‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 12 sur 268 · I. Cypr., Kp · texte numérisé non relu

I. Cypr., Kp

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viiice leur avaient duiinés pour successeui's. ne voulurent point reconnaître la juridiction de révéquedeRome. lis en appelèrent à leur tour au métrof>oIitain de Cartilage, et trente-six évéques d'Afrique, réunis en synode sur la convocation et sous la présidence de Cyprien, confirmèrent d'un commun accord la déposition de Basilide et de Martial, ainsi que Téiection de leurs compétiteurs. Saint Cyprien rédigea lui-même cette décision qui infirmait celle de Tévéque de Rome. • dont les lettres, disait-il, ne servaient qu'à rendre les accusés plus criminels encore pour avoir surpris la bonne foi de son collègue; > et les deux évéques déposés demeurèrent hors de leurs sièges, malgré la décision contraire du pape Ktieime. Certes il serait difficile de trouver dans cette nouvelle tentative du saint-siégc autre chose qu'une prétention avortée, et d'en faire un titre de suprématie pour c^lui dont l'autoriti'' n'avait |>oint pivvalu sur celle d'un autre évoque. Si le titre de chef de T Église eût alors appartenu à quelqu'un, c'était évidemment au prélat dont les décisions étaient accepti'^es par les évéques d*uue province éloignée de la sienne, plutôt qu'à celui dont les décrets étaient aussi hautement méconnus.

Un nouveau débat fournit cependant au pape Etienne l'ocx^asion de se relever. Mais ce ne fut pour lui qu'une victoire posthume. Les Églises d'Orient se félicitaient à peine de la paix (|ui avait suivi la condamnation des Novaliens. qu'une autre contestation avait jeté la discorde parmi leurs évéques. Il s'agissait de savoir si le baptême administré aux hértUiques était valide, ou s'il fallait les l'ebapliser à leur i*enlivc dans le giron de l'K-

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glise catiiolique. Mais ce n*était pas à Romo qu'on demandait une solution ; et il est impossible d'alléguer ici la difficulté des communications, qu'entraînait, suivant Lamennais S la fréquence des persécutions. L*Ëglise était en paix avec les Césars, et les historiens du temps attestent d'ailleurs les relations perpétuelles qui existaient entre les évêques des diverses parties du monde. C'est encore à saint Gyprien que s'adressèrent les évêques de Numidie et de Mauritanie; et un ultramontain de notre temps pourrait seul s'en étonner. Le voisinage de Carthage, la réputation de son évêque, la fréquence de ses consultations justifiaient pleinement cette préférence ; et quoi qu'on en dise, Rome n'avait encore aucun titre pour la revendiquer. Deux conciles furent successivement assemblés à Carthage. Trente^leux prélats siégèrent dans le premier, soixante-on^te dans le second. Saint Gyprien y soutint la nullité du baptême administré primitivement à ceux qui étaient tombés plus tard dans l'hérésie et la nécessité de les baptiser de nouveau. Cette opinion fut adoptée par les deux conciles. L'Église d'Alexandrie y adhéra par l'organe de l'évêque Denys, comme Firmilien de Césarée, Helenus de Tarse, et les prélats de Ciiicie, de Galatie, de Cappadoce, de l'Asie tout entière.

C'est alors seulement que saint Cyprien en écrit au pape Etienne, non pas comme à son supérieur, • mais pour en conférer, dit-il, avec une personne sage et grave, espérant que sa foi et sa piété lui feront admettre ce qui

l. Intrcxi. à la Tradition tle VÈgliu, p. xx.

est la vérité même. » Deux évt*K]ues africains vont porter à Rome cette lettre synodale, comme en usaient fréquemment les différentes Églises dans leurs communications. Mais le fougueux Etienne refuse de recevoir les envoyés de l'Afrique ; il ne veut ni leur parler ni les entendre. 11 défend même à ses fidèles de leur donner asile. Il écrit insolemment à saint Cyprien, qu'il traite de faux Christ, de faux apôtre, d'ouvrier frauduleux. Il rejette la doctrine du concile de Carthage. et déclare enfin à tous qu'il cessera de communiquer a\xc ceux qui n'abjureront point cette doctrine, qui persisteront à rebaptiser les hérétiques repentants.

Cette arrogante colère, cette violence injustifiable, oii se manifeste le ressentiment d'un premier échec dans la question espagnole, réveille les évêques d'Orient. Firmilien de Césarée, en Cappadoce, répond par une vigoureuse diatribe, et demande si cet homme a vraiment un corps et une âme, si dans ce cas ce corps n'est pas conduit par une âme dén»glée. Saint Cyprien se maintient d'abord dans une attitude plus réser\'ée. 11 convoque un troisième concile. Quatre-vingt-cinq évéques d'Afrique y assistent, deux autres s'y font représenter. Il y soutient les droits de Tépiscopat et l'indépendance des évêques avec une clarté d'expression que ne sauraient altérer les subtilités des ultramontains modernes, c Ne jugeons personne, dit-iL ne séparons pas ^de notre communion ceux qui ne partagent point notre avis. Aucun de nous ne veut s'établir évêque des évéques ^

Fleury, liv. VII, p. 30.

une grande autorlu' ù celte lutte contre les Orientaux, el le peu de respect et de déférence qu'ils montrèrent pour ses décisions n est pas un témoignage de cette suprématie qu'il prétendait s'attribuer.

Arrêtons-nous un moment sur ces faits, pour examiner ce qu'on entendait alors par Tindépendance des évéques. N'y avait-il pas entre eux une sorte de hiérarchie? Existait-il en droit des métropolitains? et quelle était la situation de ceux qu'on a depuis nommés suffragant^? M. de Lamennais, au temps de son ultramontanisme, disait dans sa Tradition de l'Église : t L'évoque de Rome excepté, tous les évêques étaient primitivement égaux. Nul n'est par son ordination supérieur à un autre. Ce qu'un reçoit, tous le reçoivent, parce que l'effet de la considération est indivisible. • Supprimons l'exception portée en faveur de Tévêquf de Rome, que rien ne justifie encore, et les paroles de saint Cyprien suttiraient au besoin pour le prouver, tout le reste est conforme à la croyance de l'Église primitive. J'ajouterai au témoignage de l'évoque de Carthage celui de notre Bossuet. • Si Pierre a été nommé la source de l'épîscopat, dit l'évéque de Meaux, ce n'est pas que la juridiction des évêques en découle, mais parce que l'épiscopat a seulement été établi ou désigné dans sa personne avant d'être conféré à un autre : quand Pierre reçut les clés, il représentait le collège apostolique. » 11 existait cependant des provinces ecclésiastiques dès le second siècle; et comme le dit Thomassin *, c'étaient les

i. Diêeipline de VÈglUe, t. I.

anciennes provinces romaines que l'Église avait adoptées. C'est dans les métropoles civiles que les apôtres avaient établi leurs sièges ; et quand Fépiscopat se fut multiplié, quand les évéques d'une même province eurent besoin de se consulter, de s'assembler en concile, il était naturel qu'ils se réunissent dans sa capitale, que la convocation en fût faite par celui qui en occupait le siège; et il devait en résulter une sorte de prépondérance que justifiait presque partout le mérite des titulaires. M. de Lamennais le révoque en doute S et il a raison quant au droit; et cependant il avoue immédiatement après qu'il existait des métropoles. Mais je ne sais pourquoi il les réduit à trois, Rome, Antioche et Alexandrie, auxquelles, sur la foi de Thomassin, il donne le titre anticipé de Patriarcats. Ne disputons pas sur les mots. Allons au fond des choses; cette réduction n'est pas soutenable : nous avons vu l'évéque de Corinthe ordonner la lecture de l'épitre de saint Clément dans toutes les chaires de la province, et cet usage s'y maintenir pendant soixante-dix ans , la lettre du pape Victor à Polycrate et la réponse de ce métropolitain d'Éphèse au nom de ses collègues d'Asie, la réunion des évêques de Pont sur la convocation de Palmas, la lettre de saint ïrénée écrite au nom des évêques de la Gaule, les conciles nombreux convoqués et présidés par l'évéque de Carthage. enfin ce concile de prélats espagnols qui déposent deux de leurs collègues dans leur métropole d'IUiberis. Cette quantité de métropolitains résulte également d'un

1 IntrOflucUon à la Tradition de l'Êglite. p. xx.

passage de Tertullien dans son Traité des prescriptions ^ quand il veut prouver que la doctrine des apôtres est prêchée sans altération dans les Églises qu'ils ont fondées. € Allez-y écouter, dit-il, la lecture de leurs lettres, vous croirez les entendre eux-mêmes. Si vous êtes en Achaïe, allez à Corinthe. Dans la Macédoine vous avez Philippe et Thessalonique, en Asie, vous avez Ëphese. Êtes-vous près de Tltalie, vous avez Rome à Tautorité de laquelle nous sommes aussi à portée de recourir. » C'étaient évidemment des métropoles, mais quelques arguments qu*on ait tirés de ce fait contre la doctrine de saint Cyprien sur l'égalité des j5véques, il demeure certain que cette supériorité de position n'altérait en rien la puissance canon itjue ('e ceux qui siégeaient dans les villes subalternes. L'ordination même ne conférait pas au prélat consécrateur une supériorité de juridiction. Les cent évéques ordonnés par les dix ou douze premiers papes de Rome ne donnaient pas plus de droits à ce siège que les consécrateurs orientaux n'en recevaient de l'ordination de leurs collègues, et que n'en acquéraient sur les Papes eux-mêmes les prélats qui venaient les consacrer. Les nouveaux prélats se mettaient immédiatement en communication avec tous ceux de la chrétienté- sans l'entremise de ceux qui les avaient ordonnés et des possesseurs du siège métropolitain de leur province. Quant à l'élection, personne ne conteste qu'à l'époque où nous sommes arrivés, .c'est-àdire vers la moitié du troisième siècle, cette élection était faite par les évéques et les prêtres les plus rapprochés des sièges vacants et avec le concours ou le con-

sentement du peuple, qui connaissait parfaitement^ dit saint Cyprien \ la vie et la conduite de ceux qu'il avait toujours vus. Rome n'avait à cet égard ni coutume ni formalité particulières; et je fmis cette observation pour en tirer cette conséquence : que les évéques de cette portion de Tltalie n'auraient pu conférer à celui de Rome la suprématie qu'il affectait, sans la participation de tous les évêques de la chrétienté. La présence accidentelle des deux évéques africains, que nous avons vus coopérer à Télection du pape Corneille, ne change rien à la règle générale. Elle est seulement une nouvelle preuve de l'égalité des droits, el nous en trouverons une autre dans le jugement rendu par le concile de Carthage sur le schisme qui avait suivi cette élection. Il eût été ridicule que cette métropole eAt profité de cet exemple pour s'attribuer un droit de contrôle sur les choix. Ce droit n'existait pour personne* L'évéque élu en donnait avis à ses collègues du monde entier, et la réponse de ceux-ci était la simple reconnaissance d'un fait. Hais quand il y avait une double élection, quand ilen résultait un schisme, il fallait bien que les anciens évêques, forcés de choisir entre deux contendants, se fissent juges de la contestation. C'est ce qui arrivait à propos de Novatien el de Corneille. Pour savoir avec lequel des deux il devait correspondre, saint Cyprien était obligé d'examiner leurs titres rec»pectifs ; mais il n'en résultait pour aucun évéque ui droit de contrôle ni droit d'approbation sur une élection régulièrement consommée.

i. Epist. 67.

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D «imiule cependant un tiroil métropolitain de cette tlrlibentioQ ph^ eo romiuan stiiL< la direction de saint Cyprien. par tons les ^êques de la province de Cartbap^, au lieu de décider chactin à part dans cette affaire. Ce droit résulte eocore de la lettre du même évéque que j'ai dtée plus haut à propos de Martien d'Arles. Ce di^<4ple de Xo^atien s'était ouvertement séparé des é\é«]ues de la t laule. Il s'en vantait avec insolence et les insultait dans ses lettres. Au lieu d*agir comme avaient fait les Espagnols à regard de Martial et de Basil ide. au lieu de prononcer la déposition de Ma^ tien et de lui donner un suc-cesseur, les évéques de la Gaule s'adressent à celui de Rome par l'organe de Faustii) de Lyon pour qu'il ait à réprimer ce scandale. Il y a \ik d'abord une reconnaissance de la supériorité métn>|M)litaiiie de FévAque de Lyon sur les autres sièges de la province, et ensuite celle d'une autorité plus élevée dans le siège de Rome. On ne sait pourquoi le pape Etienne ne tire aucun parti de cette sorte d'appel. Il ne donne aucune suite à cette plainte: et les évéques gaulois ne se replient pas sur eux-mêmes pour faire justice de celui d'entre eux qui se sépare de leur communion. Ils s'adressent à saint Cyprien, non comme à un juge, mais comme à un prélat d'une haute renommée, dont ils réclament l'intervention, pour réveiller l'inconcevable insouciance de l'évéque de Rome. Saint Cyprien n'empiète point sur les droits de son colU'^gue. Il reconnaît la juridiction du pape Etienne sur la province gauloise. Il lui écrit, et sa lettre jette un grand jour sur la question de-i hiérarchies, que TÉglise n'a pas encore déterminées.

mais que l'usage a déjà établies ^ c C'est à nous, dit-il, de mettre un terme à ce désordre, à nous qui tenons la balance pour le gouvernement de l'Église, • et il se met ainsi sur un pied d'égalité avec l'évêque de Rome, tout en atténuant ce principe de l'égalité épiscopàle qu'il a si éuergiquement soutenu ; car en donnant à Tévêque de Rome un droit de contrôle ou de surveillance sur ceux de la Gaule, il est clair qu'il s'attribue le même droit sur ceux de sa province africaine, c II faut donc, ajoute-t-il, que vous écriviez à nos frères de la Gaule et au peuple d'Arles pour qu'ils aient à déposer Martien, à lui en substituer un autre, et pour qu'on rallie ainsi le troupeau de Jésus-Christ que ce schisme a dispersé. • Ce peu de mots renferme le mode d'élection qui était alors en usage. C'est le peuple de la cité auquel se mêlaient les évèques de la province. Mais les évêquès seuls avaient droit de déposition. Il ne l'attribue point dans ce cas à celui de Rome exclusivement à tout autre. Il le prie seulement de provoquer cette destitution, t C'est pour cela, ajoute-t-il encore, qu'il existe un si grand corps dëvêques unis par les liens de la concorde, afin que si l'un d'eux entreprend de faire une hérésie ou un schisme, les autres viennent au secours. Ne manquez pas, dit enfin saint Cyprien, de nous faire savoir celui qu'on aura mis à la place de Martien, afin que nous sachions avec qui communiquer. • 11 y a dans tout cela un témoignage de supériorité attribuée à certains évêques, à ceux qui occupaient les sièges des métropoles; mais

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