Afin, Hertini, 855; Oputc, d'IIincmar
d'Espagne avec le livre des canoDs recueillis par Isidore de Séville. Ces fausses décrétales étaient une suite de prétendues lettres canoniques que les Papes des premiers siècles auraient signées, depuis saint Clément jusqu'à Grégoire le Grand; et les pontifes du moyen âge y ont trouvé des armes pour s'affranchir de l'autorité des conciles, de celle des rois, et pour s'ériger en juges suprêmes de toutes les affaires ecclésiastiques. La fausseté de ces lettres a été démontrée plus tard par le cordelier Pagi et par les critiques les plus orthodoxes et les plus respectables. Mais elles ont autorisé bien des décisions (ju'on prend encore pour des arguments et des articles de foi ; et c'est à Nicolas qu'on impute le premier usage (le ces lettres, dont il est possible qu'il ignorât la fausseté.
Apres Hincmar vint le tour du roi de Lorraine Lothaire II; et rien ne fait mieux connaître que cette affaire les mœurs du temps, l'incontinence et la faiblesse des rois, la témérité des évéques et la puissance renaissante des pontifes romains. Ce Lothaire, fils de l'empereur de ce nom, mêlait la vie la plus débauchée à la piété la moins contestable. Il avait épousé, en 856, la jeune Thietberge, fille d'un comte Bozon ou d'un duc Hubert, allié de Charles le Chauve; et l'année suivante, il l'avait chassée de son lit pour vivre avec des courtisanes. Une de ces courtisanes, nommée Waldrade, avait fini par le dominer; et pour se donner le droit de l'épouser, Lothaire avait accusé la reine d'un commerce incestueux avec son propre frère Hubert, qui était devenu abbé de Saint- Maurice, dans le Valais. Thietberge avait réclamé le ju-
gement de Dieu; et son champion était sorti sain et sauf d'une chaudière d'eau bouillante. Le succès de cette épreuve avait contrarié les amours de Lothaire, et il résolut de confondre sa femme par ses propres aveux. Gonthier, archevêque de Cologne, Theutgaud, archevêque de Trêves, et plusieurs autres entrèrent dans ce complot et s'en firent les instruments. Mézeray prétend que Theutgaud était Toncle et Gonthier le frère de Waldrade. Les Annales de Saint- Beriin la font au contraire nièce d'un certain Luitfried, conseiller de Lothaire. Mais quoique Mézeray ne cite aucune autorité contemporaine, sa version acquiert quelque vraisemblance par l'acharnement que mirent les deux archevêques à tourmenter la malheureuse Thietberge. Leurs interrogatoires, leurs sermons, leurs menaces la contraignent à s'avouer coupable d'inceste ; et cet aveu passe pour véritable quand on la voit s'échapper du monastère où on l'a enfermée pour se réfugier auprès de son frère Hubert. Ce n*était point dans l'abbaye de Saint-Maurice. Hubert en avait été chassé par l'empereur Louis, roi d'Italie, et il avait trouvé un asile à la cour de Charles le Chauve, qui lui accordait une protection manifeste. Dès son arrivée chez ce roi, Thietberge en appela au pape. Elle déclara qu'on lui avait arraché un faux aveu, et se rendit enfin à Rome pour demander justice de tant d'iniquités.
Lothaire la fait suivre par l'archevêque Theutgaud. Il implore l'appui de son oncle Louis le Germanique pour balancer celui que Charles le Chauve prête à la reine; et sollicite du pape la convocation d'un concile composé des évêques des trois royaumes. Nicolas se hâte d'écrire
aux trois souverains pour leur enjoindre d'envoyer à Metz chacun deux évéques, et il fait partir deux légats pour assister à ce synode, avec Tordre formel d'en présenter les décrets à son approbation. Mais l**archevéque Theulp;aud a devancé les légats. Il annonce à Lothaire que cette convocation est une vaine formalité, que le pape lui est hostile; et Lothaire rassemble bien vite huit évéques de ses propres États à Aix-la-Chapelle, le 18 avril 862. Il leur manifeste ou simule un grand repentir de ses adultères; mais il avoue naïvement qu'il ne peut se passer de femme, et supplie ces huit évéques de lui permettre d'en prendre une. Theutgaud rendit témoignage de sa pénitence, mais on voulut examiner à fond cette affaire. Deux évéques trouvèrent que l'inceste du frère et de la sœur était véritable, mais qu'il avait été commis avant le mariage, que par conséquent il n'y avait point adultère, cfiie Lothaire n'avait pas le droit de répudier Thietberge et qu'il devait la garder K Les six autres ne furent point de cet avis. Ils reconnurent l'inceste et l'adultère, cassèrent le mariage et permirent à Lothaire d'épouser Waldrade, en se fondant sur un commentaire de saint Paul attribué à saint Ambroise, qui, en interdisant les secondes noces aux femmes adultères, n'appliquait pas cette défense aux maris. En conséquence de cette décision, Lothaire épousa sa maîtresse et la fit couronner reine de Lorraine.
Nicolas s*indigne que le roi n'ait attendu ni la réunion de son concile de Metz, ni la permission du saint-siége.