CHAPITRE TROISIÈME
LA PSYCHOLOGIE MÉTAPHYSIQUE — l'aMK
Au nombre des êtres ainsi formés se trouvent les astres, les plantes, les animaux, les hommes et les dieux.
Les astres, produits tous, non successivement mais simultanément, par l'agrégation d'atomes aérifoi^mes et igniformes miis en tourbillons S ne sont pas des êtres divins, n'ont pas une nature divine, Os^a (pù(Ttc; ils n'ont pas, et les végétaux n'ont pas non plus d'intelligence; par conséquent ils n'ont pas de vie, pas d'àme ni les uns ni les autres *, bien que les astres semblent doués d'une sorte de mouvement spontané d'attraction, en vertu duquel ils se rendent dans les parties de l'espace où se trouve la matière qui les alimente et les conserve 3. La naissance des végétaux est l'effet d'une génération spontanée, automatique, et non l'œuvre et l'action d'une âme ^ : ils ne vivent pas. Les uns et les autres obéissent dans tous les phénomènes de leur économie propre à une loi
> D. L., X, 90. xotTot icpo<nip:(Tei; xa\ Siv^ei;. L'hypothèse des tourbillons tal vieille, comme on le voit, et n*a pas dispara de la science.
> Gai., Hut. PkiL, t. XIX, 26A. Le monde oùx e>4/v-/ov... Lucr., V, 316.
Vitali motu sensuque remotum.
Plut., PL Phil , V, 20. « Dëmocrite et Épicure, xk ovpâvea (oOx àicodIxovTat) C&a eTvat. Id., adv. Col.j 27. ol çdtoxovTsc \tr^it xbv vJXtov lii^/u^ov cîvai yLtfit, Tr)v (TeXiQVY]v. S. Aug., de Civ. D., XVIll, il. Epicurus... solem vel ullnm sideram Deum esse non credens.
3 Lucr., V, S5i. //M» aerpere possunt
Uuo cujusque cibus vocat atquc invitât euntes.
* Gai., Hist. PhiL, t. XIX, 341. c Gomme les Stoïciens, les Épienriens ne croient pas que les végétaux aient une âme, oOx fy^^^... avtotidtTa>; itu; r^^'
naturelle, à une espèce de nature dépourvue de raison, de sensation et même de mouvement vital *.
Les animaux vivent et sentent; les hommes et les dieux vivent, sentent et pensent; c'est la preuve qu'il y a en eux une âme. Épicure ne développe pas cette preuve ; il se contente d'affirmer le fait qui lui semble sans doute de l'ordre de ces phénomènes évidents que la sensation nous fait connaître avec certitude, et que l'expérience non seulement n'affirme pas mais confirme. Les Épicuriens ne se donnaient pas la peine de définir la notion générale de l'homme ; ils se bornaient à l'indiquer par un démonstratif en disant : l'homme est cette forme là (que je vous montre) douée d'une âme.
L'homme a donc une âme, cette chose d'un genre si particulier, seule de son espèce, et à laquelle aucune autre chose
ne ressemble, xaO^Xoure xal ^^/jh ^tpayn»-* T*g<rclv T8tov oîov
xXX *oùU^ ^, Cîomment a-t-il cette âme, et qu'est-elle en soi ? C'est un principe pour Épicure que le sensible et le vivant naît du non vivant et du non sensible, et même ne pourrait pas naître du sensible, comme nous le verrons ♦. Ce n'est pas une raison pour que toutes les choses non sensibles et non vivantes arrivent à posséder la vie, l'âme et la sensation. Tout corps n'est pas apte à vivre, à sentir et à penser. Il faut une opération spéciale de la nature pour opérer la transformation d'une matière inorganisée et brute en un corps vivant et sentant : opération toute mécanique sans doute, mais propre, et qui dispose d'une certaine manière, apte à rendre possibles ces fonctions, les mouvements, les rencontres, les chocs, les agrégations, les intervalles de distance, les vides, l'ordre.
* Gai., Hist. Phil.y t. XIX, 264. 9^<rei 6è tivi àl6yt^ 8io(xeta6ai... Lucr., V, 126, 1. 1. n. 2.
9 Sext. Efflp., Math., VII, 287.
3 Philodem., mp\ 9Tt\ultùv. Vol. Herc., col. 25, 1. 3. Gomp., p. 31. ^ Lucr., II, 887. Ex insensilibus... sensUe gigni. Id., II, 879. Natura ciix)s in corpora viva
Vertit, et hînc sensas animantun procréât omnes.
la position, les figures, les poids des atomes qui formeront ces espèces de corps *. C'est la nature qui prescrit à chaque chose sa place, la loi de sa fonction et de son développement.
L'esprit et l'âme, la sensation et la pensée, inséparables l'un de l'autre, ne peuvent pas subsister à part d'un corps d'une organisation particulière et pourvu d'une forme animale, extra corpus formamque animalem *. L'âme n'est pas seulement une fonction du corps : elle en est un organe.
Dans la recherche du mode de formation des êtres animés il faut distinguer entre l'origine première, l'apparition de la vie dans le monde et le mode de propagation des vivants une fois créés.
A l'origine la terre a tout produit : d'abord le monde végétal sans vie et sans sentiment, qui était nécessaire pour fournir aux animaux leur nourriture; puis les espèces animales, en premier lieu les espèces volatiles, sorties d'un œuf; enfin l'homme 3. L'homme n'est pas né immédiatement, d'un coup, avec l'organisation complète que nous lui voyons aujourd'hui. Sous l'action de l'humidité et de la chaleur alors extrêmes, se produisirent d'abord des espèces de cellules attachées au sol et contenant des embryons humains imparfaits et incomplets, qui en sortirent à un temps marqué pour leur éclosion et furent nourris par des sucs lactés qui coulaient des pores de la terre, qui mérite pour cette raison
1 Lucr , II, 1019.
Intervalla, vis, conneius, pondéra, plag», Concursus, motus, ordo, positura, flgune.
* Lucr., V, 127-U2. On sent ici Tinfluence partielle au moins d'Aristote. L'âme ne peut habiter que dans un corps organisé et ayant la vie en puissance ; car la forme animale de Lucrèce ne peut .^igniûer que cela. C'est en vain que Tépicurisme nie toute finalité : elle se représente à chaque instant à l'esprit même qui la nie. Le rapport déterminé du corps à l'àme est une notion finale, quoi qu'on fasse.
3 Lucr., V, 781. Principio, genus herturum.
Id., 790. . . . Inde mortalia sscla (les animaux).
Id., 800. Principio genus alituum.
Id., 803. . . . Tum mortalia sscla (les hommes).
le nom sacré de mère des hommes * et de tous les êtres vivants et animés. Il ne faut pas croire que ces cellules continssent en puissance l'être réel entier qui en devait provenir. Il n'y a rien, dans la doctrine d'Épicure, qui ressemble à un principe dynamique, à une force interne d'évolution. Tout, dans la création, est le résultat d'une accumulation de parties qui s'agrègent les unes aux autres par suite du double mouvement nécessaire et libre, qui appartient à l'essence de la matière atomique, et qui finissent, par hasard, à former un tout un et déterminé. Ni l'idée du tout ni l'idée de l'unité n'ont d'explication dans le système. Ce sont, à ce qu'il semble, de ces notions originelles, quoique sensibles, dont il faut chercher les traces dans le langage où les premiers hommes les ont incarnées.
Ce qui sortait de ces matrices sans vie du monde dos vivants, c'étaient non des corps complets, non des organismes entiers, si inférieure que fut leur organisation, mais (les parcelles, des fragments, des morceaux de corps, des membres détachés ou plutôt isolés d'un corps qui n'était pas encore et qui n'existait même pas en puissance, productions toutes mécaniques, toutes fortuites qui ne remplissaient pas les conditions requises * pour vivre. C'étaient des troncs d'iiommes sans pieds, sans mains, sans yeux, ou inversement des yeux, des mains, des pieds sans troncs; ou bien encore c'étaient des organismes un peu plus développés et mieux formés 3, mais dont les parties soudées les unes aux autres et au corps même rendaient l'être incapable de marcher, dagir, de se mouvoir, de se nourrir, de se développer.
« Lucr., V, 806.
Uteri (errsB radicibus apti.
Id.« 819. Maternum nomcn adepU
Terra tenet merilo, quoniam genus ipsa crcavit Humanuni. ^
* Requises par qui? par quoi? par la fin, sans doute, que persiste i nier Épicure. 3 Toutes ces idées de développement, de progrès, iinpiiqnent la notion d'un tout i Tenir parfait, d*mie idée de lYtic luMir qui les dirige et Ic^ produit. Mais tout reW) est cnrlradictoire à Thypothèse mécaniste.
r.iiAir.NET. — Psychologie. ii)
;î(M) iiisToiuK m LA i»sy(:iii)ixm;ie des gkeo;
(le se reproduire. Combien a-t-il dû en périr de ces créations monstrueuses, imparfaites, œuvres des causes nécessaires et aveugles, grossiers et obscurs tâtonnements de la nature qui s'essayait à enfanter la vie et à qui ces expériences multipliées à l'infini et dans un temps infini, enseignaient * pour ainsi dire son métier de mère et de créatrice! Enfin il arriva un jour où toutes les conditions nécessaires à la vie et au développement des êtres furent réunies, et Thomme fut créé ^. Ainsi de môme que l'homme crée par une série indéfinie d'expériences répétées ses fonctions, ses idées, ses facultés intellectuelles, ses vertus ; de même il est lui-même dans son corps et. nous allons le voir, dans son âme, le produit d'expériences accumulées et répétées de la nature des choses, ou plutôt de la nature des atomes obéissant à leurs lois internes.
Gomment l'âme a-t-elle fait partie de ces organismes, c'est ce qu'Épicure ni Lucrèce ne nous ont appris : nous sommes réduits et obligés par la logique interne du système, à supposer que corps elle-même, bien plus, partie et organe du corps vivant, elle a été produite, sinon en même temps, du moins de la même manière que lui. Nous devrons expliquer par les mêmes causes, c'est-à-dire par le hasard des agglomérations atomiques, la différence primitive des sexes dans les espèces animales.
Mais en munie temps que ce hasard des causes nécessaires produisait lc>? espèces animales avec la différence des sexes
' I). L., X, 75. zry ç'j'ïiv ôiôa*/6y,vai xai àvaYxaffOr.vai. La nature a donc deux modes d'agir : elle agit d*unc part par nécessité ; d'autre part elle agit après avoir appris à agir, experiundo, tentando. il est bien difficile de donner un sens à ces mots, si ion reruse à la nature toute espèce d'intelligence même inconsciente.
' C*est presque la théorie d'Anaximandre et d*Arcliélaûs. Conf. Hist. de la PsychoL, t. I, p. 24 et 103. Ce dernier disait (0. L., II, t6). < Ta J^ùtoL ànb t?;; iXûo; yt^yr,^}T^)fQLi ». Censorin., de Die Nat.^ i, 9. k Épicure n'est pas d'une opinion très différente (de celle de Démocrite). c Is enim cretlidit lime caiefacto uteros nescio quos radicibus terne cohérentes primum increvisse, et in&ntibas ex se editis ingenitum lactis humorcm, natura ministrante prasbuisse, quos ita edocatos el adultes genus humanum propagassc ».
LA fôYCHOLOGlE D'ÉPICUKE 307
et la diversité de leurs caractères spécifiques, ce iiiëme hasard, sous le nom de nature, établissait entr'elles des barrières infranchissables et leur donnait des lois de développement, déterminées, fixes et invariables *. Ainsi on n'a jamais v;i et on ne verra jamais de créature vivante réunissant les caractères de deux espèces distinctes ; il faut reléguer dans le domaine des fables les Chimères et les Centaures. Jamais on n*a vu non plus les êtres changer d'espèce : chaque être reste enfermé absolument dans la sienne et n'en saurait jamais sortir. Une fois les organismes créés, complets et parfaits, chacun suivant son espèce, la reproduction des vivants se fait par un procédé unique, la génération, au moyen de Faccouplement des sexes, de la semence projetée par le mâle dans la matrice de la femelle, dont la semence se mêle à la sienne * ; car elle aussi émet du sperme, ce que prouve le fait qu*on trouve dans ses organes sexuels des conduits séminaux cachés, et ce qui explique qu'elle aussi a le désir et la jouissance. Ce sperme est une parcelle, un fragment à la fois de l'âme et du corps des deux parents, ou de leurs corps entiers ^ puisque l'âme est une partie organique du corps. Le sexe du produit dépend de la prédominance de la semence virile ou féminine dans l'acte générateur, comme aussi sa ressemblance avec Fun ou l'autre des parents *. La stérilité de la femme vient de la nature ou trop épaisse ou trop fluide du liquide séminal 5. L'embryon, dans le sein
* V. Herc., XIII, 15. i&yi (UTa6aXXetv ta ovTa. Lucr., V, 921.
Res sic quaeque suo litu procedit, et omnes Fœdere natare certo discrimine servant.
Conf. id., ,76. . . . Finita potestas cuique
Atqae alte terminus herens.
Id., I, 580.
Et quid qiuoque queant per fœdera ruUuraï Quid porro nequeant, sancitam.
< Ucr., IV, 1!202. Gommiscendo. Gonf. Plut., PUu. PhU., V; 5. IJ., V, 3. Diels, p. il7.
3 0. L., X, 67. «9*8X0» T&v 9(i>|&aTh>v çlpEO^at. « Lucr., IV, 120i, sqq.
» Lucr., IV, iM6.
maternel, se nourrit par la bouche : c'est pour cela qu'aussitôt né Tenfant porte ses lèvres à la mamelle ; c'est qu'il y a aussi dans la matrice où il a vécu des espèces de bouches et de mamelles par où s'opère respectivement l'alimentation du fétus*.
On a pris l'habitude, dans les entretiens philosophiques, d'appeler l'âme un incorporel. Mais comme on entend par incorporel une chose qui est conçue comme existant par ellemême, xa6 'éauTcJ, et qu'on ne peut concevoir d'autre incorporel répondant à cette définition que le vide, qui n'a aucune réalité objective puisqu'il est incapable d'agir et de pâtir, ceux qui croient que l'âme est incorporelle sont dans une profonde erreur. L'âme dans sa double essence, dans ses deux parties est un corps : car elle agit et pâtit, et il est manifeste qu'elle possède cesdeuxpropriétés*. La conscience nous révèle l'existence de passions et de sensations qui ne s'expliquent que par des impressions produites dans l'âme par les objets extérieurs : ce qui implique en elle et la réceptivité et l'activité.
L'âme non seulement est un corps : c'est une partie de notre corps, [xépoç 3. et non pas un être hétérogène, indépendant de lui et étranger à lui.
Par la mobilité et la diversité extrême des phénomènes qui se produisent en elle, il est manifeste qu'elle est composée d'atomes très ténus, très légers, très lisses, très mobiles, différents de ceux du feu* quoiqu'elle ait une température assez élevée ; elle est très semblable à un pneuma, ayant une composition mélangée de chaleur, tantôt plus chaud, tantôt moins chaud ; car les divers degrés de tempéra-
• Plut., m. Phil., V. 16. Gai., H. PhiL, l. XIX, 30.
^ D. L., X. 67. (rj(AnT(tf ixata. J*ai essayé d'expliquer cominint ce terme, accidents, peut élrc appliqué à l'âme dunt l'essence même consiste dans Tactivité et la passivitf^. C'est que les deux propriétés ne sont pas simultanées, mais successives. L'âme peut cesser de pâtir sans cesser d'être, et de même cesser d'agir ; mais elle est nécessaii^ment dans l'un ou l'autre de ces états.
3 D. L., X, 63 ^<rct 5è xb iiipoç. C'est \a partie du corps qui éprouve le plus de cLangemenls, 7coXXr,v 7capatXXaYT)v £1X1^96;. M. Usener lit êir\ 8ï toO |&ipovç contre toutes les leçons et à mon sens sans raison.
* h, îi , X. roX>.'o t:v'. oiaçîpoudôjv Tfi»v toO 7r*jp<^;.
LA PSYCHOLOGiK D'ÉPICUKE 309
tiire du corps psychique déterminent et diversifient les qualités particulières des âmes. Elle est répandue dans toutes les parties de l'agrégat corporel *, et par la mobilité extrême, comme par l'extrême ténuité de ses éléments intégrants elle est susceptible d'éprouver de très grandes modifications internes^ : ce qui veut dire, j'imagine, que c'est dans la substance de l'âme qu'est la cause de la variété et de la richesse de tous les phénomènes psychologiques : passions, sensations, volontés, pensées, avec toutes leurs modifications générales et particulières.
Par cela même et par cela surtout qu'elle est répandue dans le corps tout entier, dans tout le reste de l'agrégat, elle possède une sympathie communicative et réciproque avec tout cet agrégat, c'est-à-dire qu'elle ressent tout ce qu'il éprouve, et qu'elle éprouve tout ce qu'il ressent 3. L'âme n'aurait pas les facultés qu'elle possède, par exemple celle de la sensation, si elle n'était pas contenue et comme protégée par le corps, et cette sympathie mutuelle fait que le corps participe à quelques unes de ses facultés, sinon à toutes *. L'âme ressent ainsi toutes les impressions du corps et lui communique toutes les siennes.
Elle a cependant, nous le verrons, même dans la sensation, un rôle supérieur et une puissance efficiente dominante ^ ; mais cette suprématie est générale. Ce sont ses forces qui font vivre le corps et qui en assurent la conservation et les fonctions ®,
Ipsaque corporis est custos et causa salutis ?
* D. L.. X, 63. 7cap*oXov xb &%poio\t.0L Sie^Tcopulvov. Id., 67. to àXoyov aCtr,; o T<ô Xo'.iibi icatpeffirapOai «TcopiaTi. Plut.. PI. Pwi., IV, 4. to 8è tf}oYov xa0*5).r,v Tr,v (TVYxpiffiv ToO atofiaio; 8i£ffi«tppi£vov. Conf. Sext. Emp., Pyrrk. Hyp , 111, 23.
' D. L., X, 63. tcoXXyiv icapfltXXayYiv etXyiçoç ttj Xe7CT0(upe|a. ^ D. L., X. 63. ovpiTcaOàc èè To^Tcd pi&XXov xatTÔXo^Tccp àipotapiaTt. J'entends le premier datif, to^tu, comme datif' de la cause ei le second comme attributif.
' D. L., X, 63. TTjc aiaOïq^sco; tt^v icXetarviv atiTtatv (l^x^O- ^ D. L., X, 63. toOto 6à ic&v al 8vvdi(Utc Tr,( «Vvxfjc 8tT)Y0v (SrjXov dans les Mss. ou $inXoOat).
7 Lucr., ni, 324. Id , 125, 127, 281.
On y distingue deux parties, l'une dépourvue de raison, plus particulièrement disséminée dans tout l'agrégat^ : c'est ce que Lucrèce appelle Tanima *,Épicure,TbàXoYov aû-riis.L'autre qui est l'organe de l'intelligence, de la raison, appelée par Lucrèce, animus ou metis^ a son siège particulier dans la cavité thoracique : ce que prouvent les agitations physiologiques du cœur quand nous éprouvons les émotions de la terreur et de la joie 3.
C'est le mouvement des atomes, de certains atomes de formes et de grandeurs particulières qui a formé ces deux organes psychiques ; c'est aussi cette même cause qui les a joints nécessairement l'un à l'autre et tous deux à un corps, à un corps humain. Il n'y a pas d'âme sans corps ; le corps et l'homme mêmesontlevasede l'âme*. Cestlemouvementdes atomes qui est cause de lapénétration réciproque des parties composantes du corps, du vivant, de l'âme, de la raison ; et c'est cette pénétration matérielle réelle qui les unit toutes par des rapports de sympathie si profonde et si intime que rien ne peut être plus uni que l'âme et le corps, que la vie, la sensation et la pensée. La vie est le résultat de cette union, est cette union même; sans l'âme le corps, sans le corps l'âme ne peuvent ni vivre, ni se mouvoir, ni durer, ni sentira ne peuvent en un mot accomplir leurs fonctions respectives. C'est encore le
D. L , X, 67. TÔ ixév ti aXoyov... tô ô* Àoyiîiôv. Plut , PI. Pkil.^ IV, 4.
oijJLcpyi TT,V ^UXT^.V.
> Lucr , III. Cetera pars anime pcr tottini dissita corpus. •* D. L., X, 67. To 5à Xoyixbv èv tw Bcopaxi. Lucr., III.
Primum aniinum dico Mentem quam s«pc vocainub.
Tcrlull., de An., XV. !n tota lorica pectoris, ut Epicunis. * Lucr., III, 554.
Sic animus per se non quit sine corpore et ipso
Homine, illius quasi quod vas esse dicitur. ^ Lucr., III, 556. Connexus animus corpori adbaeret. Id., III, 559.
Nec sine corpore enim vitales edere motus Sola potest animi per se nitura, nec autem Cassum anima corpus durare et sensibos uti.
LA PSYCHOLOGIE DÉPli.UKE 311
mouvement des atomes qui a répandu Tâme, Tune au moins de ses parties, dans toutes les parties de l'organisme qu'elle vivifie, et a ramassé, concentré Tautre dans un lieu spécial et distinct. C'est toujours ce même mouvement des atomes qui vient remplir dans l'être animé le vide qu'il a lui-même produit, qui par suite fait durer le corps et l'âme, les développe simultanément, conjointement Tun avec l'autre, pourrait-on dire, mais qui, en s'affaiblissant, en rompant les proportions d'entrée et de sortie des atomes, commence la défaillance de l'un et de l'autre, dans la vieillesse et le sommeil, et en achève la ruine dans la mort. Le sommeil se produit lorsque les parties de l'âme vitale répandue dans tout l'organisme viennent à être arrêtées ou suspendues dans leurs mouvements, ou expulsées du corps et disséminées çà et là, enfin lorsqu'elles s'évanouissent et se dissipent avec les parties de l'organisme qui leur servaient de sièges et do points d'appui '. La mort vient lorsque la dissipation des atomes de l'âme vitale au lieu d'être partielle est totale ou à peu près totale. Les atomes qui composaient sa substance se séparent par le mouvement les uns des autres, s'échappent du corps qui les contenait et les ramassait en une force une, et l'âme, alors, entraînant avec elle l'esprit qui lui est entièrement lié, se dissipe à tous les vents dans l'air, comme une fumée^. L'âme est donc mortelle, et l'hypothèse de la métempsycose est
' D. L., X, 66. uYcvovTe yîyveffOai tôv ttj; 4^x^^ |icpôv tôv icap*5Xtiv rf.v (Tuyxpiaiv, Tcapeoicapi&lvfiAv SYxaTcxoi&êvcdv ?j Siatçopovi&ivcdv, tXxoL aupticticTov- T(i)v Tot; epei7|&oîc. Le texte ii*est pas sAr; le oiot av|&iciirr6vT(Dv n'est pas clair ; la leçon sencaptiévoi; au lieu d'ipetai&o;; serait peut-être plus compréhensible : cela voudrait dire que les atomes de l'âme vitale s*ëvanouiraient avec les atomes dé}k dispersés et évanouis de Tappareil organique auxquels ils étaient attachés.
' Lucr., IlL 437. Ceu fumus in altas aeris auras
Id., IH, 500. ... Vis animi atque animai
, . . . . divisa seorsum
Disjectatur.
Id , m. 538. Dilaniata foras dispergitur
Id., III, 453. . . . dispersa per auras.
Sext. Emp., Math., IX, 72 c Épicure disait que les âmes, quand elles sont séparées du corp«, xcKicvou 8(xv)v 9x'6vaTat. Gonf. le livre de la Sagesse. 11, 3. x«\ -zh
Z\t HlSTomiC DE LA l'SYCHOLOGiE DES GKECS
inadmissible ; môme si l'âme était immortelle en tant que principe d'unité et d'essence, la personnalité qui résulte de l'union de Tâme et du corps, notre conscience serait détruite par leur séparation, par la mort. Nous serions étrangers à notre âme, notre âme nous serait étrangère, puisque ce nous ost la synthèse de l'âme et du corps * . Même si le temps parvenait à rassembler toutes les molécules de notre corps détruit, le reformait et l'adaptait aux molécules conservées et reconstruites de notre âme évanouie, la chaîne une fois brisée de laconscience de notre ancienne identité ne serait pas renouée. I.a vie est mortelle et la mort, qui nous l'enlève, est immortelle, c'est-à-dire a des effets éternels*. On voit que malgré l'intimité des rapports réciproques de l'âme et du corps, qui est la condition de la vie, l'âme a la fonction prééminente, (qu'elle est la cause supérieure de la vie même sensible 3; mais néanmoins cette force psychique ne pourrait pas remplir sa fonction, si elle n'était en quelque sorte, couverte, protégée, contenue par le reste de l'agrégat, tl jxr)
Otto toO XoittoO àOpo^<y{i.*To; i(jxiyi1^i':6 icto; *, C*est-à-dire par
le corps. Le corps qui fournit à l'âme les moyens et les instruments qui lui sont nécessaires pour exercer sa force, qui en fait presque par là une vraie cause, participe à son tour, grâce à elle, en quelque manière de cette fonction, de cette propriété, toioûtoj (ruixzToStxQtTo; ; mais il ne la possède pas dans toutes les formes ni dans tous les modes d'action
' D. L., X, 63. Tî); atT^riTeo); Tr|v u)et«rrir)v aiTtav k'x-**
- Id., i(l. La formule to Àoticbv âQpo'.(T(X2 montre bien (|ue lame C!>t considérée ctmnic une partie de ce composé dont le ror{>s forme Tautrc, le reste. Au lieu d è^TSYâ^sTo, Posidonius (ap. Ach. Tatius), pour expliquer Popinion des Épicuriens sur ce sujet, se sert des mots «wvéxe<xOai xjizo atoixdcTwv xà; ^^^x^^» ®' Slextus du terme âtaxpaTeicrOat qui est excessif et inexact.
3 Lucr., III, 85(t. Gorporis atque animaî Quibus e sumus unUer apti.
* Lucr., m, 883.
Mortalem vitam mors cui immortalis ademit.
Il est curieux de voir un Épicurien discuter sérieusement l'hypothèse de la résurrection des corps, de la rhair, comme ils disaient, avant les chrétiens.
LA PSYCHOLOGIE D'ÉPIGURE 313
propres à l'âme même. C'est pour cela qu'il perd la faculté de sentir quand Tàrae Ta quitté, bien que sa figure extérieure demeure au moins pendant quelque temps : c'est qu'il ne possédait pas par lui-même, par essence, par nature la sensibilité*; elle lui était communiquée et comme pnHée par l'anie. L'âme, au contraire, produite en mi^me temps que le corps par l'évolution de la puissance essentielle à sa nature, crée en elle-même par le mouvement et directement, c'est-àdire par une série'd'expériences répétées et d'essais renouvelés, la faculté de sentir, (jujjLTrTvojiLa al<jÔ7iTix(5v, et après se l'être donnée à elle-même, en communique une partie au corps, grâce au voisinage et grâce â la sympathie qui la lie à lui. Voilàpourquoi.tant que l'âme subsiste inhérente, svyrxp/ouffa. malgré la perte d'une partie quelconque du reste de l'agrégat, elle n'est jamais dépouillée de la sensibilité, à moins qu'une cause quelconque contractant et resserrant à rextrême ses parties intégrantes ne la détruisent en tant qu'âme sensible et pensante, tout en maintenant le principe de la vie brute^, qui devrait alors pouvoir subsister séparément. Si les atomes qui la composent et que la mort du corps, ou la perte de certaines parties de l'appareil organique ^ détruirait ou disperserait, demeurent, l'âme garde la sensibilité, tandis qu'au contraire le corps, soit entier soit en partie, demeurant dans sa substance et dans sa forme, perd sa sensibilité propre, lorsque l'a quitté cette partie du tout vivant, qui, en resserrant par sa force de tension, (juvrei/ov, et en tendant la multitude des atomes en une unité, leur donnait seule la puissance de sentir*, c'est-à-dire une puissance et une essence psychique.
* D. L., X, 6i. o'j yàp aOtb év ïolmxm tauT^v ivcéxT^TO 5uva(A'.v, àXX'mpov a|i« <rjyytytyr^\ihoM aùtâ TcatpevxeuaCcv, o dià tî;; ovvTeXsffÔfitffr,; •Ktp\ avtô 6uvdt^(i>; xata Tr,v xîvr)iiv <r3(iYiT(i){A2 alaOtjTtxfiV vM; àuotsXoOv ixuTÔ) àiiE$iSo*j xatà rnv ôtiovoncrtv xai wuicaOstav xa: éxeîvcd.
« Lutr , m, 5ii.
ContracUs in se parlibus ni obbrutcscat 3 Telles oue la tête, 1c cœur, etc.
* D L., A, 65. xh ffyvTsîvov twv àtôi&eûv icXr,Oo; et; Tr,v tf,; *yr/'f,: ^'jtiv. Le mol <7'jvTstvov est tout stoTcien.
3U HISTOIRE DE LA (>SYCH0L0G1E DES GKECS
En retour quand le corps tout entier se dissout, l'âme n'ayant plus rien qui l'enveloppe et l'embrasse, qui la contienne, se dissipe ; elle perd ses facultés ; elle ne se meut plus ; elle ne possède plus même la sensibilité. Car il n'est pas possible de concevoir que le sujet sentant ne soit pas dans un système organique et vivant, c'est-à-dire dans un corps, et n'ait pas à sa disposition des mouvements organiques ; qu'il demeure sentant lorsque les parties qui le doivent soutenir et contenir ne sont plus dans l'état où nous les voyons quand la vie fonctionne. L'œil ne peut voir sans le corps uni à l'âme. C'est une grande erreur de croire que c'est l'âme qui voit, que c'est l'âme qui entend*. Non seulement le sens commun proteste contre cette absurde hypothèse : mais la conclusion logique qu'on aurait le droit d'en tirer, à savoir que nous verrions mieux sans yeux, que nous entendrions mieux sans oreilles, la renverse par son incompréhensibilité. La vie, qui est éminemment sensation, est l'acte du composé, de l'être formé d'une âme et d'un corps.
La formation des organes particuliers et distincts du corps vivant n'est pas l'œuvre d'une cause finale, pas plus que la formation du corps entier. Les yeux n'ont pas été faits pour voir, les oreilles n'ont pas été faites pour ouïr. La fonction est postérieure à son organe et est son eflFet loin d'en être la cause ; l'homme voit d'une part parce qu'il a des yeux et de l'autre parce ' qu'il a, parmi ses organes, une âme capable de sentir et qui, trouvant des yeux à sa disposition, s'en sert pour saisir certains objets qui ont avec cet organe une appropriation, une harmonie, une convenance, une sympathie qui n'est qu'un effet, un résultat du hasard ^. C'est cette sympa-
> Lucr., m, 360. Dicere porro oculos nullam rem cernere posse, Sed per eos animaro, in foribas spectare reclusis, Desipere est.
' C*est co que Kant {Principior, primor. cogniiionis Melaphysicm nova Elucifialio) appelle ratio quod ou consequenter determinans, opposée à la ratio cur ou anlecedenter determinans.
^ D. L , X, 48. Ta; 9U(iicaOe(a; ànè xûv è^coOev icpb; r,pi2l; àvotaei.
thie fortuite entre certains genres de choses extérieures et certaines compositions de parties déterminées du corps qui constitue ces dernières en organes respectifs à leurs sensibles propres. Il n'y a là aucun nexus causal ; cette sympathie ressemble plutôt à une harmonie préétablie, mais préétablie par le hasard. Sans cette appropriation il n'y aurait pas.de vie sensible, pas de sensation, pas de sens ; c'est par elle seule que naissent la vue, Touïe, Todorat, le goût, le toucher. Tout corps n'est pas apte à vivre, à sentir, à, penser ; les choses ont leur ordre, la loi de leur développement prescrits par la nature. L'arbre ne peut pousser ses racines dans Tair ; le poisson ne peut pas vivre dans le sein de la terre. L'esprit et l'âme, la sensation et la pensée, inséparables entr'elles, ne peuvent subsister en dehors d'une organisation particulière, d'un corps de forme animale. Il faut à l'âme un corps pourvu d'un système sanguin et d'un système nerveux * .
Nous avons déjà vu que l'âme se divise en deux parties, ou plutôt que Vanima comprend en elle une partie supérieure et dominante, qui commande et gouverne, appelée Animus, Mens, Consilium, Ratio; l'autre inférieure, qui obéit à l'impulsion et aux ordres de la première. Toutes deux sont intimement liées et ne font qu'une nature, quoiqu'elles soient localement séparées; elles ont entr'elles des liens et des communications sympathiques réciproques, mais non pas générales et nécessaires. L'esprit, qui a son siège au cœur, est seul le sujet des émotions des sentiments, des passions, de la conscience, de la pensée *.
1 Lucr., V, 1S6. Non cstcum quovis corpore ut rssc
Posse animi natara putetur consiliuirque... Id., 13i.
Sic animi natura nequit sine corpore creari Sola, neque a nerms et sanguine longiter esse
2 Lucr., m, 146.
Hic exsuttal enim pavor ac metus ; haec loca circum
Ljetiliae mutcenL
Idque sibi solam fter se sapU et sibi yautlet.
316 HISTOIRE DE L\ f»SYCHOLOGIE DES GRECS
Nous verrons comment s*opère, quand elle a lieu, la communication des mouvements psychiques à Tâme, principe de la vie physiologique * .
Vanima est répandue dans toutes les parties du corps, et quoi qu'elle ait des mouvements propres mais insensibles au tout vivant, elle se meut suivant la volonté de l'esprit ; tous les deux meuvent nos membres, et ces mouvements supposent un contact, qui lui-même suppose une nature corporelle en tous les deux. Cette nature qui leur est commune, et qui explique la communauté de leurs opérations, cette essence est celle d'atomes aussi petits, aussi légers, aussi lisses, aussi ronds que possible. Cette extrême subtilité et légèreté du corps psychique explique la rapidité inouïe des mouvements de rame pensante et sentante, et particulièrement le fait singulier que lorsqu'elle quitte le corps, celui-ci ne perd pas, immédiatement du moins, rien de sa forme ni même de son poids -,
Le composé d'atomes qui constitue Tâme n*est pas un composé quelconque : c'est la combinaison, le mélange de quatre essences diverses, chacune naturellement formée d'atomes. Ces quatre essences sont :
1 Une espèce d'essence igniforme, une sorte de gaz chaud et même très chaud ;
2. Une espèce d'essence pneumatique, une sorte de gaz froid ;
3. Une espèce d'essence aériforme, une sorte de gaz tempéré ;
4. Enfin une quatrième essence à laquelle Épicure ne donne pas de nom, dont il ne détermine pas la composition matérielle et qui constitue l'élément actif et moteur de l'organisme, le principe de la sensibilité, de la sensation et
• Lucr., IV, 133.
3 Lucr.. m, 180. Per subtileiu alque minutis
Perquam corporibus factum...
. . . III, 187. Nil ponderis autert.
de la raison et que Lucrèce appelle à cause de cela Tâme de rame, anima animœ^ c'est VanimtAs ^ Comment ces quatre essences douées de propriétés diflférentes ne font-elles qu'une seule nature, se fondent-elles en une seule essence? C'est que les atomes qui les composent, malgré la différence de leurs figures, poids et grandeur, sont inséparables les uns des autres et ne sont pas localement divisés. Les quatre éléments qu'ils forment ne sont pour ainsi dire que les fonctions, les puissances différentes d'un seul et même corps :
Quasi multse vis* unius corporis.
Ce qui n'empêche pas que le système de ceux de ses éléments qui occupent la poitrine et forment proprement ïanimus ne contienne des atomes encore plus subtils et plus mobiles que le système de ceux qui composent Yanima^ répandue dans toutes les parties de l'organisme auquel le premier reste lié. L'élément le plus subtil demeure dominant dans la combinaison atomique constitutive de l'antmus 3. C'est cette prédominance d'un des éléments sur l'autre dans la constitution psychique, qui détermine les tempéraments physiologiques et les caractères de l'esprit et de la volonté, lesquels se ramènent par conséquent et naturellement à quatre principaux. Puisque la différence des caractères
1 Plut., Col.y XX, 5, et Plac. Phil., IV, 3. xp&iui èx Ttaaapcov, ix icoîoO ffV)pfi>dov;, éx TcotoO àspcoSovc» èx iroioO icveu(jiaTixoO, ex texapTOU Ttvbc âxaTovofiâircou, b y)V auTÔi cua^r^xix6y. Colot.j XX, 5. tb yàp ^ xpivet xai {&vr,(ioveuei xai ^ùel xai pitael xod 8X(k>; tb çpéviptov xat Xoytorixbv ïx tivo;... acxaTovo(iàoTou tcoiotyjtoç èntYivcoOai. Lucrèce (III, 932 sqq) désigne ces quatre essences par les termes : 1. Aura tenuis; 2. Vapor; 3. Aer et Mlor, qui forment la triple nature de lime : triplex animi natura, complétée par une quatrième, omnino noniinis expers, principe propre des mouvements de la sensibilité, de la sensation, de la pensée, que les autres ne sauraient produire ; cette dernière
Anima est anime proporro tolius ipsa.
^ Lucr., m, 266 Vit contracté pour mre«. 3 Lucr., III, 2U.
Qua neque mobilius qvidquam neque tenuius exstat Nec magis e parvis aut Ixvibus ex démentis.
intellectuels et moraux est refTet naturel et nécessaire de certains faits physiologiques, il n'est pas étonnant que réducation soit impuissante à les changer radicalement, quoiqu'elle ait encore la force d'en réprimer les excès et d'en atténuer les défauts.
Cette composition de Tâme humaine, qui est une combinaison et un mélange, nous explique en outre Torigine et la cause des mouvements du corps. L'élément innommé, doué de sensibilité et de volonté, se meut le premier lui-même et par lui-même, parce qu'il est formé des atomes les plus ténus et les plus mobiles. Nous savons que le mouvement spontané et libre est une propriété essentielle des atomes. Cet élément, une fois en mouvement, meut la matière chaudt^ de l'âme ; celle-ci meut le souffle, le pneuma vital, qui enfin meut l'air. L'âme alors est tout entière en mouvement, et elle peut, réunissant toutes ses forces motrices, mouvoir les parties solides et liquides du corps : elle fait ainsi battre le sang dans les artères, tum quatitur sanguis, et communique à nos entrailles, à la moelle de nos os la faculté de sentir le plaisir et la douleur. La sensibilité est ainsi un mouvement, et le principe de tous les mouvements est dans le cœur*.
Le mouvement locomoteur et le mouvement de tous les membres se produit comme il suit : la première condition pour qu'il se produise est une cause externe : il faut que des
^ Lucr., ni, 250. Inde omnia mobilitantnr.
Tum quatitur sanguis, tum Tiscera persentiscunt OmnU. Postremo datur ossibus atque medullis Sive voluptas. • . siYe contrarius ardor.
Le mot quatitur ne fait pas allusion à un mouvement circulatoire du sang, mais au mouvement intermittent qui produit le rythme du pouls. La physiologie contemporaine d'Épicure considérait le battement des artères comme un phénomène primitif, mais accidentel, et accidentel parce qu'il est sans but, sans fin, sans rapport même à la fonction respiratoire. 11 était directement causé par une ébullition du sang, ou plutôt par une volatilisation des parties du sang, due i cette ébullition produite ellemême par un excès de chaleur des veines qui contiennent le sang : car il n'est pas chaud par lui-même. Conf. HUt. de la Psych. des Grecs, t. L p. 303. Le Pneuma.
\A PSYCHOLOGIE DÉPICURE 31 y
images pénètrent dans Tâme, animus^ du dehors. L'homme ne remue ni sa tète, ni ses bras, ni ses jambes sans raison. Ces images déterminent dans l'âme un désir, une volonté d'agir qui ne peut naître que de la représentation préalable de certains objets qui excitent le désir et éveillent la volonté. Or l'âme ne connaît rien, ne se.représente rien que par l'action pénétrante des images, h'animys ébranlé par cette action ébranle Vanima répandue dans tout l'organisme, par suite de leur liaison intime. L'âme animale ébranle â son tour le corps dans toute sa masse ou dans l'une quelconque des parties du mécanisme organique, par l'intermédiaire de l'air qui, toujours en mouvement, occupant tous les pores et conduits de l'être vivant, en contact avec tous les rouages de la machine, demeure toujours aussi en contact avec les parties les plus mobiles de l'âme. On peut donc dire que le corps est mu par l'âme et par l'air, qui sont au corps ce que sont au navire le vent et les voiles :
Ut navis velis ventoque feratur K
' Lucr., lY, 895.