LA SENSATION ET LA REPRÉSENTATION
Dans la série progressive et ascendante des formes que prend la connaissance, dans la théorie stoïcienne, la représentation sensible, aï^diriaiç ou cpavra^^a, constitue, d'après Zenon, le premier degré. Le second est l'acquiescement, l'assentiment, (ruYxaTdLetatc ; le troisième est la compréhension, xaToXiriirrixi^ cpavrav^a, xaTàXir}tj;iç ; le dernier qui la termine et achève la connaissance est la science, c7rt<m^{A7| ^ L'image favorite par laquelle le philosophe se plaisait à rendre plus claires et plus sensibles cette détermination et ces distinctions, c'est-à-dire les différentes figures que peut prendre la main de l'homme, tantôt ouverte, tantôt à demi fermée, tantôt entièrement fermée, tantôt fortement serrée par l'autre main, cette vive image nous rappelle que les différentes facultés de Tàme et les différentes formes de la connaissance, ne sont que les différents degrés de tension, d'énergie dans l'effort du Pneuma psychique *.
La sensation, qui forme le premier degré, se présentait, aux yeux des Stoïciens, sous plusieurs aspects.
I. La sensation, c'est avant tout le Pneuma doué de raison, Tcveufxa voep<Jv, l'esprit, qui, de Vi^yt[Lo^ix6^^ pénètre jusqu'à chacun des organes sensoriels et s'y tend lui-môme '. Cette
< Gic, Aead., II, 47 — visum, — assensas, ^ Gompreheasio. Id., I, 11.
> Ray., Mem, Acad. Inser,, XXI, p. 36.
> Plut., PI Pha., IV, 8. D. L., VII, 52. Galen., Hitt. PhU., 90. Nemes., de Nui. Homin,f p. 77.
première définition établit une différence sensible, et, disonsle tout de suite, une supériorité au point de vue psychologique sur la théorie des facultés de Fàme d'Aristote. Celui-ci, par sa distinction des trois âmes, végétative, sensitive, raisonnable, était obligé de chercher à expliquer leur rapport et leur harmonie, et de découvrir une cause qui fit leur unité et l'unité de l'homme même. Pour les Stoïciens, malgré quelques divergences plutôt extérieures qu'intimes et profondes S l'âme est absolument une, toujours et partout raison, dans la sensation, dans la passion, dans la volonté comme dans la pensée même. Car même la volonté est raison. La liberté consiste à vouloir qu'arrivent les choses comme elles arrivent, et elles arrivent par une nécessité divine. Pour y conformer sa volonté, l'homme doit donc connaître cet ordre nécessaire des choses. Mais le concevoir dans son essence, le connaître dans sa nécessité, qui est le bien, le bien du Tout, c'est plus que lui obéir, c'est le vouloir. La volonté est ainsi un acte de la raison \ et l'âme est le système entier des fonctions ou des facultés diverses de la raison ^.
Nous voyons ici une hypothèse qui explique la génération des facultés qui toutes sont issues du même principe, rayonnent toutes d'une même force centrale. Il n'y a pas entr'elles de séparation substantielle ni même de distinction spécifique : elles sont toutes un mode de la raison, dans laquelle elles coexistent toutes en germe, et qui est la fin pour laquelle elles existent, c'est-à-dire leur cause finale. Cela n'empêche pas, et bien au contraire, que la sensation soit un moment de toutes les idées et de toutes les facultés, par suite même de leur identité parfaite d'essence. L'âme est une sphère par-
> C*est ainsi que M. Aorële (II, 2, XII, 3 ; HT, 16) distin^e dans Thomme le carptt d'où viennent les sensations ; I*âme, 4'vxiq* d'où viennent les instincts et les désirs, àp\LCLi ; la raison, voO;, d'où viennent les pensées, S^yiiaTa, et la sci'-nce qui en est le système complet et parfait.
» Epict , Diss., 1. I, ch. XII, 16.
8 Gai., Hipp. et PL Dogm., V, p. 445. ?<m 5é ye ^'/Cî\^ V-h^ ^^^^^ » iv auT^ X^yoc ouvIoTYjxev.
tout semblable à elle-même ^ L'acte par lequel elle semble se diviser et se disperser suivant les objets et les organes physiologiques, n'est pas une dispersion réelle, une division locale, ^toL^udu. C'est une tension , Tàdu, de degrés différents. Sans quitterson centre d'action, elle se tend et s'étend à tous objets^, n y a quelqu'analogie, mais encore plus de différences entre cette théorie psychologique et celle de Ck)ndillac. Lui aussi a cherché à ramener toutes les facultés i une seule, mais il a conçu le problème et l'a résolu en sens contraire des Stoïciens : il ne s'agit pas pour lui d'une genèse, mais d'une transformation. Toutes les facultés ne sont que la sensation transformée : la sensation est donc la cause efficiente de la raison. La notion de fin disparait dans cette conception, et si l'on voulait l'y introduire il faudrait dire que la sensation est la fin de la raison, c'est-à-dire l'inférieur la fin du supérieur. La sensation enveloppe et contient en germe la raison. Les Stoïciens soutiennent précisément le contraire : la raison enveloppe, comme une des phases de son développement, la sensation.
II. La sensation est en outre pour les Stoïciens la disposition, l'organisation, l'arrangement des appareils physiologiques sensoriels, xaratixeua^, dont l'imperfection naturelle ou accidentelle constitue une infirmité, par exemple nous rend sourds, aveugles, etc.
III. C'est encore la faculté ou puissance de l'&me, $ùvQi(xtc, d'appréhender les objets sensibles, (xvTiXY^Tmxi^, d'aller audevant d'eux pour s'en emparer. Car les objets viennent moins à nous que nous n'allons i eux 3. L'instrument organique de cette appréhension s'appelle acdOT^Ti^piov.
IV. Cette faculté devient une e^tç, c'est-à-dire un état habituel, une disposition permanente, constante à Tacte, une
^ M. Aur., XI, IS. ffçatpa «Vux^jc avToetd'nc*
« id., vni. 57.
' M. Anr., XI, 12. oux Xp^sTat M n xk icpayiiaTa, ôXX'avx^c ifr'lxcTva
possession de la force toujours prête à entrer en fonction.
V. La sensation est de plus l'acte même de cette faculté ou habitude, hipytid .
VI. Mais c'est surtout la perception sensible, c'est-à-dire la connaissance opérée par l'acte de la faculté, par le mouvement et la tension du Pneuma qui la constitue, c'est-à-dire encore le produit, l'ouvrage, ipyov, de cet acte sensitif . Les Stoïciens donnent aussi parfois à ce produit le nom de xaToLXTi^tç, qui s'applique le plus souvent au produit intellectuel de la raison quand elle s'empare de ses objets propres, comme par exemple : l'existence des Dieux. Le caractère de de cette espèce tout intellectuelle d'appréhension ou de compréhension, est d'être une connaissance enveloppée d'une image, une représentation intellectuelle, ^avrad^oc xaTaXTjirrtxi^ : car il y a une représentation des objets intelligibles comme des objets sensibles < .
Les sensations proprement dites, en tant qu'impressions, sont toutes vraies ; il n'est pas possible que nous ne sentions pas ce que nous sentons ; il n'en est pas de même des représentations qu'à la suite de ces impressions nous nous faisons soit des choses, soit de ces sensations elles-mêmes *. Les représentations sensibles n'ont qu'une manière d'être fausses, tandis que les représentations intelligibles peuvent l'être de deux façons 3. On appelle représentations sensibles atdOTjTixal (pavrad^ai, celles qui viennent du sens commun et des cinq sens, et qui sont distinctes de celles qui viennent de la raison, aTi^ Siavo^aç, comme celles que nous avons des choses incorporelles et de toutes celles que comprend seule
la raison, Xéfio Xau6av6(xe0a ^.
* Galen., Hitt, Phil., xa\ yàp alffOy)tûv coti çavtaa^a xa\ voY)Tfi)v.
' Id., id, tkç ataOïQastc (lèv àXy)Oelc, t£>v Se çavxaatùv xàç (tiv, àXY)OcTc, xaç Sa
3 Id., id,
* D. L., VII, 51. On distingue les représentations sensibles venant d'objets réels qu'accompagne un sentiment de cestion (on cède à la force de l'image) et un consentement. 11 en est d'autres qui ne sont que des visions qui semblent venir d'obgets
La représentation sensible ne peut nous tromper que sur la manière d'être, la qualité de l'objet perçu ; mais elle ne peut pas nous tromper sur le fait de son existence ; qu'il y a des objets extérieurs, un monde extérieur, c'est elle qui nous l'apprend, elle seule qui nous l'apprend et qui nous l'apprend avec certitude ^ Dans la représentation intelligible, nous sommes exposés à une double erreur : d'abord de ne pas nous représenter l'objet tel qu'il est réellement, etensuite de croire qu'il n'existe pas quand il existe, ou qu'il existe quand il n'existe pas.
Dans toute affection psychique, dans toute représentation même sensible, il y a lieu de distinguer l'impression purement physique de la représentation. Tandis que Straton mettait dans l'âme non seulement les représentations qu'elles opèrent, mais les impressions elles-mêmes, parce que l'&me seule est capable de réaction, 67co(xovi^, et que cette réaction est une condition nécessaire de la représentation ; tandis qu'Épicure les plaçait toutes deux également dans les parties du corps, sièges de l'impression physique, les Stoïciens renferment dans les parties corporelles touchées les impres-
rëels et n*en viennent pas. On distingue encore les représentations rationnelles, qui appartiennent aux êtres doués de raison, ce sont les pensées, vor,aEtc, et les représentations irrationnelles qui viennent des êtres privés de raison; ces dernières n*oot pas reçu de nom. Enfin, il y a des représentations que l'art (iroduit ou du moins achève, et des représentations où Tart n'entre pour rien, absolument instinctives. C'est ce qui fait que l'artiste voit une statue avec d'autres yeux qu'un homme étranger i la sculpture : £XXb>c yoOv Occi>petTat Oico texv^tou ctxùv xa\ £XXb>; *Jicb otTixvov. D. L., VU, 51. C'est une remarque bien fine et bien vraie : il n'appartient pas i tout homme de distinguer les plus délicates nuances des couleurs, comme des sons, et l'on sait que la plupart n'arrivent pas à se faire une représentation nette et précise du rouge pur. et trouvent difficilement la place du bleu pur dans le spectre.
< Epict, Diss.y II, 1, il. Tels les yeux nous montrent les objets, telles nous en avons les représentations. IV, 1, 136. Aux choses qui nous apparaissent avec évidence, nous joutons foi : o\tx\ Sàxolc ivapYûc çaivoi^ivotc TcapaxoXovOctc ; Sext Emp., adv. Math., VU, 260. Il est absurde de reconnaître qu'il y a des couleurs et qu'elles sont différentes les unes des antres, et de nier l'existence de la vue, ou de soutenir qu'il ne fout pas y sgouter foi. De même il fout être fou pour accorder qu'O y a des objets réels et soutenir que la représentation que nous devons i la sensation par laquelle nous saisissons les objets, dt'TJç tûv icpayiidiTwv àvTtXapiSavtTott, ne les refirésente pas fidèlement.
sions physiques, tù TcàOt), mais placent les sensations mêmes en tant que représentations, dans Tâme dans l'f) Ye{Aovix($v, c'està-dire dans la raison ^
La sensation prise dans le sens d'une appréhension par l'âme d'un objet sensible par l'intermédiaire d'un agent organique spécial ^ comporte cinq espèces distinctes ^ : la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût, le toucher *. Ce sont là les sensations véritables et propres. On peut dire, il est vrai, qu'il n'y a sensation que des corps ; mais, puisqu'aux yeux des Stoïciens, toute chose est un corps, toute connaissance enveloppe un moment de sensation ; rien ne peut échapper à la sensation si ce n'est les rapports et les lois, qui sont incorporels, précisément parce qu'ils n'ont pas d'existence objective.
La vision est opérée par le Pneuma tendu de Vr^ytit.o^ix6^ aux yeux. On voit lorsque l'air, qui est aussi un Pneuma placé entre les yeux et la lumière, leur objet, se tend en cône. La partie de l'air extérieur, frappée par le Pneuma visuel, qui prend la forme conique lorsqu'il est homogène, se rapproche de l'organe et pose sa base sur l'objet et son sommet à la pupille.
L'objet vu nous est annoncé, révélé par la tension de l'air intermédiaire frappé par le Pneuma visuel comme par un bâton 5. U se projette alors sur l'objet et de l'organe lumi-
1 Plut., PI. Pha., IV, 23. Sext. Emp., adv. Math., VII, AU : c Pour que se produh^e une représentation sensible, çavxaaia alaOY]Ttxiq, cinq choses sont nécessaires : « 1. Un organisme sensoriel, xb ai(rôy)Tr;piov ; 2. Un objet sensible approprié ; 3. Un espace, une distance, un intermédiaire, 6 t6ico; ; 4. Un mode particulier et propre d'opération, xb iiâ>; ; 5. Enfin, Tintervention de la raison, r\ dtavoia ». La sensation enveloppe donc un acte' de la raison, une pensée, et en même temps nous le verrons, un acte de la volunté, avyxaxâdeatc. Stob., Floril., IV, 23i. Diels, Doxogr., p 396, b. 3. Aussi Galien [HUt. phU., XIX, p. 302). Xéyexat r\ ataOyjat;... xai aùxb xb T)Ye(J.ov(xbv. L'y^yeijiovixov est appelé une sensation et Test en effet. Plut., PL Ph., IV, 21. xb t)ysp^ovix6v, xb icotoOv... xàc alffOiqaetc. C*est la raison qui, au fond, opère tt cause les sensations.
« Plut., PL PhiL, IV, 8. (xvxîXyj+i; aloOyixoO di ViadTjxTjpîou.
^ Id., td., IV, 10. tUtxàc atffOiqaeic.
« Stob., Ed.y I, 50, 8.
» D. L., VII, 157. ctfc lik paxTY)p2av xoO xaOivxoc àipoc Stob., Ed., I, 53.
neux en soi un faisceau de rayons de feu et de lumière, que rien ne brouille ou n'obscurcit. C'est pourquoi nous pouvons voir même l'obscur. Les rayons ignés, outre leur lumière, ont un mouvement, et de même que leur lumière éclaire l'obscur, leur mouvement a une puissance plastique qui donne à l'air environnant des formes appropriées à chaque espèce de sensation. La forme des objets nous est révélée par la position ou droite ou inclinée de la base du faisceau lumineux, et leurs grandeurs et dimensions par la force du Pneuma visuel dont la distance affaiblit le degré de tension, et qu'elle empêche par là de saisir toutes le» parties de la chose ^
Les couleurs sont les premières formes que prennent, dans la représentation, les objets matériels, les qualités premières, par lesquelles leur existence se manifeste à nous^. L'objet existant est l'ôTràpxov. Car la représentation est un état passif, TcàOoç, une modification qui arrive dans l'âme et qui fait voir et elle-même et aussi ce qui la cause et l'opère, xh i:£i:oi7^x<$ç 3. Elle est xaTxXY^TCTixi^, c'est-à-dire qu'elle saisit son objet quand elle est produite par un ûTcàpx®^ * > ^^^s l'ûTràpxov étant défini à son tour par : ce qui meut la représentation
COmprèhensive, th xivoî3v Tir|v xaTaATfjxrixiriv cpavTaa^Qtv 5, OU ne
peut nier qu'il y ait cercle, comme le dit Sextus, et que les deux choses tour à tour définies l'une par l'autre restent également inconnues, eic T<n); Bv apco^ov.
Quoiqu'il en soit, la représentation est un acte psychique qui pose à la fois et dans un même acte et lui même et son objet qui est en même temps sa cause. C'est un état de l'âme
1 Chaldd., in 7ïm., éd. MQller : c Prout basis ejus vel directa ve! inflexa erit... ita apparebont que videntur... Oneraria quippe navis eminus visa perexiffua apparet, defictente contemplationis vi^re, nec per omnia navis membra se fundiente spiritu (icveO|ia) ». Le cône est pour Chalcidius une forme agrandie du Pneuma visuel qui «e trouve dans Toeil, et non de Tair extérieur.
< Stob., EcL, 1, 36i. Plut., PL PtUL, 1, 15. Gai., Hipp. et Plat. Dogm., t. V, p. 642. ol içpÛTOi aYt)aaTtauo\ tt)C uXt|C>
» Plut., PL PhiL, iV, 12. itâOo; ev tï) ^x^ Y»Yvij«vov. Le mot itdao; s*appliaue ici non à l'action mécanique localisée dans Torgane, mais au phénomène psychologique
^ Sext. Emp., Pyrrh, Hyp., III, c. 25. Segm., 242.
» M., adv. Log.^ VIII, 86.
Chakhit. » Ptifdiolêine. 6
dont l'àme a immédiatement conscience, puisqu'elle voit tout ce qui se passe en elle, et dans lequel est donné, posé absolument le monde extérieur, qui nécessairement existe puisqu'il agit, et que Têtre, suivant les Stoïciens, est ce qui est susceptible d'agir et de pâtir.
C'est ce qu'en termes plus scolastiques et moins clairs répétera Herbart. Dans la sensation s'impose à la conscience une chose étrangère à elle et qui nécessairement est, puisque la conscience ne peut la supprimer et ne peut se dispenser de la poser, quand môme elle ne le voudrait pas. Telle est en effet la seule signification de la prétentieuse formule d'Herbart: l'être est position absolue et absolument position. Mais, comme l'a déjà très judicieusement objecté Trendelenburg, il n'y a pas de position possible sans un posant^ qui nécessairement doit être un être. Dans l'acte de la sensation, comme d'ailleurs dans tout acte de connaissance, l'&me, la raison, dans un seul moment indivisible se pose comme sujet existant et pose l'existence de son objet. L'être est encore moins ce qui est posé que ce qui pose et se pose d'abord lui-même, comme le disent très simplement mais très profondément les Stoïciens: TràOoç... Èv$£txvù<Acvov êaur^ tc koA xh ire7conr|xd; ^ La représentation, ou plutôt l'esprit qui se représente a donc dans un seul et même acte conscience de soimême et du phénomène qui se produit en lui et de l'objet extérieur qui le cause ; il se voit comme sujet d'une représentation dont il pose l'objet : c'est bien là le caractère de la conscience.
Ainsi lorsque par la vue nous voyons le blanc, il se produit dans l'âme un Tiaôo; opéré par la vision. Cet état nous oblige d'affirmer qu'il y a un objet blanc qui a mis l'âme en mouvement, 6ti uTrdxeiTai Xeux^v xivouv Tjfxaç '. La vue ne ment
pas, où ij/eù8eTat y\ ^patri; ^.
« Plul., PI. fhil., IV, 12.
« Id., id.
3 Stob., Floril.f 113. Chrysippe, surtout, avait insiste sur le caractère de certitude
Il faut bien remarquer la part active et prédominante que prendlaraison dans laformation des représentations sensibles elles-mêmes, c Lorsque nous voyons le blanc, il se produit dans Vâme un certain état qui vient de la réception en elle du blanc; car de même qu'il se produit un icàOoç dans l'appareil sensoriel, dans les aidOT^Ti^pta, quand ils sont affectés par l'objet sensible, de même il s'en produit un correspondant dans l'&me, quand elle en prend une conscience réfléchie, ^rav cwoi^Tfi ; car alors elle reçoit en elle l'image de l'intelligible, tou voy^tou, et dans l'exemple cité, l'espèce, la forme intelligible du blanc ^ t. La sensation est donc un mouvement du Pneuma interne de l'œil qui frappe le Pneuma externe ou l'air, le met en mouvement à son tour et lui imprime, par un certain degré de tension, une certaine forme. Ces deux Pneumas étant mis ainsi en contact, le mouvement en sens inverse, le diaule se produit ; le Pneuma interne, par la résistance de l'autre, est refoulé sur lui même; il réagit sur lui même, il revient à son point de départ, à son centre, à r^Y£(xovix<$v, dans lequel et par lequel s'opère toute représentation.
Les choses se passent de la même façon dans les autres phénomènes sensibles ; l'odorat est un Pneuma tendu de rflYC(xovix6v aux oreilles ; le goût un Pneuma tendu du même centre à la langue ; le tact un Pneuma également tendu de r-^YCfjLovtx^v aux tissus superficiels de tout le corps, pour que la perception des objets qui peuvent frapper ce sens soit plus facile à opérer.
La voix que Zenon appelait, th f (ovaev, est un Pneuma tendu au pharynx, à la langue et aux organes vocaux ^. La voix est un corps, car tout ce qui agit et fait, -ch Spîôv xal zh iroiotlv, est un corps; or la voix agit et fait; nous l'entendons,
des représentations sensibles, ou du moins de la plupart d'entr'elles. Plut., de Coinm. Not., I. ico>Xà |Uv t^ at<j6iqaei napaXtncov, et il y voyait le rempart le plus assuré contre le scepticisme. Senec., Ep.t 95. Âperta (sunt) que sensu comprebenduntur.
' Nem., de Nat, Hotn,^ 75.
« Plut., PL PhU., IV, ÎO.
nous la percevons ; pour cela il a fallu qu'elle frappflt le Pneumade l'ouïe et y produisit une empreinte, ixTuicoij^c. De plus, tout ce qui est mû est corps ; or la voix est mue ; quand elle est jetée sur des surfaces lisses, elle rebondit en arrière comme une balle lancée contre un mur. C'est pourquoi à l'intérieur des Pyramides d'Egypte, un seul son se brisant contre les parois en produit quatre ou cinq différents ^
Je laisse de côté la faculté génératrice, ?& (nctpfMiTix^v, qui ne fournit guère de perceptions intellectuelles et que Pansetius renvoyait non point à l'&me, mais à la nature, au principe de la vie végétatives de même qu'il renvoyait la faculté vocale, Tbfcovvtxbv, aux mouvements de l'instinct, Tiiçxa6%p(A^v xivi^df (OC (xipoç f TvQit ; mais cette distinction, qui venait de l'École de Platon, dont il avait toujours le nom sur les lèvres, est contraire aux principes des Stoïciens qui, par leur théorie du Pneuma, ne pouvaient faire de différence d'essence entre la nature et l'âme.
L'ouïe est également un Pneuma tendu de l'^yf (lovtx^v aux oreilles ; mais dans cette dernière sensation, Tair, de sa nature absolument continu, ne contenant aucun vide qui le divise en particules séparées par un espace, lorsqu'il est frappé par le Pneuma interne, se forme en une infinité d'ondes, xufjiaTouTai, dessinant des cercles réguliers qui se propagent et se prolongent dans tout l'air environnant. (Test quelque chose comme les ondes qui se forment dans un bas* sîn rempli d'eau où Ton jette une pierre; la différence est que dans l'eau les ondes sont circulaires, se meuvent dans un plan : les ondes de Tair sont sphériques, c'est-à-dire, forment un volume «^ C'est, je crois, la première apparition de la théorie de l'ondulation, appliquée à la perception et à la trans-
« Plut., PI. PhiL, IV, 20.
* Nemes., de Nat. Hom.y ch. 15, p. 96. xb 81 airep(iaTixbv ov ttjc ^^^x^c P>^poc àXXà Tr^c çuaeuc. Conf. Tertull., de An., 14.
3 Plut., PI, Phil., IV, 19. D. L., VII, 159. « On entend lorsque l'air, place entre Torganc auditif et le corps résonnant, est frappé d'un mouvement spbériqae ondulatoire et tombe dans les oreilles. »
mission des sons. Dans l'hypothèse stoïcienne les sons arrivent ainsi tout formés dans l'oreille qui n'a qu'une fonction : les recevoir.
De cette rencontre du Pneuma interne et du Pneuma externe naît, des appareils physiologiques différents et séparés, une impression physique, le icàOoç de la sensation, et à la suite de cette impression, se produit, dans rflYt{Aovtx($v, où leur mouvement se concentre et se ramène comme il en est parti, la représentation sensible, f avTxa^a, dont le nom, quoique parfois appliqué aux idées en général, est tiré du mot (puSç, lumière ; car la lumière fait apparaître les choses qu'elle contient et l'^yf {Aovtx<$v, (ici la conscience, fait apparaître les phénomènes qui s'y passent.
La conscience est donc présente à tout acte de sensation, qui est en même temps un acte de pensée ^ une modification de l'âme en tant qu'âme ^ en tant que pensante, modification qui correspond et répond à la modification organique causée par l'objet extérieur. Toute représentation est une empreinte faite sur l'âme, TÙTKodtc, quoique toute empreinte faite sur l'âme ne soit pas une représentation ' : ce qui veut dire, j'imagine, qu'à toute impression organique, qui en tant que telle arrive à la conscience, ne correspond pas, ne répond pas une sensation représentative, une notion sensible.
Le phénomène psychologique de la représentation est soumis à deux conditions qui sont toutes deux des Tuicco^ftc L'impression faite sur l'organe sensoriel n'est pas directe, nous l'avons vu, comme dans la théorie péripapéticienne, il faut pour qu'elle se produise un intermédiaire, l'air. Cet intermédiaire doit être d'abord lui-même modifié, et recevoir par l'action du Pneuma interne, présent et agissant dans
I Nemes , de Nat, Hom., p, 75, Stocv iwoiqffT).
s Sext. Emp., adv. Math., VU, 232. iv {/v^p cdc Sv Iv ^jx^, Pliit., PL PhU., IV, 12. naOo; iv t^ 4^X^ yivipievov Êv&txv^pievov iauT6 tt xa\ xh micotY^xi;.
> Id., a. Cette réserve, bien qu'enfemiée dans une objection contre It théorie dé la Tvic«»9ic« me parait (aire partie de Texposition de la théorie même.
chacun des organes, une forme conique pour la vision, ondulatoire pour Faudition. Cette aTcoTUTtaxnç de l'air médian, déjà imaginée par Démocrite, produit à son tour une tuitcovcç dans l'âme, qui est elle-même un air pneumatique , vital, pensant, mais enfin aussi de l'air.
Aristote, pour expliquer le phénomène de la réminiscence avait déjà admis la persistance, [xov-^, dans les organes sensoriels, des résidus des mouvements sensibles sur lesquels se portait le mouvement propre de l'âme, lorsqu'elle fait un effort pour se rappeler une représentation : il avait appelé ces restes de vibrations moléculaires des espèces d'empreintes, olov, &<T7rep TUTcot. Il ne semble pas que ce fussent, pour lui, des traces physiques, des empreintes matérielles enfoncées dans les parties molles des organes ou du cerveau. C'était plutôt des mouvements suspendus, du moins affaiblis, s'affaiblissant et s'arrètant mutuellement par leur rencontre et leur opposition, produisant ce qu'Herbart appellera plus tard l'obscurcissement, mais qui reprennent toute leur activité et leur force quand l'obstacle disparait ou est vaincu, àvetfjiévou toD xwXùovto;, evepYoO(Tiv. Mais les Stoïciens, qui croyaient l'âme corporelle, pouvaient très bien admettre qu'elle était susceptible de recevoir des empreintes matérielles et de les garder. C'est même là une de ses fonctions propres et essentielles*. Cléanthe, fidèle aux enseignements du maître, les entendait dans le sens le plus matériel : elles formaient, dans la substance de l'âme, des dépressions et des saillies 2 semblables aux empreintes que la cire reçoit de l'impression d'un cachet gravé soit en creux soit en relief ^.
• Euseb.. Prœp. Ev.y XV, 20. ai(T6y)Tixy)v eivai oti Tx^noOiOai ts Suvarai to liépo; TÔ f,YOÛ(jL6vov aùtr,; iiib tûv ovtwv xai 'jirap'/ôvTwv ôià twv ai90r;TY2O:ci>v xai 7tapaoéx6«T8ai fà; tuiï(u<i6i;- TaOra yàp î'Sia 'V^X^i? ^*''f^-
' xaxà elao)(iav xi xai £Ço-/r,v L. Stein entend ces mois du double mouvement du Pneuma, Tun qui entre et l'autre qui soi1, et cite à Tappui la définition de la représentation de Zenon reproduite par Cic, Acad., I, 11 (sensus) : Quos junctos esse censuit a quadam quasi impulsione oblata extrinsectts : quam ille çxvraat'av, nos \isum appellemus licet.
' D. L., W\, 50. Plut , Comtn. Not., 47. çxvtaçîx oï rinoxyi; èv ^u/y Cic,
Ghrysippe trouvait absurde cette hypothèse à laquelle devait revenir Épictète^ étant donnée la multitude des empreintes simultanées qu'éprouve Tâme; il voulait entendre la TÙTCûXTtç comme un simple changement de qualité, c'est-à-dire de tension, comme des altérations et des modifications iTepoittxretç xal àXXoiaxrctç, qui, malgré la multiplicité des représentations simultanées, n'offrent rien d'impossible àconcevoir; car un même corps, l'air par exemple, peut être pénétré simultanément de nombreuses modifications hétérogènes : l'odeur, le son, la forme, la lumière, la chaleur, le mouvement *.
La représentation est donc, de quelque façon qu'on l'entende, une impression, une empreinte faite dans l'âme, une forme que l'âme prend ou reçoit, par l'action efficace d'un objet existant en tant qu'existant, changement tel qu'il n'aurait pu se produire si l'objet n'existait pas, s'il n'était pas en présence du sujet, et dans une situation telle qu'il puisse agir sur lui 3. Mais cette passivité ne la constitue pas tout entière; la sensation représentative, quoiqu'on dise Philon ♦, n'est pas réceptivité pure, aidOY^iri; oûx eT^Oeatç. n est vrai que l'âme, en présence de l'objet réel,cède d'abord à l'impression, à l'impulsion du dehors, impulsione oblata extrinsecus. C'est le moment passif, réceptif, e^iç-Mais pour achever l'ouvrage, il faut de plus que l'âme consente, agrée, réagisse contre l'impression reçue : c'est le moment spontané, actif, en partie volontaire, en partie involontaire qui porte le nom de (ru^xaTaLOtatç^,
Acad., II, 6 et 35. Vitum imprusutn efBctumque ex eo nnde esset. Plutarqne, de Comm, Not.^ 1. 1 , objecte que la nature de Tair étant gazéifonne, âva6u|ita9tc, s'il est (Nfjà difficile de concevoir, à cause du peu de densité de cet élément, qu*il puisse recevoir une empreinte, Tuna>07)vat cpY&Sec, il est absolument impossible qu*il la puisse conserver.
' Dits.f I, H, 8. Tvicou;... cv t^ «avToO ^x^C çuXamtc.
> Sext. Emp., adv. Math.y VII, 228.
s Cic, Acad,^ II, 6. Visnm... effictamque ex eo nnde esset, quale esse non posset ex eo unde non esset.
4 Phil., Qu, D. immut., I, 9. afaOyiatc |jiàv o^v, &ç a^ti «ov dv)XoT tb ^vo|jia, •roOtaU TIC 0^98. Id., de Mundo^ ch. 4, U.
> D. L., VII, 51. (UT'erÇeo»; xa> av^axTaOévccD; yiyytoyxai.
acquièsceDient, consentement, qu'on peut dire toujours volontaire, mais dans lequel la volonté est tantôt consciente, tantôt inconsciente ^ On peut même dire qu'il y a un double consentement : le consentement involontaire des sens, cuxepta 9en9ibu8^ et le consentement de l'&me qui est volontaire et dépend de nous ^. n y a déjà une espèce de représentation dans le premier de ces états : visum objectum imprimet illud quidem et quasi signabit in animo $uam speciem : sed assensio nostra erit in potestate 3.
Ghrysippe ne pensait pas que ce consentement fût absolument à notre disposition et en notre pouvoir : s'il reconnaissait que l'image, la représentation ne contraint pas l'âme à l'admettre, qu'elle n'est pas la cause absolue et entière de l'assentiment ^ il soutenait qu'elle y prend part et que l'âme ne se retourne pas d'un mouvement indépendant de l'impression vers la vérité ou l'erreur. Quoi qu'il en soit, dans toute représentation la volonté joue un rôle essentiel et nécessaire puisqu'elle repose sur l'assentiment^. La sensation
* C'est dans ce sens que j'interprète le passage de Sextus Empiricus {adv. Math.y VIII, 397) : c La ouYxaTdOeat; est double : elle a un élément involontaire, ïxt\>t ti àxo\Sfftov, et un ëlëment volontaire, dépendant de notre jugement. Le fait de recevoir une impression et d'en concevoir une image, to f avTavKoOrjvai, est involontaire ; ce n*est pas un fait du sujet mais de Tobjet, f avTaatoOv. Au contraire, consentir a ce premier mouvement dépend de celui qui reçoit la représentation, SxetTo ini tô»
< Cic, Acàd.t I, U. Zeno ad h»c que visa sunt et quasi accepta sensibus, assensionem a^jungit animorum.
« Cic, de Fat, 19, 43.
^ Plut., SUxUi. Rep., 47. oOx o^aav aÛTOTcXr) alx^av ttjç ouyxaTaOiacwc. DeAn,, S. oux Ti 'V^X'^ Tpliwi iauTTjV elç T/|v Tûv TcpotypiàTcov xaTdtXY)4/(v xai &icqIty)v.
^ Cic, Acad « II, 34 Sensus ipsos, assensus. Stob., Ect.., I, 50. ic&atv arad/jatv (xa\ xaTâX/}<Viv) elvat TuyxaTâOeatv. Id ,'p. 834. Les Stoïciens ne posent pas Tessence de la sensation uniquement dans la représentation ; mais ils la font dépendre aussi de l'asseniiment. Car la représentation sensible est assentiment, ou bien la sensation d*un consentement qui se rattache au désir (ou à la volonté), ^ aMiiaiç avyxoL-cMtnuiz xa^'ôppiTiv ou(Tr,;. Ainsi, nous avons non seulement la sensation représentative des obj^-ts externes, mais encore la sensation de Pacte psychique, du mouvement volontaire par lequel nous adhérons à celte représentation. C'est la véritable conscience. Nemes., de Nat. Hom., ch. 7. La sensation est la compréhension. Tappréhension des sensibles : elle juge et distingue l'altération qu'éprouvent les organes sensoriels : àXXotoOTat p.àv yàp Ta atoilTjxi^pta, Staxptvei tk xr^v àXXo^cDVtv T) afo6T]9tc.
est acte,-^ tv^pyeta $à aTdOT^diç.Cest l'acte et le produit de l'acte par lequel l'âme prend conscience, $taxp^et, de l'affection qu'éprouvent ses organes et de la cause de cette affection. C'est pour cela que nos idées sont bien à nous, sont nôtres,
L'objet externe quelconque, th Tuy^^dtvov , ixxhç xe^^Af vov , et en général tout ce qui est capable d'imprimer un mouvement à l'âme considérée en tant que telle, s'appelle (pavTa<rr($v *. Mais comme nous venons de le voir, l'âme n'est pas exclusivement réceptive : elle répond par un consentement, qu'elle est libre de suspendre ou de refuser, au stimulus externe qui veut la mouvoir ; elle peut lui résister et n'en pas prendre conscience. Ceci prouve qu'elle a une force propre, indépendante de ces stimulus, qu'elle est capable d'une excitation spontanée et non pas seulement d'une action réflexe, qu'elle peut se tendre elle-môme sans être tendue par une force étrangère; et voilà comment il se peut former, et comment il se forme en elle et par elle des représentations qui n'ont pas pour causée immédiate du moins, des objets réels extérieurs correspondants. L'objet de ces représentations , sans contenu réel, purement mental, est ce que les Stoïciens appellent un fàvradfxa^ une vision, une apparition, et le mouvement de l'âme, sans cause externe et pour ainsi dire vide, cette modification qui ne vient d'aucun favTa<rr<$v réel, s'appelle le f avTa<rrtx($v, la fantaisie, qu'ils définissent ^taxtvoc eXxu<r{A($cS.
La finesse de ces analyses psychologiques, qui touche parfois â la subtilité, est ici loin d'être vaine. On y voit la représentation prendre la forme de l'imagination et se diviser en deux espèces où l'on trouve la première trace d'une distinc-
« Gai., Hùt. PhU,, 25. Diels, Ihxogr., p. 615 et 412.
* D. L., Vil, 5i. To icotoOv TT|v çxvTamav ic&v 8ti 5v duvYjrat xtvttv t^v 4'vx^v.
* Quelle est alors cette cause? Les résidus des représentations antérieures non eacon effacées, et ces vagues notions que l'hérédité transmet avec la vie ; car le Pneuma vital, Cwtix^v, est plein de raisons séminales
« D. L., VII, 51. Nemes.» de Nat, Hom., p. 572. > D. L., VU 52.
tion psychologique entre Villitsion^ erreur des sens à l'occasion d'une sensation réelle produite par un objet réellement existant, et Vhallucination ^ erreur qui consiste à prendre pour une sensation la reproduction, la réapparition dans la conscience d'une ancienne représentation évanouie. La représentation sensible et l'imagination qui est représentation, sont cataleptiques, xxTaXT^icrtxi^^ quand elles ont un objet réel que l'âme saisit. Cet objet peut correspondre, mais il peut aussi ne pas correspondre avec elles, ne pas lui être approprié. Quand il lui correspond, nous avons une vraie perception, une xaTàXTfj^tç, c'est-à-dire une possession pleine de l'objet par l'âme qui s'en est emparée, et cette représentation vraie et sûre devient alors le juge et la mesure des choses, xptr^ptov Tù>v irpay^ctTcov, dont elle a pris l'empreinte parfaite, et sur lesquelles elle est pour ainsi dire moulée ^
Mais il y a une autre espèce de représentation, qu'ils appellent acataleptique^ àxaT(xX7|7tToç, où l'âme n'est saisie par rien, et ne saisit elle-même aucun objet réel et présent, ou du moins ne le saisit pas dans sa nature vraie et dans son essence objective ^. On la reconnaît et on la distingue de l'autre en ce qu'elle manque de clarté, que les reliefs de l'empreinte sont sans vigueur et sans netteté, et elle nous fait cependant parfois apparaître comme existantes des choses qui n'existent pas. Le rêve n'est autre chose que cette représentation sans objet réel. Mais conséquents à leur principe de l'universalité du nexus causal, les Stoïciens soutiennent que si l'hallucination n'a pas d'objet vrai, elle a une cause, une cause supérieure, divine et quoi qu'ils se divisassent dans la façon de comprendre le rêve, ils n'en accordaient pas moins tous une valeur psychologique aux songes ^ et une impor-
I D. L.) VII, 16. èvaico9^pQCYia|jLlvy] xat cvaico(U|iotY(ilvy}.
* D. L., VII, 46. axaTâ>Y]irrov dï ttiV iay) airà \SicâpxovTo;, ^ omh 6icapxovTOC |iiv, {1^ xat'aÛTb 5à Oicâp^ov, Tt|V \l^ tpavT) [li\^ Kxtuicov.
3 Ils démontraient tour à tour l'existence des dieux par la divination et la réalité de la divination par Kexistence des dieux. Conf. Zeller, t. III, p. 316. VVachsmuth»
tance morale pratique à l'art de les interpréter*. La divination sous toutes ses formes, surtout sous celle du songe, s'expliquait pour les Stoïciens, ou plutôt s'imposait par la communication nécessaire et permanente du Pneuma de l'âme avec le Pneuma du monde, avec l'Éther enveloppant, séjour des dieux et des âmes des morts, et par conséquent toujours plein d'âmes qui voient la vérité et peuvent, en pénétrant en eux, la faira connaître aux hommes, particulièrement dans leur sommeil, pendant les heures silencieuses de la nuit, où les dieux aiment â venir s'entretenir avec eux'.
A l'exception de ces représentations dont l'objet nous est présenté par des puissances surnaturelles, les autres nous viennent toutes ou des sens ou de représentations sensibles antérieures don t la trace est restée dans le Pneuma psychique . Les unes ne rencontrent, dans les autres représentations ou simultanées ou antérieures ou postérieures, rien qui les contredise, rien qui les détruise ou pour ainsi dire les réfute, U<miiuL; elles sont si claires et si frappantes qu'elles nous tirent pour ainsi dire par les cheveux ^ et forcent notre volonté à les tenir pour vraies et â y donner notre consentement. Pour qu'elles obtiennent ce consentement une chose suffit, c'est que nous voyions clairement et distinctement en quoi telle représentation diffère de toutes les autres ^ ; car
die AnHcht der Sloiker iiber die Mantik. Berl. 1860, p. 99-39. BûchsenchOtz, Traum m Alterthum, Berl. 1868.
* Diogenianus, dans Euseb., Prœp. Kv , IV, 3, 5. xh xpsi^Se; aÙTrjç xot\ Pt(É>f eXic« 5t *o xa\ [lâXiaxaL Xp'iaiicicoc Soxet 6{ivcty ttjv iiavrixTiv. Conf. M. Âur., IX, 27. Panalius seul, sans oser la nier franchement, se permit d'exprimer i ce sujet quelques doutes. Cic, de Divin., 1, 3 : « A StoTcis... degeneravit Panetius, nec tamen ausus est negare vim esse divinandi, sed dubitare se dixit. »
* Cic, de Divin., I, 30. Animus arriperet aut excîperet extrinsecus a divinitate, unde omues animes haustos aut acceptes aut libatos haberemus... plenus aer iromortalium aniroorum in quibus tanquam insignita not» veritatis appareant... ipsi Dii cum dormientibus colloquuntur.
3 Sext. Emp., adv. Math., Vil, 253 et 397. ivapyi^; xat icXY]XTtxiQ |iovovx\ "^^^ Tpcx&v .. Xa(A6otveTai. Cic. Acad. Post , I, 11. Ad hsBC qu» visa sunt et quasi accepta sensibus, assen«ionem adjnngit animorum quam esse vult m nobis positam et Toluntariam. Id , I, 12. Assensione et approbatione quam Greci vocant ovyxa-- Tâ6catv.
* Descartes, Disc. $. la Méth., Il* part. « Le premier (préoepta) était... de ne
cette différence constitue son essence, son essence propre.
n est au contraire des représentations auxquelles donnent un démenti tous les faits et toutes les circonstances dentelles sont entourées, qui par cela même ne méritent pas créance, Sirt(rra, et ne doivent pas obtenir notre assentiment^.
L'âme, et il faut toijgours entendre par là, sa fonction éminente et supérieure, r^yciiovix^v, peut être comparée à une feuille de papier blanche, mais naturellement apte et toute prête non seulement à recevoir une écriture mais à coopérer par son acte propre à cette inscription^.
C'est en grande partie sur cette image de la feuille de papier, qu'on fonde l'opinion que l'esprit, pour les Stoïciens, était une tabula rasa et qu'ils ramenaient à la sensation toutes nos idées. On oublie que cette figure avait déjà été employée par Âristote ', et même par Platon qui se sert même du terme, tout métaphorique chez lui, de àTroruiroO^Oai K Sans doute on peut dire que dans la psychologie stoïcienne toute pensée est une sensation ; mais pour rester dans la vérité il faut immédiatement ajouter : et toute sensation est une pensée, de même que tout esprit est corps, mais que tout corps est esprit.
La première forme de la connaissance est cette écriture produite et opérée dans l'âme par la sensation. C'est la
comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présentait si clairement et si dktincUmeni à mon esprit que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute. »
1 Sext. Emp., adv. Math,, VU, 253.
s Plut., PL PhU., IV, 11. x^P'^n^ s{fepYov et; àciroYpâ9t)v. Les Mss. A. B. G. donnent la leçon ïvepYov de tous points préférable et qui exprime Tidée conforme à tous les autres textes, à savoir, que la substance de l'âme, par son travail commun, IvepYov, coopère à PinscripUon. Tout être étant une force, t&voç, Tétre de l'âme ne peut manquer d*agir et de coopérer au travail de toute connaissance. Galien {HUt. Phil,, 92) dit : c C'est dans cette partie de notre âme, rT)Yctiovix6v, que chacune de nos pensées inscrit les sensations de sa représentation propre, i&ta Uiavr^ tAv dtavot&v xlaOr,aet; svoticoYPafet ttj; iauroO fxvTavtx; », phrase obscure et leçon sans doute altérée ; je n*y vois d*autre sens que celui-ci : c la raison transforme en pensées les sensations que chaque sens particulier lui transmet. »
* De An,, HI, i, 4S9, b. 29.
« Themt, 191, c.
représentation proprement dite, la représentation intuitive.
La seconde forme de la connaissance se montre et se manifeste, lorsque ayant eu déjà la sensation, par exemple, d'un objet blanc, après la disparition de cet objet de nos yeux, nous en gardons l'image ; cette image est un souvenir, et est l'œuvre de l'imagination à peu près confondue avec la mémoire.
La troisième forme se produit lorsque plusieurs souvenirs de même espèce s'étant accumulés dans notre âme, nous les synthétisons dans une notion générale que Ton nomme expérimentale, è[X7tctp^a. Car l'expérience n'est que le groupement de représentations de même espèce en une représentation totale et générale ^
n est facile de reconnaître dans cette classification et cette analyse des divers degrés de la connaissance le sens et presque les termes de la théorie péripatéticienne de la sensation et de la connaissance : il est inutile d'insister pour en faire remarquer l'analogie et presque l'identité.
n est un quatrième degré de la connaissance que les Stoï* ciens ont parfois aussi désigné sous le nom de ^ «vraff^a, pris dans le sens le plus général, et dans lequel ils ont fait entrer les idées qui ne nous viennent pas des sens, qui sont le produit du raisonnement, Stà Siavo^aç, de la raison discursive, ou que nous apportons avec nous, en germe, du moins, et qui sont les éléments constitutifs de la raison; telles sont les idées, Svvotai, des choses incorporelles, les idées morales universelles ^ et les conceptions purement rationnelles, tcov X6^if
Xa[x6avofx£v(ov3.
Ainsi des représentations sensibles et multiples nous pouvons, par un effort d'attention et à l'aide d'une certaine méthode, qu'on peut appeler un art, nous pouvons former
* Plot., Plae. PhU., IV, 11. s|Aicttp{a y^P *^t ^ '^^^ 6(&ottiûv icXtjOoç.
* D. L., VU, 53. futfixû; de voslTst dixai6v ts xai ayaOÎv. Plut., SMUi, Rep.^ 17 ; de Camm. Not,, 3. icpoXifî^ctc ï\k^yjxaLi,
» D. L., Vn, 51.
des connaissances d'un caractère différent des représentations dont le concours les a produites, et qui, tout en étant expérimentales et ayant leur origine première dans la sensation, portent légitimement le nom d'Swotai^ de pensées, parce qu'elles ont le caractère de la raison qui lésa élaborées ^ à savoir, d'être générales, xaOoXtxa^'. La faculté à laquelle elles doivent leur production porte lesnoms^ de Xi^yoç et Stxvoia, qui n'est autre que la Raison.
§ 3. — La Raison^ b Xéyoç.
Dans un système philosophique où le principe de l'unité de force et de substance domine et pénètre toutes les parties, il n'est pas étonnant que l'unité de l'âme soit rigoureusement maintenue, malgré la diversité de ses fonctions, dans l'explication des phénomènes psychologiques. Toutes les facultés sont des modes d'activité d'une même force psychique centrale, et chacune d'elles concourt avec les autres, coopère à la production de toutes les formes de la connaissance ^. De là la difficulté de distinguer avec précision dans la psychologie des Stoïciens la représentation des idées générales obtenues par le concours de la sensation et de la raison et des idées pures de la raison. De la pénétration mutuelle des choses, de cette xpa^tç Si 'SXcov qui règne dans l'ordre psychique comme partout dans l'ordre de la nature,
« Kut., P/. PA»/., ÏV, 11.
• D; L., Vn, 52. êvoi^Ov) Ta ato^xa.
' M. Aur., VI, 14. xaOoXtxv) xa\ icoXitcxt) ^v^ti.
* L*6ic6XYi^ic, la ioloL et rorr)9tc sont des formes vicieuses de la connaissance ; VotriaiÇf dont Cicéron [Tuscul.^ IV, 7) traduit le nom par opinatio et qu*il définit : imbecilla assensio, consiste à s*iroaginer savoir : otcTat slSivac (Epict.. Dia., H» 17). C'est une apparence de pensée, 8&xY)ai; Stavo^aç, qui ne forme qu*uD 9d(VTaa|i.a, comme dans les songes, D. L., Vil, 51.
^ L*T)Yeviovixbv est la même chose que la fiidvoia, M. Aur., IV, 6i. xr\y 6iavotav xu6€pvû9av, que le voOç, le X6yoc, la 9p6vT]9ic, la Stavoi^aiç. Slob., Ecl.t I, 886. tlç xi ioTiv à X^oc xa\ t) avtv) icdcvTCiic ScavoTJacc. Id., Il, 116. xh Tiyepovtxbv... h dv) xaXeiTai 6iavoia. Id., II, 132. voOv U xa\ çpivaç (xkç oLvxaç tlvai) t^
9pOV1^9C(.
résulte une confusion et un mélange presque inévitable dans l'exposition du système psychologique. Diogène de Laërte emploie fréquemment le mot (pavrav^at dans le sens d'ewotxt ; après avoir dit que des noumènes les uns sont pensés à la suite d'une expérience sensibles il ajoute une ligne plus bas que les notions sensibles sont transformées en notions intelligibles par ce même concours de l'expérience^; tandis que Plutarque' divise les Swoiai en naturelles, fuvtxa^, «tc^voi, et artificielles, factices, xt/yixx(^ qu'il est nécessaire de distinguer, puisque l'on reçoit une impression très différente d'une image faite par un artiste et d'une image faite par une personne ignorante de l'art, Diogène applique cette même division aux (pavTQiff^ai elles-mêmes, parmi lesquelles il distingue :
1. Les représentations rationnelles, Xoytxa^, qui, représentations des êtres doués de la raison, sont toutes des pensées,
2. Les représentations irrationnelles, c'est-à-dire sans doute inconscientes, celles des animaux sans raison, des enfants ou des hommes qui ne possèdent pas encore cette faculté ; cellesci n'ont pas reçu de nom ni dans la langue usuelle ni dans la langue philosophique.
Une autre cause de confusion est l'absence de distinction précise entre les formes et degrés de la connaissance et les facultés qui les produisent et qui n'y correspondent pas exactement et surtout qui n'y correspondent pas chacune à chacune. Ainsi la ffuYxaràOefftç, l'acquiescement, l'assentiment de la volonté, est bien une faculté de l'âme, et on la voit considérée par Zenon comme le second degré de la connaissance, exprimé par l'image de la main à demi ou tout à fait fermée. Je l'étudierai exclusivement comme faculté, et j'en remets l'analyse après celle de la raison, par le motif qu'elle fonctionne et agit à la fois sur les représentations sensibles, sur
* D. L., VII, 52. T(dv voou|Uv(ov xk plv xolxù mptiCTwaiv ivov^OY). ' Id., 53. xaixoL iceptKTwatv yùhf tvor,Ov) xa aloOiiTà. 3 Plac. PhU., IV, 11.
les idées générales expérimentales et sur les notions pures de la raison. C'est une sorte de mécanisme psychologique, méthodique ou naturel, conscient ou inconscient qui fait apparaître à l'âme et paraître dans l'âme ces notions diverses, tantôt naturellement liées, tantôt naturellement séparées. Mais ce mécanisme n'est pas le maître absolu de nos convictions, de notre certitude ; elles dépendent en partie du moins de nous, i^ 'f|[xTv, et la faculté par laquelle nous en restons les maîtres, c'est la volonté, qui opérant sous la forme d'un consentement, d'un acquiescement qui est en même temps un jugement, accueille ou repousse les représentations et les idées en elles-mêmes, affirme ou en nie les relations et les rapports, noue ou dénoue le lien que le mécanisme psychologique avait établi entr'elles.
Avant d'entrer dans l'exposé de la théorie de la raison, je tiens à débarrasser le terrain, trop encombré déjà, de la question de l'âme ou plutôt de la raison des bétes, sur laquelle les Stoïciens n'étaient pas tous d'accord.
L'âme de l'homme, quand il est arrivé en pleine possession de la raison, peut élaborer par elle-même les images vraies des choses, et les penser, c'est-à-dire d'une part en prendre conscience, de l'autre les transformer en idées générales, tandis que l'âme des animaux, privée des anticipations, icpoXi^^Kic, c'est-à-dire des idées universelles primitives dont la raison n'est que le système et l'unité vivante, ne peut convertir en idées générales les représentations individuelles et confuses que lui transmettent ses sens ' .
Senèque > ne voit chez l'animal qu'un instinct, sensus^ et non la raison. Ha une conscience de ce qui se passe en lui, mais obscure, confuse, grossière : crasse^ summatim^ obscure. Cet instinct parait suffire à expliquer les faits qu'on pourrait attribuer à la raison, par exemple, les actions et les
* Plut., PL Phil; IV, 11. Tolç àXXoïc (bSoïc ou icpooiccimi ^avTâaiMtra < Sp., ISi.
mouYements coordonnés en vue d'une fin et surtout de la fin supérieure, à savoir la conservation de l'être et de sa nature ; car c'est par une loi universelle que tous les êtres sont passionnément attachés à leur propre être : c omnes constitutioni conciliantur in qua sunt^ > C'est uniquement par les impulsions de cet instinct que l'animal, dès qu'il est né, sait reconnaître, chercher et trouver ce qui lui est nécessaire, éviter ce qui lui est nuisible. Ainsi l'oiseau qui n'a pas peur du chien redoute le chat et est comme pétrifié de terreur par l'ombre même de l'épervier. C'est sur cet instinct que sont fondées les industries, pour ainsi dire innées, de certains animaux, qui, par le fait même qu'elles ne sont pas l'effet de la raison ne se développent pas et ne progressent jamais au delà d'une certaine limite fixe. La nature a donné à tous les animaux de la même espèce les mêmes instincts et la même mesure d'instincts. Aucune abeille n'est plus habile qu'une autre à fabriquer le miel et à construire la ruche ^.
Chrysippe, plus fidèle au principe général du système, avait combattu vivement la doctrine qui refusait toute raison aux animaux. Le chien, disait-il^, a une faculté dialectique bien connue et reconnue, et il emploie la cinquième espèce des arguments indémontrables^. Quand il arrive à un carrefour où aboutissent trois routes, après en avoir examiné deux et s'être assuré que la bête chassée n'a point passé ni par l'une ni par l'autre, il prend sans hésitation et sans nouvel examen la troisième. Pourquoi ? il est évident qu'il a construit un syllogisme disjonctif, sinon en forme, du moins en puissance,
1 SeD., Ep,, 121.
s Id., id. Dans cette exposition de Sénèque, on voit le premier développement de la théorie de Tinslioct des animaux, qui n'a pas perdu même aujourd'hui toute autorité.
3 Seit. Emp., Pyrrh, Hyp., I, 690.
* Id., id., 11, ch. 13. Les Stoïciens avaient distingué cinq espèces d'arguments, appelés 0L^fanhUlx^ca, qui servent à démontrer d'autres vérités mais ne sont pas eux-mêmes susceptibles d'être démontrés. Le cinquième a pour exemple : ou il lait jour ou il fait nuit; or, il ne fait pas jour, donc il fait nuit. La théorie est exposée tout au long dans Sextus Empiricus, 1. 1.
Ghaignit. — Piychologie, 7
98 HISTOIRE DB U PSYtIKMX)G)E DES GRECS
fiuvdL[xci. n a commencé par établir qu'il n'y avait que trois routes par où la béte pouvait passer. Il s'assure par une enquête qu'elle n'a passé ni par celle-ci ni par celle-là, et il conclut avec certitude que l'animal a passé par la troisième. Donc les bêtes possèdent quelque raison.
La raison est le système complet des anticipations, irpoX^- ^Ktç, c'est-à-dire des notions universelles, a priori^ données avec la nature, innées, t(Af urat, système qui n'achève de se former dans l'homme que par un développement dont on peut fixer le terme vers l'âge de quatorze ans^ c Qui donc a jamais dit que nous n'avions pas déjà des notions naturelles, des anticipations de ces choses, le bien, le juste >? >
La raison est encore définie comme la faculté qui sait faire des représentations, l'usage qu'il faut en faire, c'est-à-dire qui les met dans leurs vraies relations, en sait reconnaître la vérité ou l'erreur, les agrée ou les repousse, et a la force de ne pas se laisser égarer et détourner de la vérité ; c'est la faculté toujours active et se suffisant à elle-même' et à ses fonctions, ayant la puissance de modifier à sa volonté les représentations que les choses lui présentent, d'agir sur elles plutôt que de se laisser dominer par elles ^, qui , élément divin de la nature humaine, véritable Dieu dans l'homme ^, est par là même capable de connaître le principe et la fin des choses, la raison universelle qui pénètre tout être et gouverne et administre le Tout du monde ^ c'est-à-dire possède les idées de cause et de fin. C'est avec le concours de l'intuition sensible et de l'entendement discursif, Stàvoia
^ Plut., PL PhU.f IV, 11. à Xiyoc... àx icpoXi^4'C(i>y au|«,icXv]poOo6at.
* Epict., Diu., II, c. 17« 7. xiç yà^ aoi Xéysi, STicvvocaç oux stxoiiev ixaarov To\JTfa>v fuatxotc xa\ icpoXi^^ei;.
3 M. Aar., V, li. à Xiyoc xai r\ Xoytxy) Tixvt) 6uya|Uic t(a\v lauTaTc âpxo^ IJitvai xai Tolc xaO'iauxàc ïpyoïc.
* M. Aur., VI, 8. icotoOv iauTÛ ^aiveoOat ic&v xh au|t6ottvov o^ov avtà OéXfi. Id., IV, 3. ta icpâytJLaTa o^x airrerai tt)C «^uxtiC*
^ M. Aur., m, 3. To |i,àv yàp voO; xat da(|i(ov. Id., U1, 5. à ïv aot 0e6;. ® M. Aur., VI, 32. t:; o^v yj ^mx^ ^vre^voç xa\ 6iciaTi^|i,(ov ; — r^ etSuta ôipx^*v xai TiXo; xa\ tov 6(à x^c oOa^a; 6(i^xovTa Xiyov xa\ olxoyo(ioOyTa xb ic&v.
mais surtout par la prédominance de la raison que l'àme peut acquérir la science, c'est-à-dire une possession de la vérité sûre et immuable S qui ne se laisse pas changer par aucun raisonnement, dans l'admission ou le rejet des représentations. Quand l'âme est dans cet état, elle est dite ïvrexvoç xal tTtKm^fiwov, c'est-à-dire qu'elle est en possession de la vérité certaine, acquise par une méthode infaillible, autrement dit de la science^.
Les Stoïciens distinguaientparfois par deux dénominations différentes les deux espèces de notions qui, suivant eux, appartenaient à la raison : ils appelaient ewoi^aara^ les TtpoXi^^Kic, anticipations, et définissaient l'anticipation la notion naturelle de l'universel, ewoia cpuaixifi Tâ>v xaO^Xou^ ; ce sont, comme nous l'avons déjà dit, les idées universelles qui nous viennent directement de la nature, sans le secours d'aucun art de penser, et qui primitives, antérieures à l'expérience, ainsi que leur nom l'indique, constituent le fond même de l'àme et font de nous, hommes, des êtres raisonnables^. Car elles sont communes autant que nécessaires à tous les hommes, et aucune d'entr'elles n'est contradictoire à une autre ^. Leur origine naturelle les rend indépendantes de notre volonté.
On appelle plus précisément Swoiai, pour les distinguer des cvvo-)^(iLaTa. les notions de la raison acquises par nous, par une réflexion voulue et une observation réglée et méthodique ''. L'idée de la raison pure, èvv<{7|(iLa, est encore une image, 9 àvTa9(iLa, mais une image de la raison ; car lorsque l'image
* D. L., Vn, i6. xaTCKXT]^tv àaçaXf).
* Id., VU, n. £|tv év 9a\Taai&v icpoadiUi âiteraiCTUTOv Oicb Xiyov.
' Parce qu'elles viennent du NoOç. D. L., VU, 52. sIXt]ooc To(^vc|ia icapà tov voOv.
* D. L., VD, 5i.
* Plut., PL Phil, IV, 11. XoYixo\ ex tûv icpoX^4fM>v. « Epict, I, 22, 1.
7 Plut., PL PhU.f IV, 11. xfikv dà tvvot&y al (Uv 9vatxa\... xai otvtictTexviQTwc* al A ^fir\ 6( 'Tiiicripac 6(8aaxaXîac xa\ iiciiteXetacaCrai (Uv o^v ifvvoiat «aXoOvrat iiivai, ixslvat A %a\ icpoXiq^cic.
tombe dans une âme raisonnable, c'est-à-dire qui possède déjà des notions primitives et universelles, cette image peut devenir une pensée, ou la pensée peut revôtir la forme d'une imagée L'animal n'a que des images ; les hommes seuls et les dieux ont des pensées >.
Ainsi donc nos idées viennent ou bien de la sensation, c'est-à-dire d'un mouvement imprimé à l'^yeiiLoytxt^v par les objets extérieurs qui frappent nos sens, mais qui se combine avec un mouvement propre de la raison', vocTrat tk «T^OT^Ta, ou bien de la raison même, à la suite d'une communication directe, d'un contact intime, d'une pénétration, pour mieux dire, du Pneuma psychique humain et du Pneuma psychique universel^ raison du monde qui dépose, matériellement pour ainsi dire, dans l'âme de l'enfant aussitôt après sa naissance, une partie d'elle-même, à savoir le germe des idées universelles, 97CKp(jLaTtxoùc X<$Youç, qul feront de lui un homme ; ou bien enfin de la raison expérimentale, cfATtetp^x, à la suite d'une élaboration des idées sensibles, qui les transforme en souvenirs, images , idées abstraites et générales, et pour laquelle la raison emploie tout un système de moyens et de procédés réfléchis, c'est-à-dire un art et une méthode ^.
Cette méthode consiste :
1. Dans l'opération raisonnée qui compare les choses et en saisit les ressemblances, xaO *b\i.oi6Tr[^0L ; c'est ainsi qu'on reconnaît Socrate à son image ;