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Chaignit. — PtydioloQie. 5
dominante et maîtresse, xh xupitîSov, quelle est son essence, d'où elle vient, question grave entre toutes, puisque c'est cette partie de Fâme qui commande à toutes les autres, et se sert d'elles comme de serviteurs pour accomplir sa fonction générale, puisque c'est elle qui examine toutes choses, et en particulier choisit et approuve, blâme et repousse ^ »
Aux questions, qui concernent le nombre et la nature des fonctions de l'âme, nous pouvons déjà répondre que c'est elle qui crée le corps, ses parties et ses organes * ; qui le meut, qui le nourrit 3, qui le reproduit par la génération * ; c'est par elle que l'homme éprouve toutes les sensations ^ et spécialement qu'il voit et entend ; c'est par elle qu'il possède la faculté du langage ^ ; c'est elle qui est le sujet et la cause de ses représentations, ^xvTaa/ai, de ses instincts, de ses désirs, de ses volontés, bpixa^, auyxaTaOiactc, de ses passions, et entr'autres de ce penchant â la société, t& ouvdYcoYov, t& xoiv(i)vix<Sv, plus puissant chez lui que chez tout autre animal '', c'est par elle enfin qu'il pense, et puisque la pensée est le caractère distinctif de l'humanité, c'est par elle qu'il est vraiment homme ^. Mnésarque, successeur de Pansetius â Athènes^, et, stoïcien lui-même, dans son jugement critique sur la philosophie de son école ^o, retranchait du nombre de ces fonctions de l'âme la faculté du langage et la faculté génératrice, confondue sans doute avec celle de la nutrition, qui n'appartenaient pas, suivant lui, à la faculté générale de la sensation. Se rapprochant ainsi, comme
* Epict., I, 1, 7 ; id.y IV, 7, 40. tl non ïxt^Q ^oOto %a\ fc66ev iXY)XuObc tô ic&ai Toîc aXXoi; xP^'^M'^^ov.
' TO YevvY)T(xbv tûv |upfi>v TOlç 9c6(ia9(.
3 To Y^vifiov, Tb Tp69it&ov.
^ TO yevvYiTtxbv, xb aicsp|iaT(x6v.
* Tb aia6Y)Ttx6v.
* «rb 9(i>VY]Tix6v.
' M. Aur., IX, 9; XII, 30.
* Tb SiavoT]T(x6v, ô X6yo;. D. L., VII, 159.
* Cic, de Orat., I, 11.
10 ii»xp(v»v. Ga)., HUL PA., c. 27, p. 257
Posidonius, de la division en parties distinctes et séparées, il n'admettait, dans l'âme, considérée comme raison, que les fonctions de la connaissance, la sensation et la raison, et comme la sensation se peut diviser en cinq parties, d'après les cinq organes de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, du goût et du toucher, il arrivait ainsi, avec Panaetius, à reconnaître six parties de l'âme, sans compter les facultés passives et les facultés physiologiques. Zenon n'en avait établi que trois ; quelques-uns quatre ^ ; Soranus cinq ; la plupart, comme Ghrysippe, huit : les cinq sens, les raisons séminales propres â ^homme^ la raison^ t& XoYt<rTtx<$v, et le langage ^. Quelquesuns allaient jusqu'à dix, et Posidonius, par des subdivisions que le passage altéré de TertuUien ne nous permet pas de rétablir, partant de deux comme Mnésarque, allait jusqu'au nombre de douze *.
La divergence entre les Stoïciens sur la question du nombre des facultés de l'âme prouve qu'ils n'attachaient pas à ce mot facultés ni même au mot parties la signification d'essences distinctes, existant indépendamment les unes des autres, coexistant simultanément à côté les unes des autres, ce qui rendrait incompréhensibles leurs rapports et leur unité. Ce sont pour eux des points de vue généraux sous lesquels on peut et on doit considérer l'activité totale de l'âme, et qui
I Gai., Hiit, PhU.f c. i4, p. 257. xh Xoytxbv, to alaOy)T(xbv, to 9b>VY]T(x6v, tô amp|jLaTix6v.
' Tertull., de An., U. Dividitar (anima) in très partes a Zenone, in sex a Panetio, etiam in octo pênes Cbrysippam, etiam in decem apud quosdam stoîcorum, et in duos apud Posidoniom, qui a duobus exorsus titulis, principale quod aïnnt T)Ye{iovix6v et rationale quod alunt Xoyixôv, in duodecim exinde prosecuit.
4 Les raisons séminales propres à Thomme, ol èv Tipiîv aiapyjoL'vixoX X^yoi, ne peuvent être que IfjiçuTat Iwoiat, les germes de toutes nos idées ; mais, dans ce cas, elles font double emploi, comme faculté, avec le Xoy(ot(x6v, à moins qu*on ne restreigne le sens de ce dernier mot et qu*on ne lui donne la signification d*entendement discursif, fiiâvoia, différent de la raison, X^y^c» Q^^ ^^"^^ alors précisément le système et l'unité de ces idées a priori, ou de ces semences de nos idées. Sen., Ep,, 120. Natura semina nobis dédit. Cic, de fVn., Natura inchoavit. Id., de Leg., I, 9. Rerum plurimanim obicurai necessarias inUUigentias enodavit. Id., I, 10. Que in animis imprimuntur... inchoatm intelligentie similiter in omnibus imprimontor.
correspondent plus ou moins exactement aux modes de cette activité. La psychologie des Stoïciens échappe donc, sous ce rapport, aux objections assez banales et souvent inexactes qu'on fait à la théorie des facultés de l'âme. Quel est en effet le psychologue qui les a hypostasiées, substantialisées, qui en a fait, comme on se plait à le redire, des personnes et presque de petites divinités mythologiques ?
Mais coipment arriver à connaître et à comprendre toutes ces choses, à savoir la vérité sur l'âme, science préalable et condition nécessaire de la science de la vie ? Nous ne le pouvons qu'en connaissant et en nous efforçant de comprendre^ ce que dit Zenon à ce sujet, SI Zi^vcuv Xéyei. Mais Zenon luimême comment l'a-t-il appris et d'où l'a-t-il pu savoir ?
Ici intervient une faculté nouvelle qui n'a pas trouvé sa place dans l'énumération systématique qui précède, et qui n'en est pas moins la plus considérable au point de vue de la science psychologique. Parmi les facultés de l'âme, Suvàfxctç, il en est une et une seule qui se regarde, s'examine, se pense elle-même, qui a l'intuition directe et immédiate de sa propre essence, de l'étendue de sa puissance, de sa valeur, et qui, en même temps, connaît toutes les autres, même la faculté du désir, qui, d'ailleurs, sous toutes ses îormes, appétit, instinct, passion, plaisir, volonté, n'est qu'un état déterminé de la raison. Elle possède une lumière qui lui permet de voir la vérité en toutes choses et la vérité en ellemême *, et qui, par conséquent, éclaire l'âme tout entière.
Cette faculté est liée immédiatement à un fait fondamental et primitif de la nature humaine, où nous la découvrons et la reconnaissons tout d'abord. Le premier instinct et le plus puissant de l'être animé est de se conserver soi-même. C'est la nature qui fonde dès l'origine cette affection pour
* y^iû^ai. 11 ne suffit pas de croire, il faut comprendre.
' Epict., I^iss.f I, 1. aÙTT)v iauTrjc Oe(opT]Tixi^v. Id., I, i. t&6vy) ykp a^kr) «a\ aOTr,v xaTavoTi^affa..* xa\ Tac ôEXXac &icdtaaC' M. Aur., XI, 12. ^x\ Xà|ticeTai ^ T^v oXi^Oeiav àpi t^v icâvTcov %cà Ty)v sv iauT^.
lui-même dans l'essence de l'être vivant, olxf wu<rr|ç aÛT<3 riiç (fùfsttaç àic'àpxiiç *. Il n'est pas possible, en effet, de concevoir que l'être vivant change lui-même son essence, ou même qu'il soit indifférent aux changements qu'il peut éprouver de la part d'un autre.
U y a bien peu de différence entre la formule stoïcienne et celle de Spinoza : c Unaquaeque res quantum in se est, in suo esse perseverare conatur : conatus quo unaquaeque res in suo esse perseverare conatur, nihil aliud est praeter ipsius rei actualem essentiam ^. > Je trouve même quelque chose de plus profond dans la formule des Stoïciens qui posent l'idée d'une fin propre de l'être et, par suite, un mouvement, une tendance spontanée, 6p(xi^, vers cette fin, qui est le principe de son développement. Spinoza et Descartes n'ont guère connu cette loi que comme une force d'inertie : t Harum prima est (lex naturae) unamquamque rem, quatenus est simplex et individua, manere^ quantum in se est, in eodem semper statu nec unquam mutari nisi a causis externis s. • Spinoza rapporte la loi à l'explication de la vie et de l'âme : c Per vitam intelligimus vim per quam res in suo esse persévérant *. > Les Stoïciens y ont découvert encore autre chose.
Cet instinct naturel et primitif qu'ils appellent le irpôTov otxclov, et qui a pour objet la constitution de l'être, (ruaradtc, son existence organisée, comprend, comme une partie intégrante, la conscience de cette essence et de cette constitution, xal xauru? ffuvefôTrjffiv 5. U faut saluer avec respect la première apparition de ce noble mot dans la langue philosophique.
* D. L., Vil, 85. TY)v irp(i&TY)v éppii^v çotat xb C^ov fax'^v '^^ ^^ TYjpelv iauT6. C'est U Selbserhaltung d*Herbart.
s Ethic., 1. m, 6 et 7.
3 Prinâp. philos., II, 37.
^ Cogiiata Metapkyt., ch. 6, p. 118.
<^ D. L., VII, 85 et 8. Alexandre d*Âphrodisée se sert du mot ovjvataOïQoïc {Qumst., m, 7, p. 171), comme Plotin (Enn., I, I, 11) qui en développe le sens par celui de icapaxoXo^0T]9(c, Taccompagnement de tous les actes psychiques, ^ictète {DUc , n, 11) donne à la conscience morale le nom de avva^aôyiaiç.
Gomme Télément moral, les idées du bien et de Dieu font partie de la constitution de l'homme, le mot conscience signifie pour eux le sentiment du devoir moral en même temps que le sentiment de l'unité de l'être dans toutes ses parties et ses actes simultanés et de son identité dans toutes ses parties et ses actes successifs, unité et identité qui sont également données dans la constitution de l'être. On ne Yoit pas qu'ils l'aient appliqué à cette faculté qu'ils ont si bien connue et analysée, qui permet à l'âme de se contempler elle-même, c'est-à-dire de se dédoubler en sujet et objet dans l'unité de son être, phénomène unique en son genre ; car si les forces de la nature peuvent agir les unes sur les autres ou sur des matières extérieures à elles-mêmes, l'âme seule est capable d'agir ou de réagir sur elle-même.
Ce n'est psus dé ce nom de conscience, qu'ils avaient si heureusement trouvé, mais bien de celui de sens général, xotvV} a?(TOr|(Ttç, qu'ils désignaient la faculté qui accompagne toutes les autres facultés; ils se la représentaient comme un contact intérieur et intime, èvT&ç à^i^, par lequel nous nous saisissons nous-même*, et c'est à l'^euovtx^v qu'ils rapportaient l'acte vraiment solennel par lequel nous disons : Mai^ xh cy<o
XéyofAcv xaxi toîÎto *.
Quelque restreinte que fut pour les Stoïciens l'application de ce mot conscience, ils ont bien connu la chose; c'est à la fois la conscience, et la conscience de soi. Cette dernière avait paru aux écoles spiritualistes conditionnée par l'incorporéité de l'âme : pour les Stoïciens, au contraire, elle est
* Stob., Serm., Appenii., XX, 9. Gaist., IV, 431. Tr,v8e xo(vt|v aï<i^f\aty èvro; àç^v icpooayopt\Sou9i xaO'r^v xa\ T)pLfi>v aÙTûv avTiXa(i6av6(ie0a. Dans ee notMméme, il faut évidemment comprendre le corps; car la constitution, a^^naan;, est rame elle-même dans un rapport déterminé à son corps. Senec., Ep., 121, iO. «f Constitutio est principale animi quodammodo se habens erga corpus •. La conscience qui raccomi»agne est donc, dans un de ses éléments, la conscience vitale, le sens vital, la conscience du corps, le moi vital.
* Gai., Hipp, et PL Dogm., II, p. 215. Montrant par là, par ce geste et cette démonstration toute physique, ajoute Galien, que ce moi c*est la pensée, Tâme pensante (v. plus haut) Setxvuvre; a^xovic... t^ 8iavot«v slvst.
conditionnée par sa corporéité, puisque c'est dans leur hypothèse seule que le vooOv est réellement identique au voou{acvov, rame et les choses, l'objet et le sujet de la pensée n'étant que les degrés divers de la tension d'un Pneuma, en substance toujours identique àlui-même. U en résulte que la conscience est une sensation et ne peut être qu'une sensation, comme toutes les fonctions de l'âme, qui, elle-même, n'est qu'un sens. L'âme et toute sensation ne peut être connue à Tâme que par une sensation ^
Que nous apprend-elle donc de nous-même, c'est-à-dire de notre âme, cette conscience ?
Elle nous fait connaître que l'âme considérée dans sa fonction éminente, souveraine, et par suite dans son essence, est une force qui agit sur elle-même, éveille et met en mouvement sa propre activité, la dirige, la forme même, en sorte qu'on peut dire que l'âme se fait elle-même ce qu'elle veut être, et fait apparaître à sa pensée tous les phénomènes internes et externes tels qu'elle les veut voir *.
L'âme est libre : elle ne dépend que de nous, è^'fjfiiv, de nous \ c'est-à-dire du moi, qui n'est autre que l'âme même : elle est libre, puisqu'elle ne dépend que d'elle-même. Or, nous savons que c'est en elle que se produisent les représentations, les mouvements de l'instinct, des penchants, des
1 Sen., Ep.t ISl. Necesse est enim id senUant (animalia) per qnod alia quoqoe sentiimt : necesse est ejus sensam habeant cui parent. Qc, Acad,^ II, 10. Mens enim ipsa, qoe sensoum fons est atqne etiam ipia teruut est.
« M. Anr., VI, 8.