‹ Histoire de la psychologie des GresChapitre 4 sur 34 · xà (>iib 4wxTi · texte numérisé non relu

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4. 9^atc T) âpiffxv) t) xbv xiqiov dioixoOaa votpà... xa\ 9icou8a/« xa\ àOovaxoc. C'est Dieu.

On voit ici Tâme divine appelée Nature. Plutarqne {de VirtuL Mor., eh. 12) reproduit également les quatre degrés qu*il détermine comme il soit : 1. tli;, 2. 9\S<Tic. 3. SXoyo; 4^x^- ^* ^^Y^^ Ifxov^s xa\ Siavoiav 4^x^* ' M. Aur., IX, 9; XII, 30. xb xotv»vixbv icdeOoc. Id., VU, 55. xb icpoY)YO^|MVOv cv x^ xoO àvOpcoicou xaxaoxe^Sv) xb xo(V(i>vtx6v. Id., V, 16. icpb; xoivcAviotv y<Y^* va|uv.

Lorsque cette âme possède une raison capable de concevoir l'universel, est douée de la faculté politique, forme supérieure de l'instinct social, elle s'appelle 8tà0e<rtç, et son œuvre est l'homme.

Enfin, et à plus forte raison, il y a dans le monde pour en expliquer le mouvement, la vie et Tordre, une force analogue à l'âme ^ Ce n'est pas une simple habitude: c'est une nature, mais une nature excellente et parfaite, puisqu'elle contient des natures raisonnables, et comme le tout ne saurait être inférieur à la partie, ce sera une nature raisonnable, bonne et immortelle : c'est Dieu. Cette nature qu'on appelle Air ou Éther igné, enveloppe et pénètre la terre, la mer et les vapeurs qui s'en échappent. Toutes les âmes, et celles qui sont dans cet élément enveloppant, — c'est la demeure des morts, — et celles qui sont dans les êtres vivants, lui sont identiques d'essence. C'est le réservoir éternel de la vie universelle*.

L'âme humaine est une partie de la nature du Tout, un fragment de sa propre substance que Dieu a donné à chacun de nous 3. Elle est donc aussi un Pneuma, une substance et à la fois une force éthériforme et igniforme continue, c'est-à-dire que les parties intégrantes n'en sont pas seulement j uxtaposées et adhérentes par leurs seules surfaces, mais entrent les unes dans les autres de manière à ne laisser entr'elles aucun vide si petit qu'on l'imagine qui les séparerait ♦, corporelle comme tout ce qui est et comme le tout divin dont elle est détachée, cause motrice, capable de sensation et de volonté ; elle circule dans les artères * qu'elle

1 Sext. Emp., Math., IX.

« Eus., Prœp. Ev., XV, 50.

' D. L., VII, 87. uépr] ydcp el^tv al ri\j.ixtooLi çiS^et; tt); toO 8Xou. M. Aar., II, 15, ixâ<jT(i> à Zsu; ^8(i>xev aic6<nca<jpia IsutoO.

4 Scnec., Qu. Nat., II, 2. Continuatio est partrom inter se non intermissa conjuncUo.

s Galien (IV, 511, 703; VII, 277) ne fait pas une distinction aussi absolue. Solvant lui, les artères ne contiennent pas exclusivement de Tair ; mais Tair y est en quan-

remplit comme le sang remplit les veines*, se communique par une présence réelle à tout le corps qu'elle pénètre et avec lequel elle ne fait qu'un être ; elle en est le principe générateur, nourricier, unifiant et vivifiant*. C'est elle qui rassemble sur lui-même tout l'être, le fait persister dans cette unité vivante et le rend sympathique à lui-même'; c'est d'elle que se développent ses qualités et propriétés constitutives. Non seulement l'âme est une force unifiante, mais elle possède en elle-même cette unité qu'elle communique. C'est pourquoi on la compare à une sphère, ou plutôt on en fait un corps sphérique où le caractère de l'unité appartient à l'essence même de l'être. Non seulement elle possède cette forme pendant la vie*, mais elle la garde après la mort s.

Je m'arrête un instant sur cette question de l'existence et des propriétés de l'âme dans Thomme. Nous venons de voir qu'elles paraissent aux yeux des Stoïciens démontrées par la raison toute métaphysique de son origine : elle n'est qu'une parcelle de l'âme universelle. Mais, au fond, le vrai raisonnement se meut en sens inverse, et est d'ordre psychologique, non seulement si on considère la nécessité logique de

tité prédominante. De même les veines ne contiennent pas exclusivement da sang, mab le sang y est en plus grande abondance. Les unes comme les antres, mais dans des proportions diverses, ont du sang et du Pneuma qu'elles se communiquent les unes aux autres Cicëron {de Nat. D., II, 9) met le Pneuma chaud dans toutes : c Jam vero ven» et srteri» micare non desinunt, quasi quodam igneo motu t.

* Senec., Nat. Qu.y III, 15. Gorporum nostrorum... in quibus et ven» sont et .irterias, ill» sanguinis, h» spiritus receptacula. Sur la distinction des veines et des artères, C3nf. Littré, Œuvr. (Tllippocrate, IV, 392 ; VIII, 590 sqq.

' 0. L., VII, 156. icOp xeyvixbv âSû pàSiCov stç yiytaty. 148. »Ç»c il a^XTjc xtvoupiévY) xaxà <ncep(iaTixouç Xôyou;. Chtysippe (Galen., Hipp. et Plat. DoQtn.y III, 1) : Y) 4^x^ icveÔ|idt èort aiSptçuxov f,pLtv auvex^C itavT\ xlù acopiaTi $tYjxov. Macrob., Somn Sdp., concre/tim corpori spiritum. D. L., VU, 156. TcveOyia «rSpifUTov, {vOepfAov, Stob., Ed.^ I, 49. voep6v, Stâicupov. Plut., Plac. Ph,, IV, 3. Tbeodor., V, 18. Plut., Vit, Hom.f 127. ty^v 4^xt)v... icveO|&a (nSfJifUE; xa\ avaOuft^aatv flttoOviTtxi^v.

3 Alex. Âpbr., de Mixt., 142, a. m. vf 'ou owâyeTati xt xa\ aufti&ivtt xa\ mii&icaOéc ctfrtv a^^xû xb icSv.

^ M. Aur. , XI, 12. açalpa 4^^^^; aûxoetSi^c.

s Eustath., m 72., § 65. c Chrysippe exprime ropinion que a^aipoei^et; xà; {'uxàc pcxoi xbv Oàvaxov y^yve^Oat.

la génération des idées, mais si Ton se rappelle l'argument de Zenon cité par Gicéron < : c Zeno sic premebat : quod ratione utitur, id melius est quam id quod ratione non utitur... Ratione igitur mundus utitur t. Ainsi la présence active d'une intelligence dans le monde est prouvée par un principe qui est et ne peut être tiré que de l'observation psychologique : la supériorité que la raison donne aux êtres qui en sont doués sur ceux qui en sont dépourvus. De même, Gléanthe prouvait que la chaleur existe dans toute espèce de corps par les effets que l'observation révèle dans les phénomènes de la digestion et du battement des artères, qui ne sont dûs, suivant lui, qu'à la chaleur. Le raisonnement par analogie remonte donc de l'homme au monde au lieu de descendre par déduction du monde à l'homme : t Ex quo (c'est-à-dire du fait physiologique observé dans la nature humaine) intelligi débet eam caloris naturam vim habere in se vitalem per omnem mundum pertinentem *. t

L'àme humaine est donc un Pneuma : mais la nature végétative, 7) çudic, est aussi un Pneuma ; quelle différence y a-t-il entr'elles? c Le Pneuma de la nature est plus humide et plus froid; celui de l'âme est plus sec et plus chaud >. Ainsi cette matière propre de l'âme ^ doit être spécifiée, et ce qui la spécifie c'est le mélange fait avec proportion, cixpa<T^a*, de l'essence aériforme et de l'essence igniforme * ; car, suivant les Stoïciens, l'âme n'est ni uniquement de l'air, ni uniquement du feu, parce que le corps de l'être vivant ne peut

I De Nat. D., U, 8 et 9.

s Cic, de Nat. D., Il, 9. Maine de Biran (t. I, p. 160) remarque que le raisonnement de Leibniz suit le même mouvement : c Leibniz semble avoir transporté à la nature les découvertes qu*il a faites dans la région des esprits ».

^ Galen., Q. anim. mor, corporut temperam. sequanturj IV, 783. OXt) {i£v xtç otxeta TTjç 4^x^^ ^^^^ '^^ TcveOpia.

^ Schol., m Hippocr.j éd. Dietz., I, 119. ou ici|jiicetai C(«>'rtxoç t6vo; xolX evxpaacQt eict tôv èyxéçotXov.

s C'est ainsi du moins que je comprends le texte. Gai., td., id. xh il ty)ç v{Xy)c tZ6oc tJtoi xpa^ecDC êv ovpjuxp^^ yiyvo|&£vy)ç t^; atepctf^ou; tc xa\ icupcâSou;

LA PSYCHOLOGIE DES STOÏCIENS il

manifestement posséder ni un froid ni une chaleur extrêmes ; l'un de ces éléments ne doit pas, dans le mélange, l'emporter sur l'autre d'un trop grand excès ; la température du pneuma psychique doit être moyenne, bien que la chaleur y doive dominer * .

La propriété primitive, la plus générale et la plus essentielle de l'être est sa tendance à se conserver lui-même, ou ce qui revient au même, à conserver son unité. Or, toutes choses gardent leur unité par la participation du Pneuma ^ dont l'action se manifeste par la tension, mouvement autogène d'expansion et de contraction, qui devient ainsi, confondu avec le Pneuma son substrat, cause de l'être et de ses propriétés 3, de son mouvement propre et du mouvement qu'il peut communiquer aux autres corps*. Le corps n'a de ressort, d'élasticité, nisus^ que parce qu'il est rassemblé sur luimême par l'unité et tendu par elle. Qu'est-ce que la voix si ce n'est une certaine tension de l'air ? Qu'est-ce que la marche, la course et toute espèce de mouvement sinon l'œuvre de cet esprit tendu ?

La tension produit le mouvement et est mouvement même, et ce mouvement est la nature de l'air chaud qui, tour à tour, se condense et se dilate *. On ne saurait exagérer l'importance de la notion de la tension dans la psychologie stoïcienne ; elle explique tout : l'habitude, -^ ïÇiç, n'est qu'une tension du Pneuma, irveufxaTixbç t<Jvoç ^ De nos actions injustes, Chrysippe accuse l'atonie, iTov^av, de l'âme, et de nos

< Id., id.f nXtlaxoM {UTlx^uorocv xoO OeppoO.

* Plat., de Comm. Not., 49, 2.

' Simplic, Scholl. Ar., 74, a. 10. Totaiç... càtla xoO elvoit xa\ toO icotbv sTvxt. Neroes., de Nat. Hom,, ch. % p. 29. xovtxiqv nvot elvat x{v/]9tv icep\ (rcopLaxa clc xo ïatù a\ia xa\ elç xb ïita, Censor., Fragm., 1. Tenorcm, qui rarescente materia a medio tendat ad summum, eadem concrescente rursus a summo referatur ad médium, xivou|i£vY)v. Senec.. Qu. Nat. y II, 15.

^ Simplic, m Epict.^ 1» l* t) o^v 4^^^^ ^ç'iauxvjc xtvou|xévY) xtveî xà at^piaxa.

^ Senec, Qu. Nat., 11, 6. « Nunquam enim nisi contexti per unitatem corporis niêus est quum partes consentire ad intentionem debeant... Qu» intentio nisi ex unitate? Que unitas nisi bsc esset in aère. » Et cet air est esprit, spiritus.

« Phil., Qu. Mund. s. mcorrupt, 960.

a HISTOIRE DE LA PSYCHOLOGIE DES GRECS

bonnes actions il trouve la cause dans un jugement sain qu'accompagne l'énergie de la volonté, c'est-à-dire de la tension forte de l'âme, tt}; xarx «Iu/tIiv eÛTov^aç *. La science, comme les choses, consiste dans une force de tension, iy t^vcji xal Suvàjxet 3. La raison, -^ XoytxT) Suvautç, est appelée par Ghrysippe tension, TtJvoç^. Il faut remarquer que le xtJvoç de TSÇiç, c'est-àdire de l'habitude, n'est pas^une chaîne indestructible, mais seulement bien difficile à rompre, Seajx&ç oûx SppTjXToç, àXXà

Le Pneuma a donc un double mouvement. Ce mouvement commence au centre de l'être qui le possède, et sa force de tension, analogue à la force de tension de tous les gaz ou vapeurs, mais de plus spontanée, lui permet ou plutôt l'oblige de remplir tout le corps auquel il est uni, et dont la nature, au fond, est analogue à la sienne, <r(3fx<pucç, ou(A<puTov. Il arrive ainsi à l'extrême superficie, et là, par une propriété qu'on peut expliquer ou par une loi primitive et essentielle d'alternance périodique* ou peut-être par le refroidissement causé par l'air extérieur avec lequel il est mis en contact, là, il a la puissance de revenir sur lui-même et de retourner au point central d'où il est parti ^.

Cette alternative de tension et de relâchement, ce double mouvement en sens contraire, centripète et centrifuge, ce diaule, comme l'appellent les Stoïciens, est, dans tout le monde, continu dans son action comme dans sa substance, et indestructible ■'. Il est naturellement de l'essence du Pneuma

» Gai , Hipp. et mat , V, i03.

« Stob., Ed., II, 28.

3 Gai., 1. 1.

* Phil., de IncoiT. Mund , 2i.

^ Cic, de Nat. D„ II. 9. exposant l'opinion de Qëanthe : c Omne qnod est calidnm et igneum detar et agitur motu suo... Cleanthes docet quanta vis insit caloris Id., 12. Ex mundi ardoi'e motus omnis oritur. »

* Simplif., Scholl. Ar., 1. I. xtvtiai; iiavcoTixn xoù TcuxvcoxtxT). Phil., Qu. D. «. immut., p. 298. eÇi; (qui, d'ailleurs, est la réalité de la icoi6tt];) ~ irvsO|xa àvTÎvTçeçov es'lauTi.

' Piiil., de Inc. Mund., 2i. £Ç£w; à owI^tq? outo; ôîauXo; 4?8aipTo;. Mais 17|i: même, cette tension du Pneuma, icveui&acxixb; t6vo;, ne l'est pas. La chaîne qu'elle tend est difficile à briser, mais elle peat être bris4e.

LA PSYCHOLOGIE DES STOÏCIENS i'J

de rftme, et son action spontanée, ce ressort vivant qui la fait agir et penser, est comparable à un coup de feu^ De même que la force du corps est une tension d'un degré suffisant dii système nerveux, de même la force de Tâme est une tension d'un degré suffisant du système des facultés, de rintelligence et de la volonté ^. Mais cette force est plus puissante dans rame que partout ailleurs, parce que l'air qui compose l'âme est plus subtil, plus sec et surtout plus chaud: c'est du feu même, le feu de la vie 3. Tout ce qui est, soit animal, soit végétal, doit la vie à la chaleur qu'il renferme en lui-même. Cette chaleur, qui est le Pneuma, a donc une force vitale génératrice et productrice qui s'étend au monde entier. La neige et l'eau contiennent encore de la chaleur et du Pneuma*.

Il semble certain que l'idée de la fonction de ce diaule, dont le mouvement tantôt porte le Pneuma à l'extérieur, tantôt le ramène à l'intérieur de l'être, est empruntée au phénomène de la respiration, condition de la vie et lui-même phénomène de combustion. La notion de l'âme, considérée comme air vital, ne parait pas avoir une autre origine, puisque c'est par la respiration que se manifeste la vie et par la cessation de cette fonction que se manifeste la mort.

L'âme humaine est un Pneuma, qu'un acte premier a détaché une fois de la substance du Pneuma du Tout pour

* Plul., StcSc. Rep.f 41. itXtjyTj Ttupbç 6 t6vo;.

• Stob.,Ec/., 11, ÎIO. T6vo;Uavb; iv ve^Spot;... r\ TÎj; ^vyfi^^ i^^i t6vo; iorW Ixavbç iv tû xpîvetv xott icoàxTeiv xaCi |&iq. Ce mot lxav6c répond i revxpa^la. La santé de Tâme est l'équilibre harmonieux, la synthèse proportionnée des pensées dans l'âme, eCxpaaiav t&v iv tt) «I^u^t) SoYi&âxaiv. Les Sicolies sur Hippocrate (éd. Diez, I, p. 119) mettent en relation de cause à effet le Co^tcxô; tovoc et le CwTixbv icveOfAtt. « Quand le cœur malade n'envoie plus à l'encéphale le C«»'r(xbc t6voç et l'eCxpaatot, la production du Cutixov icveOfta cesse.

' Plut., Sto, Rep.f 32. apat^Tepov xat\ XcircopLepîotepov. Comut., Nat. D.^ 8. al r,ijiT€pat '^mx(x\ icOp el<T(. Galen., XIX, 355. Galien n'identifie pas le Pneuma à la chaleur. Le Pneuma naît, suivant lui, de la chaleur de l'air et des humeurs, IV, 510, 770 et V, 15i.

^ Cic, dt Nat. D., II, 9. Exquo intelligi débet eam calons naturam vim babere in se vitalem... In eo insit procreandi vis et causa gignendi.

4i HISTOIRE DE U PSYCHOLOGIE DES GRECS

créer rhomme^ en rajoutant à une matière déjà en quelque sorte informée par une force propre, et dont il achève par sa présence l'information. Mais Thomme une fois créé par cette opération primitive et un acte de la volonté divine, comment se transmet Tâme de génération en génération ? Le Pneuma psychique vient du sperme de l'homme ; le sperme est ce qui est capable d'engendrer un être semblable à celui dont il est issu ^. Le sperme émis par l'homme, dit Zenon ^ est un Pneuma, c'est-à-dire de l'air chaud organique, mélangé d'un élément humide, jxeô uypoD. C'est une partie, un écoulement de l'âme et du sperme des deux parents*, un mélange et une combinaison des parties de tout le corps et de toute l'âme, formant à son tour une unité et un tout*. Ce sperme contient les mêmes raisons, les mêmes principes que le tout, et lorsqu'il est projeté dans la matrice, il y est saisi et enveloppé® par un autre sperme contenant également un Pneuma analogue ; il devient alors une partie du corps de la femme qui l'a reçu, et s'assimile sa nature''. Là il grandit et croît comme une plante, invisible et agité par les mouvements vitaux de la femme qui l'a conçu, absorbant l'élément humide du milieu dans lequel il est déposé et grâce auquel il se développe.

L'origine de l'âme et la transmission, par l'hérédité, de ses qualités, cessent d'être des difficultés dans l'hypothèse stoïcienne : c'est un traducianisme très clair et très rationnel. Puisque l'âme est un corps, contenu dans un autre corps.

< Gensor, de Die Nat., i. Zeno... principium humano generi ex novo mundo constitutum putavit, primosque hommes ex solo adminiculo divini ignis, id est, Dei providentia genitos.

« D. L., VH, 159.

' Eiiseb., Prœp. Ev., XV. ÎO.

^ Car ils admettaient que la femme aussi ëmet un sperme, quoique stérile. Plut., PL Ph.t V, II. 7cpoîe(T0a'. 3i xai ty)v Y^Svalxa (ncépiia.

^ Plut., lA., I 1. Gai., Uist. Phil,, Diels, Doxogr, Gr., 642. àico toO vcofiaro; oXou xat TT); 4^x^> çfpeoOat to ffic£p(i.a.

• ffuXX>îç8£v.

^ Euseb., 1. 1. |ji£po; t^u/T); ttic toO Oi^Xeo; xa\ orSiAçut; ysvituvov.

U PSYCHOLOGIE DES STOÏCIENS i5

le sperme, il est facile de comprendre qu'une partie du sperme du générateur se transporte matériellement, se continue dans le produit engendré et transmette ainsi Tâme qu'il renferme. La cellule germinative possède en soi, inhérentes à sa substance et à son essence, les formes et les forces rationnelles qui doivent diriger son développement, et lui font parcourir le cycle de ses modifications successives et régulières, qui aboutissent à la formation d'un organisme humain. C'est elle encore qui, en se transportant matériellement à un autre individu, communique à leur produit commun, à travers la série indéfinie des générations végétales et animales, les caractères spécifiques et les caractères individuels de la structure et de la forme des premiers auteurs.

La science moderne adopte une partie de ces solutions physiologiques. M. Weisemann* professe qu'une partie du plasma, contenu dans son noyau, se transmet perpétuellement de génération en génération. Contrairement àl'opinion de Darwin, il soutient que toutes les qualités essentielles de l'individu dérivent de l'organisation primitive et de la substance spermatozoïde, et ne sont pas une acquisition et une appropriation dues à l'influence de causes extérieures et étrangères à l'organisme générateur. La conséquence de la théorie stoïcienne est donc non seulement la fixité des espèces, mais leur origine primitive.

Diogène de Laërte nous présente l'opinion de l'École sur cet obscur sujet d'une façon un peu différente, mais cette différence ne concerne que le rôle plus actif donné à la femme dans la production du sperme fécond. Le sperme est toujours une combinaison et un mélange de l'humide et de l'élément igné contenant les parties de l'âme et correspondant au mélange qui constitue la raison des parents ^. C'est toujours

* Die Cêntinuitaet deê Keimplasmas, lena, 1885.

* D. L., VII, 158. luO'^YpoO auyxipv&aOai tôt; xr^ç «l'vX'JÇ **'^* |iiy(ibv toO TJbv icpOY^vciiv X6you. Plut., de Coh. tra., 15. av|&|&(Y(&a xai x£pa9|&a Tfi>v tt)c 4^UX^; dvvd(U(iiv«

4ê HISTOIRE DE U PSYCHOLOGIE DES GRECS

en son essence un Pneuma, qui, produit par toutes les parties du corps, à son tour les engendre toutes : ce qui s'entend exclusivement du sperme de Tbomme ; car celui de la femme est stérile, parce qu'il contient trop d'eau, ûSaTûScç, et n'a pas une force suffisante de tension : il est, relativement du moins, atone, qctovov^

L'embryon, le fœtus, n'est pas un être animé, C^îov, parce qu'il n'a pas d'âme, mais seulement une nature végétative, <pù(Tt(;; nous savons déjà que la différence entre les végétaux et les animaux consiste en ce que le principe de vie des premiers gouverne seul leurs développements sans l'aide ni de la sensation ni du désir *. C'est ce même principe, c'est-àdire le feu artiste, qui gouverne et dirige le développement du fœtus de l'homme dans le sein de la mère, où il vit et croit à la manière d'une plante 3. Il est une partie du ventre de la mère et en sort, comme un fruit arrivé à maturité tombe de l'arbre *. Cependant, si semblable que l'embryon soit à une plante, si semblable que soit le sperme humain à un germe végétatif, il y a une différence. Le sperme humain, le Pneuma qu'il contient renferme toutes les forces et toutes les formes de son développement futur. Ce développement, c'est l'animalité et l'humanité.

L'embryon contient donc déjà à l'état de préformation l'homme tout entier : aussi l'embryon humain est-il formé entier et complet, et non pas progressivement de parties successivement ajoutées à son essence première ^. C'est une

* D. L., VII, 86. Y) 9u(Ttç x^^P'iÇ ^Pl^^ic ai<j6i^(Teci);xa\ xàxeîva (les végétaux) otxovo|ut. L'6p(AT), c'est-à-dire un instinct conscient, fondé dans les buts internes de rétre, n'appartient qu'à la vie animale : il est mû par la nature de l'animal, (Sch. Lucian , Jacobitz., IV, 211. 6p|&r;c (làv xivY)Tixà èoriv Saot xatxà çuatv.

3 Plut., 5/oifc. Rep.f 41. xb ppiçoç êv ttj YaaTp\ ç^aet TpéçeaOai xaOaicep 9vt6v. Slob., I, 538. xb Sèxc/vtxbv iriip av|Y]xtx6v xe xai XTjptjxixbv, ©rov èv xoîç çvxol;.

* Plut., PL PhiL, V, 15 et 17.

s Plut., 1. 1. &\LOL 8Xov YcrvetrOai. Conf. Galen., HUt. Phil, XIX, p. 332. Censor., deD. NaL, G.Totum infantem figurari dixerunt... potentia êphitus umen comitttnti (id opinantur fier!) Stoîci fere univers!.

U PSYCUOLOGIE DES STOÏCIENS 47

plante destinée à devenir un animal, et qui n'a besoin, pour achever cette évolution, qui transforme la nature en âme, que du concours de l'air extérieur et froid*. Mais cette transformation ne s'accomplit pas dans le sein maternel ' : la vie fœtale la prépare, mais ne l'achève pas. C'est seulement après la naissance, lorsque l'enfant est mis en contact avec l'air extérieur plus froid, que le Pneuma externe s'introduit par la respiration, dont la fonction commence ou a déjà commencé, dans les poumons du nouveauné, et par le refroidissement qu'il y cause, détermine l'évolution de l'âme végétative en âme animale, ^u^i^ s, en donnant une plus grande densité, une plus grande force au Pneuma interne*. On peut concevoir l'effet immédiat du refroidissement de deux façons et de deux façons contraires : ou bien il active et enflamme la chaleur du Pneuma, le rend plus sec, plus lin et plus consistant^, comme on voit le froid causer des inflammations ; ou bien il en tempère la chaleur trop intense, qui dépasse la juste mesure, eûxpaa^a, et empêcherait la tension à la fois nécessaire et suffisante, {xavbç t^voç, condition de l'existence et de la conservation de toute chose, de la vie et de l'âme *.

* Phit., de Prim. frig., 2, 5. |isTâ6aXXov èx çv^co); yiywt^ou ^^tx^"^'

* Tertull., de An.^ c. 25. Non in utero concipi animam... bœc Stoîci. Lact., de Opif. Dei, c. 17. Post partum. Senec, Ep , 102. Nos maternus utérus .. pneparat. Plut., SU»c, Rep,, 41. fiTavTexÔîj.

3 L*âme est ainsi postérieure au corps par son origine dans le temps, (ierayevéorepav (Plut., Stmc, Rep.y 41), et I*on comprend que l*on ait pu dire que Ciëanthe comme Platon et Aristote, mais dans un autre sens, admettait que la raison vient en rhomme du dehors, 6^^pa0ev etffxp^veaOat tov voOv, ce qui veut dire que la tension du Pneuma, trop faible dans le foetus, ne reçoit une force et un degré de chaleur suffisante pour constituer une âme, que par introduction du Pneuma externe, contenu dans l'air respiré. Stob., Ed., I, 790.

^ Plut., Stoic. Rep.f 41. 4'v^o^Sp.evov uicb toO àlpo; xa\ (rro|i.o)3|i.evov xh iTveO{i.Q( |teTa6at»etv... ttjv Tcepé^'^^tv àpxv|v èiitl'^x^^C noiet. Id., de Prim. frig., 2, 5. De là même le nom de 4'vx^9 étymologie déjà hasardée par Platon.

^ Plut., de Prim» frig,, 2. r\ ^XP^'^C âv Xâér) Otpfti&Tepa, icr,Yvv>9( xa\ owayei.

^ Plut., de Comm. Not., 47. c Le contact et le mélange de Tair de la respiration atee Tair externe, renouvelle constamment Tévaporation, âvaOvi&iavtç (c'est-à-dire le Pneuma même), qui se modifie et se trueforme en passant par le cajoal respira-

L'effet médiat de cette introduction de Fair extérieur dans l'enfant qui vient de naître est double ; d'une part, l'air élément est plein de PneumaS c'est-à-dire du principe de toute vie physique et intellectuelle, et sa présence accroît la force de celui que les parents ont matériellement transmis à leur produit; d'un autre côté, il empoche que les ressemblances physiologiques et morales des parents aux enfants ne soient absolues, nécessaires et constantes*. Il produit ainsi dans l'unité des espèces l'infinie variété des individus, et empêche la succession des générations humaines de ne reproduire jamais que les mêmes types primitifs et constamment uniformes.

Il ne paraît pas quUl fût bien nécessaire pour les Stoïciens, d'après leurs principes métaphysiques, de démontrer expressément et par des arguments spéciaux la nature corporelle de l'âme humaine. Parcelle détachée, par un acte inexpliqué de la volonté divine, de l'âme du Tout, elle-même corporelle, elle en a nécessairement l'essence et les propriétés : elle est donc également un corps. Pressés sans doute par les objections des Académiciens et des Péripatéticiens, ils se sont crus obligés d'en fournir une démonstration complète et en forme.

On appelle corps ce qui est susceptible d'agir et de pâtir : l'âme agit et pâtit; elle est donc un corps. Une chose incorporelle ne saurait être unie à une chose corporelle, dont l'essence lui serait absolument étrangère, par des liens aussi intimes, par une sympathie aussi profonde que celle que l'expérience nous révèle entre l'âme et le corps. L'âme, dans cette hypothèse même, ne saurait participer aux modifications que le corps éprouve, les sentir avec lui et

toire qui s*y introdoii du dehors et Ten expulse », Tpiito|&£viQv dnh toO d^padev i|i6aXXovToc ô*/eToO xa'i icctXiv è^i6vToc>

* Si plein qu'il est souvent confondu avec lui.

s C*est sans doute la raison pour laquelle Chrysippe (Pro NolnUL^ XII, 2) disait qu'il importait peu qu*on UA né d*un homme de noble naissance ou non.

par lui. Or, elle croît et se développe, diminue et dépérit avec le corps ^ La honte, phénomène tout psychique, fait rougir le visage, phénomène tout physiologique, et en sens inverse, une lésion purement physique atteint Tâme et la fait souffrir '. La vieillesse affaiblit l'âme, parce que la tension, la force du Pneuma se relâche, que le Pneuma luimême s'évapore sans être suffisamment réparé, et qu'enfin avec la mort il se disperse et s'évanouit ^. Un corps seul peut avoir des rapports ^, et de tels rapports avec le corps. Dans l'hypothèse de l'incorporéité, on ne peut concevoir entre l'âme et son corps qu'un rapprochement, une juxtaposition, un contact tout superficiel, une adhérence et non une inhérence, une pénétration intime, absolue. Une chose incorporelle ne saurait même, à parler rigoureusement, toucher un corps ni en être séparé. Or, il faut bien que l'âme touche le corps, puisqu'elle le fait vivre et le meut, et il faut bien qu'elle s'en sépare puisqu'il meurt. Donc l'âme est un corps ^. D'ailleurs, puisque l'âme est engendrée, elle est périssable, bien qu'elle ne meure pas en même temps que son corps ^ ; or, tout ce qui est périssable est corps.

L'âme est un corps ; car elle pénètre et s'étend dans toutes les parties de son corps et occupe tous les lieux qu'il remplit de sa présence réelle. Or, ce qu'on appelle corps est ce qui a les trois dimensions ; le corps humain les possède, et l'âme qui occupe toutes les parties de ce corps ne peut manquer d'avoir les trois dimensions qu'il a lui-même et est par conséquent un corps ''.

' Scbol. Leyd., m 77., X, 115. toOto âxUiQve toÙc StcoVxoÙc.** Xiyitv 8ti

s Nemes., de Nat. Aom., 2.

3 D. L., VII, 159. coc ÔTjXov diaicciryivxviaç tt)C 5uvâ(Jie(oc.

^ Nemes., de Nat. hom,, 33.

(( Id., id., Tertoll., de An.^ ch. 5.

^ Ar. Did., Eus., Prœp. Ev,, XV, 20, p. 822, b. Cet argumeot était naturellement propre à ceux des Stoïciens qui ne croyaient pas à Timmortalité de Tàme.

^ Nemes., de Nat. Hom.f 30. 4^x'n ^^ di'SXov ÔtTJxouaa toO ac^itaxoc Tpc^Ti àiacxavfi tort xai dià xoOto icàvTcoc %a\ aû|ia.

CHAMam. — Ptychologie, À

yair est manifestement un corps ; c'est par l'air qu'est entretenue la vie ; c'est l'air qui forme le substrat du principe vital, de l'&me : ce qui est prouvé par le phénomène de la mort, laquelle se manifeste par la cessation de la fonction de respiration ^ Si l'&me est nourrie, alimentée, réparée par un corpSt & coup sûr, c'est parce qu'elle-même est un çQrpu.

La génération transmet des parents aux enfants non seulement les ressemblances physiques, mais les ressemblances intellectuelles et morales ; or, ce qui tombe dans la catégorie de la ressemblance et de la dissemblance est corporel. L'incorporel échappe à cette catégorie. Donc l'&me qui présente chez les individus des ressemblances si marquées dans les caractères, les vertus, les sentiments, est un corps*.

Non seulement r&me est un corps, mais toutes ses facultés, tous ses actes sont des corps, comme les vertus, les vices, les arts, les souvenirs, les représentations, les désirs, jusqu'à la promenade et à la danse s. H en est de même de toutes les qualités, qui ne sont que des Pneumas ou tensions aériformes, ?rveu(AaTa xal Tdvouç àcpcoSciç ^. Or, comme ce sont les divers degrés de tension du Pneuma qui donnent aux choses leur essence spécifique et leur forme individuelle ^ les qualités sont les choses mêmes et partant des corps. De même les actes, mouvements et passions de l'&me sont des corps, parce qu'ils ne sont que l'&me même dans un certain état, dans un certain degré de tension, dans une certaine forme. Non seulement les Stoïciens soutenaient cette thèse

* Tertuli., de An., 5. Quo digresso animal emoritur.

' Nemes., de Nat. Hom.^ 9co{iaiToc tï to 5(ioiov... o*j/\ 5à à<ru>|i.aTou.

3 Plut., de Comm. NoL, 45. Smec., Ep , 113, 23. Quid sit ambulatio ? Oanthes didt spiritum esse a principali usque in pedes permissum, Chrysippus ipsum principale. Us en disaient autant du jour et de la nuit. (Plut., I. 1.) qui n*ëtaient pour eux que des moments des corps célestes ou pluU)t ces corps célestes même dans de certain moments.

« Plut., Stoic, Rep., i3.

' Id., ttf., il. De Comm, Not^ 3. cldoitoieTv. fxaatei xa\ 9xv}|iarJCiuv.

U KYCHOLOGIE dis STOICÔNS 51

aa premier abord paradaïale et contraire à ces notions communes, xotval {wotat, sur lesquelles ils prétendaient appuyer leurs doctrines, mais ils affirmaient que c'était là une opinion absolument conforme à la nature, une de ces Vérités innées, de bon sens, une de ces anticipations naturelles * antérieures à l'expérience.

Le monde est un : cela est prouvé par la sympathie de toutes les parties qui le composent, par l'unité harmonieuse dont la beauté se manifeste à tous les yeux, par ce mouvement d'attraction, cette espèce d'amour que toutes les choses ont les unes pour les autres et par lequel elles tendent à s'tinir et pour ainsi dire à s'embrasser les unes lefs autres '.

Ce fait ne s^explique que par la présence et l'action en ce mdnde d'un seul et même esprit 3, capable de sentir, de penser, d'agir^. Notre âme, émanation, écoulement de l'âme divine, àTcdp^oia, possédera donc nécessairement l'unité, là première loi de tout être, et une partie dirigeante, principale, qui joue en l'homme le rôle de la divinité dans ruâivers, et qui concentre en soi les fonctions diverses du mouvement spontané, de la vie, de la sensation, de la volonté et de la raison : il faut ajouter, de la conscience ; car l'âme humaine a cette faculté qui la distingue de toutes les autres forces de l'univers : celles-ci ne peuvent agir que sur d'autres forces, r&me humaine peut agir sur elle-même '. C'est même cette propriété qui la caractérise essentiellement.

' M. Aor., VI,^ 38. ttiv tovkxtjv xtvi|atv xa\ <rSpiicvoioiv xol\ ttiv £vwaiv xy\ç ovvsaç... icàvra ôtXX^qXotc çtXa... TViinaOeta tûv SXcdv. Cic, de Nat. D.^ Il, 7. Consensio conspirans, contiouata cognatio renim.

s Cic, 1. I. Nisi ea Uno divino et continuato spiritu continerentur.

4 Gc.» id.y n, 11. In partitras roandi inesse fenium et rationem. Aead.^ II, 41. StoTcis »lher videtur mente preditus. De Nat /) , II, 11. In ea parte m qua inest principatos {x6 nyeiiovixâv) nsc (la force motrice, la sensation et la raison) inesse necesse est. D. L.. VII, 143. oMa ifii^x^c aloOYiTtxTJ L*ànie du monde est on icOp Ttxv(x6v, un icveC(ia Te^voetSéç..! o xoiv6c rnc «tSvewc XÀyoç (Plut., 5*-Aep., 34), et cet art qu'elle possède est un système de ventes accmises par Texpërience et dirigées vers quelque but, icp6c ti tiXoc. Scb. Dion., Thr., Bekker, Anecd,, p. 649.

'^^ Stob., Ed., \, 374. xb 6v icvgO(jia xtvoOv iaurb icpo; ioLMxd xa\ il aÙToO... ^ icvcO|Mi «ivoOv ftoiurb icp6aw xgt\ Matû, ce qni revient au même. Toutes les

Cet -j)YC(Aovix^v, qui ne peut être que la raison, considérée comme la fonction supérieure de Tâme et enveloppant toutes les autres, constitue et caractérise Thomme qui seul le possède ; mais il ne le possède pas au moment de sa naissance ; le germe qu'il en apporte en naissant et que féconde et active l'air extérieur avec lequel il est mis désormais en communication, a besoin pour se transformer du temps; ce n'est que vers l'âge de sept ans que l'entendement s'achève, et même alors l'homme n'est pas complet : il lui manque encore la conscience du bien et du mal, notion qui ne se développe en lui que vers l'âge de quatorze ans.

Quoique corporelle, cette &me douée de raison demeure après la mort, sans être pour cela indestructible. Rien n'est indestructible; à des périodes d'une durée indéterminée, mais dont le retour éternel est certain, le monde et tout ce qu'il contient est détruit par le feu, êxTcupcoaiç : seule l'&me du Tout, le Pneuma primitif, survit à cet embrasement universel S ramasse et absorbe en elle tous les principes des choses et des êtres et les fera de nouveau sortir de son sein, presque du néant, pour recommencer la série sans fin des existences tour à tour détruites et tour à tour renaissantes.

L'âme humaine n'est pas éternelle, mais elle ne périt pas immédiatement quand elle sort du corps : elle subsiste en dehors de lui, et vit d'une vie propre, d'une vie par soi, xaO 'aûTi^v, au moins pendant quelque temps.

Sur la question de la durée de l'âme après la mort, les Stoïciens étaient loin d'être d'accord *. Chrysippe était d'avis

facultés de Tâme, même les fonctions végétatives, ont, dans rT|Ye|i.ov(x6v, leor principe et comme leur Fource. Sext. Emp., Math., IX, 102. Tcdcry); yàp 9^5«w; xa\ 4^X^C T) xatapxTj Tîjç xtvi^rrcd); yiy^taboLi ôoxel àwb xoO T)Ye{iov(xoO... cdç àic6 Tivo; iCYjyîjÇ... é^airooxéXXovTat.

> Aussi les renseignements disent, les uns, que les Stoïciens professaient Timmorlalité de l'âme (Xéyou<xiy àedvaTov elvai ^Hipp., Pfûlas., ch. 21. Gai., HisL PiUl , XIX, 255. àOdvaTov Ôà {^uxviv... ol StcocxoL Zenon même : 6ebv r^ilodat tbv

que les âmes faibles, c'est-à-dire les âmes des ignorants et des insensés, ne prolongent leur vie au delà de la mort que pendant un temps assez court, et que, seules, les âmes des sages suryiyaient jusqu'à la période prochaine de la conflagration universelle. Gléanthe ne faisait aucune distinction entre les âmes, qui devaient toutes durer jusqu'à ce moment fatale Zenon avait enseigné que les âmes vivaient longtemps après la mort, itveOfxa ?roXuxp(Sviov, mais qu'elles finissaient par être détruites; car le temps les use, comme il use toute chose, les consume et les fait s'évaporer dans l'invisible, ùç th à(pavic *. Mais quelque longue qu'on imagine la durée de cette existence, elle avait nécessairement une fin, et Cicéron a raison de conclure : c Stoïci diu mansuros aïunt animes ; semper negant ^ ». Â ce moment fatal, ou même plus tôt, les âmes des morts qui ont jusque-là vécu dans l'air qui enveloppe le monde, transformées elles-mêmes en air, fondues et comme brûlées dans l'incendie universel, rentrent dans le sein immense de la raison spermatique du Tout ^. L'individualité qui avaitpersisté jusque-là dans cette forme s'évanouit, comme il est juste d'ailleurs, puisque l'individu ne vit que par et pour le tout ; il n'est qu'un instrument de peu de valeur entre les mains de la nature et pour ses fins, un moment passager de la vie universelle comme disait Spinoza, c La mort est un changement, non de l'être en non être absolu, mais en non être actuel, elç xb vOv [xtIj 8v. L'individu devient autre chose que ce qu'il était, mais une chose dont le monde a besoin afin de n'être pas arrêté dans son cours ou gêné dans

voOv-it<m yàp àdavoiTOc (Epiph., adv. Hmr.y HI, 36). Lact., de Fais. Sap,, c. 18. Alii... superesse animos post mortem et hi sunt... Stoîci ; les autres, a« contraire, 90apTT)v ik elvai (D. L-, VII, 156). tt)v dà 4^xV Y'^^'H'^^c xai çOapr^v. Euseb., Prmp, Ev,» XV, ».

< Plut., Plac. Ph., IV, 7, 3. Je suis le texte restitué par Diels, d*après le passage presque identique de Thëodoret, V, 23. (Diog. L., VII, 157).

> Epiph., adtf, Hmr., III, 36.

» TVifc, I, 3Î.

* M. Ânr., IV. x^ovrat xa\ ftdcirrovxat ùç t«vtÛv 6Xwv «ictptiaxixbv X6yof âvaXa|&6avi|uv ai .

54 HISTOIRE DB U PSYCHOLOGOB Utt GRECS

sa nature ^ H retourne d'où il est venu, vers des choses AmiM et du même genre que lui^. H se décompose dans les éléments dont il est composé ', et dont Tunité, la source commune, est Téther toiigours et tout peuplé de dieux, de génies, d'àmes K C'est dans c cet qir ou éther qui enTeloj^ 1^ torr3, la mer, et 1^ vapeurs qui s'eu échappent, que réside l'&me uniyerselle. Les autres ftmes, et celles des êtres animés et vivants et celles des morts, qui demeurent également dans cet éther enveloppant, lui sont identiques d'essence ^. i

Epiphonius ^ et Hippolyte ^ nous donnent seuls un renseignement, que rien ne confirme, sur la destinée de l'âme après la mort : suivant les Stoïciens, disent-ils, la mort détruisant la chair, les âmes se transportent d'un corps dans un autre, comme on met dans un autre vase la liqueur ou le parfum contenu dans un vase brisé ou usé. Les Stoïciens auraient donc cru à la métensomatose, ce qui a pour conséquence ou pour principe l'hypothèse que le nombre des âmes est limité.

Gomme le sommeil, comme la vieillesse, la mort est le relâchement, complet dans ce cas, ^avriXiriç, partiel dans les autres, de cette tension vigoureuse et suffisante qui faisait la vie, ou la diminution trop grande de la chaleur qui opère ou maintient le degré suffisant de tension du Pneuma psychique s.

Nous savons comment naît l'âme et comment elle périt ; mais comment conserve-t-elle son existence et son essence

* Epict., III, 24. rvflc 4 x69{&oc |i^ ivrt^an |&y)d*t|&ico8iC^Tfl(i. Conf. ici., IV, 7, Ï7.

» Id., IV, 7.

4 Epict, lU, 13.

» Eus., Prmp, Ev., XV, ÎO.

* Frwzm., Diels, p. ^7.

"f Philosoph., 21.

> D L., VII, 158. ixXuof&ivou toO atodtiTtxoO t4vou. Stob., Ed., I, 91t. V^.^ Plac. PiUl., V, 24. âviati... Kocrdkriç. TertuU., 4e An., 43. ResohiUo mmùîB vigoriê. Je ne toU incime raison de lire voportt.

pondant la durée, quelle qu'elle soit, qui lui est assignée ? La génération lui donne dans le sperme paternel un élément pneumatique qu'il contient ; mais si le Pneuma de l'air extérieur coopère, aspiré après la naissance, à maintenir la quantité et la qualité du Pneuma interne, il ne suffirait pas à cette fonction de renouvellement et de réparation, même après que l'enfant a vu la lumière du jour, et surtout pendant la longue période de la grossesse. L'&me a besoin de nourriture, même à l'état d'être végétatif ou à l'état d'être animal. Elle ne peut se nourrir que d'une substance identique à la sienne. Or qu'est-elle elle-même ? un corps aériforme, gazéiforme, un gaz^ àyaOufA^adiç ^ . Si tous les corps ne sont que des transformations et des spécifications du Pneuma primitif, tous les corps à leur tour se transforment en Pneumas , en gaz, en vapeurs, qui réparent constamment les pertes constantes. L'âme est un Pneuma, un gaz, une vapeur : elle se nourrit de vapeurs, dans le monde, des vapeurs de la terre, dés mers, des corps organisés, et dans l'homme, de la vapeur du sang *. Cest ce qui a pu faire dire, par une inexactitude partielle, que l'âme est une vapeur exhalée du sang 3, ou qu'elle se nourrit de sang^ ou même par une erreur manifeste que sa substance est du sang^.

On comprend que les Stoïciens, obligés de chercher un siège particulier à cette âme, à ce Pneuma, venu à l'origine.

< C'est un terme qne Zenon empruntait à Heraclite en modifiant légèrement Tidée. c Zënon (Enseb., Prœp. Ev., XV, 20) appelle Tâme une vapeur, otvaOvii^avtv, capable de sensation ». Theodor., Grmc. Âff, Aur,, p. 93i. « Tous deux (Zënon et Cléanthe) disent que Tâme est une vapeur, àvaOuf&éaaiv elvott ». Conf. Plut., de Comm, Not., 47. VU. Hom., ch. 127.

> H semble certain qu'il faut lire dans les passages identiques cités d*En8èbe et de Théodoret : toO orspiov ari&aTO; tivat Tr)v 4^yi^v àvatevf&idvtv .

* M. Aur., V, 83. xb ^x^P^^^ ôyaOupitavic a^*at\Laxoç, Vi, 15. t| a^*at\MX9ç àvaQv|iia9tc. Heraclite en avait (kit réellement une vapeur, mais exbâlée de l'air.

« Gai., Hipp. et Plat, Dogm., V, 283. Cléanthe, Cbrysippe comme Zenon, ont pensé que l'âme est nourrie de sang, xpifcodai U aritatoc, quoique sa substance soit un Pneuma ».

ft Gai., td., 1. I. Diogène de Babyione, oubliant tous les principes de l'École, allait même jusqu'à dire : arfaot elvat r^v «^ux^v.

par le sperme, de toutes les parties du corps, et qui, par son développement organique, les engendre toutes ^ se communique à toutes, les pénètre toutes, non seulement de sa vertu, mais de sa substance, on comprend qu'ils aient placé ce prîmummovens^ et ce perpetuum mobile^ et surtout r-JiYCfAovix^v, cet élément supérieur de l'âme s, dans le cœur qui est le premier organe qui s'assimile la nourriture et le Pneuma. Or, le principe premier des mouvements volontaires est cette vapeur, ce gaz vivant, àvaôufx^adiç 'f^x^'^i- Toute évaporation s'accrott en s'alimentant ; donc ce primum movens et le principe de la nutrition ne font qu'une seule et même chose et résident dans un seul et même organe, le cœur ^. Tous ou presque tous * étaient d'accord * sur ce point ; ils ne différaient que lorsqu'ils voulaient déterminer ce siège de l'&me avec une plus grande précision physiologique. Les uns, en effet, la plaç^^ient dans le cœur tout entier; les autres dans le Pneuma qui l'entoure ; quelques-uns dans la cavité même, quelques autres dans le sang du cœur; ceux-ci dans la membrane péricardiaque ; ceux-là dans le diaphragme qui sépare l'abdomen de la poitrine ^ ou enfin dans le ventricule gauche ^ afin de le maintenir dans sa pureté

* D. L., VII, 159. àç'SXcdv iï xfi^v vcDi&âTcov xotoifépeodat... icâvrwv yiwv}-

* To xtvoOv iTpfi>Tov, formule de Diogène de Babylone. Gai., Uipp, et Plat, Dogm., H, p. 282.

» Gai., Hipp. et Plat. D., V, 2«B.

^ D. L., 1. 1. rjyeiAOvtxov, xh xuptcoTOtTOv ttjç ^^tiç... 8iiep elvai èv t^ xapSta. Plut., PI. Pha., IV, 5. ol SrtûVxoi wavTc;. Theodor., Gr. Aff. Aur., V, 21. T) Çv>|i^piopta.

^ èTo;{j.a>;... é(ioXoYO^S^«vov. Gai, Hipp. et Plat. Dogm ^ V, 332. Quelquesuns, cependant, le plaçaient dms la tête. Plut., PI. Phil,, IV, 21. Philod., de Piet.t p. 83, g Diels, Dox.^ 549. Nemes., de Nat. Hom.y 6. « Quelques Stoïciens ont soutenu que les organes (de rT)YEpLovtx6v) sont les cavités antérieures de Tencépbale, et le Pneuma psychique qui y est contenu, les nerfs qui ont leur origine dans ces nouvelles cavités, les éléments humides du Pneuma psychique, et tout l'appareil sensoriel »

^ Ctialcid., in Tim.^ 217. Animas partes velut ex capite /bn^ts cordis sede manantes... Stoîci vero cor quidem sedem esse principalis anime partis conuntiunt.

' Theodor., Gr. Aff. Cur., V, 22.

8 Plut., PL PhiL, IV, 5; V, 22. Gai., Hipp. et Plat. Dogm., V^ 189. Ce Ten-

parfaite ^. En un mot, elle est placée dans Tendroit du cœur OÙ se concentre la vie, et qui n'a que l'étendue, si c'est une étendue, d'un point mathématique*. L'unité de l'âme, malgré la diversité de ses fonctions, trouvait là son image, son explication et sa cause peut-être.

Les Stoïciens avaient encore d'autres raisons pour placer le siège de l'&me, ou du Pneuma qui constitue l'élément principal de l'&me ^ dans la poitrine ou dans le cœur; c'est de là que partait le mouvement qui met en jeu la fonction respiratoire ; c'est là qu'est le foyer de la chaleur vitale ; c'est là qu'est le véritable organe de la parole. La voix n'est que de l'air inspiré, et cet air inspiré est la manifestation la plus immédiate de l'âme ^ ; c'est l'âme même dans une de ses formes et habitudes, «veOiAx izatç e)^ov.

Chrysippe reconnaît que les opinions des philosophes varient beaucoup sur cette question, parce qu'elle est de celles que ni la sensation ni le raisonnement ne peuvent résoudre^; il avoue qu'ignorant l'anatomie ®, il suit l'inclination générale et en particulier les expressions des poètes et les opinions communes ''. Il tire son principal argument de la passion de la colère dont tout le monde place le principe dans le cœur, et à l'objection, que ne manque pas de lui faire Galien et qu'il prévoit, à savoir que cela ne prouve (^ue pour la partie

tricule ganche, que Chrysippe remplit du «l^x^^o^ icve^l&ocTo;, était plein de sang au dire de Galien (I. p. 185) et plein de ([cdTtxoO icvev(iaToc, suivant Érasistrate.

1 Galen., Hipp, et PI. Dogm., V, 191. pouX6|tevoc elXtxptviç ti xa\ xatdapbv tlvai icveO|Mi.

* Plut., de Comm. Nol., 45. cvs 8à tov év tt) xapSia ic6pov vriypatov...

* Gai., Hipp. et Plat. />., 1, p. 185. xb icveOfia tb xaxà ttjv àp'/Tiv tîjç

4^vxî)Ç.

^ D. L., VII, 55 àicb Ôiavoca; sx7ce|A7co(i.lvY).

s GaA.,Hipp, et Plat. Dogm., 11,268; III, 288. Le !•' livre de l'ouvrage de Chrysippe traitait, dans sa première moitié, de la substance de l'âme ; la seconde contenait les arguments par lesquels il prouvait que rT)Ye(iovixbv êv xapSia icepté- Xe^rOsi. Gai., 1. 1., p. 289.

* Id., ttf., p. 187 éi&oXoyet y^P «in^pco; tx^^"* "^^^ avaTOi&é^v.

7 Id., id., m, 290. ànb tt)c xoivtjc 6p|ic&|uvoi çopfic xa\ tûv xarà ta^/^v •IpvjiilvMv X6ywv.

S8 HISTOmB DI U PgYCHOijOGll DBS GRECS

concupiscible de l'âme, et non pour la raison et la yolonti, il répond d'avance que l'âme est une et sans parties distinctes, et que si l'on peut prouver que l'une de ses fonctions démontre sa présence dans le cœur, on a démontré qu'elle yest tout entière*.

Zenon, cité et commenté longuement par Diogène de Babylone , avait trouvé un autre argument dans l'origine de la voix, qui passe par la trachée artère et par conséquent ne peut venir du cerveau '. Chrysippe le reprend sous une autre forme : f H est conforme â la raison, dit-il, de penser que le lieu où se forment les idées, on plutôt les rapports des signes aux idées, <n){Aaa^a(, et d'où part la parole, est la partie dirigeante de l'âme. Car la parole et la pensée n'ont pas deux sources, lai^i^ deux origines différentes, non plus que la voix, la parole 3, X<Jyoç, et l'-^YCfAovixdv. Le lieu d'où part la parole est le lieu même où se forment la pensée et le raisonnement, et ce lieu est manifestement le cœur, puisque la voix passe par la trachée artère ou le larynx ^. i

Parmi les raisons données par Chrysippe â l'appui de son opinion sur le siège de l'âme, il en est de vraiment puériles, et par exemple celle-ci : quand nous prononçons la syllabe « qui est la syllabe initiale du mot iyd)^ notre menton s'incline sur la poitrine comme pour indiquer que le moi y réside *►, de même que lorqu'en parlant nous voulons parler de nousmème nous portons, par un mouvement instinctif, la main vers la poitrine^ comme pour dire: c'est là que nous sommes réellement ; ce qui prouve en même temps que le cœur est l'organe producteur de la voix,T7jç (pwviiç lyi^uoupyé^T , Au fond,

I Id., Mf., 308, 321.

« Id.. «f.. 344.

* Qui sont ici distingtiées, comme la faculté vocale ou la faculté d*émettre des sons par Pappareil vocal, est différente de la faculté d'exprimer des idées an moyen de ces sons.

< Gai , 1. 1.. p. Î42.

B Gai., td., 215. Mouvements qui ne se produisent point lorsque nous prononçons le mot éxelvo;.

® Id., 277. ix vcuiiârcov tixt iÇ èirivev^âTcdv.

7 Id., I. 1.» p. 231. Les Stoïciens croyaient aussi que c'est dans le ccrar qu'est origine, le pomt de départ de tout le système nerveux. Id., p. 212.

U PSYCHOLOGIE DBS STOÏCIENS 59

et quoique contenu dans le corps, le Pneuma qui le contient dans l'unité en fait la forme et Tessence, l'enveloppe et le pénètre tout entier : il est à la fois comme l'avaient déjà dit les Pythagoriciens , l'enveloppé et l'enveloppant, Intra et extra tenet diviniM epiritus per omnia intensus ^

* Sen., Qu. Nat., Prafi^

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