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IX

Ui HISTOIRE DE L\ PSYCHOLOGIE DES GRECS

son ouvrage par les mots ti!)v :rpbç toùç Stith Tâ>v {xa07|(iQLTa>v

àvT^pf7|<jiv * et Ti)v Ttpb; Ta {xiOi^ulzti SiéÇoSov •. DôS cinq

derniers livres, qui s'occupent tous de matières vraiment philosophiques, deux, le 7® et le 8«, appelés par lui-même • Trepl <piXo(To<j.^a; , traitent de la logique ou plutôt de la théorie de la connaissance; le 9« et le 10«, de la physique, le 11« de la morale. Le sceptique s'adresse donc à toutes les parties de la philosophie et k toutes les branches des connaissances humaines. Le 11« livre est, dans le manuscrit Cizensis, numéroté le 10«, et intitulé t<5v tU Séxa uirofxvirijxàTcov xh BéxaTov, parce que ou l'auteur ou le copiste considérait les livres contre les géomètres et les arithméticiens comme un seul ♦. Outre ces écrits qui nous sont parvenus, Sextus cite encore, parmi ses ouvrages, des traités de médecine, laTCtxx u:rouLVj^[xaTa 5 des traités empiriques, ejxitetpixx ®.

qui ne sont peut-être que des titres différents d'un seul ouvrage, et enfin un traité de l'âme, Ilfpl «lux^ç "', dont l'objet spécial de cette Histoire de la psychologie nous fait vivement regretter la perte.

Au chapitre XI du l**" livre des Hypotyposes *, Sextus, parlant du double sens qu'on peut attacher au mot critérium, dit qu'il se réserve de traiter du critérium, qui se rapporte à l'existence ou non existence substantielle, êv to> 'AvTÎppTiTixoi X<Jya). Il ne parait pas douter que cet 'AvTtpfTr^Tix^; Xd^o; ne soit le 7« livre du Ilpbc jxaOTrjjxaTixouç, où il est traité du critérium, et où l'auteur se réfère au chapitre cité des Hypotyposes. Ce n'est donc pas un ouvrage particulier. Il en est de même des

» Adv. Math., 1, I.

« Id . VI, 68.

3 Ou du moins par les copistes des Mss.

* L'ouvrage entier constitue pour ainsi dire la Somme sceptique, le facil, (U)romc dit Natorp.

5 Math., Vil, 502.

« Id., 1. 61.

' Math., VI, 55. oûîév è^rti ^xh* xaBw; èv toÎc ««P*i «'^t^; 'Jiro|iviQp.aaiv ê5etxvu|xev ; X 28-i. xa\ èv toi; itepi ^l/^x^**

xi Ilepl (Txe:cTtx9i; aYWYYjç, et de 6 Ilepl ttJç axé'j/ew; \6yo;^ termes

par lesquels, dans le 2« livre des Hypotyposes, il renvoie à ce chapitre XI du l**" livre du même ouvrage.

Sextus était un médecin; il salue iEsculape comme Tinventeur de Fart qu'il professe * ; on ignore où il est né, où il a vécu et enseigné; la conjecture qu'il enseigna à Alexandrie, fondée sur des raisons très légères \ n'est pas contredite formellement, .comme on le dit, par lui-même 3; il distingue sans doute sa langue propre du dialecte alexandrin *. Cette distinction pouvait être faite à Alexandrie par un étranger momentanément fixé dans cette ville. Il n'est pas un Athénien, car il dit : • Ce que les Athéniens et les habitants de Cos nomment /eXwv^ç est appelé parnotAs u7:o7c<î8iov. • Sur le vague fondement d'une définition de la médecine, identique chez Galien et chez Sextus, on conjecture que le sceptique est postérieur à Galien, qui est mort vers 200

ap. J.-C. 5.

De Saturninus, nous ne savons rien, si ce n'est qu'il fut médecin empirique comme Sextus, son maître. Quant à Favorinus,qui ne fait pas partie de la liste des sceptiques, ce personnage que Suidas nous a désigné comme possédant un savoir encyclopédique appliqué surtout à l'éloquence, s'était aussi beaucoup occupé de philosophie ^, du moins d'histoire de la philosophie "'. Il avait proposé, dans la table systématique des dix Tropes de Pyrrhon, un ordre différent de celui qu'avait proposé iEnésidème et qu'adopta Sextus s. Il est

* Maih.^ I, 260. Tov otpxTOY**^ "^^ i'K\9vr^^'f\^.

^ Marhiliu« Cagnatus, \. 3, c. 6. Variarum observât,

3 P. Hyp.^ lU, 221. c On immole le chat à Horus, la blëteàThétis» à Alexandrie» ce que personne ne ferait che% nout, nap'ripitv. i

^ h ath.^ I, 213. \i\ii (o; t) icapà toT; 'AXeÇavSpeO'riv.

^ Des empiriques, Galien (icspi uicoTvnc^veca; è'^iceipixrjç) ne nomme que Ménodotas et Théodas. Ménodote a eu pour disciple Hérodote, dont Sextus fut l'élève.

" Suid j V. çtXoaoç'.a; plêtto;.

^ Il avait écrit une icavTo^airr) loxopéa et des aicoixvr^iJLovE^tiaTge, que nous fait cor> naître Diogène de Laërte, mais qui nVt^tient peut-être pas limités à l'histoire de la philosophie*

antérieur a ce dernier ; car, né à Arles, il vécut à Athènes et à Rome SOUS Adrien, qui lui-même né en 76, empereur en 117, mourut en 138. Eunuque ou hermaphrodite, d'après ses propres aveux *, il eut pour maître Dion Chrysostome, peut être aussi Épictète, et pour disciple et admirateur enthousiaste Aulu-Gelle^. Il appartenait certainement à la tendance sinon à l'école sceptique 3, tout en admirant Aristote*, et en préférant se rattacher à l'Académie *. Le titre d'un de ses principaux ouvrages philosophiques, intitulé nuppto)v«ioi Xàyoty le prouve manifestement ®. Il soutenait d'ailleurs, avec tous les sceptiques, que les Académiciens se séparent des Pyrrhoniens parce qu'ils croient et prétendent savoir qu'ils ne savent rien ^ et il partage l'opinion commune de l'école, que A.-Gelle, son disciple, caractérise par les mots : t Nihil decernunt, nihil constituunt, sed in quœrendo semper considerandoque sunt^ i, et par les formules oûSàv jxîXXovet navTl

X^yo) X4yo; àvT^xetTai ^.

On s'est demandé, dans l'antiquité même, si ces penseurs

* Lucien, Ennuch.y 7; Démon. ^ 12.

^ A.-Gell., iV. Alt , II, iG; III, 19 et passini. Conf. sur Favorious, Fabricius, Bib. Gr., III, 173; Pauh/s R. Encycl.. III, 440; Mûller, Fr. Ilist. gr., III, 577.

^ A.-^cll., XX, 1. 9. Favorinus, parlant ù Csecilius, lui dit : Sois cnim soliium esse me, pro disciplina yectœ quam colo, inquirere potins quam decemerc.

* Plut , Symp.y Vlll, 10, 2. ù 5è 4>a6ci)plvo; otvTÔ; xi \iïy uXIol 6ai|iOvi(tfTaTO< *Api(iTOTlXou; epaTTTj; taxi xa'i tco lltp:i:ix(ù v£|igi {ispids toO iciOavoO icXEifftïjv. Il n*y a pas de raison pour croire qu'il s'agisse d'un autre Favorinus.

^ A.-Geil.. XX, I, 9. Ciecilius n'pondanl à Favorinus : degicJiare panlisper curriculis istis dispulutionum veslraruni Academicis, Gai., de Opt. Utctr.^ tom. I, 40. Trjv eî; èxaTepa £iif/£tpr<<Tiv àpiaT/jv eîvai SioavxaXîsv ô 4>a6(i>plvo; çr,«Tiv ovo- (iâCouat d'oÛTu; ol 'Axa6y](JLa'i'xo i xaO'î^v ttjv avTixeiuévr^v TcpoaxYOpevovxri.

* Philoslr., l, 8, 6. Toù; çiXoaoço'jtiévou; aùxô) tùv Xôycov, œv gcpiaToi ot Iluppttfveioi. A.-(tell., N- AU ^ XI. 5, 5. Sup^r qua le (Les Tropes de Pyrrhon) Favorinus quoque subtilissime arKUtissiincque ticcein lihros (Omposuit, quos IIuppa)vec(i)v tpiSica>v inscnbit. Il avait (^crit un ouvrage intiiuld : llXourxpxo; \ icept Tr,; *Axaôrj(iflii<cri; Ôiabéffito;, et un autre en trois livres : Tcepi tf,; xaTaXYjîcrixr,; (pavTaffta;, où il prouvait que le soleil lui-même n'est pas x9CTaXT]HTÔv (Gai., de Opt. Doclr. hit., t. I, p. 40)

^ A.-Gell., N. Att.y XI, 5. Idque ip^um (qu'on ne peut rien percevoir et rien connaître) docere atque ostendere multis modis conantur. 8 Id., id,, 1. I.

e D. L , IX, 74.

LA PSYCHOLOGIE DES SCEPTIQUES Ul

qui se sont transmis pendant une suite de près de cinq siècles le même esprit et les mêmes principes ont constitué véritablement une école. Et qu'est-ce qu'une école? Il y a en grec plusieurs termes qui correspondent à des nuances voisines, quoique différentes, de la signification, partout très large, de ce mot. On emploie habituellement le mot 2;(oXTq pour exprimer l'idée générale d'enseignement scientifique, l'ensemble des cours et leçons professés dans un établissement d'éducation supérieure *. Atpeai; signifie plutôt le choix qu'on a fait parmi les principes différents et les solutions contraires des problèmes philosophiques, et ce par quoi les écoles se distinguent, se séparent les unes des autres, s'opposent les unes aux autres : c'est l'idée de Secte^ sans comporter aucune idée du jugement méprisant que ce dernier mot entraine chez nous : il constate simplement un fait, celui d'une séparation, d'une opposition. Cette opposition, quand elle prend un caractère plus accentué, plus aigu, quand elle devient une lutte, un conflit, une bataille, prend le nom de STàdi;, qui marque que dans la bataille des idées on a pris parti. La science, hélas, comme la politique, a ses luttes, ses divisions, ses haines de parti *. Le mot \\y(!ù^r^, qu'on rencontre dans Diogène, Sextus et Aristoclès, a le sens de mouvement, de pente dans une direction particulière, de tendance intellectuelle qui se porte de préférence vers certaines solutions déterminées, sans que ces solutions fassent partie . d'un ensemble, d'un système, d'un tout scientifique organisé. C'est ainsi que Sextus dit d'un côté : >) np^Tayopetoç àyiDYT^, >) SxeTCTixTj àytoYi^, et de l'autre,

* D. L., X, 2. 9^oXt)v ouonfjaaaOai. . . ouvrir une école; r, èv 'AxOk$r,(i.c3 <rioXrit 1 école, le système scientifique de rAradt^niie.

* Ainsi, Sextus Empiricus (/*. Hyp., I, iti,. c outoi yàp (JtâXKrTa xaÛTï]; icpoé(rry]9av tt)c <rca<rE(i>; (il s*agit de Ménodote et d*i£nésidëme; : ce sont eux surtout qui ont pris parti (pour Topinion, qui considère Platon comme un dogmatique) >. Tel est le sens que donnent à la formule Tf,c axâvttù; 7cpoi<rco(^a(, Haas {de Philos, sceptic. success.^ 1875, p. 53) et Natorp {Rhtin. Mus., t. 38« p. 33). Ce sens peut ^e soutenir, mais le contexte ne le rend pas nécessaire : il est encore plus naturel de traduire : c c'étaient les chefs principaux de cette école ».

i48 HISTOIRE DE LA PSYCHOLOGIE DES GRECS

■Jj 'IIpaxXe^TOo ^iXoçoîp^a, r^ At^uloxoitcTo;, Y] 'Axa87|u.aVxTfj ^ikoaotfioL»

Mais il n'y a rien de âxe ni de constant dans ces distinctions, qui ne sont guère que des variantes de formules, puisque le même auteur n'hésite pas à nommer le scepticisme une philosophie, t) SxszTtxTÎj (piXo^ojp^a *, et qu'il emploie le mot 'Ay^yt^ pour définir TAVpKjiç •. Enfin nous trouvons dans Eusèbe le mot AiaTpiCi^ appliqué aux sceptiques : y] t<Sv (jxeTTTtxùiv eîçixXTfj- OivT(t)v Ai%Tpi6iQ3, mot qui signifie tantôt le lieu où l'enseignement se donne, le local et les bâtiments de l'école, tantôt les occupations auxquelles on s'y livre, les travaux, les doctrines, les leçons *.

Tous ces mots échangent entre eux leurs significations, suivant le point de vue où se place l'écrivain et ses habitudes propres de style, et c'est plutôt le caractère pratique moral du scepticisme, qui a fait poser la question de savoir s'il fallait, dans l'histoire de la philosophie, lui donner ou lui refuser le titre tenu alors pour respectable et respecté d'AVpc(ytç5,Les sceptiques eux-mêmes acceptaient la question, la discutaient et ne paraissent pas s'être indignés outre mesure de se voir refuser par quelques-uns un titre que d'autres moins scrupuleux et plus généreux ne faisaient nulle difficulté de leur accorder®. La question semble avoir eu

• Sexl. Emp., P. Hyp.y 1, 5.

s Id., id., I, 16. « Le mot arpeeri; esl susceptible de deux sens : il peut vouloir dire : Une dis|tositioD, 7cp6<rxX'.(Ti;, à accepter un système de ductriaes liées entr*elles et conformes aux phénomènes ou encore une tendtoice, ôtYCdyii* à une manière logique de concevoir les phénomènes : icp6<rxXiat; S&Yt^A^t icoXXoî; àxoXou6:av IXOv<Tt icpb; étXXv}Xa xai Ta çaivâpieva OU xt)v Xhyta ttvt xsTa xb çaivipLCvov àxoXouOoOtrav àytùy'f\v.

3 Eusi-b., l*rœp. Ev., XIV, 17.

^ Hypolyt., Philosoph.y 207. « Aristote, êv xm Aux£:(i> tco(ou(uvoc rà; StarpiSàc èçtXoaôfvjerE. »

^ 11 ne cessa de l'être qu*en passant dans la langue intolérante de ta polémique théologique.

^ Gai., H. PhiL, 7. « On compte quatre écoles, alpéoei; : d'abord, l'école dogmatique ; puis, l'école sceptique, Tr,v axeTtxixrjV (arpeaiv) xriv Tccpi ndtvtwv !;rjTV}Tix7)v ». D. L., Proœm., 18 : « On compte dix écoles, alpc<retc, du genre moral ». Mais parmi ces écoles qu'il fait remonter à Socrate, il ne fait pas figurer le scepticisme.

pour les anciens une plus grande importance que pour nous, qui serions disposés à n'y voir qu'une question de mots.

Diogène de Laërte t avec plusieurs * • considère les sceptiques comme une école véritable, Atpedi;, parce qu'elle suit ou paraît suivre un principe rationnel tiré des phénomènes et qui leur est conforme 2, tout en reconnaissant que si on réserve ce nom à la disposition d'esprit qui nous porte à accepter un ensemble organisé de théories liées et unies entre elles de manière à former un tout systématique, les sceptiques n'ont pas le droit d'y prétendre, car ils n'ont pas de théories véritables, où yoip l/eiSdyjxaTa; ils n'enseignent rien, ne professent rien, et n'ont rien à enseigner ni à professer. La grande majorité des philosophes étaient de cet avis, se fondant en outre sur leur obscurité, ZCx tr^y àffaçetav, c'est-à-dire, j'imagine, sur l'obscurité mortelle que jette dans la pensée le désaccord de la pensée avec elle-même, ou peut-être encore l'obscurité dans laquelle a végété longtemps plutôt que vécu la doctrine sceptique. Diogène reproduit là sommairement la discussion et la solution de Sextus Empiricus.

Si on entend par école, dit ce dernier, une pente à croire, 7cp<J(TxXi(ïiç, une sorte de foi à tout .un vaste système de propositions dogmatiques ayant entre elles et avec les phénomènes un lien logique et réel, et si Ton appelle thèses dogmatiques, ooyfxata, l'acquiescement, le consentement de l'esprit, (ruyxa- Tàôeffi;, à certaines choses ou causes cachées et qui se dérobent, Tivl àSi^Xa), non, les sceptiques n'ont pas d'école 3. Mais si on entend par école un mouvement, une direction.

* Ces c plusieurs •, dit Natorp (Rhein. Mus., t. XXXVIII, p. 29), ne sont que les sceptiques eux-mêmes. Pourquoi pas d'autres encoi'e, comme Diogène, par exemple ?

* Proœm.y ÎO. Tr)v X6yci> Tm xaTà tô faiv6|jievov âxoXouOoOaav r, SoxoOffav axoXouOclv.

3 Sext. Emp., P. Uyp., I, 16 et 17. tiv\ àâ^Xb» signifie tous les objets posés ou supposés au-delà ou au-dessus des phénomènes, le monde ultra-phénoménal, Tau-deli obscur, incertain, douteux, et pour les sceptiques, inconnaissable.

Chaignkt. — Ptychologie. i9

une règle générale de la pensée, oLytùyf^^ qui se conforme et obéit à une sorte de principe rationnel fondé dans les phénomènes, principe qui nous montre comment on peut bien vivre ^ (le mot bien^ opOcoç, étant pris ici non seulement dans le sens de vertueusement, mais dans un sens plus large et plus simple, c'est-à-dire de vivre suivant les coutumes, les lois, les pratiques de notre pays et de nos penchants propres) — et qui de plus tend à nous donner le pouvoir de suspendre notre jugement, êtcI xh è;cé^£iv SuyaaOai 8iaT£^vovToç, dans ce sens les sceptiques peuvent dire qu'ils ont une école

aVpecjiv 6>^6tv '.

Quoi qu'en aient pensé les anciens, la question n'a vraiment pas beaucoup d'importance. Zumpt ^ remarque que les quatre grandes écoles de philosophie qui prolongèrent sans interruption leur existence et leur activité scientifique sont celles qui eurent leur siège à Athènes, tandis que toutes celles qui s'établirent dans d'autres villes, Érétrie, Mégare, Cyrène, disparurent bientôt ou même n'arrivèrent jamais à se constituer réellement en une école, comme les cyrénîdques et les sceptiques. En ce qui concerne ces derniers, on ne saisit dans leur histoire aucune trace d'organisation ; aucune fondation légale de revenus ou de propriétés n'assure l'existence et la durée d'un institut destiné à professer, à maintenir et à propager les principes et les doctrines particulières à la secte. Non seulement les sceptiques n'ont jamais fait partie des établissements officiels d'enseignement philosophique, mais aucun de leurs partisans n'a songé, par une donation régulière, à garantir la vie civile de l'école, à assurer aux adeptes de la doctrine et aux disciples un lieu fixe de réunion et d'études.

' ht; i'<7Tiv opOb); Soxeîv ;;r;v. Le mol coxsîv e^t ici inii, par un artifice vraiment puéril, pour aU«M;uer ratririiiatif des verbes ecTTiv et ;rjv. Les sceptiques oe sont pas sHis et certains que ce soit là la lionne méthode de bien vivre : il leur parait ^eulem6nt que cela est ainsi. Et encore, malgré toutes ces précautions de forme, que devient la règle où p.âXXov ?

2 Sexl. Emp., P. Hyp„ I, 11.

^ Ueber den Bett, d. phil. SchuL, p. 4.

n'a institué de ces banquets si chers aux Grecs, où les convives, devenus des confrères, contractaient des liens personnels d'amitié qui contribuaient à assurer l'unité et la perpétuité des doctrines, aucun n'a constitué des revenus permettant aux professeurs de vivre, aux élèves d'étudier, d'avoir une bibliothèque, un musée, comme l'ont fait tous les organisateurs de grandes écoles. Pyrrhon, à son retour des campagnes de l'Inde, a exposé ses idées à Élis, sa ville natale. Timon, son disciple, semble avoir vécu tour à tour à Chalcédoine, à Athènes et à Alexandrie, où Pyrrhon s'était peutêtre rendu, et où, du moins, il était en honneur auprès d'un petit groupe *. iEnésidème a professé à Alexandrie 2; mais s'il a fait partie de l'Académie, comme semble le prouver la dédicace de ses Adyot à Lucius Tubéron, qu'il appelle son confrère de l'Académie 3, il a dû résider aussi à Athènes que n'a jamais quittée cette école. On peut conjecturer que Sextus également professa à Alexandrie et qu'il y revint après l'avoir quitté plusieurs fois pour une destination inconnue *.

Il est donc certain que Técole n'a pas eu une existence civile assurée, un siège fixe, et que c'est surtout dans la Grèce orientale et asiatique que s'est exercée son activité. Mais il n'est pas moins certain qu'il y a eu une tradition, une transmission des idées sceptiques ; elles ont été professées et représentées pendant une durée de plusieurs siècles, quoique avec des périodes intermittentes de déclin et de disparition au moins partielle, par une série de philosophes dont l'histoire a gardé les noms et les opinions. Diogène donne à cette série de philosophes qui se succèdent et se transmet-

1 Timon se vante, en effet, de ses relations avec les rois Antigène de Macédoine, maître d'Athènes en 27Jb, et Ptolémée Philadelphe d'Egypte. D. L.. X, 110, nous dit qu'il avait professé d*abord à Chalcédoine ((xofKrreOcav), puis à Athènes.

« AristocL, Eoseb., Prœp, Ev., XIV, 18. èv 'AXeÇav^pîa Aivr,atôrjii6; tiç.

3 Id., id, i% 'AxadT)|t^ac m^vaipsaie&TT).

4 Pappenheim, Der SU* d. Schule d*. Pyrrh. Skeptiker, Archiv f Geseh. d. Philos., t. I, p. 37.

tent les doctrines et l'esprit caractéristiques de la secte, le nom technique de Stà3o/oi, comme il le fait pour les autres écoles. Sextus distingue dans cette succession deux périodes, qu'il appelle l'ancien et le nouveau scepticisme ^, ce dernier ne différant de l'autre que par une addition de nouveaux arguments logiques destinés à fonder Tctcoxi^. Entre ces deux formes du scepticisme, s'interpose le scepticisme mitigé et particulier de la Nouvelle Académie, qui, dirigé spécialement contre le dogmatisme des Stoïciens, se transforme promptement en une autre doctrine, le probabilisme, sorte de terrain neutre^ essai de conciliation entre les deux antithèses du dogmatisme absolu et du doute absolu, qui annonce et prépare l'éclectisme.

Les sophistes grecs du m® siècle, fidèles à la tradition de leurs ancêtres, ont contribué à répandre et à faire vivre les principes sceptiques. Philostrate et A.-Gelle font l'éloge de Favorinus, moins un pyrrhonien proprement dit qu'un académicien- pénétré de l'esprit sceptique 2. Hermogène, très versé dans la philosophie, d'après Himérius, connaissait, sans en faire grand cas, il est vrai, les tropes de Pyrrhon, qu'il ne considérait pas comme un aliment sérieux de la pensée philosophique, mais plutôt comme une sorte de horsd'œuvre et d'entremets, oîov U ti TtapcJ^Yifxa 3. Julien l'Apostat tient en garde les prêtres de l'hellénisme restauré contre les doctrines malfaisantes de Pyrrhon et d'Épicure, et se félicite que les Dieux aient si bien anéanti leurs funestes ouvrages qu'on ne les trouve plus que dans les écoles de grammaire et de littérature *. Grégoire de Nazianze redoute comme une

' p. Uyp.y I, 36. àpyociÔTepoi ; td., I, 166. vsfaSTepoi.

' V. plus haut, p. 446, n. 5. Philostr , de Vit. Sopn.^ I, 8, 6. xol; y&P Ilup^covsio'j; ÈçsxTixoù; ovra; oùx àçaipelTa'. xai rb SixstCetv dOva(763i. Le mot Sixâ^eiv, l'nire fonction de joge, parait assez ('Irange : Natorp iRhein. Mus.t XXXVIII, p. 88), ne le trouvant pas acceptable, propose de lire 6t$â<rxs(v. Je préférerais oo^x^stv avec ce sens : c Malgié leur titre d êf exTtxoî, Favorinus ne refuse pas aux sceptiques le droit d'avoir et d'exprimer une opinion, So^âileiv >.

J th\ in Hermoy., XIV, ÎA.

* M. j 0pp. y \, 385, éd. 1875 ou éd. Petau, 561, e. (atîte 'Emxoupcio; ciaÎToi (J.TITS IIvpj^u)veio;.

LA PSYCHOLOGIE DES SCEPTIQUES i53

source de périls pour la foi et pour la religion chrétienne les Xaêuptvôoi, les TcXoxa^ des pyrrhoniens, et dénonce comme des adversaires et des ennemis ces SeÇxo^, riuppwvtç xal -^ àvTtôeToç vX^ddût *, toutes ces bouches qui n'ont à proférer que des négations, des contradictions à toute doctrine, quelle qu'elle soit. Galien connaît par les écrits de Favorinus les théories sceptiques 2. Agathias, dit le scolastique, du vi« siècle ap. J.-C, mentionne encore TecpexTixiQ xaXoujxivTj èjXTrcip^a et l'art de réfuter toutes les affirmations, enseigné par les Pyrrhon et les Sex-

tUS^, xarà Te Ilùp^cova xal Sé^TOv txç aTcoxp^aeiç TcoieTaôai.

Il y a donc eu, si l'on ne veut pas disputer sur les mots, il y a eu dans l'antiquité grecque une école sceptique; elle a vécu plus de cinq cents ans, et si son influence n'a été ni étendue ni profonde, elle a été longue. Il est vrai qu'elle n'a pas été admise au nombre des établissements officiels fondés par les empereurs romains à Athènes ; elle n'a pas eu d'organisation régulière, d'existence civile ; elle n'a jamais eu, dans son sein, des partisans assez riches ou assez généreux pour lui assurer l'avenir et un lendemain; on ne lui connaît même pas de siège fixe et permanent. Si malgré toutes ces circonstances défavorables et contraires elle a vécu, c'est donc qu'elle contenait en elle-même, malgré l'apparence, un principe de vie capable de résister à tant de causes de prompt anéantissement Ce principe, c'est le doute, le doute méthodique et systématique, qui fait à la fois sa force et sa faiblesse. Il en est des écoles comme des individus. Pour comprendre le sens et la portée des problèmes philosophiques et juger la valeur des contradictions apparentes ou réelles que présente leur solution dogmatique, il faut avoir éprouvé la secousse et comme le tourment du doute. Tout commençant en philosophie est un sceptique, mais tout sceptique

» Greg. Naxianz., Carmin., I, 2, 10. Patrolog. Gr., Paris, 1867, vol. XXXV. s De Opt, doctr.y % 3. t. I, p. 42. 48.

' Agathias, //il^, II, 29. C*était une Histoire de Jastinien faisant saite à celle de Procope.

absolu reste perpétueUement un commençant *, c'est-à-dire qu'il subit un arrêt de développement dans sa pensée, qui ne peut plus arriver à la maturité et à la fécondité. Le doute représente un moment universel et nécessaire dans la vie et le développement de Tesprit philosophique. Le placer à l'origine de la recherche est une règle excellente de méthode, la vérité même en fait de méthode •; mais le placer à la fin, c'est-à-dire le considérer comme le but ou au moins le résultat de la recherche, c'est la mort de la pensée. Mais l'esprit peut mourir aussi de n'avoir jamais passé par cette crise. L'esprit qui n'en a pas connu l'inquiétude et l'angoisse ne sera jamais capable de TefiTort nécessaire pour s'en délivrer. Ou bien il demeurera indifférent aux problèmes les plus hauts de la la science et de la vie, et alors il ne compte plus parmi les amis de la vérité; ou bien il croit avoir trouvé, dès l'abord, ou reçu d'une autre main, sur toutes choses, la vérité absolue, o\ EOpecnXoyoïJvTeç 3, et alors il ne lui reste plus rien à faire. L'activité intellectuelle n'a plus d'objet ni de fin ni de ressort. L'arrêt de mouvement est complet. C'est pour une intelligence humaine, le plus grand des périls, un état voisin de la folie et qui y conduit presque fatalement.

Celui qui ne doute et n'a jamais douté de rien, celui même qui, sur certains objets et précisément ceux sur lesquels se porte le plus ardemment la curiosité naturelle et essentielle à l'homme, croit posséder la vérité infaillible, absolue, se place en dehors des conditions de l'humanité, qui, bornée et limitée par essence, ne peut prétendre à une connaissance

* Herbarl.

s Claude Bernard, Introd. à V Étude de la Médec., p. 91. t Le douleur est le vrai savant ; il ne douta que de lui-même et de ses interprétations ; mais il croit à la scienre )>.

^ Sext. Emp., P. Ilyp., I, 63 et II, 9. eup£<iiXoy:a. On traduit ordinairement ce mot composé par argutari, subtilis loquacilas^ l'invention des arguments, en faisant du second mot le complément régime du premier. Il serait plus conforme au procédé liabitui 1 de la composition en grec d*admcltre la construction inverse, et de traduire EvpeaiXoyta par la théorie de la découverte, le système de ceux qui croient avoir trouvé la vérité.

ni universelle ni absolument certaine, ni parfaitement claire et définie. C'est bien ainsi du reste que Tentend le dogmatisme par excellence, le dogmatisme théologique. Il imagine un mode de connaissance surnaturel, suprahumain, de grâce divine, un état psychologique où l'esprit ne possède plus la vérité, mais est possédé par elle, un état de possession qu'il appelle la foi, et qui commence où la raison finit, comme s'il pouvait y avoir une connaissance à laquelle la raison de l'homme serait étrangère et d'où elle serait absente. Là où la raison ne serait plus présente, et là même seulement où elle ne serait plus maîtresse, car qu'on le veuille ou non elle ne saurait être absente pendant aucun acte de connaissance, c'est la folie qui commence. Il n'est pas possible de supprimer la raison et le langage qui en est l'expression, si ce n'est par le langage et la raison, comme le disent les sceptiques eux-mêmes, reconnaissant leur impuissance de donner une forme à la négation absolue : où yip o\o^ ts tjv jx-J) "ké^if X<Jyov àveXelv *. La pensée comme la parole nécessairement dogmatisent. Les sceptiques auraient donc quelque droit de prétendre que, plus que les dogmatistes les plus absolus, ils sont en situation d'éveiller et de soutenir les ardeurs de la curiosité scientifique sur les problèmes delà philosophie et particulièrement sur ceux dont les dogmatiques s'imaginent avoir trouvé la solution certaine et complète, ii: *àxpi6à; oto|xévotç TaOra yivoiaxeiv 2. Pour les uns, la recherche est arrivée à son terme, a réalisé sa fin, a atteint son but, rh Ttépaç; les autres sont encore précisément dans cet état mental d'inquiétude et de tourment qui suscite toute recherche, parce qu'ils ont conscience de ne pas posséder la vérité et ont soif de la connaître. Mais on peut répondre aux sceptiques qu'il n'y a pas eu.

* D. L., IX, 77. Le verbe, fondement du langaj^, est l'affirmation par essence.

> Sext. Emp., P- Hyp., II, 11. 8pa de (&V xa\ vOv oX AoyiiaTixoi 1^rix-f[(jtu>z OLntipyoyxai' ou yap toi; «y^^^î^ '^^ npiy\i.0LT0L u>; ïx^ icpb; tt)v çvatv ^(loXoyoOat, To ([Y)Telv ïxi icepi avT&v àvaxâXouOov, toi; 2*èic*àxpi6à; TaOxa yivco^xciv, o'c (iàv Yotp iiCi icipa; T)8y) icaptvriv v} C^tv)vtc wc OiciiXi^^aaiv.

parmi les dogmatiques les plus résolus, un seul peut-être qui ait cru posséder la vérité entière et absolument certaine. Ils pouvaient d'autant moins le contester que, cherchant à se créer des origines et des ancêtres, ils voulaient voir des antécédents au scepticisme chez presque tous les philosophes antérieurs, jusque dans Socrate, dans Platon, dont les affirmations sont toujours enveloppées de restrictions et de réserves, parce qu'ils ont conscience, non pas de l'impuissance radicale de l'esprit humain à découvrir la vérité, mais des limites variables et nécessaires dans lesquelles sa nature finie et bornée enferme sa connaissance.

D'autre part, pour avoir le droit de prétendre que le doute est l'état psychologique le plus favorable pour provoquer, stimuler et soutenir l'ardeur et le labeur de la recherche, il faudrait que les sceptiques reconnussent, — et c'est ce qu'ils ne font pas, — que le doute est un commencement et non une fin de l'activité scientifique, que la recherche a un but auquel non seulement elle tend, mais qu'elle peut atteindre, qu'il y a un terme au moins possible à ce tourment, une espérance fondée en raison d'en délivrer sinon absolument et d'un coup l'intelligence qu'il obsède, du moins successivement et partiellement. Telle n'est pas la position qu'ont prise les sceptiques systématiques : il en est sans doute qui ont dirigé presque exclusivement leurs arguments contre la métaphysique, considérée comme la science des substances et dos causes qui se dérobent à la prise des sens, î8-ï|Xa, particulièrement contre la métaphysique stoïcienne. Ils soutiennent, comme le positivisme et le criticisme contemporains, que la solution des problèmes métaphysiques non seulement n'est pas nécessaire à la constitution des sciences expérimentales, déterminées et réelles, mais qu'elle est impossible, et que les tentatives de les résoudre sont par là même funestes à ces sciences; ils s'attachent à prouver cette thèse en relevant les contradictions inconciliables des systèmes philosophiques, qui se réfutent et se dé-

truisent les uns les autres. Dans cette tendance modérée et dans ce but mesuré, ils méritent les noms de Zt^ttitixo^ et de SxcTmxo^, qui expriment l'un et l'autre la passion de la recherche, l'amour de la vérité, l'activité curieuse de l'esprit qui examine, scrute et critique, pour n'être point trompé, les raisons sur lesquelles la connaissance prétend se fonder. Mais tout autre est l'esprit général et caractéristique de la secte. C'est le doute radical, systématique, sans fin et sans espérance, non pas institué comme méthode au commencement de la recherche, mais considéré comme son résultat nécessaire et définitif. Pyrrhon et ^Enésidème ne se bornent pas à réduire toute la philosophie à Tétude de l'esprit, de ses impressions et de ses actes, à abandonner comme inaccessible, îStiXa, la recherche des causes et des substances et particulièrement de l'essence de l'âme, à nier le principe de causalité, à supprimer, en conséquence, la théorie des facultés de l'âme, ce dont plusieurs leur feraient d'ailleurs aujourd'hui un mérite et un honneur : ils s'en prennent à Tesprit humain lui-même, et lui refusent tout pouvoir, tout organe pour arriver à la connaissance. Non seulement la connaissance des choses n'a pas été jusqu'ici réalisée en fait, comme le prouvent les contradictions des divers systèmes philosophiques, mais par la constitution même de son esprit, elle est impossible à l'homme. Le rapport de la représentation au représenté, qu'on le veuille établir a priori ou a posteriori^ qu'on le fonde sur la raison ou sur la sensation, sur l'expérience ou sur l'intuition immédiate, ce rapport est inexplicable et n'est pas fondé : il est impossible d'en soutenir la réalité. Toute conviction est uniquement appuyée sur des raisons subjectives; toute opinion ne saisit que nos états psychiques. Bien plus, ces états subjectifs eux-mêmes ne semblent rien de réel et ne sont peut-être qu'un rêve*. Pour quelques-uns des scep-

■ Descaries et Leibniz définissent la perception : un rêve bien lié ; mais c*esl ce lien, fondé en raison, qui en fût une connaissance.

tiques, il n'est pas sur que nous entendions quand nous croyons entendre, il n'est pas sûr que nous voyions quand nous nous imaginons voir. La pensée n'est plus qu'une hallucination, et la conscience psychologique s'évanouit*. C'est pour cela que leur vrai nom est plutôt è(pexTtxo^, qui exprime un état mental. passif, inerte, immobile, un arrêt de jugement et de pensée, résultant d'une recherche impuissante et stérile, ou encore àîtop7|Tixo^, qui exprime le doute universel et nécessaire, l'impossibilité où l'esprit se reconnaît acculé d'acquiescer à aucune proposition ou de la nier *. Le nom le plus général est celui de pyrrhoniens, qu'ils se donnaient plus volontiers, parce que Pyrrhon avait été le premier à donner aux éléments sceptiques, jusque là dispersés et isolés, la forme d'un corps de doctrines systématisées et organisées 3. Comme il n'avait rien écrit, son nom n'en devint que plus facilement le représentant de toutes les idées de l'école, et de tous les développements d'ailleurs peu nombreux et peu considérables qu'elles reçurent dans la suite des temps.

En faisant ainsi du doute non seulement un principe de méthode, mais une fin de la critique psychologique, en érigeant le scepticisme en un système, qui, malgré les précautions les plus subtiles de langage et les arguments les plus sophistiques, prenait une forme nécessairement dogmatique ♦, quoi qu'ils en eussent l'école aboutissait à la ruine

' A -Gcll., A'. Att„ XI, 5. Ac ne videre quoque plane quidquam neque audirc scsc putant. Ils ne sunt pjs, il cs\ vrai, tous d*accord sur ce point ; car d autres disent : < xb (lèv yàp oti 6p£)|jiev ô{AoXoY90|jiev xai to 5ti tôSe voO|Uv yivcoaxo|jiev ». (D. L., IX, 103j, c'est-à-dire qu'ils reconnaissent la réalité du phénomène psychologique, en tant que phénomène.

' Sext. Einp., P. llijp , 1, 7. ot7copr,Tix-ri r,TOc iuo toO 7i8p\ icavTÔc âtcopeiv. . yj oltCq toO àp.Yj*/avEÎv upo; (TuyxaTctbsffcv \ àpvr^^iv.

^ Sext. Enip., P. liyp.y 1. I. IluppcovEio;... ànb toO çxfvevOat r,(jLlv tôv ITuppcova (Tb)(iaTtx(oTepov xai èTCiçxvéorrepov tûv npb avtoO icpocreXri- >.'j6éva: ty; <rxÉ*]/ei. U. L., IX, 70.

^ Nuiiiéhius. Tun des adeptes médiats ou immédiats de Pyrrhon, que Diogâoo (IX. lOi) réunit à /Enésidèuie et à Nausiphanc, sous le titre commun de 9uvr,0it;, est le seul qui avoue ce caractère dogmatique involontaire et même par eux vivement nié, du scepticisme : {lôvo; ôï Nov{jir)Vio; xol\ ioyiioLxioat 9V}9iv avrbv (Pyrrhon) D. L., IX, 68.

de toute connaissance rationnelle, à Timpuissance radicale, constitutionnelle de la raison, à la négation de toute science, àyvwîj^x *, à la suppression même de la parole, àçaa^a. Lorsqu'on leur objecte qu'il y a une affirmation dans la négation même de la possibilité d'une affirmation, ils s'en prennent aux imperfections du langage, qui fait violence à leurs opinions et les altère ; ils ne s'aperçoivent pas que demander à la raison de renoncer à la raison, de nier la raison, c'est lui reconnaître la faculté de s'affirmer par l'acte môme où elle se nie. Singulier retour des choses et des idées! cette école du doute sans limite et sans fin, par le désespoir même où il jetait la pensée, dont l'espérance est intimement liée avec son activité, c'est-à-dire avec son essence, cette école sceptique allait favoriser l'avènement du dogmatisme le plus absolu qui fut jamais, le dogmatisme théologique fondé précisément sur l'impossibilité de connaître certaines vérités et sur la nécessité d'y croire. Le dernier mot, la conclusion définitive du scepticisme, ràyvcixi^a, le mysticisme les relève; il prétend que certaines vérités nécessaires échappent à la connaissance de l'esprit humain. Dieu lui-même est mieux connu par l'ignorance que par la science, melius scitur nesciendo quam sciendo *. Avec ce principe, on va tout droit à l'abîme, Buôoç, et au silence, Sty^^, des gnostiques. Bossuet lui-même, ce ferme et puissant esprit, si éloigné des visions du mysticisme, dira 3 : c Nous ne sommes capables d'entendre Dieu que par une entière cessation de toute notre intelligence, icidTiç TTjç Y^waewç àvevRpY-ï|5^^ ♦. Il ne suffit pas de nous élever au

> s. Aug. Il n'est pas san? intérêt de rapprocher de ces conclusions celles des phénoméni^ites modernes. « La pcnsëc, dit Hamilton, ne peut pas s*ëlever au-dessus de la consciince ; la conscience n*est possible que par Tantithëse du sujet et de l'objet de la pensëe. Nous ne pouvons jamais, dans uos plus hautes généra lisations,

san' e humaine, parce qu'il ne fut qu'éliminer incessamment le fini ». 3 Sermon Sur rUtiltU des iouffrances, * S. Denys TAréopagite, de àtyitic, Theotog., IV, c. 1,

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dessus des sens... dans la plus haute partie de Tesprit : il faut imposer silence à nos pensées, à nos discours ^ et à notre raison *, et entrer avec Moïse dans la nuée, c'est-àdire dans les saintes ténèbres de la foi. »

Malgré les périls que fait courir à Tesprit le vice du scepticisme radical et systématique, il faut savoir reconnaître le service que, contenu dans de sages limites et ramené à sa vraie fin, il a rendu et peut rendre encore à la science, à la philosophie et à la vie. C'est lui qui met en pratique et en action, le droit de la raison de tout mettre en question, le droit du libre examen sans réserve et sans limites, la liberté de la conscience philosophique et religieuse que rien n'arrête dans ses investigations, pas même Tabsurdité des conséquences, et qui va jusqu'à demander à la raison ses titres à fonder la connaissance et à établir la certitude. C'est l'antécédent de la critique de la raison. Sans doute le principe du libre examen en toute choses ne reçoit pas des sceptiques anciens sa formule et sa théorie : mais ils les préparent en le pratiquant hardiment et témérairement. Ils ont contribué à fonder le droit absolu de la pensée scientifique et semé les germes des grandes libertés dont nous jouissons aujourd'hui. Il faut leur en être reconnaissant 3.

* àçavca.

3 Et on leur en a été reconnaissant , comme le témoignent les nombreux et importants travaux dont ils ont été Tobjet dans ces derniers temps, et dont je crois utile de donner ici la li^te dé^k longue, nuoiquMncomplète :

t. Wacbsmuth« de Timon. Phliasio^ l.cips., 1869.

i. Hirzel, Untersuch iu Ciceros philosoph. Schriften^ t. III, Leips., 1883.

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