombre infini d'atomes lisses, etc. ^. C'est une conséquence inévitable du système, car si le nombre des atomes ronds, crochus, etc , était fini comme le nombre des espèces différentes de figures est aussi fini, quoiqu'extrèmement grand, la somme des atomes aurait été finie : ce qui est contre la donnée de l'hypothèse générale qui pose les atomes en nombre infini, et qui n'en permet pas la totalisation ^. On ne totalise pas l'infini.
1 Lacr., I, 61.3.
Unde neque avclli quidquam npqae diminai jam Conccdit natura, re!>ervaDs semina rébus
• D. L , X, A2. àitepi'XYjiiTa raî; ôiaçopaî; tûv ff^rt(jiaTb>v... xaX; 8à ôtaçopaTç o^X &^^^c ôcicEipoi (xXXà (Aovov àTceptXriTTToi. tandis que dans chaque agrégat formant un corps le nombre de« atomes est réellement infini. ' D. L., X« 42. xaO 'èxdtaxY}v 9^Y}(iâTi<riv &icXfi>; otirctpot. ^ Lucr., Il, 333. Quam longe dislantia formis,
Pircipe, mulligenis quam sint variata figuris.
Quum sit eonun copia tanta
Ut aeqne finis, nti docui, neque summa sit alla.
Les atomes ne sont pas le seul élément infini nécessaire pour constituer le monde infini. Il faut encore l'espace vide, ou le vide infini *. Outre le nom de videy th xivov, les Épicuriens donnaient à cet élément les noms d'espace, x^pa> et d'essence intangible, àvacprj; (pum; «. Galien prétend qu'ils distinguaient le lieu, t^tcoç , de l'espace, x^P^) ^^ ^^^^i V^^ ^^ lieu était enveloppé par le corps dont il touche la surface en toutes ses parties ; l'espace ne le touche que partiellement, comme le tonneau par rapport au vin qu'il contient 3. Mais Sextus Empiricus rappelle que pour Épicure lui-même *, le vide, le lieu, l'espace sont les noms divers d'une même chose, l'essence intangible, correspondant à la diversité des rapports suivant lesquels on là considère. Si on la considère comme absolument dépourvue de corps, c'est le vide ; si on la considère comme entourée de tous les côtés par le corps, on l'appelle le lieu ; et ce lieu prend le nom d'espace si on ne voit en* lui que ce à travers quoi passent nécessairement les corps en mouvement. Le nom le plus général et le plus caractéristique est celui de nature intangible, (pùexii; àvQccpi^i;, et il lui a été donné par Épicure parce que son essence est d'être privée de la faculté de toucher un corps et de résister à ce contact *.
L'existence du vide n'est pas prouvée par le témoignage
' D. L , X, it. xa\ tfa> [uyi^ti toO xevoO (Siretpov) to ic5v. Gai., H. PkU,, t. XIX, 259. t Leucippe, Démocrite et Épicure font les atomes infinis en nombre et le vide infini en étendue •.
* D L., X, iU. xhttoi 5à bv xcvov %cl\ x<^P«v xa\ àvaçTj çOaiv ovo|iccCo(Jicv. » Cal., HUL /'Ai/., t. XIX, 259.
^ V. plus haut n. 2.
* Sexi. Emp., Math. y X, 2, p. 673. Fabric, Lucr., I, 455. On appelle coiyunc/iim l'attribut qui ne peut être retiré aux choses sans détruire leur essence comme U pesanteur aux pierres :
Tactus corporibus cunctis, intactus inani.
Lucr., III, 813. La durée éternelle est l'attribut, d'une part, des corps (des atomes) dont l'essence solide et impénétrable ne souffre pas de dissociation, et, d'autre part, des éléments qui ne peuvent pas connaître le choc, comme le vide :
Plagarum quia sunt expertia, sic ut inane est Unod manet intactum, neque ab ictu fùngitur hilum.
U PSYCHOLOGIE D*ÈPICURE iOT
immédiat des sens, auxquels il se dérobe encore plus que l'atome : il est au nombre de ces choses que Ton appelle i^Xa. Mais elle est la conséquence logique que la raison, par une induction légitime, tire des vérités sensibles, des phénomènes évidents et certains qui en sont les signes révélateurs ^ Au fond c'est un postulat du système, mais que vient confirmer l'analyse des faits réels. Le vide existe nécessairement, puisque seul il rer.d possible et explicable l'existence des corps séparés et distincts, c'est-à-dire des choses elles-mêmes que nos sens perçoivent comme tels. Le vide individualise, actualise *. Sans lui, la matière ne ferait qu'une masse informe, compacte, indistincte, tandis que l'observation et l'expérience de chaque instant nous prouvent qu'elle n'est pas telle ^ ; elle se divise sous nos yeux par des émanations continuelles ; elle répare ses pertes par les mêmes procédés ; elle n'existe enfin pour nous qu'à l'état de combinaisons distinctes, spécifiques, séparées les unes des autres.
Épicure, dit Sextus Empiricus *, a donné la plus forte démonstration de l'existence du vide par le raisonnement suivant : t Si le mouvement existe, le vide existe ; or le mouvement existe ; donc le vide existe ». Le vide seul rend possible et explicable le mouvement que la sensation nous atteste comme réel, et dont une des causes est la pesanteur, un des attributs essentiels, nous le savons, de la nature des atomes. Si nous n'admettions pas l'existence de ce qu'on appelle l'espace, l'essence intangible, les corps n'auraient plus de lieu qui les contienne, d'espace à parcourir dans
* D. L., X. 35. xai iiep\ tôv àBrîktùy àirb tôv opacvofiivcov ^p-rj 9r,{iEioO(rOat... av{i6aXXoiilvoi» xcl\ toO \oyi<j\Lo^, Id., 39. xaO'vJv (la sensation) àvaYxaîov tb â3Y)Xov xta XoYta(Aù> TexfiaîpeaOae.
* D. L.y X, Âk. tJ ts yàp toO xIvou 9u<Jtc i\ diopîCouaa êxaoT/]v (èm7rXoxT)v). ' Lucr., 11, 66.
. . . . Certe non inter se stipata coliaeret Maleries.
^ Aa9i Log.f 2. cl ïaxi nhr^oiz, ïaxi xivov, aXXà iiv ïcri xivY)9ic, c(mv âpa xev6v.
Chaicnkt. — Psychologie 17
*:* lilSTiimK bK U l'SVC.llOUMÎfE DES Ghf£»
leurs raouvenienUi. Le mouveiiient serait incom impossible : or le mouvement est un phénomène dontreâ tence réelle est visible, et par conséQuent certiùoe. Uu certain pour la sensation que les corps se meuvent
Pour concevoir et expliquer l'existence et la naturel choses, du monde, du tout, ti us-, il faut donc poser causes premières: les corpuscules atomiques et le ride, 11 1? a pas lieu de demander le principe de ces causes, pi* qu'elles sont elles-mêmes les principes en tant qui» nelles *.
Ces deux principes sont suffisants : on ne siiuniiis concevoir un troisième '. Tout être, toute chose *, estn*^ et dans toute chose s'unissent pour la constituer les mm et le vide, et suffisent à la constituer en tant que cinM. nature entière et complète *, et à en constituer mêm*fc qualités ou propriétés essentielles et accidentelles qui sent uniquement des positions relatives diverses des al et du vide ". S'ils sont suffisants, ils sont également a saires; sans eux on ne pourrait, ni par la sensation m • aucun mode de pensée analogue, se rendre compte des eîi«« ils sont enveloppés tous deux dans la constitution dcsM commeèléments nécessaires etuon comme des accidents.)* même commedes accidents essentiels.
Non seulement ie vide est nécessaire comme les aloi* mais il est nécessaire que, comme les atomes sont inf» en nombre, le vide soit infini en étendue. Ces deux infiei»
I D. L., X, 40. fsiviTai x<vaO|iEvi.
» D. L . S, li. àpïn îi ToiJtMv o-;x ïoiiv.
■ Lucr., 1, 433. En dehors de la matière atomiiiue ft du Tide. .. Mbil «L QuDd qiissi lerlia sll rarum nalura reporta.
D. 1., X, 40. Tiieà at Tidix i>m- oùS 'ci[i>B>)!l^v3i SûunTxi.
* [| esl assci singulier d'en lendre Terlul lien Ide Anima. 7; de Corn CAnd.' replier presqu'en propres lerniej les prin<.-ipcs de U nii<laiih;sîque d'Ëpicun ' i" enim esl, si non corpus; — omne quudcil. corpus esl suigeneris; — nihil rsl« poralB nisi quod non est •. Dieu même Bsl corps; Yiine a la raidie forme q«le*î ri esl une Kobslance oialérielle très Bue, luuiineujie el ■friformc
^ D, L., X, 4U. ân<t •tii'ZXa; ^iaiii; Xci|iSàvO|i[v.
se répondent et se conditionnent réciproquement*. Car, d'une part, si les atomes étaient finis en nombre et si le vide était infini) les corpuscules atomiques ne connaîtraient pas un seul instant de repos ; ils ne resteraient pas un seul instant dans le même lieu ; ils seraient éternellement à l'état de dispersion dans le vide infini, éternellement isolés les uns des autres ; ils n'auraient aucun point d'appui pour résister aux chocs les uns des autres, aucun noyau autour duquel ils pourraient se ramasser et arriver à un état de combinaison relativement stable, nécessaire à la constitution d'une nature déterminée •. Mais, d'un autre coté, si le vide était fini, les atomes i estant infinis, ces corpuscules ne sauraient plus trouver place dans un espace fini 3.
Ainsi, le tout est infini ; les atomes sont infinis en nombre; l'espace, le vide est infini en étendue. Le vide et les atomes n'ont pas de principes, de causes, par la raison qu'ils sont eux-mêmes et eux seuls des causes et des principes. Non seulement par conséquent le tout est infini, mais il est immuable et éternel. Les mondes qu'il embrasse se dégradent et se détruisent incessamment : ils périront même. Le tout demeure, et il demeurera toujours et il a toujours été tel qu'il est; car il n'y a rien en dehors de lui, qui pénétrant en lui puisse le changer, rien en quoi il puisse se transformer, rien où il puisse comme s'enfoncer dans le néant et disparaître*. Outre le tout, il n'y a rien.
Les atomes n'ont aucune des qualités des corps qu'ils constituent par leurs combinaisons et qui apparaissent à nos yeux, si ce n'est la figure, la grandeur et la pesanteur, et les
propriétés qui sont inhérentes à la figure et inséparables de
> Sext. Emp., Math., IX, 333. àvT(icapY)xou(iâ>v àXXiqXai; t&v xaO'âxaTcpov àicerptfi>v.
' D. L., X, i2, id., 44. y\ icepticXoxY) tt^v àicoxaTa^rao^iv ex xr,z auyxpouasu);
* D. L., X, 39. ouOèv yâp éoriv elc ô (UTa6aXcl* icapà yop to ic&v ovOév coriv, 0 Sv cIçcXOov cic a\ixh t^v (ieTa6oXv)v icoii^aat.
AU HISTUIHE DE U rSYCHULUGlG OGS GlUBCSl
son essence, suHiipuf,: tel est le mûuvemeiitqnl senl é la figure ', la figure n'étant que le résultint des posibons tives qu'ont prises les atomes et qu'ils n'ont pu prendre^ se mouvant. Parlons d'abord de la pesanteur, quiestna causes du mouvement.
La pesanteur est une loi de la matit're qui, le TÎde* donné, s'exerce avec une force égale dïma le vide, itap par suite aux atomes une vitesse égale et la leur imp éternellement et iovisiblement, quoique nous puissioai des phénomènes analogues au mouvement des atoi» comme un simulacre du pbénomt-ne dans ces tourbillon poussières ténues qui s'agitent dans l'air, lorsqu'tm rap soleil, per^;ant par une fente dans une chambre oba permet de*les apercevoir*. Ainsi le vide supprime lest de la loi de la pesanteur, Épicure explique ce fait, imi tour lui parait une loi nécessaire : i Les atomes, dit-il lîn mouvement d'une vitesse égaie, parce que le vide offre à tous, aux plus lourds comme aux plus iégers. absence égale de résistance»; » et un peu plus loin : > l nécessaire que les atomes aient une vitesse égale, pnia] se meuvent dans le ^vlde où ils ne rencontrent aucun t qui leur fasse obstacle et les repousse. Les graves ne toi ront pas plus vite que les légers si rien ne leur faitobst ni les gros que les petits, tous ayant une égale facitil traverser l'espace vide, lîivti -ràpoi oûftfjLtTf ov ï/ovra «. i
Jusqu'ici, Kpicure n'a guère fait que reproduire la thi atomistique de Démocrite ; nous allons le voir, par un*
I D. L.. X, 43. xiïoOyiai it o-jvixû't «l St<i[io, ™v oiûï«, * Lucr., 11, H. Rei simulacnim el ûnago. , . . , (Juum %olii lumiiu eunqiie
losertim fuadiml radius per ûpaca iloniorum.
MulU iiiinuLa, inodis niullU, par ioane vidcbis
Corpora mlsceri
Nei- dare pausaïu.
' D. L., X, 43. îooirazaî aÙT« ■iviîïOai, napt,(û[iivou toîi >uvri n
' D. L.. X, (il.
originale et i)rofonde, qu'on a souvent méconnue, injustement raillée et condamnée*, introduire dans cette physique matérialiste et mécanique, un principe d'un autre ordre, plus que dynamique et vraiment hylozoïste.
Plutarque* dit : Démocrite n'avait admis qu'une sorte de mouvement, le mouvement par choc, par vibration, xati 7raX[x<5v, effet lui-mème de la loi de la pesanteur ». Sans s'expliquer sur le comment du phénomène, Démocrite se représentait le groupement des atomes en corps distincts, résultat de la rencontre, du rebondissement des atomes les uns sur les autres, comme l'effet nécessaire de la pesanteur. Cependant saint Augustin, sans citer ses sources, lui attribue en outre la pensée d'un mouvement spontané, volontaire des atomes : • Sensit inesse concursioni atomorum vim quamdam animalem et spiritalem ». Peut-être est-ce cette force vitale, et pour ainsi dire psychique, spiritalem, que Démocrite appelait 7raA{x6;, c'est-à-dire un état vibratoire naturel et primitif des molécules de l'éther, état constitutif de l'essence même de la molécule; il aurait donc, avant Épicure, donné deux principes au mouvement, U lé^ou xt xal àvàYy.Tjç^.
Quoi qu'il en soit de la priorité douteuse de l'invention de l'hypothèse, il est certain qu'Épicure a vu que le mouvement produit par la pesanteur ne pouvait avoir qu'une direction, la direction suivant la perpendiculaire, xarà aTàôfXTjv , et que si ce mouvement, ou plutôt cette direction du mouvement, opérée verticalement de haut en bas, — quoiqu'il soit impropre de parler de haut et de bas, quand il s'agit de l'infini, — était unique, les atomes ne se rencontreraient jamais ; car éternellement séparés par le vide, gardant entr'eux le même écart de distance, puisque malgré leur différence quantitative ils se meuvent tous avec une vitesse égale, ils tomberaient
* Rant {AUgem. Naturgesch., 1755) appelle l'hypothèse du rlinaroen t impudente » .
« PI. Ptul., I, 23. 3.
> Conf. Hist. de la Psyeh. d. Grecs, t. I, p. 106, d. S.
éternejlement, comme les gouttes immuablement séparées d'une pluie éternelle, dans les abîmes infinis du vide *.
Pour que les atomes puissent se rencontrer, se choquer, se rejeter les uns sur les autres, se rapprocher et s'éloigner à des distances différentes, s'agglomérer, se combiner, en un mot former des agrégats distincts, des corps et des êtres, il fallait nécessairement un autre mouvement, c'est, nous le verrons, le troisième', et cet autre mouvement est l'effet du clinamen.
Ce clinamen , que Kant flétrit du terme d'impudence, a de tout temps attiré les railleries des philosophes graves : « Il ne faut pas, dit Plutarque', accorder aux philosophes, comme on le fait aux femmes dont les couches sont difficiles, la permission de prendre des remèdes qui facilitent et hâtent leur délivrance, d'avoir recours à des expédients qui les aident à accoucher de leurs systèmes. Il ne faut pas laisser I^^picure, sur une question aussi considérable, introduire un expédient si petit, si misérable que l'est la déclinaison d'un seul atome, réduite à la dimension la plus petite, afin de produire les astres, les animaux, le hasard, >) TÙ^ifij ot de sauver la liberté humaine, Vva xh e^ 'y)jjlîv [xt!) àircJXTiTai*. »
L'hypothèse de la déclinaison ne mérite peut-être pas tant de sévérité et tant de dédains.
Dans notre idée de la pesanteur, qui n'est qu'un mode d'action de la loi de l'attraction universelle, on peut dire que l'atome est mû par une autre force que lui-même. Dans la conception des anciens, la pesanteur est une force interne, immanente, en vertu de laquelle l'atome se porte de lui-même vers un lieu inférieur. Rien qu'en concevant le mouvement
« Lucr., 11, 222.
Imbris uti gulte cadercnl pcr inanc profundnm.
2 Cic, de Fat., Tertius quidam motus oritur, Quum déclinât atomus.
3 De Solert. Animai, Vil, l et 2.
* Voici donc le hasard, l'imprévu, considéi'ë comme un effet de la déclinaison, r>.«ït-à-dire, n'His le verrons, d'une volonté qui s'ignore et ignore la fln où elle tend.
LA PSYCHOLOGIE D^HPICURE Î63
comme l'effet de la pesanteur, on peut donc dire que Tatome d'Épicure se meut lui-même et n'est pas mû du dehors : prima per se moventiir *. Le mouvement est en quelque sorte spontané; mais, de plus, non seulement il est aveugle, il est fatal, nécessité par la loi de l'être, et nécessité dans son principe et dans sa direction qui est unique et constamment la même.
Aussi Épicure ne se borne pas à donner à l'atome ce mouvement qui, par sa direction constante et sa nécessité, ressemblerait fort à l'immobilité : il lui attribue un mouvement volontaire et libre, auquel l'être se détermine lui-même, indépendant des lois physiques et des causes nécessaires de la matière. Ce mouvement fait dévier l'atome de la direction en ligne perpendiculaire que lui imprime fatalement la loi de la pesanteur, d'une quantité, il est vrai, extrêmement faible*; mais la mesure de cette déclinaison n'a aucune importance. Du moment qu'elle est réelle, effective, elle rompt le parallélisme éternel du mouvement des atomes, et non seulement permet les conglomérations génératrices des choses, mais introduit dans le monde la contingence, le hasard, l'imprévu,
• Lucr., 11, iSi.
* Cic , De Fat. Decliuat atoinus intcnallo iiiinimo, id appellat èXâ*/i<rrov... quain declinationem sine caussa fieri... cogitur confiieri. Id., (2e Fm., I, 6, 19. Declinare dixit atomam perpaullum, quo nihil posset ficri minus. Plut., de An. procr., 6. 'Eicixoupb) (jiiv yàp oOd'àxapà; èyxXlvai rr^v ôtTopiov oruyxuipoOatv (les Stoïciens) Cl); avaiTiov èntKKxyoiXi xîvy]<jcv èx xoO {iy) ovto;. Les Stoïciens, IMutarque et Cicëron n*ont pas va ou voulu voir que ce mouvement qu'ils appellent sans cause, est prodoit par la volonté libre de l'atume, et que c'est en cela même que consiste la vrnie originalité de Thypothèse. On peu*, se demander, et il n'est pas facile de répondre, pourquoi Épicure a limité ainsi dans la quantité la puissance de déclinaison de l'atome. Il serait puéril de croire que c'est pour rendre plus acceptable Thypothësc qui ne troublerait l'ordie invariable des lois nécessaires que d'une quantité négligeable. Je ne vois d'autre raison de ce minimum que de marquer les bornes étroites dans lesquelles est renfermée la liberté humaine, dont la cause est la liberté de l'atome. L'homme est libre ; mais sa liberté est limitée ; elle ne peut supprimer le cours fatal des lois naturelles, et ne le modifie que dans une mesure restreinte. Cependant, malgré ses limites, elle a la puissance de créer le monde des choses, puisque, sans elle, les atomes ne s'agrégeraient pas, et elle crée le monde moral, puisque, sans elle, il n'y aurait pas de responsabilité, partant pas de mérite, partant pas de vertu.
?6i HISTOIRE DE U PSYCHOT/)GIE DES GREaS
et dans Tàme humaine, où il est accompagné de raison et de conscience , la liberté. C'est là ce que Lucrèce appelle le clinamen principiorum *, et Cicéron : illse Epicuri proprix ruinsB^^ et qu'il est singulier qu'Épicure lui-même, au moins dans les documents authentiques et originaux que nous avons conservés, ne mentionnequ'une seule fois, d'un seul mot, qui n'a pas encore toute la précision désirable : « Des atomes les uns restent éloignés des autres à une grande distance, les autres subissent au contraire ^ le choc : ce sont ceux qui se sont trouvés par hasard déclinés, déviés, et par cette déviation se sont prêtés à des groupements* ». Cette omission est regrettable pour nous, mais Épicure a pu ne pas croire des explications plus développées nécessaires à une hypothèse, à une induction qu'il trouvait sans doute suffisamment confirmée par des faits certains dans un autre ordre, il est vrai, de réalités. En tout cas, nous ne pouvons pas mettre en doute que ce principe d'un mouvement volontaire et libre des atomes ne fasse partie de son système. Les témoignages cités plus haut 5, et ceux auxquels je renvoie ici en note® en font foi. Il est moins facile, en l'absence de toute explication originale, de se rendre compte de sa vraie nature.
Et d'abord y a-t-il, par suite de l'introduction de ce mouvement, dans le système physique d'Épicure, deux espèces de mouvement, ou y en a-t-il trois? et quelles sont-elles?
Plutarque n'est pas d'accord avec lui-même; dans un passage'' reproduit intégralement parStobée^, il nous dit qu'Épicure reconnaît deux espèces de mouvement, l'un suivant la perpendiculaire, l'autre oblique, xati (rtàOixTiv, xati icap£YxXi<rtv ;
« Lucr , II. 290.
« Cic, de Fin., I, 6, 18.
3 II lit ai avec Usencr au lieu d'aOtôv.
* D. L , X, 43. ÔTxv rS/wit xr^ «spiTcXox-j X2xX:{xlvai
« Cic, de Fat., 20, 46 ; 9. 18 ; d« Nat. /)., î, 2'». S. Aiig., c. Acad., 111, 23.
7 PI. PhU., I. 23.
dans un autre endroit du même recueils également reproduit par Stobée, mais avec une légère variante *, il semble en distinguer trois : t Les atomes se meuvent tantôt suivant la perpendiculaire, tantôt obliquement ; les autres, dont le mouvement est dirigé vers le haut (c'est-à-dire en sens contraire du mouvement dû à la pesanteur), sont mus par choc et par rebondissement. >
Gicéron reconnaît aussi trois espèces de mouvement dans Épicure ^ : le mouvement naturel des corps, dû à la pesanteur, perpendiculaire ♦ et dirigé vers le bas, déterminé par conséquent et nécessaire S; — le mouvement dû au choc, plaga, atomus ab atomo puisa (et qui, suivant Plutarque, se dirige vers le haut)®; — enfin, le mouvement de déclinaison, le mouvement oblique, cause ou condition du mouvement par choc et par impulsion, lequel produit les groupements, agglomérations, adhérences des atomes qui forment le monde et tout ce qui le compose et ce qu'il contient ''. Stobée, dans un autre passage, rapporte encore que, suivant Épicure, il y a trois espèces de mouvement; mais ce ne sont plus les mêmes que celles qu'il nous a déjà fait connaître, d'après Plutarque. i Épicure, dit-il, énumérant les causes qui constituent l'organisme universel, pose la nécessité tt^v xat avàvxTiv ; — le choix libre, conçu et voulu, xaxà 7rpoatûe<yiv; — enfin le hasard, xotTx Tu/7|v8 ». Sextus Empiricus les avait déjà ainsi déterminées et définies».
* PI. PhiL^ I, \\, ta Sa avci) xivo^|ievac xatà «Xr,yyiv xai 7cat)(iôv.
• Stob., Ed. I, ii. xattà tcXïjyV *** àtcowaXaôv.
3 De Fat. Terlius quidam, motur oritur cxUd pondus et plagam. ^ De Fm.^ I, 6. Ferri deorsum, suo ponJere, ad imeam... hune naturalem esse omnium corporum molum.
* De N Deor,y I, S5. In locom inferiorcm, suopte pondère... motus certus et necessarius.
• M.. iO, «t.
7 De Fin , I, 6. Dedinare dixit atomuro... ita effici complexiones et copulaliones et adhsBsiondâ atomorum inter se, ex quo elficeretur mundus.
* Ed. Phy$,, I, 6, 206. Heer., icpo^SispOpot xxl; atTcoct;.
• Sext. Emp., Math., p. 345. tx plv tôv Ytvopcvcov xott 'àvayxtjv ytveTxt, xk dî xocTot t^x*)^* ^^ ^ ^oixk icpoatptaiv.
f66 HîSTOIHE DE LA PSYCHOLOGIE DES GRECS
Je crois que tel est le vrai système des causes dans la doctrine épicurienne : la nécessité, les lois fatales et immuables de la nature ; la volonté libre, qui a la puissance de leur résister et de les modifier, dans une mesure quelconque ; enfin le hasard, que Plutarque qualifie de cause instable, ou suivant une autre leçon, de cause insubstantielle, inconsistante, quant aux personnes, aux temps et aux lieux ^ En reinettant à un autre moment la détermination de la notion du hasard, je veux ici traiter de ce second mouvement attribué à l'atome, et sur la nature duquel je me trouve complètement d'accord avec Ueberweg qui dit*: • He (Épicure) thus attributes in some sort to atomsthatspecies of freedom (or rather that indépendance of law) which he attributes to the human will... Freedom of the will is contingency, indépendance of causes in selfdetermination. »
Ainsi l'atome d'Épicure est un point de substance etde force qui possède, outre le mouvement nécessaire, résultat de sa pesanteur, le principe libre d'un mouvement dont la direction
* Plut., PL PhU., I, 29. «TcaTov aivrav. Leçon confonne au texte d'Épicure (D. L., X, 133) qui distingue dans 'es mobiles muraux de Taction humaine : 1. tr^v C«6 TiviDV 5€(nc6T(v eiçayopiivrjV tcsvxwv (el{JiaptiÊvr,v xai {i&XXov & piàv xatT* otvâyxr,v...) ; 2. a de à«b tu^^QC» 3. à Ôà «xp V,{Jia;... triv Bï Tv/r,v SaxaTOv. li n'est donc pas nécessaire d'adopter la correction de Mcineke, qui lit dans Stolx^e, I, 6. à«jv<rcaxov aixtav. Conf. Aul.-Gell. N. AUic , Vil, 2. 6, Cic, de N. /)., !, 20. Fatalis nécessitas quam et|xxp(i£v/}v dicitis. tlonf. le Tragment de Diogenianus répicurien, ntpX elfjiapiJisvYîç, inséré par A Gerck dans FleickeL^en Ann. Suppltm., XIV, p. lis. Lnorëce, II, 284, énunière auss.^i les trois formes du mouvement des atomes, et les désigne sous les noms de clioc, plaga, pesanteur, pondéra et mouvement libre :
In seminibus... fateare nccesse l'st Esse aliam, praeter plagam et pondéra, caussam motibus, unde haec est innala potestas.
Hist. of. Philos., trad. angl., t. ï, p. 20G. Nécessaire pour expliq'ier l'agrégation des corps, ce mouvement ne Tétait pas pour expliquer la liberté dans l'âme humaine, quoique composée d'alomos, comiitc 1* croit ilucrèrc. En cffot, les Épicuriens sont les premiers à reconnaître que les composas ont par suite de la seule composition des propriétés qui n'appartiennent pas aux él/nients composants; c'est ainsi que des atomes non pourvus de la fjcuUé de sentir se forme une partie de l'organisme humain, Tàmc capable de sensation : elle pourrait donc ê re capable de liberté, sans que les atomes qui h composent eussent été doués d'un mouvement libre.
L \ PSYCHOLOGIE D'ÉPICURK 267
est indépendante de causes étrangères, d'un mouvement auquel il se détermine lui-même dans une direction qui n*est pas donnée. Mais alors c'est un point vivant, une monade qui est ou contient une espèce d'âme ; car nous ne concevons d'autre principe d'un mouvement indépendant et spontané que l'âme ^
Qu'est-ce qui a pu amener ce matérialiste déterminé, qui affirme avec tant de force le principe de causalité nécessaire, qui exclut de son système des choses la finalité, à y introduire une cause libre, qui menace de le renverser. Tout le monde est d'accord sur ce point : c'est un fait d'observation psychologique, un fait de conscience, qu'il est impossible de mettre en doute à cause de son évidence intime ^ et ce fait manifeste, évident, c'est que nous sommes responsables de nos actions ' et que nous avons conscience de l'être ; ce qui implique en nous le pouvoir inné de nous déterminer nous-même, la liberté, dont nous avons d'ailleurs aussi une conscience directe. Le moi, le nous^ car Épicure ne connaît pas l'emploi du mot moi, le nous n'a pas de maître*.
Nous sommes donc en présence d'un fait certain, indéniable : l'homme est responsable, l'homme est libre ; le mouvement de ses membres obéit à sa volonté; le mouvement
I M bachelier, du Fondement de Vlmiuction : « Tout être est une force, cl toute force est une pensée «.
* Lucr., II, 269... Initium motus a corde creari
Ex animique voluntato id procedere primuro Perspicum est.
3 D. L., X, 133. Il faut repousser la fatalité du monde moral, otà xb Tr,v àvaY*^^ àvuTce^56uvov eivai.
* D. L., X, i33. To àï nap'rjjxîv (thi&;) ioliiroTov...
Lucr., II, 287. Nobis innala potestas ..
Id., Il, 260. Palis avolsa voluntas
Per qnam progredimur, quo ducit quemquc voluntas
ou voluptas.
uli ipsa tulit mens.
Id . li, 280. . . es^e in pcctore nostro
Quiddam quod contra pvgnarc ob>larcque possit Cujus ad arbitrium quoque copia matf riai (k»gitur... ipenpicuum).
i(^^ HISTOIRE DE L\ PSYCHOLOGIE DES GRECS
initial part du fond de son être moral, initium motus a corde : ce qui n'est qu'une double formule du même phénomène psychologique. Mais la conscience qui l'atteste ne le fonde pas, ne l'explique pas, et la philosophie a précisément pour but d'expliquer la nature des choses, qui reste toujours obscure si on n'en conçoit pas la cause. Si nous voulons mettre à l'abri de tout doute, de toute négation le fait de notre liberté, SiccDç rh t<p '-îîfxïv fXT^ àir^XTiToti *, il faut en rendre compte. Et maintenant, comment l'âme et l'homme, qui sont des êtres de la nature, peuvent-ils être libres, si dans une certaine mesure, dans une partie de son organisation, dans son principe même d'être, de vie, de développement, la nature ne contenait pas un élément libre? Puisque rien ne peut naître de rien, et puisque la liberté est dans l'homme, elle est nécessairement dans son principe :
Quare in seminibus quoque idem fateare necesse est*.
Or le seul élément positif, l'unique principe réel des êtres, puisque le vide n'en est que l'élément limitatif, négatif, c'est l'atome : donc Tatome, que la sensation et le raisonnement nous ont déjà montré doué d'un principe interne de mouvement essentiel mais nécessité, doit être en outre et en même temps doué d'un mouvement libre qui rompe l'enchaînement fatal des causes physiques, modifie la loi stérile de la pesanteur, et permette à l'être de commencer par lui-même un autre mouvement. Que le fait psychologique de la liberté morale soit l'antécédent logique ', rationnel, reconnu de l'hypothèse du cUnamen principiorum^ c'est ce que tous les témoignages affirment. II faut admettre un principe moteur libre, dit Lucrèce, si nous voulons éviter le déterminisme.
« Plut., de Soleri Anim., 7.
î Lucr .11, 284.
■■' II se pourrait, cependant, à on croire Lurrè-e. qu'un principe tout mëlaphysiqiic y .jt contribué, II, ^55 : Ex iiifinito ne ransain causa sequatur, pour empêcher rcncliainement sms fin. la s«*ne infinie dos causes en un mot pour poser un commencement.
LA PSYCHOLOGIE D'ÉPICURE iOU
si nous voulons ne pas installer la nécessité dans le fonctionnement de notre être moral et intellectuel, si nous voulons que dans toutes nos actions et nos sentiments nous ne soyons pas les jouets sans résistance d'une force étrangère et toute puissante *. Déjà même la pesanteur naturelle et interne semble attribuée à Tatome par le résultat de l'observation et de Texpérience : tous lefe corps se volatilisent à nos yeux, tous se meuvent dans Tair et dans le vide ; mais en outre une fin supérieure a favorisé cette conception ; ce pouvoir interne, immanent à Tatome, de se mouvoir luimême quoique dans une direction constante et fatale, empêche que les choses ne soient exclusivement le produit de forces externes, telles qu'est le choc. Si dans l'hypothèse épicurienne Tatome subit le choc, c'est qu'il a la faculté de l'imprimer, et cette double faculté active et passive est le résultat du concours des deux mouvements dont il est doué, tous deux internes, mais l'un nécessaire, l'autre libre, causes concurrentes du troisième mouvement, le choc, tout externe*. Mais ce mouvement spontané, libre, qui par conséquent se produit en tous sens, dans toutes les directions \ et non pas seulement en haut, comme le dit Plutarque ♦, est manifestement le mouvement de la vie, c'est la vie même, et de plus une volonté ; c'est une âme ou une espèce d'âme vitale ; il n'y avait qu'un pas à faire pour lui attribuer la pensée, sinon la raison. Ce pas, Épicure s'est refusé à le faire, quoi qu'il fut dans les données logiques de l'hypothèse. Si c'est une volonté
* Lucr., II, 95i. Principium quoddam quod fati fœdera rumpat, \lf 291... Ne mens ipsa necessum intestinum babeat Et devicta quasi cogatur ferre patique.
Cic, de Fat., 10. Ëpicurus declinatione atomi vilari (ati necessitalein pulat... veritus ne .. si seniper atonius gravilaie fcrrctur naturali ac necessaria, Dibn nobu libenim esset. IJ., de N. Deor., 1, 25. Quuni videret, si aiomi feirentur suopte pondère nibil foie in uostra potestate... invenit quo modo necesntatem efTugeret.
« Lucr., II, 290.
Pondus enim probibet ne plagis omnia fiant Extema quasi vi.
3 Lucr., I, 1U24. Omne genus motiu.
« V. plus haut, p. 265, n. 1.
libre qui préside aux mouvements de Tatome, une volonté qui ne dépend pas de causes externes et qui même n'a pas en soi une loi de détermination nécessaire, ce n'est cependant pas une volonté consciente, qui se dirige par une résolution délibérée et réfléchie vers une fin qu'elle a conçue. Il n'y a pas eu de concert entre les atomes et comme une sorte d'engagement réciproque, de contrat pour se rencontrer et pour se combiner de telle et telle façon. Leurs mouvements libres sont absolument indéterminés, aussi bien quant aux personnes, quant aux temps que quant aux lieux où ils se produisent *. C'est la définition même du hasard, SaTotToç aÎT^a*, dont le monde est l'œuvre. Il n'est pas facile de se rendre compte de la nature de cette troisième cause, qui n'est ni l'une des lois immuables et nécessaires de la matière, ni l'acte d'une raison consciente et délibérante. Quelle notion se faire d'une cause intermédiaire, et surtout quelle notion s'en est faite Épicure? Il est certain que le mouvement interne libre et spontané est vital, ou alors on ne sait plus ce que peut être un mouvement vital. Mais toute vie a sa loi interne d'organisation, d'évolution, de développement. Comment concevoir cette loi vivante sans un principe de raison, si enveloppée, si endormie qu'on la suppose 5. L'atome épicurien n'est pas la raison séminale des Stoïciens; mais c'est un germe, une semence qui vit et est capable d'engendrer ; les termes grecs et latins qui servent à l'expri-
» Lucr., l, 1025.
Neqiie consilio
. . . . atquo saf^ci mente Nec... pepigere.
Id., II, 165.
Nec perscrulari primordia singula quaeque Ut videant qua quidque geratur cum ratione. Id , II, 594.
Nec regi(tne loci certa nec tempore ccrto. * V. plus haut, p. 266, n. 1. àoratoç aitia icpo<j(o7coi; xpôvotç xôiuoi; (Slob^ donne la leçon xpôtcoi; qui est ccnainement mauvaise).
3 Le hasard, dans Épicure, nous semble la liberté en puissance, si la liberté véritable enve!oppe la notion de la conscien<'e. Le hasard et la nécessité se partagent Tempire du monde physique , la liberté est la reine du monde moral.
lA PSYCHOLOGIE DtPICURE 271
mer le prouvent surabondamment : cirlpfxaTa, semina^ corpora genitalia^ corpora qux genunt. Cette force vivante et génératrice, secrète mais déterminée*, se peut-elle concevoir sans un germe latent de pensée ? Toute force libre, et du moins toute vie est une sorte de pensée 2, une pensée inconsciente sans doute, aveugle, qui s'ignore elle-même, qui ne voit pas clairement le but où elle tend, comme on la retrouve dans la cristallisation, l'aimantation, la végétation. Mais Lucrèce va plus loin ; cette force interne de Tatome se livre à toutes sortes d'expériences, d'essais, de tâtonnements multiples et infiniment répétés s. Ces expériences, ces tâtonnements lui profitent, lui donnent des leçons ♦ qu'elle s'assimile, lui font contracter des habitudes qui supposent la mémoire, laquelle à son tour suppose une sorte de raison obscure. Dernier ^ va même jusqu'à dire que, d'après Gassendi, l'atome d'Épicure est doué d'une sorte de sensibilité, d'une sensibilité en puissance dont les principes sont contenus dans les germes organiques qui existent à l'origine des choses ; mais il exagère la pensée de Gassendi qui peut-être lui-même dépasse la pensée de son auteur : • Atomi, dit le philosophe oratorien «, sunt eo praeditae vigore ob quem moventur aut in connisu ad movendum continuo sunt. Neque enim absurdum est facere materiam actuosam^ absurdum potius facere mat^riam inertem. Primae moleculae ex atomis coalîtae habent in se energiam quandam, seu sese movendi aut agendi vim^ constantem nempe ex singularum atomorum vigorthus^ sed varie tamen modificatis. > L'atome est le principe unique et universel des choses, le
' Lucr., I, 170. At nanc seminibus quia cerlis quidqno creatiir :
Quod cerlis in rebus incst sécréta facultas.
* Plotin, Enn.^ 111, VIIl, 7. n&aa Çcir, vo/ja:; Tt;. 3Lucr., 1, i025.
Oninia genus motus et cœtus experiundo.
* D. L., X, 75. TY)v çuaiv icoXXà xa\ icavtola 'jnh xûv avTctfv icpayixaTuv
' Bernier, Abrégé de la philos^ de Gcsiendi, VI, p. 48. > Syntagma^ p. 19.
i'-i IIISTOIItB DE Ui PSTUIOUKIK bES G
principe de l'âme et le principe du corps, te pfilM minéraux, des végétaux, des astres, des dletii : II pas en conséquence a'éloiiaer qu'il contienneensoi.'li CD germe, il est même logiquement nécessaire qu'il co en germe les attributs essentiels qu'on reocooD' certaines des combinaisons qu'il forme. Il faut i moins s'en étonner que notre propre essence, qu'Épico dans une volonté libre, lui a seul donné la notion p de l'atome et de son essence, et en retour c'est sur ce ception tie l'atome qu'il fonde la liberté dans l'homii contingence dans les choses. Il doit, dans sa concept losopliique, il doit y avoir entre notre essence ell' des choses, entre la matière supposée brute et la vivante, plus qu'une analogie, mais un lien, une fil de degrés dans le développement plutôt qu'une dil d'essence '. La vie, le choix libre d'une direction de ment, encore qu'irréfléchi, suppose un certain deg mesure quelconque de pensée dans l'atome, c'est-â-di la nature. L'activité * dont elle est douée la suppose.
Et cependant, par une contradiction, une inconséquf moins, la physique d'Épicure reste mécanique. Si l'i tirer de quelques expressions de Lucrèce que les at*i recherchent, en même t<?mps qu'ils s'é]oi"nent les t autres ', on ne voit nulle part qu'ils possèdent nft centrale d'iissimilation, d'intussusception, d'organisal
L'être vivant n'a pas de centre un, de monade cent tour de laquelle il se développe. Les atomes ne croisa en volume comme un être vivant réel, par l'abBoq) l'assimilation d'éléments similaires. Le corps n'est agglomération, uin"' jnxlaposilion de molécules é»;
' Lucr., Il, i84.
]a seiriiDibus quoigue idtm Ile mouvem^nl libre) taXeate necesw cd Idtm, te mime principe que dim les clioses vivantes el pensIIlte^ ■ Aetuoiam, comme dii Gas^adi, 1 LutT., I, BIS.
(fuDs iDler se dtnl uuiXjt accipiinlijua.
force, identiques en substance, qui s'accrochent, se lient, s'enchaînent, forment un tissu aussi serré qu'on Timaginera* ; mais ce tissu laisse distincts et séparés les fils de la chaîne comme de la trame ; cet agrégat n'a pas de principe véritablement vivifiant, unifiant, et pas de limite déterminée de développement. Épicure ne peutpas répondre à l'éternelle question d'Aristote : t^t^ Ev ttoioOv. L'être est un ; où il n'y a pas d'unité, il n'y a pas d'être, du moins d'être vivant; tout est simple contact, açT^ ; pas de pénétration intime et mutuelle. Le vide sépare constamment les atomes agrégés, qui restent toujours isolés et indépendants, prêts à s'échapper du groupe accidentel où une rencontre fortuite les a fait entrer. Aucune raison interne, aucune force externe même ne les oblige d'y demeurer. 11 n'y a jamais entre eux cette fusion intime, cette intrapénétration des parties qui constitue l'unité de l'être et par là l'être même *.
Sans doute Lucrèce, au sein de ces germes, place une puissance déterminée, fixe, constitutive de l'espèce, et une limite précise à ce pouvoir ; sans doute il parle d'un accroissement par la nourriture, et explique par cette force interne et secrète l'invariabilifé des espèces 3. Mais il ne fournit pas la raison de ce fait qu'il affirme, et cette raison ne se trouve dans aucun des attributs essentiels qu'il donne à l'atome.
L'ordre dans lequel ils arrivent à se combiner et qui fonde leur essence toujours mobile, la permanence* relative de la combinaison, résultat d'un rapport du mouvement et
^ Lucr., II, 2A0. Inter se nexas
Id., U, fus. . . . Nexus principiorum
Dissimiles.
^ Plut., Amator ,2/i, 3. y\ St'SXcov XeyoïjivY; xpâ<jt; Talc xat'Emxovpov àçaîc xai icepi7c>oxa'.; ^otxe .. ouyxpouaet; (collisiones) Xa|ji6avou(ia xai àicoirr,ôr,<j£(:, (rC)Ultus, Teffort pour sortir, pour 3*échapper, s'enfuir) lviTr)Ta Se où tcoioOaa. ^ Lucr., I, 76. Finita potestas... cuique
Atque allé terminus herens.
Id., I, 170. Seminibus certis quidque ereatur. Id., I, 191. Queque $ua de materia gruidescere aliqut. ^ Sia|toviQ.
Chaignit. — Psychologie. 18
su IIISTOIHE l)£ U^ F-âïGHOLOGIE Des CMC
du repos dâs atomes qui n'est pas plus espliqu< lui-mCmc. rieude tout cela n'est l'effet d'uu ( raché, d'une Uit«iilioii môme extérieure : c'e hasard, {irav tii/uttit xixXtiiévxi ili lïipixJiqxijv '. Lt posés nai»i(6Qt lorsque le hasard de leurs décL rapprochés dans uui; mesure propre à uuo toujours provisoire. Il n'y a pas d« linalitâ dai des choses et dans la crëatiou du monde. l'iDconaéquence des philosophes et même des au nombre desquels il fnut certainement comi Il n'est pa facile de vider complètement 1' notion de finalité : Épicure qui la nie dan l'inslallo dans son système scieutiUque. La scie a une flu, c'est d'acquérir le bonheur, dont la fii sir : car, nous le verrons, le plaisir est une fin e de la vie *.
Mais aucune fin n'a présidé à la formation du gaiiismes vivants eux-mêmes sont le produit d purement mécanique qui opère à riutiiiietqui.j nementa et ses essais infiniment multipliés e diversifiés^ arrive par haaard*â.uue disposîtio: juste et convenable, tel enfin qu'il en résulte le nous voyons, et qui en assure la longue durée. meuts du hasard se transforment donc en des i conformes à l'ordre? et rétablissent dans le s espèce ou du moins un simulacre de finalité : In motus conjecta est convenîentes.
* D. L., X, H, Pétrone . « lioc «ilam diiii liaherc t!Xpj- > 1 lucr,. 1, lUïi.
MulU modis lauKis muliu per omn»
Kl inJiailo veianlur veràa pligis On me genus moLus el ckIus etpenuoda TïhIudi deveoiuDl \n Ules dispssilioiUi Uuaiïbus luec rébus consistit auauni créait El muJtos etiaiD niignoï j>ervaU per isnog Ul seDieJ in motus cuaji'cla esl tonvanienfes.
* Lucr , II, 1059. Sponle su* fort» offensndo
.... leniire, mca'tiim frustra.
U PSYCHOLOGIE D*ÉPiCURE 275
Lange ^ trouve que c'est une grande pensée que d'avoir donné ce tour et ce sens à la notion de finalité, c'est-à-dire de la considérer simplement comme un cas spécial de la totalité des expériences et de tout ce qui peut être conçu; il ne trouve pas moins ingénieuse la pensée qui nous fait rapporter la convenance de ce qui se conserve à la conservation de tout ce qui est convenable. • Un monde, dit-il, qui se maintient par lui-même n'est par conséquent qu'un cas qui doit se produire de lui-même dans le cours de l'éternité par les innombrables combinaisons des atomes, et c'est uniquement parce que la nature de ces mouvements permet qu'ils se conservent dans le grand tout et se reproduisent à l'infini que ce monde acquiert la stabilité dont nous jouissons, t Que cette conception de la finalité soit une pensée ingénieuse, féconde, grande si on veut, je l'accorde ; car il est certain que c'est la substitution de l'observation et de l'expérience à la recherche abusive et exclusive des causes finales, condamnées pour leur stérilité, et justement condamnées par Bacon dans les sciences physiques et naturelles *. Mais au point de vue philosophique, la conception d'Épicure, malgré le succès qu'elle a retrouvé chez les modernes et les contemporains, n'est pas réellement grande, parce qu'elle n'est pas vraie. La finalité ne peut pas être confondue avec un cas de la totalité des expériences possibles, parce que dans le domaine de l'expérience, il n'y a pas de totalisation possible. Il n'y a aucune raison pour admettre que, même dans les innombrables et infinies combinaisons du hasard, il y ait un cas qui produise les effets d'une fin. S'il y a dans cette infinité d'expériences, un cas qui soit conforme aux lois de la convenance et de
1 Hitt. du Mater., 1. p. 132.
* Nov. Org., 1. 1. CXXX. c Mens humana si agat in materiam. naturam rerum et opéra Dei contemplando, pro modo materise operatur atque ab eadem determinatur. (C*est presque le mot d'Épirure, ^n* avxûv Tcpayi^aTCrtv didax07}v«0- Si ipsa in se versatur, tanquam aranea texens telam, tune demom indeterminata est et parit telas quasdam doctrins, tenuitate fili operisque mirabiles, sed quoad usum frirolas et inanes. »
l'ordre et que le hasard rencontrera, il faut qu'on nous dise pourquoi et comment il s'y trouve, et on ne le peut pas. Cet ordre ne sera d'ailleurs qu'un fait, qu'un autre fait pourra l'instant suivant détruire.
Lorsque Lucrèce dit que la nature, à la suite de ces essais infinis, in motus conjecta est convenientes, se trouve comme violemment jetée dans des mouvements conformes à l'ordre, il se sert d'un mot qui n'a pas de sens dans la logique du système ; le mot convenance est une notion empruntée à une tout autre philosophie et qui se glisse inconsciemment, involontairement dans la métaphysique épicurienne pour en combler les lacunes. La convenance est un rapport des parties entr'elles qui ne se peut concevoir et déterminer que par leur rapport commun au tout. Mais c'est ce tout à venir, fin idéale de l'être, qui ordonne et dispose les conditions propres à le réaliser lui-même et assigne à chaque partie sa place, sa fonction en vue de réaliser la fin. Il faut une idée directrice, une raison interne qui gouverne le développement de l'être, qui détermine l'ordre et la succession des moyens en vue d'un but; il faut une loi à laquelle les parties obéissent, un but commun où elles tendent et dans lequel elles se lient. Sans but il n'y a pas d'ordre ni de rapport de convenance ; il n'y a pas de mesure et de règle pour la convenance et pour l'ordre. La fin seule peut exercer une action efficace sur la matière et lui imposer une loi. C'est une anticipation qui détermine le présent par l'avenir, et c'est pour cela, à savoir qu'elle est à la fois une idée et une force, qu'Aristote l'appelle t^ il u:ro6£(jew; àvayxoïov * : une hypothèse^ parce qu'elle n'est pas donnée dans les faits de rexpérience, et une hypothèse qui impose une néce:isité à In matière, parce que si la fin existe réellement, il est nécessaire pour la réaliser que certaines conditions matérielles soient remplies. L'idée de l'organisme a sa racine dans le but interne devenu réel. C'est, dit Tren-
» Phyt , II, 9; de Part. An., I, 1 ; H, 1.
delenburg, le fait idéal de la nature, et parce qu'il est idéal, la finalité des organismes demeure toujours une hypothèse, mais une hypothèse sans laquelle on ne peut pas expliquer Tordre et la convenance. C'est ce qu'Épicure ne veut pas voir ; dans sa métaphysique pas d'idée directrice, pas de fin, par suite pas de tout réellement un. Chaque atome vient et s'en va au hasard, îv outco tu/ti *, sans aucune raison pour aller ici plutôt que là, pour demeurer plus ou moins longtemps, pour sortir plus ou moins vite de la combinaison fortuite où il est entré,
Nec ratione loci certa, nec tempore certo.
Quoiqu'il ensoit, voici comment fonctionne ce simulacre de finalité, qui n'est autre que l'impulsion sans règle du hasard.
L'atome, par la force de la pesanteur, descend dans le vide infini, suivant une direction constante de haut en bas et perpendiculaire. Par sa propre volonté, il réagit contre cette loi, s'écarte en tous sens de cette ligne verticale, et ces deux mouvements combinés produisent des tourbillons '.Dans ces mouvements désordonnés, grâce à leurs directions infiniment variées, grâce aux figures extrêmement diverses des atomes, il n'est pas nécessaire, mais il peut arriver, par hasard 3, et en fait il est par hasard arrivé qu'ils se rencontrent, se choquent les uns les autres. Ce choc qui les fait rejaillir, rebondir, se repousser et se rejoindre les uns les autres est le principe d'un troisième mouvement mécanique, résultat de l'élasticité des corps, et qui, dans la technologie
d'Epicure, s'appelle tcXtjyt^, àvTixoinQ, iràX<ji;, :ra\{x<Jç, à7roiraÀ{x4ç*.
Ce rebondissement se comprend facilement lorsque les ato-
> D. L., X, 90. Le soleil, les astres, la terre sont formés, xaxà upooxpiaei; xai
3 D. L., X, 90. 5v oCtci) v^x^- * D. L., X, 43.
leurs grandeurs extrêmement diverses, sans que toutefois on puisse leur attribuer toute espèce de grandeur. Si on les appelle immuables, àiAtTx^oXa, à{xtT(x6Xir)Ta, c'est qu'ils ont toujours une grandeur, toujours une figure, toujours un mouvement. Leur pesanteur seule est invariable, si l'on prend pour mesure de la pesanteur la vitesse avec laquelle ils parcourent l'espace vide, vitesse qui est toujours la même pour tous. La riche diversité des figures et la variété des mesures de grandeur ne suffisent pas, comme on pourrait le croire, pour expliquer et produire la variété et la diversité infinie des choses, qui sont telles qu'il n'y a pas dans la nature deux objets parfaitement semblables l'un à l'autre. Mais il est inutile, pour cela, d'imaginer que les atomes possèdent, outre les propriétés qui leur appartiennent par nature et essence, evuwàp/oudi, des propriétés semblables à celles des corps qui apparaissent à nos sens S qualités changeantes, dont l'essence môme est de changer*, qui peuvent disparaître et s'évanouir du corps sans en compromettre l'existence, comme par exemple la chaleur et la couleur. Les atomes n'ont pas d'états internes, de différences vraiment qualitatives qui puissent être les causes de cette diversité infinie. Les différences qualitatives des choses proviennent exclusivement, outre la figure et la grandeur, du nombre des atomes, de l'ordre, de la disposition dans lesquels ils se sont agrégés, et du mouvement particulier qui a produit cette disposition et cet ordre :
Ck)ncursus, motus, ordo, positura, figurae 3.
' D. L., X, bJt. |iv)ds(isav 'Koi6Tr,x% lûv cpatvo|iév(ov 7cpo9cplpeo6at. Id., Ai. jjLr,ôè iroiÔTTjTdt Tiva nzpi ta; àxôptou; eîvai iiXy|v... * D* L., X, 54. iroioTY); yàp ir&aa (i€Ta6d(XX&i. y Lucr., Il, 10, 20. Id., I, 818.
Cum quibus et quali positura contincantur El quos intcr se dent motus accipiantque.
Scx*. Emp., Malh.^ X, 257. xatà a9pot9(ibv ffx^l**^'^? "^^ **' juyéOou; xat àvTiTunia; xat ^âpov»; xb <Tà>|ia vevo7)aOa( i. La pesanteur étant considérée comme cause du mouvement
La seule cause nouvelle à laquelle ces causes particulières se réduisent, c'est le déplacement des molécules, autrement dit leur mouvement 2. Tous les changements de forme et de qualités, ueTaôXTiTixT^ x^T^di;, ne sont au fond que des changements dans l'espace, des changements de place, jxeTaêaTixi^, TomxTi, qui opèrent et renouvellent la composition et la division, Hati xal fsuyxpiaii. Le mouvement dans l'espace est le genre dont le mouvement qualitatif, ràXXo^cDaiç, est une espèce *.
Cest ainsi que quoique incolores les atomes par leur groupement dans un certain ordre, par la variété de leurs vibrations internes moléculaires, par le caractère de leurs figures, par la dimension de leurs grandeurs, en un mot, 6é(Tei xal auyxpiati^ Constituent des corps colorés; c'est ainsi que quoique sans chaleur, par les mêmes causes, ils constituent des corps chauds ; c'est ainsi enfin que naissent toutes les qualités secondes des corps et les espèces variées des êtres.
Ces corps et ces êtres sont finis et limités, et il ne faut pas croire que, dans un corps limité et fini, il puisse y avoir actuellement un nombre infini d'atomes ni des atomes d'une grandeur infinie; car alors on ne pourrait plus concevoir qu'il fut fini, et il n'y aurait plus rien de fini dans le monde : ce qui est contre toutes les données de l'expérience. Dans tout corps fini, dont l'essence est d'avoir une grandeur et des extrémités concevables '*, 8iaX7i7rT<5v, quand bien même il ne serait pas par lui-même visible, on peut toujours sinon percevoir, du moins concevoir un corps au delà et.à la suite de lui-même, qui lui est juxtaposé, rh eÇT^ç toutou, qui le limite, et en allant ainsi même à l'infini, au delà de cet au delà, on rencontrera toujours un corps limitant et un corps limité; on n'arrivera jamais à le concevoir sans
1 Sext. Emp., â!a:h , X, 42. P. L., X, 54. xarà |ifTa6é(rsi;. Id , Ai. xb Sa -/pfi>|iO( icapà TT)v Oéatv Tfi>v àT6(ici>v àXXdrceaBai. « D. L., X, 57.
leurs grandeurs extrêmement diverses, sans que toutefois on puisse leur attribuer toute espèce de grandeur. Si on les appelle immuables, àiAtTx^oXx, à{xtT(x6Xir)Ta, c'est qu'ils ont toujours une grandeur, toujours une figure, toujours un mouvement. Leur pesanteur seule est invariable, si Ton prend pour mesure de la pesanteur la vitesse avec laquelle ils parcourent l'espace vide, vitesse qui est toujours la même pour tous. La riche diversité des figures et la variété des mesures de grandeur ne suffisent pas, comme on pourrait le croire, pour expliquer et produire la variété et la diversité infinie des choses, qui sont telles qu'il n'y a pas dans la nature deux objets parfaitement semblables l'un à Tautre. Mais il est inutile, pour cela, d'imaginer que les atomes possèdent, outre les propriétés qui leur appartiennent par nature et essence, evuwàp/ouai, des propriétés semblables à celles des corps qui apparaissent à nos sens ^ qualités changeantes, dont l'essence môme est de changer*, qui peuvent disparaître et s'évanouir du corps sans en compromettre l'existence, comme par exemple la chaleur et la couleur. Les atomes n'ont pas d'états internes, de différences vraiment qualitatives qui puissent être les causes de cette diversité infinie. Les différences qualitatives des choses proviennent exclusivement, outre la figure et la grandeur, du nombre des atomes, de l'ordre, de la disposition dans lesquels ils se sont agrégés, et du mouvement particulier qui a produit cette disposition et cet ordre :
Concursus, motus, ordo, positura, figurée 3.
' D. L., X, bJt. (iv)Se(iîav 7Coi6TY)Ta x&v cpatvo|iév(ov Tcpoa^lpeoBai. Id., Ai. jjLr,Ô£ Tzoïhxri-ci Tiva izipi xà; àtôptou; eîvai iiXy|v... * D* L., X, 54. irotÔT/;; yàp irâaa (i€Ta6d(XX&i. 3 Lucr., 11, 10, 20. Id., I, 818.
Cum quibus et quali positura conlineantur El quos intcr se dent motus accipiantque.
Scx*. Emp., Malh.^ X, 257. xaxà à9poi9|ibv ^r^'^oiih^ xe xa\ juy^^^u; xai àvxixuirtûi; xa\ ^apou; xb <T(i>(ia vevoT;aOai i. La pesanteur étant considérée comme cause du mouvement
La seule cause nouvelle à laquelle ces causes particulières se réduisent, c'est le déplacement des molécules, autrement dit leur mouvement *. Tous les changements de forme et de qualités, ueTa6X7iTix7i x^Tjdi;, ne sont au fond que des changements dans l'espace, des changements de place, jxeTaSaTtxiQ, TomxT^, qui opèrent et renouvellent la composition et la division, 6i(jei xal auyxpiaii. Le mouvement dans Tesimce est le genre dont le mouvement qualitatif, ràXXo^cDdiç, est une espèce *.
Cest ainsi que quoique incolores les atomes par leur groupement dans un certain ordre, par la variété de leurs vibrations internes moléculaires, par le caractère de leurs figures, par la dimension de leurs grandeurs, en un mot, 6É(Tet xal <TUYxp^(j6i, constituent des corps colorés ; c'est ainsi que quoique sans chaleur, par les mêmes causes, ils constituent des corps chauds; c'est ainsi enfin que naissent toutes les qualités secondes des corps et les espèces variées des êtres.
Ces corps et ces êtres sont finis et limités, et il ne faut pas croire que, dans un corps limité et fini, il puisse y avoir actuellement un nombre infini d'atomes ni des atomes d'une grandeur infinie ; car alors on ne pourrait plus concevoir qu il fut fini, et il n'y aurait plus rien de fini dans le monde : ce qui est contre toutes les données de l'expérience. Dans tout corps fini, dont Tessenco est d'avoir une grandeur et des extrémités concevables '^^ ôiaX7i7rT<5v, quand bien même il ne serait pas par lui-même visible, on peut toujours sinon percevoir, du moins concevoir un corps au delà et. à la suite de lui-même, qui lui est juxtaposé, zh ilr^ç toutou, qui le limite, et en allant ainsi même à l'infini, au delà de cet au delà, on rencontrera toujours un corps limitant et un corps limité : on n'arrivera jamais à le concevoir sans
1 Sext. Emp., àlath , X, 42. P. L., X, 54. xaxà tiftaOéffEi;. Id , Ai. xb ôè -/pfi>(ia icapà TT)v Oéatv Tfi>v aT^iiCAv àXXdrcea6ai.
iSi HISTOIRE DE LA PSYCHOLOGIE DES GR£(.S
limite. Le corps Uni reste donc toujours fini, et par conséquent ne peut pas être composé d'un nombre infini d'atomes d'une grandeur infinie quelconque, ce qui détruirait son au delà avec sa limite, c'est-à-dire détruirait son essence même, donnée dans sa définition.
La nature est ainsi le système de toutes ces forces causantes, cl c'est elle qui opère la transformation de la matière inorganisée en matière organisée, la matière organisée et vivante en êtres sentants et pensants*. C'est elle qui a produit les astres, notre monde, et tout ce qu'il contient et tous les mondes infinis qui remplissent l'espace inûni, semblables ou différents du nôtre; car les atomes étant étemels et éternellement soumis aux mouvements essentiels résultant de leur nature, la création des choses et des mondes est incessante et continue*. Il est absurde d'imaginer, comme Ta fait Anaxagore, par sa théorie des Homéoméries, que l'atome doit être pourvu de toutes les qualités que possèdent les composés où il entre, et d'être forcé d'admettre que
< Lucr., 11, 878. Natura cibos in corpora viva
Vertit, et hinc sensus animantuni procréât (iiiincs. Irl . II. 887.
Ë\ inbcosilibus. . . . .sensile gigni.
C'est re qui fait dire à Sextus (Math., IX, 335) qu*Épicure soutient que la partie est différente du tout, parce que l'atome est différent du composé : il en diffère évidemment, puisqu'il est sans qualité, sans couleur, sans chaleur, tandis que le composé est qualitativement spécifié, èxet'vr^ pèv à7coi6; ècnt, xb oà ovYxpiina
- Lucr., 111. 17 Mocnia mundi discedunt. 11, 1015. Rssc alios aliis tcrrarum in partibus oi-bes
Kt varias hominum gentcs, et secla Teraruni.
Galcn., t. \\ p. lOi, Kùlin. toÙc èv ocOtb) (l'espace infini et vide), x6<r(Aou; ocnstpo'j; ctvai T('i> TiXi^Osi Plut , PI. Phil.j II, 1,1 (Stob., AV/., 22, 3). àueipouc x<So{io'j; êv t(i> oLTzt'.ptù Cic, de N. D., I, A. In mundis innumeralibus, omnibus minimis temporibus punctis. aliis nascentibus aliis cadentibus. Id., de Fin», I, 6. Innumerabiles mundi qui et oriantur et intereant quotidie. Conf. Euseb., Prsep. Et'., XIY, 23 xx; axô- |iou;... x6aixou; ocicecpou; aTcoxeXelv. Hermias, Irr. phiL, 18. Diels, p. 656. z\(j\ de x^TpLci 7coXXo\ xai anetpoi. D. L., X, i5. àXXà pT)v xa\ xiapioc aTcetpoi £t(Tcv or O*op.oio( xouxh) xx\ ol àvofiotoi. Achilles Tat., Itatj., 8, p. 131. 'Emxoupo; o; xa\ àuecpou; x6(7|iov; uTCOxtIexai êv ocKtlpta xb> x£v(i>. Id , 5. 'Kmxovpo; xst ôâ(6aaxaXôc aùxoO My)xp6d(i>po; (ou le mot SidaaxaXo; ou le nom de Métrodore eî»t une eircur de fait).
U PSYCHOLOGIE DtPICURE i83
lorsqu'un homme gémit, rit ou pleure, les atomes qui le composent doivent gémir, rire ou pleurer.
D importe de remarquer qu'Épicure semble introduire ici. sous le nom de nature, cpudiç, une force et une force créatric(» que rien dans son système n'explique. D'après Sextus. • Épicure appelait indifféremment SXov et itav la nature des corps premiers, ttîiv cpùdiv tûv <t(i)îjlxt<ov, et la nature du vide, xal Tir)v ToO xevou (pu<nv; car tantôt il dit que la nature des choses universelles, t) t<Sv SXwv cpiidiç, est les corps et le vide, tantôt que le tout, to irav, consiste en deux infinis, l'infini (en nombre)*des corps, l'infini en grandeur du vide, les deux infinités se correspondant et se faisant équilibre*, i Dans ce sens le mot nature ne serait qu'une dénomination collective des deux éléments des choses, et dans l'esprit du système il ne peut exprimer que cela. Néanmoins lorsqu'on entend Lucrèce dire que les atomes et le vide sont les éléments avec lesquels la nature crée toutes les choses, et dans lesquels elle les décompose*; que c'est la nature qui donne une loi aux molécules atomiques aveugles, et qui les gouverne et les dirige 3; que c'est elle qui transforme les végétaux alimentaires en la substance d'un corps vivant, et qui crée par là et avec ces matériaux les sens de l'animal et la pensée de l'homme *; lorsqu'on l'entend appeler JLa Créatrice des Choses.
1 Scxl Einp., Malk , IX, 333. Lucr.
Ornais ut esl igitur Natura duabu> CoDsUtit rébus quae corpora sunt et inanc. D. L-, X, 39. àXXà (ir,v %a\ xh TCJiv iaxi (tct; iièv a&jia Tir; 6ï xavôvl suivant la restitution de Gassendi ou... laxi atâiLaxa. xa\ tôtco;, suivant celle d'Usener. Cic, de N. Deor., II. c Sunt qui omnia Naturae nomine appellent, ut Epicurus, qui ita dividit omnia qu» secundum Naturam esse corpora et inane' i. Plutarque (adv. Colol.)y rappelle également le passage de la lettre à Pythoclès (D. L.« X, 86). xh n&y ata\t.axa xa\ àva^Y^c cptjat; ittxiy. ' Lucr., I, 6i. . . Priraordia
Unde omnes Natura creet res, auctet alatquc Quoque eadem rursuni Natura perempta resolvat » Id., 1, 329.
Corporibus c^Bcis igitur Natura gcrit ros. Gerit res : id est, administrât et moderatur tanquani iniperalrix. * Id , 11, 878. Natura cibos in corpora viva
Vertit, et bine sensus amnianluic procréât.
tHi HISTOIRE DE U PSYCHOLOGIE DES GRECS
verum creairix^ ; lorsqu'Épicure lui-même dit que la nature a reçu des leçons de Texpérience et des choses et en a profité*; on ne peut s'empêcher de reconnaître que le sens (lu mot nature a varié dans l'esprit du maître et du poète, son plus fidèle int-erprète, et qu'outre la signification par laquelle il exprime sous un seul nom les deux éléments dos choses, il en a pris une autre par laquelle il se rapproche de la notion péripatéticienne, qui faisait de la nature une force sinon divine, du moins démonique, distincte? des choses qu'elle contribue à former et supérieure à elles. Mais cette puissance plastique d'organisation et d'évolution ne peut légitimement entrer dans le système de l'atomisme épicurien, où elle ne peut être déduite de rien, et dans lequel la nature ne peut être qu'un mot.
La création des corps est continue ; par là même des mondes infinis en nombre se créent continuellement sous des figures et avec des formes extrêmement diverses '. sans Atre d'une diversité infinio, les uns étant sphéroïdes, les autres ovoïdes, les autres coniques, les autres d'autres formes *. Cela se comprend parce qu'on ne conçoit pas que la création d'un nombre infini de mondes épuise Tinlinité des atomes : il reste toujours des atomes en nombre infini pour fournir à des créations nouvelles, et des espaces infinis prêts à être occupés mais non remplis par eux. Ces mondes posséderont des animaux, des végétaux, tout ce que nous voyons dans
« Id., 1, «30.
^ b \j., X, 75. TV çjdiv no/v/.à xa\ TrxvTota j^r' avTwv itpxvjxaTwv O'.ûaxOr.vai.
3 D. L., X, 7i. Plut., PI. Phii, II, 2. 3. Diels, p. 3i9, a. 5. Cic, de Nat D., II, 18. Dicilis... innumerabilesque mundos alios aliarum esse figurarum. Gai., Hist, Phil., t. XIX, 26i.
* D. L., X, 74. o\ÎT*c| àvayxY); Stï vo|JL(l|erv tva a^^pLaxiapLov ^^ovTac, àXXà xat Sta^épcv;... oC (lévtoi 7c5v (rxT)pL*ifx&iv. c Mëtrodore disait : (Gai., HisL Phil , t. Xix, 249) : « Qu'il était aussi absurde de supposer qu'il n'y eût qu'un seul monde dans l'infini, que de supposer qu'il ne pousse qu'un seul épi dans un champ de blé. Que le monde soit infini en nombre, xatà tcXtjOoc, c'est ce que prouve l'infinité des causes qui l'ont produit. Là où il y a des causes infinies, il y a nécessaircmint une infinité d'effets ». .
celui-ci ; car il ii*y a aucune raison pour que les éléments dont se forment les organismes végétaux et animaux se trouvent dans un monde et ne se trouvent pas dans un autre*.
Mais par la même raison, s'il se crée chaque jour une infinité de mondes, il s'en détruit également une infinité *. La ruine des corps formés et invidualisés est aussi continue et éternelle que leur création. Les mouvements d'intégration sont aussi des mouvements de désintégration ; ils agrègent et en même temps désagrègent ; ils organisent et désorganisent, parce que le mouvement de déplacement qui a produit leur organisation ne s'arrête pas quand ces organismes sont arrivés à leur point d'achèvement. Lorsque le hasard fait que les atomes qui sortent d'une combinaison parvenue à une sorte de stabilité sont en plus grand nombre que ceux <iui entrent, le dépérissement commence, et il s'achève quand la balance des profits et des pertes est rompue et que les entrées ne suffisent plus à maintenir l'être dans sa forme et la vie dans sa force. Le monde actuel^, comme les ani-
i D. L., X, 7i. Conf. v. plus haut, p. 281, d. i, Lucrèce. ' U. L., X, Ti. fOapTot o\ xoai&otf |uta6aXÂ6vT(i>v Tfi>v lupcàv. -^ D. L , X, 73. XXI TcàXiv StaXucoOo» navra, xà (lèv 6&rrov ta $è (tpa^vtepov xa*. xà |Jièv Oitb xfi>v xoitôvde, xà 5ï vnb xfi>v xoifi>v2e icâoxovxa. Lucr., \\y 1129. Sic igitur iiiagni quoque circum mœnia mundi Expugnata dabunt labem putresque rainas
<^mment. Lucani, VII, 1. c Diverse Stoici et Epicurei qui et natum esse mundum et peritunim affirmant. Sext. Emp.. Math , X. 188 çOapivxo; toO xo<r|ioO xax*- 'ETccxoupov. Lactant., Div. Inst., Vil, 1, 10. Unus igitur Epicuras, auctore Démor.rito, veridicus fuit qui ait mundum etorlum et aliquando esse perituram. Id., 113. Epicurus sua spontc natum (mundum) esse dixit, seminibus ioter se passim coeantibus, quibus ilerum resolulis dissidium atque interitum secuturam Minut. Félix., c 34. Kpicureis de elementoram conflagratione et mundi ruina eadem ipsa sententia est. Hhilo. de Mund. incorrupt.y c Démocrite, Épicure et toute la bande des philosophes du Portique, ycviaec; xat ^Oopà; ànoXeiTcouai xfi>v x6a|Ui>v ; seulement les Épicuriens enseignent la pluralité des mondes dont ils attribuent la mûssince âXXr.Xotv- Tcîat; xai èninkoxaXz àx6pb>v et la raine àvTtxoittat; xat àicooràaeat xfi>v YeYov6x(i>v. 9 Lucr., V, 92.
Exitium cœli terrnque futuram.
Stob., Ed. Phyt., I, 418. « Épicure enseigne que le monde périt de plusieurs manières et comme animal et comme végétal i. Gai., Hût. PhiLy t. XIX. c Épicure,
iSi HISTUIRE DE LA PSYCBOLOCIB DBS GRECS
maux et les végétaux qu'il reiiTerme et aaxquebdn il est semblable, périra (iouo, et périront également te mondes «lui lui i^:oRXii«teiit ou lui succ-Atlerontcvimi péri tous ceux qui l'oiil pri^céiïô, après avoir parw série des développements normaux et des phases riçi de dépérissement que nous observons daas tons ta organisée : la jounei^su. ta tieur de la We, I» vieillai» mort.
Malgré cette uiialo);io avec les êtres animés c le moi pas d'&me ni d'intelligence : t! est administré par um de nature sans raison. Dâmocrite, Ëpicure et tous u udinettent l'hypothèse des atonies et du vide oieat q une intelligence et même une âme ^. ■ Il n'y a nenc système qui explique la série liée et la siiccessiOB rh des phases de la vie. La loi qui y préside et ï&fft n'existe pas réellement pour Épicure : c'est an effetdu i sans raison et san» cette nécessité que fonde 1h loi nelle des choses. On ne voit pas pourquoi le hasard nerait pas constamment, au moins par exception, m bre suffisant d'atomes et dans un ordre assez juste pc le dépérissement ne se produise pas, et que l'être st tienne éternellement et dans une éternelle jeunesse. I répondrait, il est vriii, iiu'il admet parfaitement cetli bilité et qu'il en admet même la réalisation. C'est po qu'il reconnaît des dieux et cela est dans la logi' son hypothèse. Il est vrai que ces dieux alors, œu hasard, sont toujours exposés à perdre, par l'effe même cause, et leur jeunesse et leur existence même
Nous venons de faire ironnalfre la cause général
coirnue la Stoïciens, souiîeni que le monde esl périssable parce qu'il wi i ■ninial ei urnioie plaDlc, Jj; ;ù)av, w; fui'Sv. Siniplic., ii% Jir. Pk (p. 350, b. 1S|. I Les iiDSCOPime Anoiimandre, Lcucippe, néniocrile d Ëpicme imdgin«ril une pluralité inlloie de raûDdes. T'xititvQu; aùroû' n
1 âXif* Sioixiïrtai,
Lk PSYCHOLOGIE D'ÉPICURE 287
ruine certaine de tout ce qui est aujourd'hui. Si on cherche les causes prochaines, les causes secondes, il ne faut pas en exiger une seule, qui soit exclusive et certaine : il faut chercher toutes les raisons possibles, vraisemblables, que confirment les faits observés ou que du moins ne contredise pas l'expérience * . C'est folie de vouloir comme par violence tenter et atteindre l'impossible. Sur les principes métaphysiques de la science de la nature, sur les principes généraux de la morale, on peut arriver à une connaissance exclusive et sûre, d'accord avec les phénomènes ; mais il n'en est pas de même de la physique appliquée : les faits qu'elle a pour objet d'expliquer peuvent avoir plusieurs causes qui soient également en concordance avec les faits donnés par l'expérience, ou du moins qu'ils ne contredisent pas *. Il ne s'agit pas de fonder cette science sur des principes généraux vides et des règles arbitraires : il faut suivre la voie où nous appellent les faits observables et observés 3.
La science appliquée de la nature des choses n'est pas un système de raisons et de lois nécessaires, mais l'ensemble des causes possibles et vraisemblables. La connaissance des principes universels et absoluments certains suffit pour donner à celui qui la possède une délivrance, un affranchissement de la superstition et de l'erreur, par suite pour lui procurer le fondement de la félicité. Mais en ce qui concerne les phénomènes particuliers, il n'est pas possible d'en découvrir de tels, oûx edTt duviBeiiv *. Il importe même de ne pas se laisser éblouir par ceux qui en affichent l'orgueilleuse pré-
* D L.y X, 86, il ne faut (iiQTe xb àôuvarov TcapaScaCeoOai, ni croire qu'on peut, en toutes choses, arriver à la même connaissance certaine qu'en ce qui concerne toî; tctp\ picrtv X6yo(c T\ TOT; %OLxa tv)v tûv àXXcDv çuaix&v irpo6Xv}(id(Tb>v... xai Ta TOiaOTa taoL |iova x ^^ ^X^^ '^^^^ 9atvo(ilvoic aviifcovfav.
* D. L., X, 86. TaOxà ye TcXsovax^^ ^X" "^i? Tevlaew; aiTtav x«\ ttjç ovaîa; TsU aiaOiQ<Tcat vuiiçcovov xaToyopcav, 93. o06ev\ Tfi>v ivaprr,|idT(i)v diaçcavel.
3 D. L., X, 86. o'j yàp xaT*a^iitf(iaTa xsvà xa\ voiAoèeaîa; 9U9toXoyy)Tlov, acXX'co; xà çatvofisva ÈxxaXeTxai, 87. xaxa itXeovax^v xp6itov... ovii^d&vcA; toi; 9aiv«|iévoi;, 93.
iSS HISTOIRE DE U PSYCHOLOGIE DES GRECS
tention ; il faut se garder de se laisser duper ou terrifier par la prétendue science vaine, asservie et servile des astrologues ^. La connaissance humaine en ces matières est bornée, et bornée par les limites de la faculté de connaître*. Il est nécessaire de d<^terniiner avec précision ce qu'il est possible à l'homme et ce qu'il lui est impossible de connaître, et il faut même ne pas désirer connaître ce qui nous est inconnaissable ^. Autrement on se laisse entraîner à (Toire l'incroyable, l'absurde, à se persuader qu'on comprend l'incompréhensible et à négliger les faits de l'observation et de l'expérience * qu'il faut au contraire considérer comme les seuls indices révélateurs de la vérité. Tenons-nous en donc au possible *.
11 semble que l'hypothèse de l'infinité des mondes oblige ot à la fois autorise Épicure à renoncer à donner l'explication des faits naturels par des lois déterminées, fixes et constantes : car il y a, par suite de la supposition, des faits et en grand nombre qui nous sont et nous demeureront inconnus; nous sommes donc contraints de nous contenter de raisons possibles; mais d'un autre côté ces possibilités, vu l'infinité des mondes, ne doivent-elles pas être réalisées dans l'un quelconque d'entre eux et dans un temps quelconque? Épicure ne l'a pas cru ou du moins ne Ta pas dit et les modernes qui ont admis cette hypothèse ont dépassé sa pensée. « La volonté, dit Schopenhauer, a devant elle le temps et l'espace sans bornes pour voir s'effacer la distinction entre le possi-
^ D. L., X, 93. |At) 9o€otS|ievo; tàc àv5paT[o<3(odeic Tfi>v aoTpoX^Y<^^ xe^vtxeîac.
' D. L., X, 98. Ceux qui ne veulent admettre qu'un principe unique, qu'une seule cause, Tol; ts çaivoulvot; iiâxovTai, se mettent en contradiction avec les finis el franchissent les limites de ce qu'il est possible à Tbomme de connaître, xoO xi Suva- Tov àvOpcuTCfa) 6£(i)p^aai dtaicsTctcôxaaiv.
3 D. L., X, 94. êàv jat, xi; tov (jlovûi-/^ xpôirov xaTY)yairr,xo); touç aXXou; xevâ>c a7Codoxi|JL0(^ir) oO T£6gb)pY]xà>; tc àSuvatov àvOpc&TKi) Oecoprjaai xai Tt 2*^vatov, xai 8iol xoOto àSuvaxa OEupelv èT[i6u|Aù)v.
* D. L., X, 98. etc xe xb àôiavôy)Xov 9E90(a£voic xai xà 9atv6|uva & ^tX <r/l\i€Xa àicoSéxEoOai \Lr\ duvapiÉvoi; ovvOecapetv, et; de xb lAdcxaiov sxTCEaoOci.
-' D. L.| X, 97. duvgtxoO xp6nov è9a4'a|iÉvoi;.
ble et le réel ^ »,et A. Blanqui, dans son livre sur l'Éternité par les Astres^ a soutenu que tout ce qui est possible existe ou existera quelque part dans l'Univers soit à l'état d'unité, soit à l'état de multiplicité *. Épicure et Lucrèce se bornent à dire que vouloir n'assigner qu'une cause unique à des phénomènes si incertains et si obscurs, pour s'attirer, par la fausse apparence d'une science absolue et universelle, l'admiration du vulgaire, c'est de la démence '^. La nature de l'homme lui recommande, lui commande des ambitions plus modestes * et suffisantes pour la vie pratique. Sans doute nous arriverions à une ataraxie complète, à une tranquillité parfaite de l'âme si notre science était précise et infaillible; mais dans le cas même où nous nous tromperions dans la détermination d'une ou de plusieurs causes particulières, si nous sommes convaincus qu'il y en a plusieurs autres possibles et naturelles î^ du phénomène, nous ne perdons pas par là le calme et la paix de l'âme : ce qui est la fin delà science ^. Avant tout, il faut se garder, dans la recherche des causes ', des explications mythologiques, c'est-à-dire d'introduire dans la science de la nature des causes surnaturelles *. Il n'est ni utile ni nécessaire d'imaginer, pour rendre compte des phé-
* Le Monde comme Volontéy IV* part., § 65, trad. Burdeau.
* A. Blanqui, l'Éternité par le* A»tre$, Paris, 1872.
' D. L., X, 113. (lavtxo^ 114. toîc Tepateue96at Tt itpb; tou; icoXXoù; ^ovXo* (j.évoic.
* Lucr., V, 6Î7.
Nam quid in hoc miindo sit eorum ponere certum Difficile est : sed quid possit fiatque per omne In variis mundis, varia ratione creatis, Id doceo, pluresque sequor disponere causas.
Senec., Qu. Nat., VI, 20. c Omnes istas posse esse causas Epicorus ait, pluresque alias tentai, et alios qui aliquid unum ex istis esse afQrnavenint, corripit ; quum sit arduum de iis qu» conjectura sequenda sunt, aliquid certe promittere.
^ D. L., X, 78. To èvdixo(&£V9v xxt flcXXcoc itb>; ïx^^^- Id-i 80. Stt itXeovaxti>; ytvetac Yvu>p{CovTe;.
0 D. L., X, 80. Nous avons une clarté et une certitude suffisantes, Sot] icpb; xo àxâpaxov xat {i^xàpiov T)(i<bv vuvTetvei.
7 D. L., X, 80. aiTioXoytiTlov.
^ D. L., X, 116. TcoX^ te ykp toO (i^Sdou êx6i^9T).
Ghaignrt. — Phydiologie. 19
tM) HISTOIRE DE U PSYCHOLOGIE DES GRECS
noinèoes naturels, même les plus obscurs et dont les lois nous paraissent se dérober le plus à notre esprit *, d'imaginer un être divin, Ma, cpu(Ti<;. Sans doute il y a des dieux ; nous en avons la connaissance assurée ^. Mais par piété, par respect môme pour ces natures supérieures, nous devons les concevoir comme des êtres éternels et jouissant d'une félicité parfaite : car ce sont là les deux attributs essentiels de la divinité ^, Il faut donc rejeter l'opinion que s'en font la plupart des hommes qui leur attribuent des volontés, des actions, des motifs d'agir, des sentiments contraires aux lois nécessaires que nous avons établies ♦, et négatifs de l'état de félicité où nous devons les regarder comme immuablement placés. Cette opinion n'est pas fondée, comme on le prétend, sur des notions a priori ^ innées, ^poXT^^fei;, mais sur des préjugés faux et mensongers, ùtzoXt^'^hç <f guSetç *. Pour comprendre que les dieux soient les Bienheureux, il faut les concevoir comme exempts de tout effort, de tout travail, de tout« fonction, de tout service, de tout soin d'administration et pour ainsi dire de toute corvée, àXeiToupyYiToç o, jouissant d'un éternel et absolu loisir, d'un éternel et silencieux repos. Pour assurer leur paix inaltérable ils ont choisi leur demeure, non dans le monde ou les mondes, mais au contraire aussi loin que possible de nous et d'eux ', dans les espaces vides qui les séparent, dans les inteimiundia, dans les {xeTax<J(i{xia «^ où cependant ils n'étaient pas parfaitement en sûreté, puisque dans ces interstices des mondes il pouvait se créer des mon-
* Id., X, 80. àSr,Xou TcavTÔ;.
* Id., X, 123. 66o\ jièv yâp Eidiv èvapyr,; 51 l<rciv aOrûv t) yvôxii:. ^ Hippol., Philos., Diels, p. 572.
» D. L , X, 123 ei \U.
D. L., X, 97, Hipp. Phil.f Diels, 572. jitjôevb; Tcpovoeîv. '' LuiT.,
Semota ab nostris rébus sejunctaque.
'^ Cic, de Fin., H, 23. Senec, de Benef., IV, 4. D. L.. X, 89. jieTax6<T|iiov b /iyoïxEv iietaÇù xôd^icov Ôtâ<rrr,(xa. Hippol., Philos. ^ Diels, p. 572. xotOY)aOait yàe Tbv Oeôv èv toT; (jL£Taxo9(i(Oic ovTto xaXou(Aévoic 6ic*avToO.
U PSYCHOLOGIE D'ÉPICURE f91
des nouveaux dont le voisinage * troublerait leur quiétude, qui occuperaient leur demeure, où même ils pourraient être atteints par les débris et les fragments des mondes anciens soudainement détruits :
Qum mœnia mundi Diffugiant subito magnum per inane soluta^.
De l'explication scientifique de la création comme de la destruction des mondes écartons donc l'intervention efficace des dieux, et cherchons dans la nature même des choses les causes véritables ou possibles de l'un comme de l'autre de ces faits naturels.
Un monde est un vaste système limité, section circonscrite de l'infini, qui embrasse une somme ^ ou collection de corps définis et visibles, arrivés à un état de stabilité relative, à un degré d'achèvement et de perfection aussi grands que le permettent les fondements éternellement changeants et mobiles sur lesquels ils reposent ♦. Les corps qui sont à sa limite extrême et qui lui donnent une forme précise, sont ou denses ou rares, ou en repos ou entraînés dans un mouvement circulaire; lui-même affecte une forme sphérique, triangulaire, ou toute autre figure qu'il n'est pas possible de déterminer en fait 5. De là une première cause possible de destruction ; lorsqu'en effet les corps qui terminent ce monde par toutes ses extrémités entrent en dissolution, lorsque cet
1 D. L., X, 89. c Un monde semblable peut naître dans le monde (mundom in mundo) ou dans les intermondes, xiaftoc ylytabon xa\ cv x69(Aa>. » Gassendi supprime ce dernier mot : on pourrait le conserver en lui donnant le siens d'univers.
* Lucr., 1.
3 Lucr. Summa reruip.
^ D. L., X, 88. iceptoxi^ vi; ••
Id., 89. Eco; TeXet(6(reb>c xa\ diatiovT)C (I, 73; 11, 114; V, 4U),
^ D. L., X, 88. Xt)yov oùx tfrti xaTaXaéctv. Ces limites, que Lucrèce appelle t flammantia mœnia mundi, magni mœnia mundi », semblent être l'ëther ou le cercle de feu qui enveloppe le monde (Lucr., V, 468).
Diifusilis SBther Corpore concreto circumdatns undique sepsit
Omnia sic avido complexu cèlera sepsit.
i^ HISTOIRE DE U PSYCHOLOGIE DES GRECS
éther igné qui en constitue au fond la substance, par une cause quelconque ne reçoit plus comme sa nourriture habituelle, ne trouve plus de réparation suffisante *, ne renouvelle plus sa force et sa vigueur, tout ce que le monde qu'il embrasse contient et lui-même doivent périr.
Une autre cause de destruction est possible. Les atomes en se combinant suivant les lois de leur essence produisent, entr'autres choses et avant toutes choses, les corps élémentaires qu'on appelle l'air ou éther, la terre, l'eau et le feu. C'est la terre qui est formée la première à l'état de corps distinct, primum terrae corpora* ; l'éther se dégage de la terre :
. . .per rara foramina terrae, Partibus erumpens primus se sustulit îether Ignifer ^
l'éther qui contient l'élément igné, le feu et les astres du ciel; en troisième lieu et de l'éther vient l'élément liquide, la mer, inde mare*; puis enfin l'air qu'il ne faut pas confondre avec l'éther igné. Ce sont là les quatre éléments, et comme dit Lucrèce, les quatre membres du corps du monde. Dans le principe et à l'origine ils sont tous confondus et ne constituent qu'une masse informe, où il n'y a ni terre ni éther, ni mer, ni air. Mais par suite du mouvement de la matière atomique, et en vertu d'une sorte de répulsion que produit l'opposition de formes, de figures, de directions, les atomes homogènes se rapprochent et les éléments distincts se forment 5. De ces quatre corps élémentaires deux, l'eau et le feu, sont toujours en guerre l'un contre l'autre ^, et la lutte qui ne peut être éternelle doit se terminer par la
* Lucr., II, ni7.
Omaia dcbet eaim cibus integrare novando.
« Lucr., V, 451.
* Id , Y, 460.
* Id., V, 499.
* Lucr., V, 433.
** Id., Y, 381. . . . Quum niaxima mundi Pugnent membra.
défaite, c'est-à-dire par l'absorption de Tun d'eux. Lorsque, comme il est déjà arrivé, le feu prend une proportion excessive, il dévore non seulement son rival, mais encore les deux autres et le monde périt par combustion :
...Quum sol et vapor omnis Omnibus epotis humoribus exsuperarint*.
Lorsqu'au contraire l'élément liquide domine ou dominera, le monde périra par l'eau et le déluge, dont la tradition nous a conservé le souvenir :
Et semel, ut fama est, humor regnavit in arvis ^.
D'autres causes naturelles peuvent encore produire et expliquer la destruction du monde. Nous avons déjà mentionné la loi fatale qui condamne à la décomposition tout ce qui est composé, à la mort tout ce qui est né. La terre, l'eau, l'air, le feu sont nés, par suite mortels : l'expérience nous montre chaque jour leurs transformations incessantes. Comment le monde qui en est formé ne serait-il pas périssable, comme ses éléments mêmes et avec eux ? Le monde est un animal qui a eu sa jeunesse, qui commence, nous le voyons, à vieillir, et dont la vieillesse, comme celle de tous les organismes, n'aura d'autre issue que la mort. La terre se dissipe dans l'air, comme l'eau s'y évapore. L'air est dans un perpétuel changement; le feu, même le feu céleste, la chaleur du soleil s'épuise par l'émission continue de ses particules lumineuses. Le mouvement éternel et continu des atomes qui compose et construit toutes les choses les décompose et les détruit toutes par une action interne d'association et de désassociation, d'intégration et de désintégration à laquelle rien n'échappe 3.
Quod mutatur enim, dissolvitur : interit ergo ; Trajiciuntur enim partes atque ordine migrant*.
• id , V. 384.
9 Lucr., V, 396.
^ Lucr., m, 320; TU, 756. Gassendi, Syntagm., p. 85. Que est eoim coajnnentatio
Un corps ne peut être et durer éternellement qu'à condition qu'il soit solide, plein, c'est-à-dire sans aucun vide ; qu'il résiste au choc et n'y donne pas prise ; qu'aucun autre corps ne puisse y pénétrer et le diviser, c'est-à-dire qu'il soit impénétrable ; enfin qu'il n'y ait aucun lieu où puissent se porter ses parties divisées : or le monde n'est pas solide, n'est pas plein : il y entre du vide ; il n'est pas capable de résister au choc, parce qu'il contient autre chose que du vide ; Tinfini contient des corps en nombre infini en état de le broyer et de le résoudre en poussière ; le vide infini, l'espace sans bornes est toujours prêt à recevoir ses débris et ses parties élémentaires désorganisées ^.
Ces causes sont internes et appartiennent à Tessence même des corps créés : mais il est une cause externe, un choc, ploga^ qui peut en les précipitant les uns sur les autres broyer les mondes les uns par les autres, les réduire en atomes ou en fragments désagrégés ; car ils ne sont pas, comme les atomes, vides pour ainsi dire de vide et par suite à l'abri de chocs et de coups formidables qui les ébranlent et les brisent ^.
Ainsi conçue la science de la nature est non seulement utile, mais nécessaire. Rechercher les causes de tous les phénomènes qu'elle oflfre à notre esprit étonné, trop souvent effrayé ♦, c'est le but propre du philosophe ; car c'est dans cette connaissance ou du moins par elle que l'homme peut trouver sa félicité. Mais il ne faut pas confondre cette connaissance des causes, constatation pure et simple des
non dissolubilis... ut desint caus» extern» quae compagincm destruanl, non deest tamcn inlestina motio, indomilusque ille atomoruiii connisus iotra compactissima eliam... ob queiii necesse dcniquc sit consequi eorum dissolulionem.
« Lucr., m, 756.
> Lucr.. V, 236.
3 Id , m, 810.
Nec plagaruni expertia... respuere ictus... Peoetrare pati sibi quidquam quod queat arctas Dissociare inlus partes...
* D. L., X, 79. TO ea|x6o;.
possibilités, avec une science qui prétend nous raconter par le détail et par le menu comment les choses se sont passées, comment tels ou tels phénomènes s'opèrent*, sans nous rien apprendre sur l'essence même des faits, ni sur leurs causes dernières, xuptwTxrat ; science vaine et stérile qui, précisément parce qu'elle ne remonte pas aux raisons suprêmes et souveraines, ne nous délivre des stupeurs de la superstition. Au contraire l'effroi que les plus considérables des phénomènes naturels, les éclipses par exemple, nous impriment, n'en est que plus grand, puisque nous pouvons, par cette science, les prévoir et en prévoir le retour, et que cette prévision ne fait qu'accroître l'intensité de nos alarmes; puisque nous ne sommes pas rassurés sur leurs causes naturelles et que nous restons dans l'ignorance sur les principes de l'administration, du gouvernement des choses célestes, ttIjv irepl tûv xupi(i)TàTODv olîcovo|x^av *. Pour nous, nous avons recherché, et nous devrons chercher encore le plus grand nombre possible des causes possibles de ces phénomènes, et plus nous en aurons trouvé, plus nous aurons vu que ces vicissitudes des choses dépendent de lois naturelles, immuables et font partie de leur essence, plus nous sentirons descendre en notre àme la paix et la sécurité. Si un fait, même mystérieux, peut être l'effet de causes naturelles, c'est folie d'en supposer de surnaturelles.
Les causes qui font naître, croître, se développer et mourir les êtres et les choses leur donnent aussi parles proportions, les figures, les nombres, les poids, les situations respectives et relatives des atomes et du vide, des propriétés dont les unes sont essentielles, accidents propres, <Tu{x6£6ï|x4Ta, conjuncta , les autres véritablement accidentelles , accidents communs, dutxTCTwjxaTa, éventa.
Les accidents propres, <iuu.6e6Tr|X(jTa, sont la figure, la cou-
* D. L., X, 79. To ô'èv T^ toTop^oi iceictwxi;. î D. L.. X, 79 et 80. •
leur, la grandeur, la pesanteur et toutes les autres qualités qu'on attribue aux corps, soit invisibles, soit visibles et perceptibles à nos sens ; comme propriétés essentielles * elles ne peuvent être séparées de la chose à laquelle elles sont liées et dont elles constituent* Tessence particulière, individuelle, sans la détruire comme telle : telles sont la chaleur qui ne peut cesser d'appartenir au corps du feu, la pesanteur au minéral, la liquidité à l'eau, la tangibilité à tous les corps, rintangibillté au vide; la liaison est ici intime à l'être spécifié, et la qualité fait partie de son essence ^.
Les accidents communs, oûx IKcl <iu{jL7CTa)fxaTa, éventa^ comprennent le mouvement, le repos, les propriétés d'agir et de pâtir, le temps, d'après Épicure lui-même *; suivant Lucrèce, ce sont par exemple la liberté, l'esclavage, la pauvreté, la guerre et leurs contraires*. C^s propriétés peuvent être communes à un grand nombre de choses et d'êtres spécifiquement
* D. L., X, 68. 69*âXXa xarv^yopEtTai toO vcofiaTo; covavet 9vpi6c^x6Ta.
* Lucr., I, 453.
CoDjunctam est id, quod nanquam sinft perniciali Discidio potis est sejungi seque gregari Pondus uti saxi, calor ignis, etc.
^ Gassendi, Notœ ad. D. L., X. Librum, p. 80 : Pneterco rem totim consenlirc fum definitione illa individu! que a Porphyrio traditur, quum. « Individua. inquit Un hag., c. i, p. % b. 48) dicuntur (ta ToiaOta (aTO(ia XéysTai) on è^ îSto'nQTcov ffvvéffXYjxev £xa<iTOV wv tô àOpotapLX •\ix 5v iTt'i'XXov tivô; ttote to a'jToytvoiTo T&v xatà (J.£po;* otl yàp ScoxpdtTOUc idi6Tr|Ts; oOx av 67i*àtXXov Tivbc tcuv xolxol |iipo; ylvoivT* av ocl avtai.
* D. L., X, 70. TOI; vcopixai (rupiiciTrrei icoXXâxi; xat oùx arSiov (ou ÎSeov Gassendi) icapotxoXouOEtv. Id , X, 68. icoietv... ica(rxe(v... âtiçirspot taOta <ru(iêscvst itcpt TY^v 4'U*/Y)V tà <rj^inta\Laxa. . .
5 Lucr., I, 456.
Servitium contra paupertas..f
caetera, quorum
Adventu manet incolumis natura, abituque.
Selon Porphyre, le propre est ce qui ne peut pas, Paccidenl commun est ce qui peut, subjecto adcsse et abesse dira >ubjecti corruptionem. Gassendi fait entrer dans ce ^^enre des éventa toute la catégorie de la relation ; ainsi, les rapports de grandeur, de ressemblance, de nombr*\ de position dans Tespace, de cause el d'eftct, de réceptivitë et d'activité, en un mot toutes celles qui appartiennent aux parties du tout, mais non an tout composé do ces parties : « Quum éventa sint ipsarum pailium, non constantis ex iis tolius t>. Syntaym., p. 24, ch. XVI.
U PSYCHOLOGIE D'EPICURK :297
difléreiits, et ne les caractérisent pas dans leur essence réelle et distincte; leur réunion ne fait pas des choses où elle se réalise tel ou tel corps, et n'impose pasTobligation de leur donner un nom particulier; l'essence particulière peut être conçue sans elles, quoique leur suppression totale et simul tanét ' soit la suppression même du corps etde lasubstance. Ainsi,la propriété suivant la^juelle l'agir peut être attribué à une chose est commune à toutes, mais n'en constitue aucune en particulier comme la chaleur constitue Tessence du feu ; et d'un autre côté on peut concevoir le même être alternativement et successivement en mouvement et en repos : on peut donc lui supprimer, sans le détruire dans sa nature propre, tantôt la propriété du mouvement et de l'agir, tantôt la propriété du repos et du pâtir ; ainsi par exemple l'âme a ces deux propriétés, accidentelles en ce sens, que lorsqu'elle est en repos, elle n'en garde pas moins son essence que lorsqu'elle est en mouvement. On peut donc appeler ces accidents à la fois communs et séparables ; ils n'accompagnent pas nécessairement et éternellement l'essence, oûx aTStov TcapaxoXouôetv *.
I Nous touchons à une partie du système épicurien où la métaphysique et la logique se pénètrent. Aristote, dont la doctrine fait ici sentir son influence, avait appelé accidents, (ru|i6£6r)x6Ta, toutes les propriétés, quelle qu*en fut la nature, oui déterminent lu substance première, c*est4-dire tontes les catégories de Tétre, a Texcen-
To t'o'.ov. (| ii, sans exprimer Tessencc, n'appartient qu'à Tessenre, et peut ^tre attribué à la chose avec conversibiiité, àvrixaroYopetaOai toO 7rpdcy(i,aTo; : si l'homme est par essence capable de savoir la grammaire, l'être capable de savoir la grammaire est un homme; z^ l'accident qui, sans être m la définition, ni le propre, ni le genre, appartient à la chose, il est vrai, mais peut ne pas lui appartenir, id., 102, b. 4, (inâpvet oè tu» icpaytAotTi xa\ ô èvSéxexai Oitcépyciv ÔTa>oOv Ivi xat xta avTû xat (it) Sitàpxetv- Le propre, dit Porphyre (de Vvocwus^ ch. 4) se partage eii quatre classes :
1 . C'est ce qui n'appartient qu'à une seule espèce et accidentellement, c'est-à-dire sans appartenii à l'espèce tout entière ;
2. Ce qui appartient à toute une espèce, sans lui appanenir exclusivement;
3. Ce qui appartient à une seule espèce exclusivement, mais à toute l'espèce et dans tout temps ,
i. Ce qui réunit toutes ces conditions : d'être à une seule espèce, d'être à toute l'espèce, d'être toujou!s à l'espèce.
L'accident est re qui peut survenir et disparaître sans entraîner la destruction du sujet, ce qui peut être et ne pas être au même suj>t.
!29â HISTOIRE DE LA I>SYCH0L0G1E DES GRECS
Les propriétés accidentelles propres, quelle qu'en soit la nature, n'ont pas le caractère de substances, d'êtres existant par soi, ouô 'wç xaô'tauTxç <pù<ieiç * ; ce n'est pas non plus une espèce particulière d'incorporels inhérents au sujet, ni des parties de ce sujet ^. Elles ne sont pourtant pas dépouillées de toute espèce d'existence. C'est ce qui, par sa réunion, constitue Tessence propre et permanente de la chose, sans en être composée comme le corps est composé d'atomes en plus ou moins grand volume ; c'est ce qui fait de l'agglomération de ces atomes tel ou tel corps et est inséparable de sa notion^ ; ce à quoi correspondent, dans la facultéde connaître, des espèces particulières de sensations, des concepts propres qui la font entrer dans une quelconque des catégories, et ce qui lui donne une dénomination particulière ♦.
Les propriétés accidentelles communes, duixTrxwîxxTx, éventa, ne sont pas non plus réellement des incorporels, quoiqu'en suivant les habitudes les plus fréquentes du langage, on puisse leur donner cette dénomination : elles ne forment pas la nature propre du corps, qui fait que nous lui donnons un nom particulier; elles n'ont pas non plus la nature des propriétés inséparables sans lesquelles le corps perdrait son essence; elles ne sont pas connues par des sens particuliers, et semblent n'avoir guère qu'une essence subjective et n'être au fond qu'une forme de la sensibilité ^.
Le temps lui-môme, malgré les opinions contraires, n'est pas par lui-même ; il ne ressemble à rien ^'; il accompagne le mouvement et le repos, (\\\\ sont eux-mêmes des propriétés
* D. L., X, 68. Id., X, 71. oOo'avi ç'J9e<i>; xaO'èautà tcxyiax i^x^^'^^'
* Id., id., 69. o\;0'(i); ETep^àtra irpocrvTcâpxovTa to'jtw à9(o{i^Taf ouO*b»; (i/jptoc toûtov.
'^ Id., id. (ru(i7capaxoXouÔo0vTo; 61 toO à0p6ou xaV oùôû((xy; àTCoox^C^tA&va.
* Id.. id., 69.
^ Les Stoïciens divisaient les (TQpeia en xotvâ (non essentiels, non propres) qui peuvent subsister aussi bien avec que sans l'ôtSriXov, l'àçavé; ; rréiov, au contraire, ou èvSscxTtxov, contenu dans la mineui*e, est supprimé par la suppression mentale de l'3$r]>ov à l'existence duquel son existence est iiLsëparai)lement liée.
'• Phiioii., Tispi i/;|X£iù)v, col. 25, 1. 9. xP^'^^i ''*-'®^ oùôàv Ittiv.
communes quoique séparables de toutes choses ; c'est pourquoi on l'appelle Taccident des accidents, <Tu{XTCTci>|xa dufxirra)- {jLaxwv *, parce qu'il accompagne tous les accidents des choses. Ce n'est qu'une conception de l'esprit qui l'abstrait des choses :
...rébus ab ipsis Consequitur sensus transactum quid sit in îbvo*.
Ce n'est pas une réalité objective; ce n'est pas une anticipation ou notion a priori : c'est une idée acquise mais parfaitement claire et évidente, clM rh hipyy^^d^. On ne le déduit pas de notions générales supérieures, comme on Ta vu ; on ne démontre pas le temps , on l'observe. Il suffit d'un peu de réflexion pour voir quelle est cette sorte particulière d'accident, TSidv xt <iu|X7CT(i)(xa, par lequel nous lions en séries ♦ et nous mesurons les qualités accidentelles propres, à l'aide de la succession des jours, des nuits et de leurs fractions, à l'aide de nos sensations et impressions et de leur succession, comme à l'aide du mouvement et du repos et de leur alternative 5. C'est là ce que, en faisant usage de la réflexion, nous nommons le temps, qui n'arrive à notre conscience que par la succession des accidents des choses ^. Sextus Empiricus "^ dit qu'on rapportait à Épicure et à Démocrite la définition d'après laquelle le temps est une représentation qui a la forme du jour et de la nuit, >)(x»po»i8àç xal vuxtoeios; :pàvTa(TtjLa, définition qui n'en fait guère connaître la nature.
' Scxt. Euip.. Math., X, «19; Pyrrh. Hyp., III, 137.
« Lucr., I, 460.
* D. L., X, 72. (livov (ô (ru|i7cX£xo|iev xh t^iov toOxo xai iiapatieTpoO(iev. On pnurrail encore entendre autrement ce passage : Nous en faisons un tout, un accident propre, en liant, en tissant ses parties successives. Nous composons, en effet, le temps des jours, des nuits et de leurs parties, de nos états de sensation et de non sensation. Par là, il est un produit, (njt&Trrcotis, de ces phénomènes, mi(iKT(D{LaTa, qui sont eux-mêmes des accidents accidentels.
^ D. L., X, 73. co9aut(i>; èï xat toiç itetOcfft xaV Tat; àitaOecai; xat xtviQveat xat ardtaeaiv, r$:6vTe ovp,in(i>(ia icept TaOta icdvxa auxb toOto cvvooOvtîc xaO*ô XP^vov ovopaCopLEv.
« Math., X. 181.
7 Conf. sur le temps, Seil. Emplr., Malh., X, 181-188; Plotin, Enn, III, 7, 10.
ajoute Sextus*. Épicure s'élève ici contre les autres définitions du temps, qui était la mesure du mouvement, suivant Xénocrate, le TreJdov des choses en mouvement et en repos, suivant Straton, la différence du mouvement du monde, suivant Philon le stoïcien, le nombre du mouvement suivant l'antérieur et le postérieur, d'après Aristote^ le mouvement (lu ciel, suivant Platon, ou le ciel même d'après les Pythagoriciens.
Qu'est-ce qui engendre dans les corps ces propriétés accidentelles, <iu[x6e6Tr|x6Ta, qui les déterminent et leur sont ou essentielles ou accidentelles ou communes ^ ? c Les corps, suivant Épicure, dit Sextus Empiricus, sont causes des corps, puisque ce son t les éléments ou atomes qui sont causes des agrégats corporels , (yuyxpiixctTwv ; les incorporels sont causes des incorporels; c'est-à-dire, les accidents essentiels propres qui appartiennent aux corps premiers, ou atomes ♦, sont causes des accidents ou propriétés soit essentiels soit accidentels qui appartiennent aux composés. Ainsi, continue Sextus, le mouvement est un incorporel qui fait partie de l'essence des atomes, et le mouvement des atomes combiné avec leurs autres propriétés essentielles, figure, poids, nombre, grandeur, engendre les propriétés essentielles ou réellement accidentelles des choses t.
Il peut paraître étrange que les atomes qui n'ont d'autres propriétés que la figure, le poids, la grandeur, et le mouvement communiquent aux corps résultant de leur agglomération des propriétés qu'ils n'ont pas eux-mêmes. Ces qualités
' Voir Usener, p. 379.
3 II est certain que par le mot éventa, <rjpLirr(o(iato(, Lucrèce qui entend par là la liberté, la pauvreté, la tangibililé, etc., comprend autre chose qu Epicure même qui énumèreromme (TuuTrrwixaTa, Tarir et le pâtir, le mouvement et le repos; propriétés qui ne peuvent pas coexister dans les corps, mais dont Tun des contraires fait nécessairement partie de Tessence de tous les corps. Il y a donc lieu de distinguer entre les éventa absolument accidentels, tels que TescUvase, etc . et les <TU(iicT(o(iaTa xoivcÉ séparables. 11 rè^ne dans toute cette théorie des accioents une contusion et une obscurité difficiles a éclaircir.
^ Chaleur, lumière, couleur^ son, oieur, etc.
» Sexl. Emp., Math , IX, 51Î.
viennent uniquement du changement de situation respective des atomes, qui laisse plus ou moins de vide entre eux dans le composé, du fait qu'il y en entre ou en sort un plus ou moins grand nombre, de telle ou telle figure, de tel ou tel poids, de telle ou telle grandeur : car nous savons que les atomes sont différents en grandeur, en figure, en poids.
Ainsi par exemple la rareté et la densité, la transparence et l'opacité, la fluidité et la solidité, Thumidité et la siccité, la mollesse et la dureté, la flexibilité, la ductilité, la fusibilité, etc., qui caractérisent certains corps comme la pierre, l'air, la lumière, etc., viennent de ce que les atomes sont à une plus grande ou plus petite distance les uns des autres, c'est-à-dire qu'il y a entre eux plus ou moins de vide ; certaines autres qualités des corps, tels que la subtilité et son contraire viennent de ce que les atomes qui y entrent ont un plus grand ou plus petit volume ; d'autres telles que la rudesse et le poli des surfaces, viennent des figures différentes des atomes, soit rudes soit polis, terminaux des corps. Quant au poids des corps, qui vient du poids des atomes toujours égal à lui-même, il est aussi toujours égal ^ans le vide, et les différences apparentes naissent de la plus ou moins grande résistance qu'ils offrent à l'air qu'ils traversent, suivant le plus ou moins grand nombre d'atomes qu'ils contiennent. Ces propriétés naissent, comme on le voit, des qualités des atomes prises isolément et dans leurs actions particulières.
D'autres sont produites au contraire par la réunion , le mélange, la synthèse dans des proportions diverses de toutes ces propriétés, ou de quelques-unes d'entre elles. C'est ainsi que dans les animaux se créent les facultés de voir, d'entendre, de toucher, d'odorer, et dans les choses les diverses qualités sensibles qui correspondent aux diflférents sens : lesquelles proviennent toutes de l'émission des particules atomiques venant des choses, et de la composition atomique des organes destinés à les percevoir.