‹ Histoire de la psychologie des GresChapitre 3 sur 34 · PSYCHOLOGIE MÉTAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

PSYCHOLOGIE MÉTAPHYSIQUE

Les principes des choses et du monde, ou ce qui est la même chose, les éléments, les facteurs de la réalité sont au nombre de deux : un principe passif, commun à tous les êtres et identique en chacun, substance sans formes, sans qualités, sans mouvement, mais qui se laisse transformer, modifier et mouvoir, et dont les transformations, modifications et mouvements font apparaître les quatre éléments, la terre et l'eau, l'air et le feu, dont elle est le mélange confus, l'unité indistincte et informe, inerte *.

Un second principe est nécessaire pour expliquer l'origine et la nature des choses : c'est le principe actif, moteur, cause finale mais en même temps efficiente, la raison, la raison séminale, Xdyoc (ncspfAaTtxdç <, comme l'appellent les Stoïciens, c'est-à-dire le principe intelligible qui contient en soi les raisons d'être, les semences idéales des choses, qui façonne la matière, la rend propre à la production des êtres ^ qui s'en

< Sext. Emp., Math., IX, 11. Plut., Plac. Ph.^ I, 13. M. Aarel., XII, SO. (&{o( qZiIol xotviQ. D. L., VII, 137. Tot Tlvaapa orot^eTa eTvsi â|ioO Tr)v â^icoiov oOa^av; Sext. Emp., Math., X, 312. (lexaSxXXouoY}; Sa Ta^iTy)c YtyveTai Ta tIv- <rapa (rzoïx^Xa.

* D. L., Stob.^ \y 322, 5. Zenon orovicep ev tî) yovtj to oiclp|i,3. M. .\ar. IV, U. D. L., VII, 136-148. Plut., Plac. Phil., I, •}.

3 Sen., Ep.f 67. Dicunt stoîci nostri (ce mot révèle l'autorité qu'exercent sur Sénèque les opinions de TÉcole), duo esse in rerum natura ex quibus fiant : caussam et materiam. Materia jacet iners, res ad omnia parata, cessalura si nemo moveat. Censor., Fragm., c. 1, tenorem atque materiam. Senec, Ep,, 67. Gaussa autem, id est ratio, materiam format et quocumque vuit, versât : ex illa varia opéra pro* dudl.

U PSYCHOLOGIE DES STOIOENS 13

développent, comme toutes les parties d'un être organisé se développent de la semence qui lui est propre ; on peut même dire que ce principe donne à la matière une existence réelle, qu'elle n'a pas par elle-même. De même que les raisons des parties se réunissent et se rassemblent dans le germe un et unique et plus tard s'en séparent quand les parties se forment, de même d'un seul principe toutes les choses de ce monde se développent, i^ sv&c icàvTa Y^yvecrOat, et toutes les choses se renveloppent en un seul principe, elc 8v <ruYxp^v8<r6ai, et s'y confondent ^ suivant [un mouvement méthodique et une loi

d'harmonie, hZC^ xal aup.^ (ova>c Sts^touoir^c rijc ireptdSou ^.

Je viens de dire que la raison séminale des Stoïciens est à la fois cause finale et efficiente : il pourrait sembler cependant qu'ils avaient distingué ces deux causes, obéissant à la théorie d'Aristote. Ghrysippe du moins établit une différence entre l'atT^a et l'aiTtov, et définissait la première la raison de l'agent, du causant, aÎT^a... Xéyoç oLUioxj : ce serait la notion intelligible, l'idée de la chose qui se révèle dans sa fin, tandis que l'aTTtov serait le principe qui par le mouvement réalise cette idée et conduit cette chose à sa fin s. Mais c'est une distinction passagère qui ne laisse pas de traces dans le système, où il n'y a de véritablement distincts que deux principes : la matière et la raison, lesquels eux-mêmes ne sont qu'idéalement distincts et, inséparables l'un de l'autre, ne pouvant exister l'un sans l'autre, n'en font dans l'être réel qu'un*. Tout est corps, mais tout corps est esprit, irvsOfxa, n'est qu'un certain état de l'esprit, irveOpià irwç ï^®^ '^* Le vide immense, infini, incorporel, précisément parce qu'il

* II. Aar., IV, 14. f Tu te confondras dans ce qui t*a engendré ou plotôt tu rentreras elc Tov a^ToO tov (ncepii.aTixbv Xéyov.

* Q^antbe, iansStobée {Ed., h 372, 37i). oGreo... toO SXou toc iUdy).

' Stob , Ed., I, c. 13. p. 338. Ghrysippe définit Tarriov 8i' &... ou dl atTiov Biâ Tt. (L*effet, ce qui arrive par quelque chose et oue Zenon appelait av|i6c6ox6c)... atTiav ik Xôyov atTtou 9| Xôyov toO oiItiou tac auxlorj.

* Plut , de Comm, Not., 48. voOv cv v)y) icoioOvtcc.

s Sext. Emp., Math., VII, 38. Plotin s*en raille, Enn,y V, 4. icvtO|Mt Sv ttt^ (&6vov,

ti HISTOIRE DE LA PSYCHOLOGIE DES GRECS

est incorporel est en dehors du monde qu'il enveloppe, et est par suite étranger à l'être , étranger à l'existence ^ , comme le temps qui n'est que la mesure du mouvement du monde*.

Nous sommes donc ici en présence d'un principe unique qui est à la fois matière et esprit, et cet esprit est à la fois une raison et une force. ■ La substance, disent Zenon et Chrysippe, est la matière première des êtres : elle est éternelle, et n'est susceptible ni d'augmentation ni de diminution... Les parties n'en restent pas identiques à elles-mêmes... elles se séparent les unes des autres, non par une division matérielle de la 'substance, mais par un changement dans les proportions du mélange... La substance est imprégnée, parcourue, pénétrée par la raison universelle, que quelquesuns appellent le Destin, etfxappLévT), et qui est immanente en elle, comme la vertu spermatique dans la semence '. >

Non-seulement nous sommes en présence d'un principe unique des choses, mais il est difficile de dire si ce principe est matériel ou immatériel. Car d'une part la matière n'a d'existence que [par le mouvement qui n'est pas de son essence ^ d'autre part l'hypothèse de la pénétrabilité absolue des choses matérielles, SXa>v St 'SXcov, propre aux Stoïciens, change la notion ordinaire de corps, par où l'on entend une substance qui remplit son espace à l'exclusion de toute autre substance, et la transforme en celle de force, c'est-àdire en celle d'un être qui, avec d'autres êtres de même nature, peut coexister dans le même espace.

La notion même de la matière, quoiqu'ils l'appellent corps, se modifie pour les Stoïciens, et semble n'avoir qu'une existence subjective et hypothétique, n'exister que dans

* Plut., de Comm. Not.y 30. xlvov yàp aiceipov IfÇcoOev xà x6a|i,(p iceptOévrec. Id., 12. ovOàv o^v îxi 8et Xiytty xbv xpôvov.

* Id., fd., S(âaTY)|ia toO x6(T|iou xtviqoetac. Cf. D. L., YII, 141.

3 Stob., Ecl.f I, 3S2 et 324. 8tà xcdxriz 6ï dtocOsTv tov toO icavro; XAyov, ôv jfvioi ct(Jio(p(iivY)v xocXoOaiv, orovicep iv ttj yov^ xo anipy^a,

* SeD., Ep., 67. Ce$iatura si nemo moVeat. '

lA PSYCHOLOGIE DES STOÏCIENS 25

et par la pensée, ÎTctvo^a, xari tt^v Û7cd6e<rtv *. En général, pour les anciens, et pour les Stoïciens en particulier, l'idée de la matière est toute métaphysique et non empirique.

De cette matière ou substance commune de toutes les choses du monde naissent par les transformations, Tpoica^, dont elle contient en son essence le principe, les quatre éléments. La terre et l'eau sont incapables de subsister par elles-mêmes, de se maintenir dans leur être, de garder l'unité, principe ou ferme de l'être *. L'air et le feu se distinguent de ces deux éléments, précisément par cette puissance qui leur est commune 3. L'eau et la terre ont besoin, pour arriver à leur essence propre, d'un autre principe qu'ellesmêmes, et ce principe, c'est précisément le feu, au fond et en substance identique à l'air, et qui est l'élément par excellence, xh xaT 'e?o;^'J|v drot^sTov. En réalité, et malgré la doctrine des quatre éléments que la tradition leur impose , les Stoïciens n'admettent qu'un principe, un élément, une substance première, d'où tout le reste provient par transformation et où tout va se résoudre et se confondre *. Le feu seul ne se laisse pas résoudre en un autre élément : il subsiste par lui-même, et c'est lui qui, d'une partie de son

< Stob., Ed., I, 32i. U est vrai que les leçons varient : (l*apris Mcineke, on lit : « La substance, qui existe réellement, xaxà rnv 6ic6<rra<riv, ne diffère de la matière que pour la pensée, pour la léflexioo, iw.yoic^ >. 0*après la leçon d'Heere'n, le passage signifie : c La substance diffère de la matière; car la matière n*est qu'une hypothèse, xarà rriv &ic60c9iv, une condition subjective et posée par la pensée de Texistence des choses i. Ampère, Cauchy et Weber sont d'accord pour admettre que les atomes doivent être conçus comme étrangers à retendue. Au contraire, Hartmann {de V Inconscient f t. II, p. 129), fait reposer la génération des choses sur le dualisme : à savoir l'atome corporel doué de force attractive et Tatome d'éther doué de force répulsive. Si l'on imagine, dit-il, qu'ils se fondent ensemble, toute force est supprimée dans le monde, parce que les oppositions des forces seraient neutralisées,

* Plut., de Comm, Not., 49. r<raat yàp o^^tc a^xk <ruvéx«v o{fO'sTepa... t^v iv&Ty)TO( dia^vXdiTTetv.

3 Stob., Ecl,, 1, 33A. 11 ne faut pas dire, d'après Ghrysippe, comme le font quelques-uns, que la matière est de l'eau, de la terre, du feu et de l'air : car c'est la confondre avec le corps, et lui dter son caractère essentiel, d'être amorphe

^ Id., id., I, 312. il oiùtoO icpc^Tou Ta Xomà «uvcars^Oxi xarà |jLeTa6oXY)v xat et; axixh ^o^atov icàvTa x^^l^^w diocX^ejOai.

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essence, communique aux autres êtres leur essence ^ Mais ce feu n'est pas celui que l'expérience et nos sens nous font connaître. Cest un principe à la fois aériforme et igniforme, un IlveOpia, qui possède par essence une loi, une méthode, un art, et qui, par cela, constitue la substance des choses et détermine leur forme, un feu artiste ^ comme ils aimaient à le nommer, à l'exemple d'Heraclite. Cest une raison qui contient le germe des choses, l6yo(; (nrspiAaTtx<J;, c'est-à-dire à la fois le principe de leur matière et de leur forme, de leur génération et de leurs développements. Considérée à des points de vue divers, ou à des états divers, cette substance première portait les noms de nature, cpu<7tç, d'acte, s^c, parce qu'elle a en soi le principe de son mouvement et de tous les mouvements des corps et le principe de la pensée qui dirige ce mouvement, et parce qu'elle produit ainsi, en obéissant à ses propres lois, en allant à ses propres fins, toutes les choses et les maintient dans l'être ^.

En tant que cette raison universelle des choses déroule la série des effets et des causes invinciblement liée par les lois d'airain de la causalité* et de la finalité, — car rien n'arrive sans cause — c'est la Destinée, eîuappiévYi*, et comme elle est

* Id , iti. iatTxt <rû(rcaTtv 8i86vai àf'avToO. Origen., PAi/(W., p. 311, éd. Miller. aico;ou xat (&àv o^v xai Ivbc aco|i,o(TOC Tf,v Tfi^v oX(i>/ ovveTr^aavTO y^veaiv ot StcoVxoI. 'Ap^v) YapTcùv SXbiv xax'avTOuc iaxiy t) aicoto; uXt} xsi 6t*oX(i>v Tp£mt* tJieTa6aiXXouay]C 6à avTTiC y^vexat icOp, ay\p, vStap, yr\. D. L., Vil, 147. to (&£po; ocvToO To $(T2xov 8to( icâvTtav. Le pur éther qui est le principe de toutes choses, et où toutes choses viendront s*absorber et se résoudre, reste étranger à ces transfor* mations dont il est la cause et la règle.

' D. L., VII, 156. icOp Te;(vtxbv, ôdù ^aStCov et; y^^^^'^ ^-mp taxi icvsOjta icupoetdèc xai xe^voetSéc. 134. to icoioOv = tov èv aÙTr; (la matière) Xâyov.

' D- L., VII, 148. 9^atc = £Çt; èÇ aurric xivov|iévt} xctxk otcepiiaTixoùc Xiyou; àicoxeXoOaa xe xa\ avvé}(0V9a xk cÇ ocOx?;;.

* Plut., de Fat.t II. iiiqSev àvaixid); ytvevOo».

^ el|iap(jLlvY] = etp|i6c- Diog. L., VII, 149. atxta xâ>v étvxtav eiDOfjiivY]. Eoseb., Prœp. Ev.y VI, 6, p. 252. 8e(T(jLb; 8à xoii v6pio; uicap^et. Aulu-Gelle, N, AU., VI, 2. « La fatalité est une certaine suite perpétuelle et invariable des choses, une chaîne qui enveloppe et développe d'elle-même les anneaux consécutifs étemellemfnt ordonnés dont elle est formée et composée... ou, pour prendre les termes mêmes de Chrysippe : Une certaine coordination naturelle de tou'es les choses éternellement liées dépendant les unes des autres et indissoloblemeiit unies i. Gic.,

lA PSYCHOLOGIE DES STOÏCIENS tf

la raison même, c'est-à-dire la justice et la bonté, cette destinée est la Providence, npdvota, la puissance qui prévoit et prédétermine l'avenir et régit moralement le monde. La force aveugle de la cause efficiente, le fatum^ se transforme et devient la nécessité rationnelle du but conçu et voulu ' , de la cause finale, et Ton comprend qu'ainsi envisagé le destin soit pour les Stoïciens la loi même de la morale. Cette nécessité, 'AvayxYi «, est divine ; c'est la volonté de Dieu, c'est Dieu même ^ qui est à la fois corps et esprit *. En tant qu'il s'en distingue et en forme le moment éminent. Dieu est l'âme du monde ^ qu'il administre et dont il règle l'économie^. Suivant qu'on le considère dans telle ou telle de ses fonctions, il y est partout présent, non pas seulement par ses actes, toTç svspys^aiç, mais par sa substance même'', tantôt Esprit, tantôt Âme, tantôt Nature, tantôt Acte ^. Moins peutêtre pour ménager les croyances populaires que par un besoin tout scientifique de s'en rendre raison et de les expliquer, les Stoïciens interprétaient, par une méthode subtile, les mythes divins de la religion hellénique dans le sens de leur doctrine. Les noms de Démétèr, de Eoré, de Dionysos,

de Divm.y , 125. c rappelle fatum ce que les Grecs nomment et(&ap|&lvY], Tordre et la série des causes qui conâste en ce que chaque fait est le produit d*une caise enchaînée à une autre cause ».

> D. L., VII, 49. X6yoc xaO'&v 6 xiopioc dic^àYCtai. Sifflplic, m Efrict,, l, 1, p. 12 (Saumai^e) t| ^x*^ ôç'iauTY); xivou|i,évY) xivet xa\ ta <r(î>{ifltTa.

* Phedr., Fragm, Col, HercoL, S.

' D. L., VII, 135. fv T8 eTvo» Oeov %ol\ voOv xa\ 8t{iapplvTiv xoti Atoi, fcoXXottç t'irépaïc h^o[ioLfTioLiç icpoaovoiMxCeoOai

* Plut., de Comm. Not.t 48. Ocov <rû(&a( vicpov.

& Stob., I, 60 (Diels, Doxogr,^ p. 303), de Zenon : NoOv xi<r(tou mSpivov. Cléanthe (Cic, de Nat. D., I, U). Totius nature menti atque animo tribuit hoc nomen. Plut , Plac. PhU.y I, 7 (Diels. p. 302), Diogëne, Cléanthe et Œnopidôs, pensent que Dîeu est tt)v toO xéopiou '^mx'ïï^' Cbrysippe (Philod., de Piet., 77), Oebv %a\ rb TiYepLovixbv xa\ t^v toO SXov ^^v^inv. Senec., Nat. Qu.f II, 45. Jovem... animum ac spiritum mundi.

^ D. L., VU, 134. tbv ik x69|iov olxetoOo» xarà voOv %a\ 9cp6votav. Plut., de Si'Rep., 34. c Ghrydppe, dans son l** livre de la nature, a dit : oÛTta» il vfiç t&v ÔXctfv oIxovo|i{ac Kpoayù^Tfiç,

^ Sopbon., m Ar. de An,, 5, 411, a. 7.

* Themist., ml. de An,, f* 72, b. dtà fcd^try)c ovo'jac m^oiTiQxivai tov 0e6v.. xal icoO fib tlvott voOv, icoO A ^x^"** ^^^ ^ ç^^iv, icoO ik f(iv.

représentaient ce Dieu comme Nature, quand on voyait et adorait en lui le principe nourricier et fécondant de la terre* ; celui d'Héraclès, quand on le considérait comme la force qui frappe, tue et divise *. Ce Pneuma primitif et éternel pénètre, vivifie, conserve, bien plus il engendre, il crée tous les êtres et dans la terre et dans le ciel. Les étoiles, les astres, sont remplis de Tesprit vivifiant et animant ; quoi qu'il se communique, se répande et coule comme le miel dans les rayons du gâteau \ quoiqu'il pénètre toutes les parties du monde dont il constitue l'être et maintient l'unité, le Pneuma reste un. La raison divine et son substrat à peine matériel, nop

^ Plut., de h., 40 et 66. xh Bik tt|c y^c 8tY)xov TcveOpia. PhflBdr., Col. Hère,, 5. TO Y^vittov irveOjta. Plut., 1. 1. tô y^viiiov 7rveO|ia xq(\ Tpi9i|U>v... to dià t&v xapicûv 9ep6(Aevov 7rveO|ia* D. L., VU, 147. to 8tTjxov 8ià icavreov.

* Plut., 1. 1. T^ icXyjxtixov xa\ SioiipeTixbv irveO|ika. Ce dernier mot est le seo qui, dans le système, traduit quelque souci d'expliquer Tindividualitë. Le sentiment de Tunitë, du lien qui rattache les êtres et les confond dans le grand tout est si puissant, que Tindivldualiié ne peut y être que purement phénoménale. Rien dans la métaphysique des Stoïciens ne peut constituer un principe d*individiiation. Leur morale tend même à supprimer la personnalité. L'être vrai est Têlre universel qui est tout en tout et partout, omnia in omnibus. C*est même la perfection de s*y confondre, de s*y perdre, insère te toti mundo. L'homme iDdividuel est un membre de ce tout : socii tt membra(Sea., Ep., 92), (jiéXoc toO <jv(rnQ(jLaTo; (M. Aur., Vil, 13). Mais que peut être en soi et par soi un membre, en dehors du tout organisé dont il n*est qu'une fonction ? L'anéantissement, le nirvana, est Tablme où se précipitent tous les panthéismes, celui des Stoïciens comme celui de Spinoza. Et, cependant, par une contradiction singulière, c'est dans cette École que la science a prononcé pour la première fois, dans leur sens philosophique, les mots sacrés de conscience, de moi, et que la vie a formé les caractères les plus virils de l'histoire. M. Ravaisson {Ess. 8. la Met. d'Arist.f t. II, p 140) croit avoir trouvé, dans un passage de Diogène (VII, 137), la preuve que les Stoïciens considéraient la qualité comme une forme spécifique, principe d'individuation pour tous les êtres ; il lit ainsi le texte, qui se rapporte à Dieu : tov ex rri; &icâ(rY]; ouata; idtoicoi<^v. Dieu tire de la matièrd universelle les êtres individuels. Mais l'édition de Londres et celle de Didot donnent la leçon i6c(i>; icot6v avec le sens : Dieu est le seul être de toute la nature qui ait proprement une qualité, et c'est par là qu'il se distingue de la matière, caractérisée quelques lignes plus haut par les mots tt)v âicotov oûa^av Tr)v uXyjv. Il n'est point ici du tout question d'une forme spécifiante et individualisante.

3 Tertullien {ad Naliones, II, 4) croit que Zenon a distingué Dieu de la matière da monde ou du moins : « Euni per illam, tanquam mel per favos, transisse dicet. Itaqne materia et deus, duo vocabula, duse res. Lactance (InstU. Div., VII, 3) est plus exact : « Isti (Stoîci) uno naturs nomine res diversissimas comprehenderunt... tanquam natura sit Deus mundo permistus. Nam interdum sic confundunt, ut sit Deus ipse mens mundi, et mundus corpus Deit.Mais comme Tun ne peut exister sans l'autre, « dicuntque alterum sine ait ro nihil posse », le monde et Dieu ne font qu'on.

Te^vixdv, ne sont qu'un, en sorte que Tefifet de la pensée divine est en même temps la nature efficiente de cette force. Lui seul résiste et survit aux destructions par le feu et par l'eau qui, tour à tour, atteignent le monde, et parce qu'il est éternel, et que sa force, sa tension, t^voç, est éternelle comme lui, il suffit aux renouvellements périodiques ^

Sans doute, les Stoïciens, entraînés par des idées déjà très puissantes et faisant pour ainsi dire partie de la conscience philosophique, par un dualisme inconscient dont l'esprit de système est impuissant à se débarrasser tout à fait, sans doute les Stoïciens se représentent souvent l'esprit de Dieu agissant dans le monde, comme l'âme dans le corps de l'homme * ; mais ce corps de l'homme n'est lui-même qu'un état particulier du même Pneuma dont son âme est un autre état, un autre mode supérieur. Les éléments du corps sont plus graves, plus solides; mais ils ne sont eux-mêmes qu'une transformation de la substance primitive ; il n'y a là qu'une différence de tension et d'énergie, et c'est précisément parce qu'ils sont tous les deux des corps, et que les corps sont tous des Pneumas, qu'ils peuvent se pénétrer réellement et constituer une unité réelle et vivante. Car on n'a pas oublié que, dans la physique des Stoïciens, la pénétrabilité est de l'essence même du corps.

Cette force pneumatique est un air d'une chaleur intense ; elle participe par conséquent à toutes les propriétés de l'air chaud, c'est-à-dire qu'elle est susceptible de se tendre et de se distendre, de se contracter jet de se dilater, de se comprimer et de se répandre. Cette propriété lui est si essentielle que le Pneuma est lui-même souvent désigné par les termes Tdtdtç, Tdvoç, en latin ténor, c'est-à-dire tension. Aux divers

< Ar. Didym. (Stob.y I, 370-372) to SXov xa\ totavr/iv icepfoSov àet xa\ atxx&apiYjatv tivov (&t) icaueaOo».

* D. L.) vu, p. 197. Lond. elc Sicav xiapiou (&ipo; SiiqxovToç toO voO xaOâicep êf'rittTv TYic l'vx^^' Senec., Ep., 65. Sab fin. Quem in hoc mundo locum Deus obtinet, hiinc in homine animus ; quod est illi materia, id nobis corpus est.

30 HISTOIRE NE Là PSYCHOLOGIE DBS GRECS

degrés de tension correspondent des degrés proportionnels de causalité efficiente du Pneuma, et ce sont ces degrés qui déterminent et mesurent les différences spécifiques et individuelles des choses et des êtres ^. L'être est ce qui a la propriété d'exercer une action et d'en subir une, de mouvoir et d'être mû K Le corps seul a cette double propriété <• Les corps seuls sont donc des êtres ^, et tous les agents qui la possèdent sont des corps, car ils sont des Pneumas : icveufMiTa yctp ^ c'est-à-dire qu'ils sont des corps parce qu'ils sont des forces, et qu'il n'y a de forces que dans le Pneuma à ses divers degrés de tension et dans ses divers modes d'action. La confusion de l'idée de corps et de l'idée d'esprit ou de force fait pour ainsi dire évanouir la notion même de la matière qui n'a de réalité que dans une forme et dans une propriété. On peut appliquer à ce que les Stoïciens continuent à appeler la matière ce que Plutarque dit du Grand Tout, tel qu'ils le conçoivent, et qu'ils qualifient par les opposés négatifs et contradictoires : à savoir qu'il n'est ni corporel ni incorporel, ni animé ni inanimé, et que, dans ces conditions, il ressemble moins à l'être qu'au néant ^. Si les corps ne sont des corps que parce qu'ils sont des Pneumas^ si le Pneuma lui-même est une substance gazéiforme, invisible, souvent confondue ou identifiée avec la tension '', son mode essentiel d'être, et contenant en soi les causes finales et les raisons séminales des choses dont elle se distingue à peine ^, ces

* D. L., VII, p 196, éd. Londres, dià ica^vic ocvttjc.'. dYii&ioupyctv Cxaora Plot., SlMC. Rep., 43. 7cve\S|iaTa xcà t6vouc aepcudcic olç àv eyylvwvTo» |iipe9i tyjc OXv)C elSoicoietv ixaata xa\ vYYjiiciT^Ceiv,

* Plut., de Cotnm. Not., 30, 2. ôvtoc to ?coietv ti xa\ 9câ9-/ctv.

> Plut., Plac. Phil., IV, 20, 2. ot Bï Srtaixoi... ic&v to dp{u(uvov ^ xa\ icoioOv <rfi>(ia... ïxt 1C&V TO xivoOv xa\ èvo^XcOv... ïxt ic&v Tb xivoupievov, o&\ul ivrt.

* Id., de Comm. Not., 30, 2. ^vtoi yàp |i6va Tot ac&iiaTa xaXoO<rtv.

^ Id., Plac. Phtl., 1, 11. ol I!t(o(xo{... icâvTa Ta atTia acd(toiTixà*irvev|MiTO( y«P* II faut remarquer qu'on ne dit pas Totc aiTiac» mais xk oXxiol,

^ De Comm. Not.^ 30, 2. outc 9fi>|io(... oCtc àaft&itaTov. Id», 8. |&i)t8 Ifi&^Vvx^^ l&TJTe adfUYOv. Id., 12. çatyovTai t^ (&Y)Sev\ to ic&v icotoOvTSC.

^ Stoo.fU, 110. ^otcep T) tax\Ji toO 9(î>(taT0C t&voc iorW... ouru xa\ r\ ttjc 4;uY^C î^xvc t6voc i<rc»v.

B A ta mort, dit M. Aurèle, VI, 2i, tu retourneras de toÙc aotvToO aictpuLorixovc X6Y0VC. Conf. IV, U, SI ; VU, 32 ; IX, 9.

étranges matérialistes n'auront posé dans le monde que des forces organisantes, unifiantes, vivifiantes, pensantes, émar nées d'une force unique et primitive.

Je ne veux pas dire qu'ils ont conçu cette force comme immatérielle : mais elle est du moins invisible. Ils se représentent l'air chaud comme un intermédiaire entre les termes extrêmes de la matière solide et de l'immatériel pur, propre à les concilier et à expliquer les phénomènes contraires de la vie physique et de la vie psychique ' . Ils amènent peu à peu la notion du Pneuma, encore toute physiologique dans Aristote, toute physique dans Heraclite, très près de la notion du Xdfoc qui, déjà chez eux, la spiritualise et achèvera de la spiritualiser dans son développement ultérieur. Cela est si vrai que la théologie chrétienne fera entrer dans son système dogmatique le Pneuma <, et l'opposera même à la raison, comme un organe supérieur de la vie spirituelle et le seul organe capable de mettre l'homme en communication mystique avec Dieu. Hiéroclès, dans son commentaire sur les Vers d'Or 3, connaît un corps spirituel, pneumatique ; les Gnostiques * admettront toute une classe d'hommes qu'ils

1 Les médecins ont contribué à élaborer cette notion du Pneuma.

s rbi]on, dans sa philosophie syncrétique, adopte Tidée du Pneuma corporel comme les Stoïciens dans la doctrine desquels il était très versé ; mais il l'imagine en rapport essentiel avec un esprit incorporel. L*air est pour lui un principe de vie et de vie psychique (Phil., Il, 360 et 424). c Tout ce qui vit sur la terre et dans les eaux vit d*air et du Pneuma i. ~ C'est pour lui, comme pour les Stoldens, l'organe physiologique de la sensation. Mais la doctrine du XÀyoc. qui est aussi une idée stoïcienne, domine chez lui celle du Pneuma, que les Stoïciens avaient confondues ensemble. Le Logos est encore un Pneuma; mais ce Pneuma, quoique pénétré de feu, n'est plus de l'air en mouvement : c'est une espèce de forme et de fonction d'une puissance divine, 'nSicov Tivà xa\ x«P<x^'^^iP°' Ôe^oïc 8uvâ(uci>c, dont l'âme humaine est un fragment détaché, àic6aicaa{ia (td., IV, 2è2).

Le livre de la Sageste (VI], 22) désigne sous le nom de Pneuma la puissance divine qui pénètre le monde, et le caractérise par des propriétés qui révèlent une influence stoïcienne : icoXu(Upec, Xticrdv, cvx{vy)Tov, tpatvbv, â|&6XuvTov, o(\S, àik icavTwv ^cdpoOv (icve\>|id(T(i»v ?)

3 Ed. Mûllach, p. 169.

^ U est facile de distinguer dans les Gnostiques, et particulièrement dans Héracléon,

des éléments tout stoïciens. Ritler, Util, de la Phil, chrét , t. I, p. 213. Cf.

S. Iren., 1, 4, 5. c L'accomplissement du monde aura liea quand tout le Pneuma-

appelleront les spirituels, o{ IIvcufxaTixo^. Gomme dernier terme de ce développement dans ce sens, le Pneuma deviendra TEsprit-Saint, ayiov Ilvsufxa, et l'une des personnes delà trinité divine, tandis que, dans un sens contraire, il reprendra sa fonction d'intermédiaire entre le corps et l'âme, dans la théorie des esprits animaux c vinculainter corpus et animam < >.

Ce feu organique vivant, visiblement emprunté au feu d'Heraclite, se transforme, comme lui dynamiquement, par des degrés divers de tension qu'il se donne lui-même et d'après des lois qu'il contient en lui-même ou plutôt qui le constituent, et produit par ces transformations, rpoica/ ^, les éléments qui, par leurs combinaisons, formeront les choses mêmes dans leurs espèces et leurs variétés infinies. Le monde multiple et divers qui naît ainsi des divers degrés du Pneuma igné , rentrera et sera absorbé dans l'unité primitive d'où il est sorti, par la loi fatale du destin, à la fin de chaque période assignée à ses développements successifs, alternants et dont la série doit se répéter indéfiniment. Toute chose vient d'une autre et par une autre ; tout se transforme en tout par des combinaisons et des mélanges ^ tkç xpà<reiç

tique, 1C&V th icveufAQtTtxov, aura reçu de la science, x^ y^tatrut sa forme achevée et parûiite, c'est-à-dire lorsque les hommes pneumatiques, devenus gnostiques, auront la connaissance entière de Dieu et d'Achamoth, que les hommes psychiques ne possèdent pas ». La ^^^jx^it dans cette conception, est le principe de la vie physique, et le Pneuma, celui de la vie intellectuelle et morale supérieure. Origène parle aussi (in Psalm.y 1, p. 53i) de corps pneumatique, èv rù icveu(AQtTtxb> vd&tAQtxi, et adopte la doctrine stoïcienne du Xhyoz (mep|&aTtx6c, tout en la transformant (C. Cels., V, 18 et Vil, 32). « Ce que les Ecritures appellent la Tente de Tàme, doit être conça sous la notion d'un germe, Xâyov if^etv vTilpi&aToc, qui, déposé en terre et s*y métamorphosant, conserve, grâce à une force inhérente que la raison de Dieu a mise en lui, la vie identique et permanente d'une seule et même substance i travers tous les changements de la forme extérieure, et constitue l'unité de l'être : sicut ea virtus qu8B est in grano frumenti... mortem réparât ac restituit granum in colmi corpus et specie. Id., de Prinàp , 11, 10, 3.

> Scaliger. Voir Hist. de la Psych., i" vol., !!• partie, ch. 2.

* Le terme technique, chez Heraclite, est a(Aot6iQ. D. L., IX, 8. icupbc a|ioi6r|V Tot icavTQt. Conf. Hist. de la Psych., t. 1, p. 36.

3 Sext. Emp., Jtfa^^., IX, 82. |UTa6oXr,v te xa\ TpoicT)v àva^ixexatt. X, 312. T) âicotoc uXy) xa\ 6i'8Xa>v xpeicTT)... (i.eTa6aXXo0aY)c T^T^^^^^ '^^ téaoapa oTotxeta. Senec., Qu, Nat,, H, 6. Omnia in omnibus sunt.

Si'SXcûv y{y^t(s^(n ^ par une pénétration mutuelle; car les corps, nous le savons, ont précisément la faculté de se laisser pénétrer et de pénétrer les uns dans les autres, sans que ce mélange aille toujours jusqu'à détruire leur essence et leurs qualités propres K C'est ce que les Stoïciens appelaient (r<i>[XQLT<i>v àvTiTrapixTQcffic 8t 'ô'^cov 3, compénétration générale et absolue qui ne se laisse comprendre que par une notion du corps qui le ramène à Tétat d'une force tendue avec une plus grande ou plus petite tension. C'est ainsi qu'une goutte de vin jetée dans la mer en pénétrera la masse immense, sans perdre sa nature propre; c'est ainsi encore que l'âme qui pénètre toutes les parties du corps, garde toutes ses propriétés et laisse au corps toutes les siennes ^ du moins pendant une période déterminée de la vie du monde.

Parmi les choses ainsi produites, on en trouve qui, désignées toutes sous un seul et même nom, semblent posséder l'être, et n'en ont pourtant qu'une ressemblance, n'en sont que l'analogue. Ainsi une armée, un troupeau, un chœur, même une chaîne, même un vaisseau : toutes choses composées de parties séparées par un espace si petit qu'il soit, mais suffisant pour qu'elles ne. soient pas fondues les unes dans les autres, mais seulement juxtaposées, rapprochées, et ne se touchant que par leurs surfaces. Les choses ainsi formées s'appellent (Tuva?rT<$fxcva, et le procédé de formation icapx-

Oe^t;, auvacpi^, duvxcpeia xaroc tqiç êTctcpave^a; ^. On ne trOUVe en elles

aucun principe, aucune force qui les contienne dans une essence limitée et définie, qui les unisse, y maintienne l'unité, les rassemble autour d'un centre ; elles ne possèdent pas en elles-mêmes la loi de leur être apparent, et n'ont rien qui

t D. L., Vn, 151.

> Stob., Ecl,, \y 374. (rû|ia dià acâfiatoc àvTtnapiQxtiv. Plut., de Comm. Not^

s Stob., Ecl,, l 374.

* Stob., td., Oftoi&tvouaûv Tfi>v 9utifvfi)v ffep\ autà icoiot^twv.

s Stob., id,, id,

CHiUGiQrr. — Pif/choiogie. 3

soit une sorte d'habitude constante et durable ^ Ce ne sont pas là des êtres : comme la terre et Teau, ce sont des agrégats que le Pneuma n'a pas pénétrés et auxquels il n'a pas donné une manière d'être une et identique, une substantialité réelle ; car c'est par leur participation au Pneuma, à la force igniforme que chaque chose peut acquérir et garder son essence, c'est-à-dire son unité *.

L'air et le feu, qu'on peut considérer comme une seule chose, ont en eux-mêmes cette force de tension qu'ils doivent au Pneuma, avec lequel ils ont une plus grande affinité, et c'est encore au Pneuma que la terre et l'eau doivent le peu 3 qu'elles possèdent d'essence et de substantialité, T<$voç, Tb oÙ9i(oBec. Les choses ne diffèrent entr'elles que par les degrés de tension du Pneuma, leur commune substance et leur force commune *.

Les êtres réels sont unifiés et uns, ^vcofxlva, par la raison contraire, à savoir qu'ils sont sous l'empire d'une force une, d'une habitude une, uTcb {Ataç e^scoç xpxTotSfAeva \ et cette force, c'est le Pneuma et sa tension ^. Dans les corps unifiés, c'est-à-dire dans les véritables êtres, il y a par suite môme de la tension du Pneuma, entre toutes les parties, une sorte

* Plut., de Comm. Not., 19. oute a'jToc auvi^eiv o(;Te ^xepa. . xr\y Mvt\xaL çuXàrcetv. Simpl., m Eptct.j 55, e. \/.r\^s, icveu|&aTtx6v ti £v... (Ai^d'cva X6yov-.. iizi Tcva uniaraatv êXOeîv |jii&; £U(*>C**> ovdà yàp ovvîac aùx&v êmvotav àctco- XeXoiicûtffiv.

> Plut., de Comm. Not.^ 49. irveui&aTtxTjc Bï \uxoxri xQt\ icup(o8ou; ôuvai&ewc* s Plutarque (1. 1.) objecte avec raison aux Stoïciens quelque contraidiction dans leurs principes sur Torigine des choses. Comment la terre et Teau pouvaient-elles être des éléments, c'est-à-dire exister par elles-mêmes, xa6*èauTr,v, puisqu'elles ont besoin de la terre. < La terre est la matière agrégée par Tair ; Tean est la matière dissoute et liquéGée par Tair i. Mais la matière n*ayant guère qu'une existence hypothétique, l'essence de tous les corps se ramène au seul Pneuma, plus ou moins tendu. La différence des choses n*est qu'une différence de degrés, «Otûv (l*air et le feu), £t 'eÙTovéav eCiTaxTcxà xat xotc 6u(riv (la terre et l'eau) èxecvotc eyxexpaiiiva t6vov icapéx^iv xa\ |i6vt{iov xa\ xb o'jcriùiètç.

* D. L., VU, 138. £1; airav aCixoO i^lpo; ôir,xovxo; xoO voO.., àXX'f^^Y) di*wv |iàv |i&XXov, ôi*J)v $à fjxxov.

^ Sext. Emp., Math,, IX, 78, 79.

0 Achill. Tatius, hagog. in Aral., ch. U. eoxi Sa ï\k irveO[ia (xcoiiaxoc ovvsxxixr,. Philo, Qu. D. s. immul., 298. tj 5*eÇi; itvevpiaxix6; x6vo;.

de sympathie, de conspiration S qui explique que l'être tout entier ressent Taffection d'une seule partie de lui-même, et par exemple que l'amputation d'un doigt, une piqûre seule fait frissonner le corps tout entier *.

Lorsque ce principe d'unité n'est qu'une simple habitude, tf iXti £?tç, les êtres qu'il forme sont les corps inorganiques bruts, tels que les minéraux. Son action s'y manifeste par l'adhérence des molécules, la force d'inertie et l'élasticité. Lorsqu'il est en outre principe d'organisation, de mouvement et de développement capable, de maintenir l'être dans son état naturel, il devient une nature, çuaiç \ qui produit* les végétaux. Les Stoïciens se refusaient à lui donner le nom d'âme, quoique ce soit une force absolument de même nature, TrîSp Tsxvtx<$v, et c'est sans autorité que Saumaise, entraîné par la logique du système, l'appelle çutixt?; ^u^ri *, au lieu de BuvajArç. Ils se fondaient sur ce que le mouvement vital des plantes est en quelque aorte automatique, et qu'elles n'éprouvent ni sensation ni désir s. Cela était si contraire au principe, dominant dans la doctrine, de l'unité de forme et de substance, qu'ils n'ont pas été tous d'accord sur ce point.

Puisqu'ils reconnaissaient tous que le NoîSç , la raison pénètre dans toutes les parties du monde, seulement dans une mesure et une proportion différente ^ il semble qu'ils

1 Sext. Emp., Math., IX, 80. oDixicaOeia xt;. Plut., de Fat., II oufAicvoOv xa\ av(i.icQt6T) avtbv avTô). Comme Hippocrate avait déjà dit : ÇtSp^oia ftioc, |^S{iicvoia l&{a, icâvxa Çu|&icaO£a.

* Sext. Emp., 1. 1.

3 D L., VII, 148. frS9tc=: £Çi; èÇ a^Tf,; xtvou(i.lvY) xaxà œicep(i.aTixoùc Xiyou;. Stob , Ed., I, 528. xo Bï wOp Te^vixbv aOÇrjXtxiv xe xai xrjprjxtxbv, ofov iv xot; fuxol;... 0 St) 9V9tc èoxL

« In Simplic, ad Epict, 133.

* Plut., Plac. Phil., V, 25. oOx efA^^uxoto. (xot fuxa)... aùxo|&axa>c «wc xtveloOai oO B%k ^'v^rjc. Galen., Hist. phÙ., XIX, 341. yeyevTjtfOat ou £ià ^^^x^c* Hipp. et Plat. Dogm., V, 521. où3è 4wx'»iv ovoi&âCouatv xr,v xà çuxà SiorxoOaav àXXotçufftv. Theodor.» Gr. Af. Cur., p. 931. çuxixt)v Suvatjitv xaXelv ^^M^yï^ o.yx àvéffxovxo. Clera. Alex., Strom,, VIII, p. 774. ov» |it|v .. xyjv qpuxixYjv 3^Sva|Aiv ¥fir\ 4'^X'nv ovo|JUx2[ou<nv.

« D. L., Vn, 138. Voir n. 4, p. 34.

36 HISTOIRE DE U PSYoUOLOGE DES GRECS

auraient dû tous reconnaître que tout corps, du 'moins tout corps organisé a une âme, opinion que leur attribue Sophonias, qui ajoute, comme Diogène, que le divin, t^ OeTov, est présent partout non pas seulement par sa vertu et son efflca* cité, mais présent corporellement ^ Zenon disait que la vie vient de l'âme ^. Les Stoïciens, pour refuser une âme aux plantes, étaient donc obligés de leur refuser la vie ; ce qui leur était impossible sans se contredire, puisque la croissance est certainement un mouvement vital du corps du végétal, et qu'ils appelaient âme le corps susceptible à la fois •de se mouvoir et de mouvoir d'autres corps '. D y a plus : il était dans la logique du système de reconnaître dans les plantes Vr^yiiaoyixé^^ puisque toute âme possède ce principe supérieur et dirigeant qui est à la fois vie, sensation et volonté *.

Quoi qu'il en soit de ces contradictions internes, les Stoïciens ne donnaient le nom d'âme qu'au principe qui est capable d'engendrer l'animal, doué â la fois de vie, de sensation, d'une sorte de raison et d'art, suivant lesquels il agit. L'être qui possède cette âme a pour instinct dominant de la

* In Ar. de An.^ 5, 411, a. 7. âicotv 9û|&a fy^xo"* tl\ai ûicéXQ(6ov icocvraxo^ icapeTvai xa\ 9Ci>|&aTtx£>;.

* Stob., Ecl.f I, 336. Bik xr^y ^/u^V yivexai to Cîiv.

> Galen., Hist. Phil., 15 (Diels, p. U et 613), ol lï ^x^y ^oLaoLM <rû(Aa vcâi&axa â(ia xivoOv. Id., Hipp. et Plat. Dogm., t. V, p. 287. xb xivoOv xbv âvOpù»- 1C0V «j/v^ixi^ xtc evxtv àvaOuftJaatc.

^ Euseb., Prœp. Ev,, XV, 20. 8 ^ C(*>v) xa\ aXa^tsiç, ivxi xat âp|&i^. L*âine des planles a encore aujourd*hui des défenseurs : Fecbner, dans plusieurs écrits et enlr autres dans le mémoire Uthtr die Seelenfrage (Leips., 1861), a fait remarquer que l'absence d'un système nerveux dans les organismes Tégétaux n*est pas la preuve qu'ils soient privés de sensation; car, parce que la sensation dans l'animal est liée à un système nerveux, ce n'est pas une raison pour qu'il en soit de même dans le végétal qui respire, se nourrit, croit sans appareil nerveux et qui pourrait bien éprouver, sans en être pourvu, des sensations. On prétend (E. Haitmann, de VIncontcientf II. p. 393), que certains organismes, dans le cours de leur développement, passent du règne végétal au règne animal : par exemple le protococcus nivalis. Quoique aucun fait ne semble confirmer ce passage d'un règne à Tautre, il est considéré aujourd'hui comme établi parmi les naturalistes qu'aucun caractère pris exclusivement ne peut distinguer l'animal de la plante, qu'aucune réunion de caractères constants n'a cette propriété et enfin qu'aucune limite précise entre les deux ordres d'êtres ne peut être fixée.

conserver, puisqu'elle est le principe de sa vie et par conséquent de lui-même*. Il importe de remarquer que cette âme de l'être vivant est un développement supérieur, une transformation de qualité du Pneuma qui la constituait antérieurement à l'état de nature : tous les êtres qui sont sous l'empire d'une âme ont été antérieurement sous la simple domination d'une nature. Ce n'est qu'au moment de la naissance, qui le met en communication avec l'air extérieur, source de toute vie, que l'embryon change d'essence etde nature, que son Pneuma devient âme *.

Les bêtes, les abeilles et les moutons ont donc des âmes, et ces âmes sont non seulement douées de raison, du moins de quelque raison, mais elles ont de plus l'instinct de société, th ffuvàycoYov, instinct qui est d'autant plus puissant que l'animal occupe dans la classe des êtres animés une place plus élevée. L'instinct social est l'instinct supérieur de la nature humaine. L'homme est fait pour la société 3.

* M. Anr., VI, 14. icpb &ffavT(i>v ik ty^v iauxoO 4'V)(V)v... SioiacoÇee*

* Plut., de Primo frigor,, 2. Le pneuma dans le corps de l'enfant, |utà6aUov éx ç^oeitfc yiy^taHan ^ux^qv. Sext. Emp., Bïath , IX, 84 xat yàp xk Oicb 4^x^C éiaxpaTO^luva tcoXu TEp6Tepov vico çuoreu; oDvet'xeto* Conf. M. Aur., VÏ, lî, où le passage est altëré. Conf. Gataker et Saumaise (m Simplic^ p. 122 et 301). M. Aui^le semble distinguer quatre degrés d*étres, qui correspondent manifestement aux formes sucr^ssives et progressives d'existences établies par Aristote. Ce sont :

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