‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 202 sur 268 · JeoD, EpUt, CXXV; ConcUet, t. IX, p · texte numérisé non relu

JeoD, EpUt, CXXV; ConcUet, t. IX, p

suivante, attribuant ainsi à tous les dignitaires de l'Église le droit de disposer des couronnes.

J'ai parlé de leur fiefs, de leurs vassaux, de leur lutte contre les seigneurs de France. Il est nécessaire d'expliquer cet immense accroissement de la puissance sacerdotale, et de remonter aux derniers temps de la race mérovingienne. C'est alors que les évéques avaient commencé à lever des soldats et à guerroyer, puisque le premier édit de Charlemagne le leur défend. Mais toutes ces défenses n'avaient plus de valeur, dès que la main des rois ne se faisait plus sentir; et la faiblesse de Louis le Débonnaire, les ménagements de Charles le Chauve n'avaient fait qu'aggraver les désordres que Charlejfkiagoe avait voulu réprimer. Les rois ne savaient plus calmer la mutinerie des seigneurs qu'en leur concédant de nouveaux privilèges; les fiefs héréditaires se multipliaient de tous les côtés. Leurs possesseurs prenaient le titre de princes ; et sans cesse armés les uns contres les autres ne prenaient conseil que de leur force. Les concessions royales, les usurpations particulières n'avaient de règle que la convenance de ceux qui en profitaient. Les domaines ecclésiastiques comme ceux des nobles trop faibles pour les défendre, passaient alternativement de la noblesse au clergé et du clergé à la noblesse. Il n'y eut plus un évêché sans terres, ni plus d'évêque sans titre et sans puissance féodale. Mais l'accord des seigneurs n'était que momentané ; la lutte finie, chacun rentrait dans son égoïsme, tandis que la coalition des évêques était permanente, et qu'eux seuls constituaient un ordre. Leurs fréquentes assemblées renouaient et raffermissaient

le lien qui en faisait une formidable puissance. Ils combattaient à la tête de leurs vassaux, et au lieu de leur rappeler que rÉglise abhorrait le sang, nous venons de voir le pape lui-même invoquer leur belliqueuse assistance. De la puissance spirituelle que personne n'essayait plus de leur disputer, ils en étaient venus à exercer une juridiction temporelle sur les laïques. Ils les citaient devant leurs synodes, et leur imposaient des lois. Leur action était incessante, opiniâtre sur les mœurs, sur l'État et ^ sur les personnes. On pouvait dire alors TÉglisede France plutôt que le royaume. Ils s'étaient mêlés pour la plupart aux seigneurs qui avaient marchandé leur obéissance à Louis le Bègue: et dès que la noblesse leût reconnu pour roi, ils le ressaisirent comme évêques et marchandèrent à leur tour son couronnement. Ils lui firent jurer le maintien de leurs doubles privilèges, la conservation de leurs biens et de leurs dignités civiles. Cette déclaration faite à tous en général ne leur suffît pas encore. Chacun d'eux en voulut une à part qui assurât la protection royale à son église particulière. On daigna enfin stipuler pour le peuple en faisant promettre au roi l'observation des lois établies par ses prédécesseurs *. A ce prix chaque évêque promit à son tour de le servir, de le conseiller, de lui garder la foi qu'il devait à son seigneur. C'est à ces conditions qu'il avait été sacré par l'archevêque de Reims. Les évêques de France étaient enfin plus puissants dans leurs diocèses et dans leurs domaines que ne l'était le pape dans sa ville éternelle où il n'avait

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