I. Ànn, Sertini, an
pas un soldat pour le défendre, et à la mort de Louis le Bègue, le 10 avril 879, ses enfants, trop jeunes pour empêcher le pillage et le démembrement du royaume, n'eurent d'autorité que ce qu'il plut aux évoques et aux seigneurs de leur laisser.
Pendant ces événements, les légats de Jean VIII étaient arrivés à Constanlînople, et ils avaient été fort surpris de retrouver sur le siège patriarchal ce môme Photius que Rome avait tant de fois condamné, et dont l'empereur Basile voulait se délivrer par leur entremise. Cet ambitieux avait conservé de nombreux amis, et les plaintes qu'il poussait du fond de sa prison trouvaient des échos dans toutes les églises d'Orient. Son esprit, fécond en ressources, en vint à flatter une des petitesses de rem)>ereur. Tous les parvenus se ressemblent; leur origine leur pèse, et à leurs yeux c'est un grand service que de la changer. Par une fausse généalogie, que Gibbon a cependant Taii de croire véritable, Photius fit descendre ce paysan macédonien d'une branche des Arsacides, qui, pendant quatre siècles, avaient occupé le trône d'Arménie. Basile tout fier de venir du fameux Tiridate, rendit ses bonnes grâces au savant qui avait découvert cette descendance; et le patriarche Ignace étant moit peu de temps après, eut pour successeur le rival qui avait troublé sa vie. Huit ans de prison n'avaient changé ni le caractère ni les passions de Photius, ne lui avaient inspiré que des idées de vengeance. Il se remît à persécuter les partisans et tes créatures de son prédécesseur. Il livra les plus opiniâtres à la brutalité de Léon Catacale, son beau-frère et capitaine de ses gardes; il attaqua la mémoire des papes Ni-
colas et Adrien. Il affecta beaucoup de déférence pour le pape régnant, mais il le trompa encore par ses artifice» et corrompit ses légats à force de largesses. Tous les auteurs de cette comédie firent assaut de mensonges. Jean VIII n'avait pas d'autre but que d'obtenir le secours d'une flotte; et il se montra docile pour le souverain qui la lui avait accordée. Il donne à Photius le titre de très-saint, et Photius lui rend celui de père spirituel, de pape œcuménique. Jean VIII le gronde bien un peu d'avoir repris son siège sans le consulter, et Photius lui répond qu'il y a été forcé par tous les évêqueset ceux-ci confirment cette prétendue violence par leur témoignage. Zacharie,évêque de Chalcédoine, pousse même l'imposture jusqu'à louer la modération du persécuteur eff'ronté des amis d'Ignace. Les légats de Rome lui disent que c'est vers lui qu'ils ont été envoyés, quoiqu'à leur départ de l'Italie ils fussent loin de se douter de son rétablissement. Il serait trop long de raconter toutes les vertus quePho- . tius s'attribue, et que s'empressent de reconnaître les trois ou quatre cents évêques qui l'écoutent. Il falsifiait les lettres des absents pour prouver aux légats qu'il était reconnu de tout l'Orient, et celles du pape pour montrer aux Orientaux qu'il était avoué sans réserve par l'Église romaine. Il obtint ainsi tout ce qu'il voulut, la confirmation de son rappel, sa justification, la condamnation des conciles qui l'avaient condamné lui-même, la délégation dei'autofité romaine dans l'Orient; et le pape, de son côté, n'obtint rien de ce qu'il demandait d'essentiel, ni l'interdiction d'élever des laïques à Tépiscopat, ni l'obligation de prendre les patriarches dans le clei^é de
Constantinople, ni la renonciation de ces patriarches à la juridiction de la Bulgarie. Le concile byzantin répondit que c'était une question de limites, que cela regardait Tempereur, et promit seulement ses bons offices auprès de Basile. On fit même une attaque directe à l'Église latine en renouvelant la défense de rien ajouter au Symbole de Nicée. On proscrivait ainsi la procession du Saint-Esprit que reconnaissaient les évoques de la Gaule : et les légats du pape y souscrivirent; et Jean VIII lui-même traita plus tard les partisans du /i/togue de transgresseurs de la parole de Dieu, de corrupteurs de la doctrine de Jésus-Christ. Mais la fin de sa lettre est un témoignage du peu d'autorité qu'avait alors le siège de Bome. t II » n'y a pas peu de difficulté, dit-il à Photius, à ramener » les évêques de la Gaule à ce sentiment et de changer si » tôt un usage de cette importance affermi depuis tant • d'années. Ne contraignons personne à quitter cette ad- » ditîon faite au Symbole, exhortons-les peu à peu à re- » noncer à ce blasphème; travaillez avec nous à les ra- » mener par la douceur *. »
Nous avons vu que l'Église orientale avait été vingt fois remuée de fond en comble pour des mots moins importants que celui-là, et la philosophie doit sans doute déplorer ces désastreuses disputes. Mais n'oublions pas que le pape se dit l'arbitre de la foi, le conservateur de la doctrine des apôtres, et demandons-nous s'il devait tolérer ainsi dans la Gaule ce qu'il appelait ailleurs une corruption de la doctrine de celui dont il se disait le vi-