Platine, in Pel. II
et qu'ils massacraient les voyageurs. Le sceptre de l'empire avait encore changé de main. Tibère II avait succédé à Justin, mais il ne put accorder h Grégoire qu'un secours d'argent qui servit à acheter Tinutile assistanoo du roi des Francs Childebert. Maurice, successeur de Tibère, envoya une armée; elle fut défaite par le nouveau roi des Lombards ; et, fort heureusement pour Im Romains et pour leur évêque, Autharic, après cette victoire, voulut bien se contenter de la haute Italie et de partager cette belle contrée avec l'exarque de Ravenna. Pelage II mourut le 8 février 590; et laissa le saint* siège dans un état de faiblesse que semblait devoir suivre une ruine complète. L'évéque de Rome se ressen** tait du triste état de l'Italie. Les victoires de Bëlisaireet celles deNarsès n'avaient eu d'autre résultat que d'épuiser les ressources de l'empereur d'Orient. Les Barbares étaient rentrés dans un pays sans défense. Les Gépides, les Avares, les Bavarois, les Francs l'avaient successivement ravagé ; et les Lombards, vainqueurs de ces dévas-r tateurs passagers, y régnaient en conquérants sauvages. Les habitants de Rome, je n'ose plus dire les Romains, ne pouvaient plus sortir le jour de leurs remparts, et ils étaient éclairés la nuit par la lueur des incendies que les Lombards allumaient autour d'eux. L'énergie des évoques de Rome en était abattue. Les six héritiers d'Agapet avaient successivement amoindri etdéshonoré la papauté. En acceptant le dernier concile de Constantinople, que le pape Vigile n'avait ni convoqué, ni présidé, ni même consenti, en voulant imposer à l'Église occidentale une décision que ce pape n'avait souscrite que par force.
ils s'étaient placés dans une sorte d'infériorité à l'égard de Gonstantinople, au point que le patriarche Jean le Jeûneur osa prendre le titre d*évêque universel \ sans que Pelage II pût réprimer cette ambition. Leur langage n'était plus celui de Gelase et d*Agapet. C'est en suppliants, tranchons le mot» c'est en sujets, qu'ils s'adressaient à l'empereur. C'est presque sur un pied d'égalité qu'ils défendaient leur infaillibilité contre les évêques. Cette opposition de trente-cinq années contre cinq papes différents n'allait jamais par bonheur pour eux jusqu'à la révolte. Le morcellement de la Gaule par les héritiers de Clovis, le partage de l'Italie entre les empereurs et les Lombards sauvaient le saint-siége, en isolant les évêques dans leurs provinces respectives qui étaient presque toutes devenues des royaumes. Ils honoraient l'évéque de Rome, mais sans lui soumettre leurs consciences ; et il est étonnant que l'unité de l'Église occidentale ait survécu à ces morcellements comme à cette opposition. C'est qu'aucun homme éminent ne se révélait dans cette Église. Si un Jérôme, un Ambroise eût surgi pendant ce discord du pape et des évoques, la suprématie eût peutêtre échappé à la ville éternelle. Mais les caractères comme les ambitions avaient été étouffés dans le sang dous les pieds des Barbares. La Papauté semblait finir comme l'Empire par des A nthémius et des Augustule. Mais un grand homme parut; et le saint-siége fut relevé de cet abaissement.
t i. Gr^., BfUL XXXVI et XXXVni.