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CHAPITRE PRÉLIMINAIRE

l'école — ESPRIT GÉNÉRAL DU SCEPTICISME

Le IX* livre de Diogène de Laêrte, qui se termine par les biographies de Pyrrhon et de Timon et l'exposé des théories sceptiques rapportées à l'auteur de la secte, commence par la biographie d'Heraclite et l'analyse de sa doctrine, auxquelles succèdent celles de Xénophane, de Parménide, de Zenon réléate, de Leucippe et de Démocrite, de Protagoras, de Diogène d'ApoUonie et d'Anaxarchus. Les systèmes de tous ces philosophes, sauf de Diogène, qui est un dogmatique déclaré, car il exige que toute science parte d'un principe indiscutable S contiennent un germe, un levain plus ou moins développé de scepticisme. Les sceptiques ont été les premiers aie reconnaître etàs'en faire gloire, en en exagérant la réalité. Ils ont voulu avoir des ancêtres et ont découvert les antécédents et les origines premières de leur manière de concevoir la philosophie dans les opinions de Xénophane et de Zenon K

* D. L., IX, 57. âvot|i9t<T6T)TV)TOv.

3 Id., id., IX, 72. c Xénophane dit : c Aacnn homme n*a jamais connu, aucun homme ne connaîtra jamais la claire Tërité ».

de Démocrite *, de Protagoras * et en général des sophistes, enfin et surtout d'Heraclite ^ dont un des leurs et non le moins éminent, adopte partiellement les doctrines. Nous verrons en effet qu'iEnésidème prétendait que tout le mouvement intellectuel opéré par le scepticisme aboutit à la philosophie d'Heraclite *. Quant à Anaxarchus, il fut l'ami, le compagnon et le maître de Pyrrhon, fondateur du scepticisme doctrinal.

Il paraît difficile d'admettre que Diogène n'ait eu aucune intention en réunissant tous ces philosophes dans un même livre qui s'achève avec Pyrrhon et Timon : il est vraisemblable qu'il a été plus ou moins consciemment conduit par les affinités réelles ou partielles qui les rapprochent les uns des autres et tous du scepticisme, en écartant les rapports mal fondés, comme ceux qu'ils établissaient avec Homère, Empéclocle^, Socrate et Platon ^ Je ne dois pas cacher cependant que Diogène lui-même donne de la composition de son IX^ livre une autre raison, à savoir que ces philosophes représentent des directions de l'esprit et de la science isolées, sans lien entre elles, ne se rattachant à aucune école organisée, ce qu'on appelait ol GTropxSr.v ''. A ce compte les

* Id.. id., IX, 73. Démocrite dit : « Gardons-nous d*éineltre de vaines conjectures sur res grands sujets ».

s Id , id., IX, 72. « Protagoras, qui nie l'existpnce des qualités, dit : Nous ne connaissons en réalité rien : la vérité est au fond d'un abtrae, sv ^vOût) oiXt)6ecy) i.

3 Sext. Ëinp., P. llyp. t Heraclite, qui veut que riiunime soit la mesure de toutes choses. . paratt avo r quelqu'affinité avec les Pynhoniens. h'n réalité, il en diffère i.

* Sext. Ëcrp., Math. Vlll, 8. Les deux noms sont associés : ol 6ï Trsp\ Aivr|(rî* oY}(jLov xa\ ^HpdtxXciTov. Id , id.. Vil, 349 La formule étrange et obscure, Aivr,<x:ôr,(xo; xatà 'HpaxXeitov, se retrouve fréquemment. Id., P. llyp., 1,210. ol 5à it£pi Aîvr)aîôr){jLOv ïXtyo^ oôbv cîvai ttjV Sxcutixyiv àycoyV ^it\ ryjv *HpxxXtTE(o>v 9tXo909tav.

0 I). L.. IX, 72. Sext. Emp., P. Hyp., I, 234. Dans le vers parodié dWsiode {Theog , V» 3i3), Ariston de f.hio faisait d'Arcé»ilas une sorte de monstre philosophique, réunissant toutes le^ doctrines :

npôtrÔE nXo(Tb)v, otciQev Iluppcov, {xsff<To; Aiôdci)po;.

Scxl , id., 1, ti\. «i Les uns font de Platon un dogmatique, les autres un douteur, à7Copr,piaTix6v. »

" D. L., Vill, 91. vOv T,Sr, irtpt tûv 97copeKSf}v, (o; ça^i, StaXcxO£^tAev.

sceptiques n'auraient pas formé une école : ce qui ne semble pas l'opinion de Diogène.

La liste des sceptiques qu'il nous donne à la fin de son IX» livre contient un nombre assez considérable de noms qui vont depuis la dernière moitié du iv« siècle avant Jésus- Christ jusqu'au commencement du in« siècle de notre ère, c'est-à-dire remplissent, il est vrai avec une lacune dont on ne peut mesurer l'étendue, près de cinq siècles.

Cette liste qui commence, bien entendu, par Pyrrhon, le fondateur de la secte, est ainsi composée : 1. Pyrrhon ; 2. Timon de Phliunte ; après Timon s'ouvre une période d'éclipsé ou d'oubli *, dans laquelle Sotion et Hippobotus placent immédiatement* : 3. Dioscouridès de Chypre; 4. Nicolochus de Rhodes ; 5. Euphranor de Séleucie ; 6. Prayllus de Troade, tous les quatre considérés par eux comme disciples immédiats de Timon ; 7. Euboulus d'Alexandrie, disciple d'Euphranor ; 8. Ptolémée de Cyrène, qui relève sinon l'école, du moins ressuscite la doctrine ^; puis viennent : 9. Sarpédon, et 10. Héraclide ♦, disciples de Ptolémée; 11. iEnésidème de Gnosse, disciple d'Héraclide ; 12. Zeuxis^, b TtoX^TT^;, disciple d'^nésidème; 13. Zeuxis le cagneux, b Y(ovi(5:rou;, disciple de Leucippe ; 14. Antiochus, de Laodicée du Lycus, disciple de Zeuxis ; 15. Ménodote, médecin de la secte empirique, et 16. Théodas ® de Laodicée, disciples

< D. L., IX» 115. SiiXiTcev t) àytùyri. Aristoclès (Euseb., Prœp. Ev., XIV, 18, p. 763) ne dit pas tout à fait que l'écule disparut et s*ëteignit : il remarque seulement qu'on ne s*occup;iit pas plus d*elle que si elle n'existait pas. Le mut SiéXitrev n'exorime pas non plus nécessairement une extinction totale : elle manqua, à plusieurs reprises, de vie et dïclat, quand elle n'eut plus pour représentants ou p «ur chefs que des hommes médiocres que ne soutenait pas un principe vivant et un système scientifique organisé.

' Id., id. âii^xoixrotv aÙToO Dioscouridès, Nicolochus, Euphranor, Prayllus.

3 D. L , IX, 115. Cu>c aÛTY)v IItoXe{i.xloc. . àvexTr,9aT0

^ Cité plusieurs fois parGalien (lom. X, 136-Ui; t. XVIII, 187) comme un des plus célèbres empiriques et auteur d'un tra'té : icepi Tr,c EpLiceipixTjc alpsasco;.

^ Avec Mantias, le disciple d'Uérophile, Zeuxis est le premier commentateur des Œuvres d'Uippocrate (Gali(>n,t. XVI, 1, 196).

* Appelé Thcudas par Suidas, v. Théiodas par D. L., IX, 116, Théodas par Galien (t. X, p. U2) qui en fait un médecin empirique

i38 HISTOIRE DE U PSYCHOLOGIE DES GHECS

d'Antiochus; 17. Hérodote de Tarse, disciple de Ménodote; 18. Sextus dit Empiricus, c'est-à-dire médecin de la secte empirique, quoique lui-même se qualifie de préférence, en tant que sceptique, de médecin méthodique * ; 19. enfin Saturninus, disciple de Sextus, qui appartenait comme son maître à l'école empirique ou méthodique, comme celui-ci l'aime mieux.

En dehors de cette liste officielle, pour ainsi dire, des 8ict8o/oi sceptiques, Diogène cite encore incidemment Agrippa 2, Apellas, qui avait écrit sur le précédent un ouvrage qui portait son nom : Agrippa^ tous deux postérieurs à iEnésidème; Philon d'Athènes, Hécatée d'Abdère, Nausiphane de Téos. qui entra plus tard dans Técole d'Épicure, ces trois derniers disciples immédiats de Pyrrhon 3, Eurylochus qui est mentionné comme un des disciples célèbres, [i.a07|Tal eXXcJYtjxoi ♦, mais dont aucun autre auteur ne nous fait connaître même le nom, Numénius, également inconnu, mais qui est certainement différent de Numénius d'Apamée, néopythagoricien. Ce Numénius fait partie d'un groupe que Diogène appelle les duvT^ôeiç de Pyrrhon, et qui comprend, outre lui, Timon, Nausiphane, ses contemporains, et JEnésidème qui certainement ne l'était pas*. Le mot ne peut donc signifier que les représentants les plus intimes, et pour ainsi dire les familiers de la pensée philosophique de Pyrrhon : ce qui est assez extraordinaire, puisque Nausiphane devint un épicurien. Aristoclès nous désigne comme sceptiques Mnaséas et Philomélus f qui considéraient Carnéade comme

* Scxt. Emp., P. Iltjp , I, 236. c Quoi qu'on dise que rempirisme mëdiul soit identique à la phi'osophie srepiique, comme il est affîrmalif sur la question de l'inco* gnoscibilité des choses cachées. mpX tTj; a%oi-ci\T,^ioL: t&v ot5)^Xb>v,il ne peut être confondu avec le scepticisme, et il ne convient pas à un sceptique d*cmbras<er cette secte : A mon sens, il est préférable d'adopter celle qui porte le nom de méthodique : |i.&>.).ov Se Tr,v xaXou|jLévr)v |i.éOo5ov, (o; è|i.ot Soxelv, 6'JvatTO xv |i.eTtêva;.

* D. L., IX. 88 et 106.

3 D. L., IX, 89. Tcpb; toutoi; Sii^xouTe toO Ilup^cdvo;.

sceptique, ainsi qu'eux-mêmes *. » Nous trouvons encore rattachés à cette école un Cassius, grand adversaire de Zenon le stoïcien 2, et un Théodosius, auteur d'un commentaire sur le résumé de Théodas^ enfin un Dyonisius d'^Eges*, auteur d'un petit ouvrage, fiêXiBàpiov, intitulé AixTuaxà, en cent paragraphes ou la thèse et l'antithèse sont successivement opposées et exposées ^, Photius qui l'analyse et en discute plusieurs propositions ne le trouve ni sans mérite ni sans utilité, sous le rapport du fond des choses discutées, qui sont des thèses médicales, et de la méthode d'exposition qui lui parait propre à exercer l'esprit à la logique et à la dialectique.

De ces nombreux personnages qui ont appartenu à l'école sceptique, il s'en faut de beaucoup que nous connaissions la vie, les travaux et les opinions particulières. En ce qui concerne les doctrines, il ne me parait pas nécessaire au but spécial de l'Histoire de la Psychologie des Grecs de chercher à établir, à grand renfort d'hypothèses et de conjectures, toujours incertaines, la part propre de chacun, même des plus considérables d'entre eux. Les opinions sceptiques ne diffèrent pas essentiellement les unes des autres. L'école a peu varié : par son principe même, absolument négatif, elle était fatalement incapable de développement et par conséquent de variation. Toute négation, et surtout une négation absolue et universelle, est nécessairement inféconde. Comme Diogène, j'exposerai donc l'ensemble des doctrines sceptiques, sans m'efforcer d'en rattacher l'origine à leurs auteurs supposés ^.

» Eu^eb., Prœp. Ev., XIV, 6, I. 5.

« D. L, Vil, 32.

3 Suid., V, Ilup^câveio;.

* Et DOQ d'Égine, comme le dit par erreur M. Brocbard, Us Sceptiques grea^ p. 240. not.

s Phot., Cod.f 185 et 211. Les deux extraits sont absolument conformes et prcsqu'identiques.

^ Ce travail a d'ailleurs ^té fait et bien fait par M. Brochani, ouvrage cité, n. 4.

i40 HISTOIRE DE LA PSYCHOLOGIE DES GRECS

En ce qui concerne la biographie, je me bornerai à résumer ce que nous savons de plus intéressant sur la vie et les ouvrages des plus considérables de ces philosophes.

Le plus considérable est assurément le fondateur de la secte, Pyrrhon, né vers 360 av. J.-C, à Élis, où il s'essaya dans la peinture et put être initié à la philosophie toute dialectique de l'école d'Élis et de Mégare *. Avec Anaxarchus, son ami, partisan de la philosophie atomistique, il fit, sous Alexandre, les campagnes de l'Asie et de l'Inde, où il se mit en communication avec les mages de la Perse et les brahmanes du Gange. De retour dans sa patrie où, par une sorte d'ironie, ce sceptique résolu, qui avait d'abord été peintre assez médiocre, fut élu par ses concitoyens grand prêtre*, il commença vers 310, c'est-à-dire avant Épicure, à propager ses idées dans un enseignement exclusivement oral : car il n'a rien écrite. Dans le vain désir de conformer sa vie avec ses principes *, il mena une vie solitaire et se signala par des traits de conduite bizarres, ce qui, par l'inutilité même de ses efforts, lui fit reconnaître à luimême qu'il est difficile, il aurait pu dire plus franchement, impossible à l'homme de dépouiller l'homme et de renoncer à l'humanité ^ L'austérité de sa vie le fit estimer et admirer de Nausiphane et même, au dire de ce dernier, d'Épicure ^ dont le principe résolument dogmatique était cependant bien

I On ne voit pas comment il aurait pu avoir pour mattre le mt^garique Br^son, comme le dit Diogène, si celui-ci était le fils de Stilpon. Stilpon enseignait à AUiènes en 320, à peu près au moment où Pyrrhon revenait à Élis.

' D. L., 65, prétend que les Athéniens lui avaient conféré le droit de cité pour avoir tué le roi de Thrace. Kutys : c*ost une erieur historique, signalée par Ménage et relevée avant lui par Fougerolles. trad. fr. de Diogène, p. 660, à la marge. 11 s*agit d'un autre Pyrrhon, disciple de Platon.

3 D. L., ProŒin.t 16. o\ d*8Xci>; où (jxt'^iyçiOL^oi^... Ilup^cov... KapveâSr,;. Id., IX, 102. aÙToc |jiàv oùSàv aicéXiTcev. Aristoclès (Euseb., fr. Ev,, XIV, 18). àXX'aÙTo; (làv oùSèv èv ypaçT) xaTaXêXoiicev.

^ D. L., IX, 62. àx6Xou0oc S'y)v xat tô» ^îo».

^ D. L., IX, 66. co; xoi^sicbv etT) âXoo^epûc èxSuvai t6v avOpcoicov.

contraire au doute systématique et universel. Il mourut en 270.

C'est par ïimon de Phliunte, le sillographe, qu'on connût et que se répandirent les opinions de son maître, dont il est appelé, pour cette raison, le prophète, b 7rpoîpT^TT|Ç t<Sv Ilupfa)vo; /(Jycov s l'apôtre inspiré et passionné. Né vers 325, mort en 235, d'abord danseur de théâtre *, puis disciple de Stilpon de Mégare, avant de s'attacher à Pyrrhon, Timon est l'auteur d'un poème satirique en trois livres, intitulé S^Xoi 3, qui est une critique mordante de tous les philosophes antérieurs, à l'exception de Xénophane et de Pyrrhon. C'est par lui qu'on connaît les trois grandes thèses sceptiques de Pyrrhon ♦.

Aristcclès, péripatéticien de la fin du u« siècle ap. J -C. s, ne semble pas connaître les successeurs immédiats de Timon, prédécesseur d'iEnésidème : après avoir donné quelques renseignements sur les deux fondateurs de la secte, il ajoute : « Que personne ne faisait attention à eux pas plus que s'ils n'avaient jamais existé ^ lorsqu'il y a peu de temps. e/Oàç xal TrpwYiv, un certain ^Enésidème fut le premier à rallumer, à Alexandrie d'Egypte, cette mauvaise farce, t^v uôXov TouTov. Ce sont là (Pyrrhon, Timon et iEnésidème) les personnages les plus considérables de ceux qui ont suivi cette voie ; mais comme aucun homme de sens ne peut tenir pour vraie cette secte ou ce mouvement intellectuel, tX-zt aVpeaiv

1 Sext. Enip., Math,, 1, 63. On trooTe dans Thémiste {in Sophist., p. 990) cette même m<^taph»re, pour désigner un përipatétirien passionné, 'ApiaTotiXov; npo^-f^xr^z. Nous avons vu plus haut les Épicuriens qualifiés de prophètes des atomes.

' Aristocl.. Eus., Prœp. Ev.y XIV, 18, p. 761. àvt\ -/opeutoO çiXotroço; èylveto.

^ Ce n'était pas son seul ouvrage : il avait écrit en outre nn poème intitulé 'Iv^aX- (jio(, Imagines^ des tragédies, des drames satyriquesau nombre de 60, des comédies au nombre de 30, des SiUez et des pièces licencieuses, xtvaîSov;. Ses ouvrages en prose, dont on ne connaît ni les sujets ni les titres, ne comprenaient pas moins de iO,000 lignes au dire d*Antigone deCarysie qui a écrit sa vie. Conf. D. L., IX, 110; III. Aristoclès (Euseb., Pr, Ev., XIV, 18.

« Aristocl., Euseb., Prœp. Ev , XIV, 18, 758, c.

» Euseb., Prœp. Ev., XIV, 18.

° Eus., Pratp. Ev,^ XIV, 18. coc el iiv)dà tyévovto tô icapâicav.

us HISTOIRE DE LA I>SYCH0L0G1E DES GRECS

etTe ày(i>Y/iv XcJvwv, OU de quelqu'autre nom qu'on veuille la désigner, quant à moi, j'estime qu'il ne faut pas la nommer une philosophie, puisqu'elle supprime le principe même du philosopher *. •

iEnésidème, de Gnosse *, partisan de la philosophie d'Héraclide, cité commç médecin empirique, a vécu, avant Aristoclès, dont les termes e/Oèç xal TtpwTiv n'ont pas un sens constant et précis. Il a professé à Alexandrie et semble appartenir au commencement du n« siècle ou à la fin du !•"■. Plutarque ^ ne parle pas de lui, pas plus, d'ailleurs, que de Pyrrhon, quoique le catalogue dit de Lamprias *, mais dont l'origine est suspecte, contienne deux titres qui se rapportent à Pyrrhon : au n* 64 : De la différence des Pyrrhoniens et des Académiciens , et au n" 158 : Des dix Tropes de Pyrrhon. iEnésidème est l'auteur d'un ouvrage en huit livres intitulé : nup^(ove^(Dv XoYoi 5, opinions et arguments des Pyrrhoniens ou sceptiques. Photius nous a laissé de cet ouvrage une analyse assez étendue en ce qui concerne le premier livre, très

I Eus., I. I. èyb> (jièv yap o\tàï çtXoToçîav olpiat detv ovoiiâÇeiv ol'jxt^v àvat* poOffav ye or\ xà; toO çiXoa^çeiv ol^X^Z'

« Photius, 6W., 2i2, p. 5i»ft, 1. 5, le dit d'iïges, 'Avarpaçei à Alvr,(TtSï)|ioç èÇ Alywv. Plusieurs villes portaient ce nom, entr'autres, une d'Actiale.

3 Né vers 50, mort vers liô ap. J.-Ch.

* Ce Lamprias était fils ou frère de Plutarque, d'après Suidas, qui ajoute qu*il était l'auteur d'un catalogue des écrits de son père, connu en effet sous son nom. U a été publié d^ns IVdiion des Œuvres de Plutarque, de Francfort, 1598-1620, par Fabri'-ius, Dibï. Gr., t. IV, p. 15U, et avec quelques modifications cl additions, id.y p. 167; par Schœfcr, dans i'on édition de Plutarque, Leipzig, 1812. Il est proliable, comme le pense ce savant éditeur, que ce catalogue est Tœuvre d'un grammairien très postérieur.

5 Dans Photius, on lit IIuppcovicov Xôyoi. On cite encore de lui plusieurs ouvrages intitulés : 1. xxxà aoçtac ; 2 icspi X,r^xr^<stiù^ (D. L. IX, 78) ; 3. {iicoTvicaxrt; ei; ta IIupptovEta (Euscb., Prstp Ev.j XIV, 18) imité par Sextus; U Les oroixetc^ (Tei; (Eus., id., id.); 5. TtpwTr) eiaaywyr, (Sext. Emp., Math., X, 216); 6. ir6p\ TT.c Y£vé<TEti>; iitoptai (Scxt. Emp., IX, il9 ; peut éire ces trois ou même les quatre derniers nVtaiont que des parties du grand ouvrage des Aôyot. L'IntroduclLn traitait des catégories du langage, ramenées à six, qui étaient en même temps sans doute des catégories réelles, puisque Sextus, en analysant l'ouvrage, dit : îcaTà il irpay- ULixwv T£Td(*/03ti Xsywv xà; àuXi; XéÇsi; ocÎTive; jiép?) toO X6yov Tvy^dcvovKn (X, S 16). De ces ratéguries, drux seulement, le temps ramené au présent, xt. vOv, à l'instant, Tunité, (Aovâ;, i amenée à l'éire. xr,; ouata;, sont mentionnés par Sextus. On ignore quelles ont été les quatre autres.

LA PSYCHOLOGIE DES SCEPTIQUES i4d

sommaire en ce qui concerne les sept autres. Le scepticisme radical qui y est exposé paraît avoir, à un certain moment, penché vers un héraclitisme renouvelé et rajeuni. Agrippa est un des successeurs d'^Enésidème, et ne nous est connu que comme l'auteur de cinq Tropes nouveaux ; il est suivi à une distance de temps inconnue de Sextus, disciple d'Hérodote de Tarse, et connu dans l'histoire sous le nom de ÏEmpiriquey quoiqu'il déclare lui-même appartenir plutôt à l'école des médecins méthodiques*. Suidas, qui d'ailleurs le confond à la fois avec le stoïcien Sextus, de Chéronée, et avec un Sextus de Libye, lui attribue des ouvrages de morale, Y)Oixà, et des ^xeitTixi piSX^x S^xa...

(jxeTTTtxx ev piSX^oiç ( et des Ilup^cjveia (scil. uTcoaviqaaTa). Dio-

gène* se borne à dire qu'il est Tauteur de 8éxa tû; Sxêtctixwv xal aXXx xàXXwTa. Ce sont évidemment les deux ouvrages qui nous sont parvenus sous les titres nuppwveiQti ôTroTUTcwdctç en trois livres, et le traité considérable, connu sous le titre Uphç jjLa07|[xaTixoù;, et désigné sous le nom uTrdjjLVTijxa, au commencement du XI*» livre. Le titre ne convient guère qu'à la moitié de l'ouvrage, c'est-à-dire aux six premiers livres, et encore en entendant par le terme MaOYijxaTixo^ tous ceux qui s'adonnent aux sciences particulières et spéciales de la grammaire, de la rhétorique, de la géométrie, de l'arithmétique et de la musique. Sextus caractérise lui-même cette partie de

1 Pyrr. Ilyp., I, 236. Conf. plus haut. p. 3(51, n. 1. Cclsus, dans la préface du de Re Metiica, distingue trois écoles médicales : l'école rationaliste, qui recherche les causes c^ehé^'S des muladiei> ; l'école empirique qui prétendait, pour se donner un air d'antiquité, remonter à Ai ron d*Agrigente. mais dont le fondateur réel était Philinus de Cos, qui, sou<« TimpuMon d*Hérophile, son maître, l<i sépara le premier de la secte rationaliste (Gai., tidOLytayr^, c. 4). Cette école empirique est, d'après Sextus, dogmatique dans sa thèse absolue de Tincognoscibilité des causes : nep'i rf,; àxaTa>r,4>(a; xfi>v à^i^Xcov SiaêséxioOTai (Sext. P. Hyp., 1, 236); la troisième est récole méthodique, xt^m xaXov|iévr,v (téOoSov, la seule qui, par méthode, s'abstienne de tout jugement, soit afQrmatif. soit négatif sur les causas, renonce à Tétiologie, et. pour trouver les remèdes aux maladies, se borne à en observer les manifestations phénoménales et la suite de leurs développements : toTc Bï ç stvo|i£vot; iitoixévY) àtcb ToÛTb>v Xapi6âvei xh (xvpifépetv SoxoOv. C'est la méthode même du vrai scepticisme, appliquée à une matière spéciale.

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