‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 138 sur 268 · IbiiL, XXVllclXXVliI · texte numérisé non relu

IbiiL, XXVllclXXVliI

i. IbuL, XXVI.

•i. UUL du i>onL de nuiiïi Grégoin', \k 2^3 et «uiv.

de la sentence, l'irrëgularité des formes et rétablit lïvéque de Thèbes dans sa chaire. C'est ainsi qu'il remit en fonctions un prêtre du nom de Magnus qu'avait excommunié Tarcbevéque de Milan; et cette réhabilitation était d'autant plus remarquable qu elle se passait dans la capitale môme des Lombards, qui, malgré leur récente conversion, étaient des voisins fort susceptibles et fort incommodes. L'appel des prêtres Jean de Chalcédoine et Anastase d'Isaurie était d'une autre importance, en ce qu'il venait de Constantinople, et qu'il attaquait un jugement du patriarche Jean le Jeûneur, dans un temps où ce patriarche avait pris le titre d'évêque universel. Ces deux prêtres étaient accusés d'hérésie et avaient causé quelque scandale dans l'Église byzantine. Grégoire n'avait pas le droit de s'en mêler, mais il était blessé de l'ambition de Jean le Jeûneur, et il cherchait l'occasion de lui témoigner son mécontentement. Il lui écrivit deux fois pour s'informer de ce qu'avaient fait ces deux prêtres pour être maltraités, et comme le patriarche ne daignait pas lui répondre, il chargea le nonce Sabinien de lui demander compte de son silence. Jean le Jeûneur fut assez modéré pour ne pas lui demander à son tour de quoi se mêlait son collègue de Rome, et se borna à répondre qu'il ne savait de quoi on voulait lui parler. Grégoire éclate alors, t Si vous dites vrai, lui écrit-il, » qu'y a-t-il de pire que de voir maltraiter des serviteurs t de Dieu et que le pasteur qui est présent ne le sache 1 pas? mais si vous le savez, que répondrai-je à l'Écri- 1 ture qui a dit : la bouche qui ment tue l'âme? • II continue sur ce ton, et ordonne à son diacre Sabinien de

prendre parti pour les deux prêtres K Le patriarche les en punît alors par une sentence d'interdiction; et ces ecclésiastiques, qui n'avaient d'abord imploré que la protection du pape, fironl appel k It juriiliction de son siège. Il est maintenant assez dillicile d'expliquer comment Jean le Jeûneur en reconnut lui-même la compétence, en envoyant deux députés a Rome pour combattre cet appel. Mais il est constant qu'ils y apportèrent toutes les pièces de ce procès, qu'ils soutinrent la justice de la sentence dans un concile, qu'après avoir tout examiné, Grégoire prononça l'absolution des deux prêtres; et l'abbé Fleury a raison d'en conclure qu'en se soumettant ainsi à la juridiction de Rome, le patriarche de Gonstantinople abdiquait ce titre d'évêque universel, qu'il poursuivait avec tant d'acharnement 2. C'était sans contredit un grand témoignage de subordination en faveur de l'évêque de Rome, et le concile de Sardique était pleinement accepté par le premier patriarche de l'Orient.

Mais ce patriarche ne voulut point pour cela se départir du titre qu'il avait pris; il le rappelait dans toutes ses lettres, même dans celles qu'il écrivait à Grégoire. 11 le maintint jusqu'à sa mort, arrivée en septembre S9o, et son successeur Gyriaque ne manqua point de le prendre, dans la lettre même où il annonçait son élection à l'évêquedeRome. Grégoire s'empressa de répondre qu'il approuvait sa profession de foi, formule d'usage qui ne préjugeait aucune supériorité; mais il déclara en même

i. Grég.,lil).,U £>«/. IV.

%. Fleury, liv. XXXV, ch. xliv.

temps que, pour consener la paix de l'Église, Cyriaque devait renoncer à un litre profane et superbe. Le nouveau patriarche n'en fit rien; et un autre nonce que Sabiuien eut ordre de ne communiquer avec lui que s'il renonçait à ce titre. Grégoire en écrivit même à Tempereur Maurice, mais il n'en obtint que la prière de ne pas faire de scandale pour une chose aussi insignifiante. L*évéque de Rome ne se modère plus, il répond que Tusurpation de ce titre, plus important qu'on ne pense, tend à corrompre la foi de TÉglise universelle, à susciter de nouveaux hérésiarques dans l'Orient. Il attribue cette nouveauté à un orgueil insupportable. Il traite de précurseur de l'Antéchrist celui qui ose prendre ce nom; et il s'en est paré lui-même. Il condamne parla tous les Papes qui l'ont déjà pris et tous ceux qui le prendront à l'avenir. Et combien de pontifes romains s'en étaient déjà étayés? N'avaient-ils pas même acquis ou usurpé quelque chose de mieux qu'un vain titre? n'avaient-ils pas affecté, proclamé, au nom de la primauté de leur siège et de saint Pierre, leur suprématie sur toutes les Églises du monde? Grégoire se moquait- il des patriarches d'Alexandrie et d*Antioche, en leur écrivant que, si le Byzantin était un évéque universel, ils n'étaient plus évéques eux-mêmes? A combien de Papes n'aurait-on pu déjà opposer ces paroles? qu'aurait dit Grégoire lui-même, si un évêque d'Occident s'en fût appuyé pour décliner sa juridiction? Ne craignait-il pas qu'elles lui fussent rejctécs parTévêque Maxime de Salone qui luttait en ce moment même contre son omnipotence? N'était-ce point d'ailleurs, de la part de l'cvêquc de Coastantinople, une re-

prësaille de ce qu'avait fait Tévêque de Rome pour Thumilier, pour empêcher que du cinquième rang des métropolitains d'Orient, il ne fut élevé au second? ce second rang même devait blesser Torgueil du patriarche. Gonstantinople était devenue la capitale des deux empires, tandis que Rome avait cédé pour ainsi dire à Ravenne le titre de capitale de l'Occident; c'est de Constantinople qu'on envoyait des gouverneurs à Tltalie, des préteurs à la ville éternelle; son patriarche ne devait-il pas trouver étrange que les décisions canoniques lui vinssent encore d'une ville qui recevait de TOrient les commandements impériaux? N'est-il pas vraisemblable que, malgré sa pieuse déférence pour l'évêque de Rome, Maurice encourageait ces empiétements du patriarche de sa résidence *? Les prétentions de l'évêque de Constantinople ne trouvaient-elles pas un autre aliment dans le souvenir des cinq Papes qui , dans les dernières années, étaient partis de cette capitale pour aller occuper le saint-siége? Ne devait-il pas lui coûter d'obéir, pour ainsi dire^ à des supérieurs qu'il avait vus si longtemps remplir sous ses yeux les fonctions subalternes d'apocrisiaire ou de légat, et qui n'avaient montré souvent que Topiniatreté d'un orgueil intolérable? Le zèle qu'avaient mis les évoques de Rome à faire exécuter les canons du concile de Constantinople, ne faisait-il pas espérer une docilité plus grande?

Toutes ces pensées devaient agiter aussi l'esprit de Grégoire. La lutte qu'il avait été obligé de soutenir

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