‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 188 sur 268 · I. Flcury, U?. XLVIII. ch. xli; li?. XUX, ch. v · texte numérisé non relu

I. Flcury, U?. XLVIII. ch. xli; li?. XUX, ch. v

II ne montra pas plus de fermeté contre le Breton Nominoé qui bouleversait la juridiction de la métropole de Tours. Ce Nominoé s'était révolté contre Charles le Chauve, et s'était fait roi de Bretagne par la force de son épée. 11 avait ordonné à quatre évêques de consacrer son usurpation, et ces évêques s'y étant refusés, il les avait accusés do simonie. Il ne les calomniait pas; et Connoyon, abbé de Redon, se rendit à Rome par son ordre pour solliciter leur déposition.* Léon IV blâma la simonie, mais il répondit que l'affaire ne le regardait point, et il la renvoya au métropolitain de Tours comme au chef spirituel des évêques bretons. C'était parfaitement conforme aux règles canoniques; il agissait dans cette nouvelle affaire comme il avait agi dans îa première, et il est fâcheux que ses successeurs n'aient pas persisté dans cette réserve. Le métropolitain de Tours ayant approuvé le refus qu'avaient fait ses suffragants de sacrer l'usurpateur, Nominoé fît casser les quatre évêques par un synode de prêtres, d'abbés et de seigneurs, créa trois évêchés nouveaux, affranchit tous les sièges bretons de la juridiction métropolitaine de Tours, érigea le siège de Dol en métropole * ; et téon IV ne soutint ni les protestations de l'archevêque, ni les droits de Charles le Chauve, ni les prérogatives du saint-siége.

Il fit voir la même indifïérence pour les convertisseurs du Danemark et de la Suède ; il ne prenait à cœur que les affaires de sa province d'Italie ; et encore ne faisait-il rien sans l'approbation de l'empereur Louis, tils de

i. Daru, Htttoire de Bretagne, 1. 1» lir. ii.

Lothaîre. Celui-ci tint même un concile à Pavie pour réformer les abus qui dégradaient l'Église. U venait de temps en temps administrer la justice dans le palais même du pape. Léon lY ne s'occupait que de Tembellissement de sa ville. Il y renferma les églises de Saint- Pierre et de Saint-Paul, il entoura de fortifications l'ancienne ville de Centumcelles, qu'il nomma Léopolis; et c'est après avoir consacré ces ouvrages, dont le premier prit le nom de cité- Léonine, .qu'il finit son pontificat et sa vie le 17 juillet 853. Sa succession fut vivement disputée. Le der^é de Rome et les évéques voisins élurent le Romain Benoit; et deux officiers de l'empereur Louis, appelés par un évêque d'Ëugubio nommé Arsène» lui opposèrent un prêtre du nom d'Anastase que Léon IV avait excommunié. Il y eut des violences de part et d'autre. Mais la fermeté du clergé et du peuple TemporU sur les intrigues d'Arsène. L'empereur Louis donna tort à ses officiers, et Benoit Ili fut intronisé le 1" septembre de la même année.

Gomment se fait-il que, dans les quarante-trois jours qui séparent la mort de Léon IV et Tavénenaent de Benoit, intervalle si bien rempli d'ailleurs par les troubles que nous venons de raconter, des chroniqueurs, des historiens même aient trouvé le moyen de placer les deux ans et demi du prétendu pontificat de la papesse Jeanne? J'ai refuté ailleurs ce conte ridicule que les prolestants se sont amusés à accréditer. £t il n'a pu se soutenir que par cet excès de crédulité dont le peuple de tous les temps a donné le triste exemple. Benoit III n'eut pas d'autre prédécesseur que Léon IV, mais il ne fit pas

plus de brait dans le monde. Il Ait tisité par le roi de Wessex Ëthelvâlfe, qui, dès son retour en Angleterre, Bl décréter par les autres rois et par les ëvéques, qtie la dixième partie des terres appartiendrait au saint-eiége pour l'indemniser des pertes que lui faisaient éprouver les Sarrasins ^ II est probable qu'il ne s'agissait que du dixième des revenus, et le pape Benoît pouvait sans scrupule accepter ces dons d'un prince pieux et dévoué à l'Église romaine. Mais c'était un trait de sordide avarice que de recevoir en même temps les dons d'un misérable qui souillait le trône de Constantinople par des impiétés inouïes et par d'ignobles saturnales. Ce Michel III faisait habiller un bouffon en patriarche, d'autres saltimbanques vêtus en évêques, mêlés à des évêques véritables et à l'empereur lui-même, le suivaient montés sur des ânes, jouaient avec les vases sacrés, faisaient communier les passants avec du vinaigre et de la moutarde ^, et le calice d'or qu'acceptait le pape de cet infûmc avait figuré peut-être dans ces parades impies. Les évêques de France montraient alors plus de dignité. Louis le Germanique ayant passé le Rhin pour détrôner son frère Charles le Chauve, les évêques des provinces de Reims et de Rouen lui écrivirent pour le rappeler à ses devoirs de frère et de roi. Ils lui tinrent un langage aussi ferme que modéré, tel que les ministres de Dieu auraient dû toujours le tenir aux puissants de la terre ; et l'archevêque Hincmar, qui passe pour l'auteur de cette

Page 1