‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 189 sur 268 · NICOLAS !•'. — PHOTIUS · texte numérisé non relu

NICOLAS !•'. — PHOTIUS

SSiS à 870

Nous venons de voir la preuve que les évêques du neuvième siècle étaient plus instruits que ceux dont le pape Agathon avait, cent ans auparavant, déploré l'ignorance et la grossièreté; mais ils avaient seuls profité des lumières que Charlemagne avait essayé de répandre sur le monde. Tout en les maintenant dans sa dépendance, il les avait associés à Tadministration de Tempire en les admettant dans les parlements qu'il avait Thabitude de rassembler: et quand le sceptre eût passé dans les mains débiles de son fils, l'ascendant qu'ils avaient pris sur le peuple et sur les grands les avait rendus pour ainsi dire les maîtres de l'Ktat. La révolte des enfants du Débonnaire fut sinon suscitée, du moins envenimée et prolongée par leur ambition. Le partage de cet empire, sa division entre plusieurs princes, les querelles sanglantes des enfants et des petits-fils du Débonnaire, leur piété mal entendue, la faiblesse de leur caractère avaient produit la rapide et fatale décadence d'une race qui s était annoncée avec autant 'd'énergie que d'éclat. Charles le Chauve, déposé par l'archevêque de Sens, ne se plaignait de cette sentence que parce qu'il n'avait été ni entendu II. 6

ni juge par une réunion d'évOques, en ajoutant qu'il s'était toujours soumis à leurs corrections paternelles : et si les rois de ce temps ne tenaient pas tous le même langage, ils montraient tous la même faiblesse. Une dévotion exagérée les poussait jusqu'à Toubli de leur dignité. Louis le Germanique croyait devoir se justifier aux yeux des évéques d'avoir passé le Rhin à la tête de son armée, et leur demandait pardon de cette offense. Lothaire II, roi de Lorraine, les regardant comme des médiateurs entre Dieu et les hommes, en concluait sottement que la dignité épiscopale était supérieure à la sienne. Les évoques abusaient de cette faiblesse : encouragés qu'ils étaient par les oppresseurs mitres de Louis le Débonnaire, ils disposaient des trônes; et le despotisme qu'ils exerçaient envers les rois leur faisait souvent oublier leur dépendance dusaint-sié{j[e. Nous l'avons vu dans la querelle des images, dans la révolte de Gothescalc et dans celle du Breton Nominoé, l'autorité des Papes n'était pas plus écoutée que leurs décisions canoniques. Il fut heureux pour la papauté (|ue les évêques de France et même d'Italie fussent partagés en factions politiques, que malgré leur toute-puissance individuelle, aucun d'eux ne fut souverain. Les faibles liens ({ui les attachaient encore a l'évéque de Home auraient été brisés peut-être au profit dun patriarche français.

Mais il leur vint un maître, et ce fut Rome qui le leur donna dans le successeur de Benoît IIl, qui mourut le 10 mars 808. (le nouveau pape se nommait Nicolas, c'était un Romain que les trois derniers pontifes s'étaient plu à élever, qu'ils logeaient dans leur palais; et Benoit III

l'avait associé à Tadministration de l'Église. Il avait vu et déploré sans doute leur obéissance presque passive à l'autorité royale, leur respect aveugle pour les privilèges des métropolitains , leur soumission aux décrets des conciles; et cette observance des lois de TÉglise parut être à ses yeux la ruine de la papauté. Il reprit sur-lecliamp les traditions des Jules et des Damasc, leur ambition, leur orgueil, pliant quelquefois sous les forts, mais impitoyable envers les faibles et les timides, et soutenant alors avec arrogance les prétendues prérogatives de son siège. Le moine Reginon disait de lui, vingt ans aprt\s, qu'il commandait en roi aux princes de la terre, comme s'il eût été le maître de l'univers; et ce moine le louait de cette audace, qui devint par la suite des temps si désastreuse pour les rois et pour les peuples. Des affaires graves lui arrivèrent de tDus les points de l'empire, et son intraitable fierté les aggrava encore. Celles qui ne Tétaient point devenaient importantes par son orgueilleuse intervention. Je ne suivrai point l'ordre des temps en racontant les incidents de son pontificat. Je les diviserai pour les faire mieux comprendre. Sa vanité se manifeste dès son avènement. L'empereur Louis, son maître, se trouvant à Rome le jour de son installation, le fit asseoir à sa table; mais deux jours après, Nicolas étant allé le visiter dans sa résidence hors de Rome, Louis vint au devant de lui à pied, et le pape souffrit que le roi menât son cheval par la bride. Sigonius ajoute ' même que Louis eut la faiblesse de lui baiser les pieds, et le fier Nicolas dut sentir tout le parti qu'il pouvait tirer de cet acte d'humilité.

Mais avant d'attaquer les rois, il essaya son autorité sur les évêques de France et commença par le plus puissant de tous, par l'archevêque Hincmar qui venait d'humilier Louis le Germanique, en imposant des conditions honteuses h l'absolution que ce roi avait mendiée. Ce n'est point cette témérité que Nicolas fut tenté de blâmer. Mais Hincmar avait pris la défense d'un curé débauché que Rothade, évêque de Soissons, avait chassé de son église; il avait puni cet évéque en le déposant lui-mAme, et ne tenant pas compte de l'appel que Rothade avait adressé au saint-siége, il l'avait fait jeter en prison. Un grand nombre d'évéques avait pris parti pour Hincmar, des synodes l'avaient approuvé, Charles le Chauve lui-même lui prêtait son appui ^ Nicolas n'hésita point en présence de cette coalition puissante. II prit la défense de l'évêque Rothade et força son métropolitain Hincmar de le rétablir sur le siège de Soissons. Il était dans son droit, et c'était justice. Mais c'est dans les considérants de sa décision que son ambition se manifeste. Il y cite pour la première fois des maximes tirées des Fausses Décrétâtes; et comme les Papes se sont longtemps servis de ce recueil pour étayer leurs prétentions^ il est important d'en faire connaître l'origine et la fausseté. Ces Décrétales étaient l'œuvre de ce même «moine qui avait, dit-on, fabriqué la donation de Constantin, de cet Isidore Mercator, dont le nom même est regardé comme apocryphe, et qu'on suppose avoir vécu dans les dernières années du huitième siècle. C'est du moins vers 811 queRiculphe, archevêque de Mayence, les rapporta

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