ConcUet, t. V. p
de choses temporelles qui auraient exi^^é l'intervention de la couronne; et que les évêqucs outre-passaient leurs privilèges.
Un concile plus important fut tenu à Rome; et cette fois, par la seule volonté du nouveau pape Martin, car c'était un acte de rébellion contre l'autorité impériale, une infraction à la loi du silen.ce imposé par le Type^ et ni Gonstans, ni l'exarque de Ravenne n'aurait certainement autorisé cette convocation que lempereur punit même en barbare. La manifestation fut éclatante. Cent cinq évéques y vinrent de Tltalie, de la Sicile, de la Sardaigne et de l'Afrique, ils s'assemblèrent suivant l'usage dans le palais de Latran, le 5 octobre 649, et le pape Martin ouvrit ce concile par une allocution qui pouvait passer pour un manifeste. Il prend soin de n'accuser aucun des empereurs qui ont pris parti pour les Monothélites. C'est aux patriarches de Constantinople qu'il attribue YEcthèse et le Type, Il expose leurs violences, leurs sacrilèges, leur doctrine, leur entêtement. Il fait décider, sur la proposition de Maxime, évêque d'Aquilée, que la présence des accusés n'est point nécessaire, et qu'il suffira de lire leurs écrits. L'évêque de Dore, le premier des suffragants de Jérusalem, est introduit avec une foule d'abbés et de moines de l'Orient. Tous font acte d'obédience au pape comme au Père des pères, à l'Évêque des évêques, au chef de l'Église universelle. Aucun catholique d'outremer ne lui contestait plus ces titres, aucun ne déclinait sa juridiction. Mais les hérétiques y étaient plus puissants (jue jamais, et cet empire d'Orient se rétrécissait tous les jours, sous les pas des Musulmans qui déjà se répandaient
au delà de Carihagc. Martin fit excommunier la mémoire de lëvêque de Pharan.Tli«'odore, qui avait introduit cette hérésie, celle du patriarche Sergius, qui lavait protégée, les évéques Cyrus, Pyrrhus, Paul et vingt autres qui l'avaient adoptée. VEctkèie fut traitée d'impie, le lype d'odieui^. Ces décrets, traduits en grec, furent envoyés en Orient. Les messagers de Rome les portèrent dans la Gaule, dans TEspagne. dans TOccident tout entier, Mariin osa même les adresser à lempereur en le priant de les lire et de condamner ceux que TÉglise venait de frapper d'anathème. C'était trop demander à un souverain qui avait cru commander le silence à tous et terminer cette dispute par la seule publication de son formulaire. La réponse de Constans fut celle d'un maître irrité. Il avait même prévu les témérités du pape. Pendant la tenue du concile, un nouvel exarque était arrivé en Italie avec ordre de susciter un schisme parmi les évéques, d'arrêter même le pape, s'il voyait qu'il pût compter sur la fidélité des soldats. Il parait que l'exarque Olympius douta de leur obéissance, puisqu'il eut recoufs à la trahison. Pendant que Martin lui présentait la communion dans l'église de Sainte-Marie-Majeure, l'écuyer de l'exarque s'élança pour le poignarder. Un miracle seul pouvait le sauver; et le bibliothécaire Anastase^ qui n'y était pas, attendu qu'il ne vint au monde que deux siècles après, ne manqua point d'inventer ce miracle, ou de le prendre dans un de ces mille manuscrits conservés dans les archives du Vatican et dans lesquels il a puisé la matière de son livre pontifical. Bref> le pape se rendit iavisible, et au moment de le frapper, l'écuyer devint
aveugle. L'exarque, terrifié, fit sa paix avec Martin et alla mourir en Sicile en combattant contre les Sarrasins qui ravageaient cette province.
Un nouvel exarque fut plus habile à reniplir les ordres de son maître. II se nommait Théodore CaIIiop;|s. 1) s'assura d'abord que le pape n'avait ni armes ni garder dans le palais de Latran ; et Téglise en fut profanée par ses sicaire^. II trouva Martin couché sur son lit à la porte du sanctuaire. Il lut au peuple et au clergé l'édit qui leur enjoignait de déposer leur évéque et de {'envoyer i Constantinople. Martin se leva et se livra lui-même malgré les cris du peuple *. «Nous vivrons et nous mourrons » avec lui, » disaient les évéques, et tous voulaient partager son sort; tous assiégeaient son palais pour le suivre, n^ais l'exarque le fit passer par une autre porte et Tenleva de Rome, le 8 juin 653. II ne s'agit plus désormais de la lutte des deux puissances. Je ne vois plus que deux hommes, l'un cruel, injuste, impitoyable; l'autre malheureux et saintement résigné. Le captif fut conduit au port dans une barque, puis à Misène et en Calabre, pro? mené de rivage en rivage jusqu'à l'ile de Naxos, et pendant son voyage il fut indignement traité par les bandits que l'exarque avait commis a sa garde. Les secours, quQ lui envoyaient les fidèles, étaient pillés par ces misérables qui ne lui rendaient que des injures. Un nouvel ordre le fit traîner à Constantinople, malgré les douleurs incassantes de la goutte. Il y arriva le 17 septembre 654, pour y subir des tortures nouvelles. C'est comme crimi-